Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Cardenas fonde son parti

· Inprecor n° 279, 9 janvier 1989 · p. 21-24 · 3 616 mots

Mexique Syndicalisme Cuba Économie mondiale

avant tout parce que le Parti révolutionnaire institutionnel les masses s'est affaibli. Ce parti est confronté à une crise massivement retrouvé derrière Cuauhtemoc Cardenas.

MEXIQUE

Cardenas crée son parti

LA CRISE QUE CONNAIT le Mexique s'est aggravée,

(PRI), au pouvoir depuis 60 ans, est totalement déconsidéré depuis les élections (1). Son contrôle sur intérieure entre ses divers secteurs qui ont des projets politiques assez contradictoires, malgré une unité apparente dans leur lutte contre le courant qui s'est

Sergio RODRIGUEZ

N SECTEUR de la bourgeoisie

U mexicaine, représenté par le président de la République qui vient d'être proclamé le ler décembre dernier, Salinas de Gortari, estime nécessaire de changer l'ensemble du schéma politique et économique traditionnel du

PRI, au profit d'une "modernisation" qui implique l'abandon du populisme pratiqué jusqu'ici. Cependant, Salinas manque d'appui pour réaliser son projet de modernisation, car les vieilles structures syndicales et paysannes liées au PRI s'y opposent.

Ces contradictions se sont aiguisées et ont éclaté au grand jour après les élections et le succès de Cardenas.

Une situation économique catastrophique

Mais ce projet de modernisation se heurte également à des obstacles économiques. Une chose est d'enclencher un tel processus dans une période de prospérité, autre chose est de tenter de moderniser en pleine crise économique. Et le Mexique est l'un des pays d'Amérique latine les plus touchés par la crise, de par la baisse des prix pétroliers et des matières premières et, surtout, en raison du poids de la dette extérieure.

Celle-ci s'élève à plus de 100 milliards de dollars et le seul service de la dette engloutit près de 6% de son produit national et 45% du total des exportations. Le gouvernement mexicain, bien qu'il soit un des meilleurs élèves du Fonds monétaire international (FMI) n'en a retiré aucun avantage.

La situation est donc délicate pour le gouvernement, d'autant qu'il a perdu sa légitimité aux yeux d'un secteur important de la population. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'a plus aucune marge de manœuvre. Après les élections, le gouvernement a pu récupérer une partie des intellectuels qui, après avoir voté pour Cardenas, ont finalement apporté leur soutien à Salinas de Gortari.

Ce genre de récupération est une sorte de pays.

Un soutien politique explicite De même, pour s'assurer une légitimité, Salinas de Gortari a pleinement exploité la visite de Fidel Castro et de Daniel Ortega, voyage officiel à Cuba. C'était là le premier voyage officiel d'un président mexicain depuis la révolution cubaine, et il n'avait qu'un seul but : s'assurer de la présence de Castro à la cérémonie de passation du pouvoir au Mexique.

Castro et Ortega ont accepté de venir. La bourgeoisie mexicaine était très réticente par rapport à cette visite de Castro, mais finalement le pouvoir l'a très bien utilisée. Beaucoup de gens ont été très déçus de ce qui est apparu comme un soutien implicite de Castro à Salinas. C'est en effet la première fois que Castro vient au Mexique (hormis son passage à Cancun) et il ne s'agissait pas seulement d'une présence symbolique lors d'une cérémonie. Après cette cérémonie, Castro s'est également rendu à Tuxpan, d'où était partie l'expédition du Granma (2) pour inaugurer un petit musée sur la révolution cubaine. Il était accompagné du ministre de l'Intérieur du Mexique qui avait détenu Fidel et le Che à l'époque, mais qui les avait bien traités. Or il se trouve que ce ministre est le patron des forces de la police et il porte donc la responsabilité de toutes les violations des droits de l'Homme au Mexique, notamment les disparitions.

La réaction des gens a donc été très agressive par rapport à la présence de Castro et d'Ortega. Une manifestation et des réunions ont été organisées et les gens ont exprimé leur déception. La réaction a cependant été plus nuancée par rapport à Ortega, car tout le monde était très conscient des difficultés économiques du Nicaragua et de la faible marge de manœuvre des dirigeants sandinistes. Même si la présence d'Ortega était sans doute une erreur politique au même titre que celle de Castro, c'est vers ce dernier que se dirigèrent l'essentiel

Dans ses discours, Castro a dénoncé les menaces de l'impérialisme sur Cuba et le Nicaragua et les dangers d'agression militaire. Il a ajouté qu'une montée révolutionnaire dans un pays important comme le Brésil, par exemple, rendrait beaucoup plus difficile une telle agression. Cependant, au Mexique, qui est tout de même le second pays d'Amérique latine, lorsque les masses mexicaines ont fait un premier pas en avant pour lutter contre le gouvernement et l'impérialisme, Castro a préféré donner un appui total au gouvernement mexicain, contre les masses !

Voilà qui est très difficile à admettre et à comprendre pour les masses mexicaines et il est clair que cette attitude de Castro se retournera contre Cuba. Cardenas pour sa part, a fait un discours très agressif contre Castro, en expliquant que la population mexicaine appuyait les révolutions cubaine et nicaraguayenne, mais que cela ne signifiait pas qu'elle appuyait ses dirigeants. Le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT) est également intervenu dans le débat en expliquant qu'il continuerait de soutenir Cuba et Nicaragua, mais que cette visite de Castro et d'Ortega ne servait pas les intérêts de ces révolutions

Car qui fera pression demain, sur le gouvernement mexicain pour qu'il soutienne Cuba et Nicaragua, sinon la population mexicaine qui s'oppose aujourd'hui à son gouvernement?

Le mouvement syndical

Dans le mouvement syndical, le gouvernement garde encore une certaine marge de manœuvre, malgré la crise au sein du PRI. Les principaux dirigeants syndicaux sont en effet incapables de rompre avec l'Etat, car tous leurs privilèges viennent de leurs multiples liens avec l'appareil d'Etat ! Voilà quelques mois, la principale organisation syndicale, la Centrale des travailleurs mexicains (CTM) et d'autre part la Confédération régionale des ouvriers et paysans (CROC), minoritaire, qui a reçu récemment le soutien de l'Etat, se sont violemment affrontées. Ce type d'affrontements entre structures syndicales risque de s'intensifier dans les mois à venir car l'Etat ne veut plus que la CTM conserve son hégémonie sur le mouvement ouvrier. La vieille bureaucratie syndicale que symbolise Miguel Velasquez (à la tête de la CTM depuis 1930 !), est devenue un obstacle

1) Sur le déroulement des élections et la fraude, voir Inprecor numéro 271 du 5 septembre 1988.

2) Granma, nom du navire sur lequel Fidel Castro et Che Guevara se sont embarqués en décembre 1956 pour débarquer à Cuba et commencer la lutte armée dans la Sierra Maestra.

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aux projets de modernisation de l'Etat.

Parallèlement, un important processus de mobilisation se déroule dans le secteur syndical, mais en dehors du contrôle direct de l'appareil. Ce ne sont pas les directions syndicales qui décident des échéances, des dates et des lieux des luttes, mais les travailleurs qui se mobilisent spontanément, "à côté" de la structure syndicale.

Des augmentations désiroires Ainsi au mois de décembre, des centaines de milliers de travailleurs de la fonction publique, qui regroupe près de 2,5 millions de salariés, ont manifesté leur opposition au projet de révision salariale du gouvernement. Salinas a en effet proposé une augmentation salariale de 8% pour toute l'année prochaine, ce qui représente une somme ridicule, compte tenu de l'inflation et de la baisse des salaires réels. Toute cette mobilisation s'est faite en dehors des structures syndicales, mais aussi en dehors des organisations politiques de gauche.

Tout cela laisse à penser que dans les deux années à venir, nous allons assister à de fortes contradictions et crises, non seulement entre l'appareil d'Etat et la bureaucratie syndicale, mais également au sein même des structures syndicales. On peut s'attendre à des ruptures dans les secteurs -intermédiaires de la bureaucratie, c'est-àdire les couches les plus liées à la base syndicale, celles qui sont encore sous la pression des travailleurs mexicains.

En effet, ces derniers ont vu leurs revenus augmenter régulièrement dans les années 50 et 60, mais la situation a brusquement changé. Dans certains secteurs comme le pétrole, par exemple, le salaire moyen, dans les années 70, représentait dix fois le salaire minimum, alors qu'aujourd'hui il n'est plus que le double. C'est un changement important qui reflète bien les transformations du niveau de vie des travailleurs mexicains. Il n'est dès lors pas étonnant que le syndicat du pétrole ait joué le rôle le plus important dans les affrontements au sein du mouvement syndical et ait développé une ligne très agressive contre le gouvernement.

Ce syndicat regroupe 100 000 adhérents et possède une force économique très importante. Il est dirigé par de vrais gangsters syndicaux qui ont liquidé physiquement tous leurs opposants et concurrents. Malgré cela, ce syndicat a un passé nationaliste, cardéniste, lié à la nationalisation du pétrole, dans les années 30, par Cardenas père, qui a toujours maintenu des liens très étroits avec les structures syndicales. Lors des élections de juillet 1988, le syndicat du pétrole a soutenu implicitement la campagne de Cardenas fils, en lui apportant une aide financière et un appui politique ponctuels.

C'est dans ce contexte que s'est déroulé ce que Salinas a appelé la "transition". Mais c'est une transition très différente de ce qui s'est passé dans d'autres pays d'Amérique latine où il s'agissait de sortir d'une dictature militaire à travers un processus constitutionnel et plus ou moins démocratique. Au Mexique, la transition se fait avec le même parti au pouvoir, le PRI, et qui plus est, sans même un accord et une transformation de ses structures de parti unique.

La transition difficile

Après les élections frauduleuses de juillet, le PRI a certes dû reconnaître qu'il n'avait plus que 52% des voix. Mais la tradition organisationnelle et les références idéologiques de ce parti ne permettent pas une réelle transformation du système de parti unique, ce qui veut dire qu'il n'y aura pas de transition au Mexique à l'initiative du PRI.

Cardenas l'a compris ; il représente une transition possible, mais celle qu'il propose est aussi très différente de ce qui passe ailleurs en Amérique latine. Cardenas ne compte pas sur l'appui de l'impérialisme et de la bourgeoisie nationale, car aux yeux de cette dernière, il est synonyme de communisme. La bourgeoisie estime que, par ce qu'il représente dans la conscience populaire, il est impossible de s'appuyer sur lui pour réaliser la transition.

C'est une des raisons qui compliquent les possibilités d'un accord au sommet entre Cardenas et Salinas. Par ailleurs, Cardenas défend la vieille conception populiste de l'Etat mexicain, tel que l'a construite son père, sur la question de la dette extérieure, des salaires, des nationalisations, etc. Il est donc totalement opposé à la vision de modernisation de l'Etat de Salinas qui veut poursuivre la politique du gouvernement précédent en matière de privatisations. En six ans, sur les 1 800 entreprises d'Etat existantes, 1 400 ont été soit privatisées, soit tout simplement fermées lorsque la bourgeoisie ne voulait pas les acheter. Les deux projets sont donc incompatibles sur ce point.

Un projet à contre-courant

Le projet de Cardenas a canalisé toutes les aspirations démocratiques et nationalistes des pauvres du Mexique, mais il va à contre-courant. Au Pérou, par exemple, Alan Garcia qui avait un projet semblable n'a pas pu l'appliquer car il allait à l'encontre de toute la situation économique mondiale. Nous ne sommes plus dans les années

30 ou 40, quand il était possible de développer une production basée sur la substitution des importations de produits manufacturés, qui fut à la base de l'essor des courants nationalistes.

Maintenant la situation s'est inversée, avec la dépendance vis-à-vis du FMI, la pénétration du capital étranger, qui ne laissent guère d'espace au populisme.

Certes, Cardenas ne va pas appeler à l'insurrection ou à la grève générale contre le gouvernement, mais malgré ses faiblesses et ses hésitations, il ne peut pas non mouvement qui l'a soutenu jusqu'à présent se retournerait alors contre lui.

A la différence d'autres mouvements de masse en Amérique latine, le processus de radicalisation au Mexique est assez impressionnant. Les gens n'ont pas peur de l'arétaient pressés de se débarrasser de la dictature militaire mais avaient peur que les militaires restent ou qu'il y ait un nouveau coup d'Etat. La bourgeoisie a donc utilisé cette peur des militaires pour canaliser le mouvement vers une transition contrôlée.

Au Mexique en revanche, la population n'a pas le même vécu et ne voit pas l'armée comme une menace. Elle soumet donc

Cardenas à une forte pression pour aller plus loin et plus vite.

Cardenas est également conscient qu'il ne peut pas l'emporter sans gagner le soutien d'au moins un secteur de la bourgeoisie, de l'armée et de la bureaucratie syndicale. Il a donc adopté une attitude très prudente, surtout par rapport à l'organisation

Mais il a choisi de mener cette bataille en dehors du PRI et de construire son propre parti, ce qui a crée une situation très contradictoire. En effet, dans la conscience populaire, cette rupture avec le PRI, compte tenu des rapports entre le PRI et l'Etat, est un pas

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en avant vers un processus d'indépendance de classe.

Cardenas a déclaré que la construction de son parti, le Parti de la révolution démocratique (PRD) était nécessaire pour donner une expression au succès qu'il avait remporté lors des élections du 6 juillet 1988. Tous les secteurs et tous les petits partis qui ont appuyé sa campagne électorale à l'époque ne se retrouvent cependant pas pas dans le PRD. Certains d'entre eux maintiennent des liens avec Cardenas mais refusent de participer à ce processus d'organisation dans le PRD

Les composantes du PRD

Par contre, le Parti mexicain socialiste (PMS), où se retrouvait l'ancien parti communiste, et l'ensemble de l'extrême-gauche mexicaine, à l'exception du PRT, a décidé de rejoindre le parti de Cardenas. Se retrouvent donc dans le PRD, une organisation maoïste qui s'appelle Organisation de la gauche révolutionnaire/Ligne de masse (OIR/LM) ; Punto critico, une organisation de gauche, jusque-là indépendante et qui avait formé les principaux dirigeants du mouvement étudiant de 1968 ; un secteur de la gauche nationaliste et révolutionnaire, l'Association civique nationale révolutionnaire (ACNR) ; des camarades qui ont quitté le PRT; des dirigeants du mouvement étudiant de 1986 ; et enfin beaucoup d'intellectuels et d'indépendants, qui participent pour la première fois à un tel processus politique.

Le parti de Cardenas se présente comme un "parti de citoyens" et non un parti de classe. Mais ce "parti de citoyens" est plein de contradictions qui se sont immédiatement révélées au grand jour. Peu de temps après sa fondation, les travailleurs de la plus grande université du Mexique, I'UNAM se sont mis en grève. La majorité des dirigeants syndicaux de cette université participent au processus de construction du PRD. Mais en même temps, une partie des administrateurs et des autorités de l'uni-

Un projet populiste est difficilement viable dans une période de crise économique (DR) versité sont également dans ce parti. Les premiers étaient partie prenante de la grève, les autres s'y opposèrent farouchement et déclarèrent que c'était une grève de "provocation". Par conséquent, les deux positions contradictoires se sont retrouvées au sein du même parti.

Le PRD sera en permanence confronté à ce genre de situation, car par exemple, si beaucoup de paysans sont membres du parti, beaucoup de gros propriétaires terriens le sont aussi. Le débat sur la réforme agraire risque donc d'y être assez explosif ! Là encore deux positions incompatibles cohabitent.

La situation est assez compliquée pour le PRT. Après 1982, nous avions cru qu'un processus de recomposition et de réorganisation de l'extrême-gauche mexicaine, avec une crise du parti communiste à la clef, s'était ouvert. Aujourd'hui, l'ensemble de l'extrême gauche s'est réunifiée... mais derrière Cardenas. Ce dernier a une hégémonie totale sur la direction du processus, cela ne fait aucun doute, même si certains l'ont rejoint en pensant pouvoir manœuvrer et lui disputer la direction des opérations.

La situation du PRT

Le ralliement de ce secteur de la gauche à Cardenas pose également des problèmes d'orientation politique. Aujourd'hui, groupes développent une vision tout à fait électoraliste et remettent totalement en cause la vision radicale de la gauche mexicaine. Non pas tant parce qu'ils ont rejoint le parti de Cardenas, que parce qu'ils s'adaptent à sa vision du mouvement de masse et des mobilisations populaires. Ils disent par exemple, qu'il n'est pas possible à l'heure actuelle de défier et d'affronter l'Etat et qu'il faut donc passer par une période de trois à six ans pour pouvoir changer les choses.

Du point de vue du PRT, nous sommes dans une situation nouvelle par rapport à la période des élections. Nous avons mené une importante campagne politique contre la fraude électorale. Nous avons fait à ce moment-là une alliance tactique avec Cardenas et d'autres secteurs qui ont défendu la victoire du cardénisme. Le parti est donc présent dans le mouvement de masse et n'est pas marginalisé malgré son refus de rejoindre le PRD.

L'alliance avec Cardenas Aujourd'hui, nous devons développer en pratique une alliance avec Cardenas sur deux types de questions. D'une part, nous devons mener la bataille sur l'illégitimité du gouvernement de Salinas de Gortari et exiger qu'il se retire. C'est un point que Cardenas a soulevé lors d'une mobilisation importante et que nous défendons. D'autre part, nous devons agir ensemble sur une série de questions démocratiques, les salaires, la dette extérieure, l'emploi, les libertés démocratiques, etc. Ce sont là des revendications immédiates et la base minimale pour agir dans le mouvement de masse. C'est la plate-forme d'un accord politique avec Cardenas. Nous verrons si elle peut se traduire dans la pratique. Rien n'est sûr, même si Cardenas a donné son accord

Mais nous devons combiner cette ligne de construction d'un front politique, avec une présence et une action autonome du parti. Le PRT est maintenant non seulement le seul parti révolutionnaire, mais également le seul parti socialiste au Mexique.

Nous n'avons donc plus la possibilité de faire des fronts politiques avec d'autre courants d'extrême-gauche pour faire pression sur le courant nationaliste bourgeois.

Par contre, nous devons faire un front avec le courant nationaliste, et les militants d'extrême-gauche qui ont rejoint ce parti bourgeois vont s'opposer à un tel front avec nous car pour eux, le PRT est un

Ces secteurs sont opposés au maintien d'un parti de gauche indépendant car leur base doute et hésite quant à la politique qu'ils ont choisie. Le PRT, par son existence même, est donc une pression perma-

Notre situation est encore compliquée par la nécessité de récupérer notre registre légal (3). Nous avons lancé une campagne d'adhésion au PRT. Nous avons besoin de 65 000 adhérents pour avoir ce registre légal. Non seulement la loi bourgeoise nous impose de récolter ce nombre de signatures, mais les personnes concernées doivent également déclarer qu'elles sont d'accord avec le programme et les statuts du

Nous pensons cependant que c'est possible car le PRT a beaucoup d'influence dans divers secteurs. Par ailleurs, cette campagne est pour nous non seulement une campagne d'adhésion, mais aussi de recrutement.

Le défi pour le PRT est donc d'essayer de construire un parti de dizaines de milliers d'adhérents, pour être une force autonome

3) Le PRT a été crédité officiellement de 0,38% des voix aux élections du 6 juillet 1988 et a perdu son registre légal qu'il avait obtenu grâce aux 1,5% des voix dont il avait été crédité aux élections de 1985.

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face au PRD, mais aussi une force politique réelle, capable de faire pression sur le cardénisme dans l'action, sur le terrain.

Le PRT est présent dans le processus de réorganisation du mouvement autonome des masses. Par exemple dans la capitale Mexico, où Cardenas a obtenu 48% des voix aux élections et le PRI seulement 23%, une assemblée parallèle à l'assemblée officielle s'est constituée avec la participation des cardénistes et du PRT, avec l'organisation de comités locaux dans chaque arrondissement. A la réunion d'inauguration de cette assemblée, les deux principaux discours étaient ceux de Cardenas et de Rosario Ibarra.

Le PRT est également présent dans le mouvement paysan et dans le mouvement des bidonvilles. Il participe à la direction de l'Union générale des ouvriers et paysans populaires (UGOCEP).

L'enjeu est l'unification avec toutes les autres organisations paysannes qui se trouvent en dehors de l'UGOCEP et dont une partie sont cardénistes, ce qui pourrait rassembler plus de 2 millions de paysans. Un tel processus unitaire serait à même de faire une pression très forte sur les organisations paysannes liées au pouvoir.

Le renforcement des structures paysannes

L'intervention spécifique du PRT dans certaines régions du pays et sa politique unitaire ont renforcé l'ensemble des structures paysannes. Dans la région qui se trouve à la frontière de l'Etat de Veracruz et de Oaxaca, par exemple, le PRT dirige une organisation paysanne de 30 à 40 000 paysans. Ce travail acquiert également des dimensions politiques.

8 000 paysans ont participé à une réunion organisée par le PRT pour présenter les membres du comité local du parti. Et il est apparu que ces paysans se considéraient comme membres de ce comité du parti ! Le PRT a donc dû réorganiser ses structures et créer de nombreux comités dans la région.

Autre avantage pour le PRT, c'est le discrédit des élections et du système électoral aux yeux d'une partie importante de la population, à cause de la fraude et du non-respect de leur vote par le gouvernement, qui se traduit par une abstention de plus en plus importante.

Lors des dernières élections pour désigner le gouverneur, les maires et députés de l'Etat de Tabasco, le taux d'abstention a atteint 80% ! Mais cela n'est pas le signe d'une dépolitisation, dans la mesure où les manifestations n'ont pas cessé, avant et après ces élections. Or toute la stratégie de Cardenas se base sur la création et l'utilisation de son parti pour participer aux élections. Ce qui laisse un espace politique important pour le PRT.

30 décembre 1988

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