REPRENANT L'INITIATIVE lancée en juillet dernier par différents ses "propositions de paix" en direction des mouvements de guérilla.
(voir encadré) avaient fait connaître un avis plutôt favorable, alors sa volonté de réconciliation et son respect des droits de l'Homme élémentaires", si elle veut que le Congrès vote une loi de "pardon"
1 Mais il y a une russification des au- 1 tres nations ?
— Oui, mais que se passe-t-il? Par exemple, les Russes qui vont s'installer au Kazakhstan, y sont envoyés pour russifier le pays, mais en même temps tous les bons postes, même dans la nomenklatura, sont réservés pour les nationaux et les Russes ne peuvent y avoir accès. Beaucoup de Russes sont allés en Estonie par exemple, mais tous comme travailleurs non qualifiés et leur salaire moyen étaient inférieurs à ceux des autochtones. D'un côté il y avait une tendance à la russification, d'un autre côté, les Russes subissaient une discrimination dans ces mêmes républiques qu'ils russifiaient.
• On a dit que même si formellement les postes importants étaient pour les représentants nationaux, le pouvoir réel était aux mains des Russes ?
— Non, ce n'est pas vrai. Beaucoup d'autochtones appartiennent à des groupes pro-Moscou. En Estonie, il y a des problèmes entre les vrais nationaux et les Estoniens venant de Russie tandis que les Russes sont de toute façon hors Jeu. Certains Estoniens ne sont pas capables de parler correctement la langue, mais ils occupent quand même les postes-clés.
Les Russes, dans les républiques nationales, sont toujours à la fois sujets de domination et objets de discrimination, c'est dialectique. Je ne parle pas des bureaucrates, mais des nombreux travailleurs russes installés dans ces régions.
On ne peut pas comparer la situation des Russes comme nation dominante dans leur empire au 19e siècle, et la position des Russes comme nation dominante dans la Russie soviétique, avec celle des Anglais ou des Français dans leur empire, parce que la différence est énorme. Prenons la position de Klutchevsky. Pour lui les Russes ont été les victimes de cet empire... Plus fort était l'Etat, plus pauvre était le peuple, et c'est là que la question nationale russe émerge. Mais les solutions de Pamiat ne sont pas sérieuses, dire simplement "tuez les juifs", ou "les Russes d'abord", ou "il y a une conspiration maçonnique", c'est une sorte de réponse fictive. Pour rendre les Russes plus prospères, il faut plus de démocratie, plus de droits, de changement social. Je pense que les Russes ne sont pas intéressés par cette démagogie nationaliste. Moscou n'est pas très typique car à Moscou il n'y a pratiquement pas de tradition ouvrière, de culture ouvrière. Il y a seulement de la bureaucratie. Dans les régions industrielles du pays, Pamiat a moins d'influence. Pour eux, Moscou est l'endroit où ils ont le plus de possibilités. Mais dans l'ensemble du pays, les masses russes ne sont pas aussi nationalistes que Pamiat le souhaiterait.
Septembre 1988 propos recueillis par Sacha Petrov
COLOMBIE
A Lucharface au "dialogue national"
partis politiques, le Président Virgillio Barco a fait connaître
En juillet, deux des organisations armées, les FARC et le M-19 que l'ELN (la seconde guérilla en importance après les FARC), repoussait quant à elle tout "dialogue" qui pose comme condition première, le désarmement des organisations de guérilla.
Aujourd'hui Virgilio Barco demande à la guérilla de "manifester pour tous ceux qui désirent se réintégrer à la vie politique.
Ce respect des droits de l'Homme ne semble pas concerner les groupes para-militaires liés à la fois à l'armée et à la mafia de la drogue (voir Inprecor numéro 263 du 11 avril 1988)
qui multiplient les massacres de masse de syndicalistes et de paysans.
Eric Toussaint s'est entretenu avec Manuel Canotas, membre du Comité exécutif de l'organisation révolutionnaire A Luchar.
Il fait le point sur cette curieuse réconciliation nationale et cette répression bien réelle.
Manuel CANOTAS
LUCHAR a une intervention très
A paysans. Il importante chez les s'agit d'un secteur fondamental du prolétariat, qui affronte quotidiennement les latifundistes avec des méthodes de lutte radicales : prises de terre, autodéfense... Ils considèrent qu'ils luttent pour le socialisme. Les paysans sont regroupés dans l'Association nationale des paysans (ANUC) où nous avons une influence très grande.
Une véritable force politique
C'est nous qui avons organisé les marches dans la Province Nord-Orientale au mois de mai 1988. Ces marches, qui ont regroupé de 180 à 200 000 personnes, se faisaient sur des revendications très politiques : droit à la vie, à la souveraineté nationale, au bien-être. Quand les marches se sont approchées de la capitale, c'est avec A Luchar que la présidence de la République a dû négocier.
Nous sommes également implantés dans plus de deux cents municipalités où se déroulent également des luttes importantes, ce que nous appelons les paros civicos (littéralement grèves civiques), qui débutent en général sur des revendications très concrètes : l'eau, la voirie, les égouts, la santé, l'éducation, et qui débouchent souvent sur un affrontement physique et politique avec les autorités. Il y a eu plus de 185 paros civicos l'année dernière. Prévus pour 24 ou 48 heures, durent généralement une semaine...
Nous avons aussi ce que nous considé rons comme un début d'implantation dans le milieu ouvrier. La faiblesse des organisations de gauche en milieu ouvrier est une caractéristique générale de ce pays, où les syndicats jaunes étaient traditionnellement hégémoniques. Les choses sont en train de changer avec le renforcement de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT) dans laquelle nous jouons un rôle non-négligeable à côté d'autres forces politiques : sociaux-démocrates, Parti communiste (PC), Parti communiste marxiste-léniniste (PCML), autres groupes de gauche liés au M-19. Au congrès de constitution de la CUT, nous avons gagné 4 membres au Comité exécutif sur 30, malgré un mécanisme de vote indirect par fédération, qui nous défavorisait.
Dans les structures plus proches de la base, au niveau départemental, nous sommes parfois majoritaires dans les comités départementaux, comme à Bolivar qui est une importante zone de sidérurgie et pétrochimie, ou sur la côte atlantique
Nous sommes également actifs dans le mouvement indien. La Colombie compte 500 000 Indiens sur une population totale de 30 millions d'habitants, avec des for-
mes particulières d'intervention en raison de la structuration propre des Indiens qui forment un bloc social large. Ils sont très mobilisés, très radicaux. En secteur étudiant, assez peu structuré par tradition, mais très actif, il est difficile de quantifier notre influence. Mais à l'Assemblée nationale étudiante, qui s'est tenue en novembre 86, nous avions 900 délégués sur 2 500, élus directement par la base.
Pour ce qui est de A Luchar à proprement parler, il est difficile de donner un chiffre exact de nos militants. A notre seconde convention en juillet 1988, où chaque délégué représentait 20 membres, nous étions 450 délégués. Mais bien souvent, surtout dans les zones rurales, nous n'avions pas les moyens financiers pour payer le voyage à tous les délégués.
Est membre de l'organisation toute personne qui en défend la ligne politique et milite dans une de ses structures. Nous n'avons pas de critères stricts comme dans un parti classique (cotisation, vente de la presse, etc.) Mais nous venons d'introduire une cotisation volontaire, qui nous permettra d'évaluer le degré d'identification de nos membres à l'organisation.
Nos structures de direction reflètent les divers secteurs d'implantation, avec toutefois, une faiblesse de la représentation paysanne. Notre direction a également été élue en tenant compte des critères géographiques et politiques, par rap port aux groupes politiques qui sont à l'origine de la création de A Luchar.
Non au "dialogue national"
En 1984, le Président Belisario Betancur lance la première initiative de dialogue national pour tenter de résoudre les conflits sociaux, militaires, politiques du pays par la négociation. La gauche se divise face à cette proposition : le M-19, les FARC, le PC, le PCML, et d'autres petits groupes acceptent le dialogue. D'autres forces le considèrent comme artificiel et condamné d'avance. C'est le cas de la seconde force de guérilla, l'ELN. Les forces politiques non-clandestines qui refusent le dialogue constituent un collectif de travail syndical de classe comme alterna-
A LUCHAR
tive au dialogue. Ce sont essentiellement des forces d'origine guevariste, une scission maoïste, le Parti socialiste des travailleurs (PST) lié à la Ligue internationale des travailleurs (LIT, morénistes) des forces de type syndicaliste-révolutionnaire. Rapidement, ces groupes parviennent à un accord sur une série de points ef fectuant ainsi un début de rapprochement politique qui se traduit par la mise sur pied d'une commission de coordination. Très vite, nous nous rendons compte que notre coordination de départ de type politico-syndical, est insuffisante car la confrontation idéologique va bien au-delà du mouvement ouvrier organisé. Nous poursuivons ensemble l'élaboration tactique et programmatique autour de deux axes : non au dialogue national, oui à la grève nationale.
Clarification idéologique
Ce rejet du dialogue était catégorique. Nous nous battions pour préparer la grève générale. En mai 1985, diverses forces de gauche convoquent une rencontre ouvrière et populaire qui regroupe 7 500 délégués. Cette rencontre allait décider la grève géd'ordre. La grève a effectivement eu lieu en juin 1985, mais ce n'est pas un succès. La mobilisation est freinée par la militarisation du pays et l'intimidation systé matique. Après la grève, nous décidons de réunir la Convention de fondation de A Luchar en juin 1986. Nous y avons voté un projet de programme qui avait été discuté par tous les groupes constituants et qui intégrait les points de convergence essentiels, tout en laissant un espace pour les diverses approches, traditions politiques.. Nous avons structuré l'organisation : direction, journal (10 000 exemplaires distribués ou vendus tous les 15 jours), commissions sectorielles... A partir de ce moment, A Luchar apparaît comme une véritable force politique, avec des courants constitués en son sein mais un projet propre.
Tout un processus de clarification idéologique et politique prend place au cours des deux années de consolidation de l'organisation, qui débouchent sur notre seconde Convention. Deux courants nous quittent : le PST, sur une ligne de critique des regroupements de type "petit-bourgeois nationaliste", en accord avec la ligne de la LIT qui vise alors au regroupement des seuls trotskystes, ainsi qu'un des groupes d'origine maoïste, qui vivait alors une dérive dangereuse en niant la centralité du mouvement ouvrier au profit des mouvements sociaux urbains. En revanche, le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale nous rejoint. La Convention a tiré le bilan du processus unitaire et décidé la suppression des courants organisés et l'unification totale de A Luchar.
Il reste bien sûr des courants idéologiques, des sensibilités qui ne peuvent disparaître du jour au lendemain. Nous critiquons d'ailleurs cette fausse unanimité des partis traditionnels, qui conduit par exemple à fixer une position de parti par rapport à tel ou tel chanteur ! Nous n'avons pas peur du débat politique, qui renforce l'organisation tout en reflétant les diverses implantations sociales. Au Congrès, nous choisissons une nouvelle direction, nous votons un programme général, des politiques sectorielles, une résolution sur la grève générale, une autre sur les problèmes internationaux. Nous préparons aussi le passage du journal de bimensuel à hebdomadaire. Voilà, très résumée, notre histoire depuis 4 ans.
Quels sont nos objectifs? Pour nous, la direction révolutionnaire à construire doit être une direction politico-militaire qui tienne compte de tous les aspects de la lutte. Nous avons discuté cette guestion à la Convention. Nous nous considérons comme partie prenante de la construction de cette direction révolutionnaire, à côté d'autres forces politiques et politico-militaire, et certainement pas comme LA direction révolutionnaire. Il ne peut y avoir d'auto-proclamation dans un processus si complexe.
Pour un Front de gauche
Comment cette formation se formera-t-elle ? Certains pensent que A Luchar doit lancer et participer à un front politique large. D'autres pensent que nous trouverons notre place dans un front politico-militaire. A la Convention, nous avons dit de façon très générale que A Luchar est une organisation révolutionnaire politique qui lutte jusqu'au bout pour la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan, et qui contribue à la formation d'une direction révolutionnaire. Nous n'avons pas tranché le débat sur le rôle respectif des organisations politiques et politico-militaires.
Pour ce qui est de l'Union populaire (UP) et du Front populaire (FP), nous avons une vocation à l'unité. Des pas en avant positifs importants ont été franchis comme par exemple l'accord réalisé entre nos trois forces pour le travail syndical et surtout la bataille de la grève générale.
Par contre, une série d'évaluations tactiques ou de pratiques politiques nous sé-
parent. Par exemple, la question du dialogue, ou celle de l'utilisation des espaces politiques constitutionnels classiques, comme le Parlement. Nous avons quant à nous constaté que depuis 15 ans les masses s'expriment hors des institutions : cela se vérifie par la faible participation électorale, les grèves civiques, les marches civiques, les diverses actions ; elles rejettent massivement les formes de représentations traditionnelles.
Le Parlement colombien est un des plus déconsidérés d'Amérique Latine, c'est un Parlement de touristes qui ne vote jamais aucune loi et ne dirige rien. Cela ne signifie pas que nous rejetions complètement le travail sur le terrain des instituLions, mais que nous le considérons comme secondaire pour notre construction par rapport à l'activité concrète des masses.
Nous avons longuement discuté de l'UP, du PC, du FP. A l'UP comme au sein du FP, coexistent des secteurs réformistes et des secteurs révolutionnaires, et un processus de radicalisation traverse ces organisations. Notre ligne politique aujourd'hui est celle du Front de gauche, qui nous permet de dialoguer, d'interpeller la base de l'UP et du FP sur des propositions concrètes d'actions unitaires, comme la grève générale. Et surtout de renforcer la lutte. Mais nous devons encore élaborer là-dessus.
Le travail urbain, un enjeu décisif
Le dialogue de 1984 avait soulevé beaucoup d'espérance dans le pays, même parmi des forces comme le M-19. Mais il était clair pour nous que ce dialogue était condamné dès le départ, et cela s'est démontré en quelques mois.
La bourgeoisie n'avait pas la volonté politique d'aboutir. Et ce dialogue s'est terminé par un massacre et la guerre sale .
Le nouveau "dialogue" par contre n'a trompé (presque) personne. Le gouvernement n'y participe pas, seule une fraction minoritaire de la bourgeoisie s'y intéresse. Nous sommes contre ce dialogue dans un pays où l'on assassine tous les jours des militants.
Nous sommes par contre en faveur d'un dialogue concret, où l'on puisse négocier sérieusement. Il faut mettre fin à la guerre sale, il faut résoudre la question de la souveraineté nationale, de la dette extérieure, du pillage de nos ressources naturelles, de la démocratie.
Il faut un dialogue qui ne soit pas limité à une "élite" mais qui permette au contraire Texpression et la participation du prolétariat et des forces populaires.
Le gouvernement répond au dialogue à coups de citations de la Constitution, texte totalement en faveur de l'oligarchie. Cela n'est pas sérieux.
Pour nous, nous vivons une période pré-révolutionnaire, par la conjonction d'une série de facteurs comme la crise institutionnelle qui remet en cause l'hégémonie politique de la bourgeoisie, et la mobilisation de plus en plus large des masses populaires. En revanche, la mobilisation urbaine est inégale. Nous avons décidé d'un plan spécifique dans le cadre de la grève générale, avec une série de mesures pratiques et programmatiques : déplacement de cadres, travail accru dans les secteurs ouvriers vitaux : énergie, métallur-
Get les services publics. le monde n'est pas conscient de l'enjeu. Le PC par exemple, conserve l'essentiel de son activité dans le secteur rural. Le centre du pouvoir et de l'activité de la bourgeoisie, les grandes usines, l'appareil d'Etat, les banques, sont dans les grandes villes. Si l'on ne touche pas à ces centres nerveux, ils peuvent rester relativement tranquilles. Nous avons donc maintenant 4 camarades du Comité exécutif de A Luchar qui se consacreront à temps plein au travail urbain, essentiellement dans la classe ouvrière. C'est notre obsession aujourd'hui.
Août 1988 sassinés. Cette répression est exercée par les groupes para-militaires, avec la com-