les mesures répressives contre les groupes indépendants qui agissent en grande partie sous le couvert de l'Eglise.
la manifestation de Berlin, du 17 janvier 1988 (2), Il a été expulsé en Allemagne de l'Ouest, en compagnie d'autres
Werner Fischer a été interviewé avant son retour en RDA,
ALLEMAGNE DE L'EST
L'Eglise et les mouvements indépendants
DEPUIS LA REPRESSION contre la Bibliothèque écologiste de l'Eglise de Sion (1) en novembre 1987, le Parti communiste est-allemand (SED) multiplie
Werner Fischer est une des principales figures de l'initiative sur la paix et les droits de l'Homme, un groupe pacifiste indépendant, créé en 1986.
Arrêté sous l'inculpation de "haute trahison", après dirigeants de l'Initiative, comme Wolfgang et Regina Templin.
six mois après son expulsion.
ast European Reporter :
E
On dit que face à la réplus en plus dans l'insécurité et désorienté.
Qu'en pensez-vous ?
— Werner FISCHER : Au début de 1988, un état esprit optimiste prévalait chez beaucoup de personnes après la libération des membres de la Bibliothèque écologiste. Emprisonnés en novembre 1987, ils avaient été libérés sans procès, à la suite d'une campagne très réussie en leur faveur.
Il a toujours été très difficile de faire comprendre aux gens que ces espaces de liberté qui émergent de temps en temps, ne sont que de simples retombées des aléas de la politique étrangère de la RDA. A l'époque, il s'agissait d'une conséquence de la visite du chef de l'Etat Hænecker en France, en
Il n'était pas facile de contrer l'optimisme ambiant qui voulait croire que la glasnost et la perestroïka étaient déjà
1) En novembre 1987, la "Bibliothèque écologiste"
de l'Eglise de Sion, lieu de rassemblement des Archives indépendantes d'information sur l'écologie en RDA, a été investie par les forces de la Stasi (la sécurité d'Etat) qui ont arrêté les personnes présentes, en les accusant notamment de publier du matériel subversif. Voir Inprecor numéro 268 du 20 juin 1988.
2) Le 17 janvier 1988, lors du rassemblement officiel en l'honneur de Rosa Luxemburg et
Karl
Liebknecht, assassinés par la social-démocratie en 1919, une centaine de manifestants indépendants avaient été arrêtés, dont le célèbre chanteur Stefan Krawczyk et sa femme Freya Klier, car ils avaient déployé des bandeinstaurées en RDA, ce qui, à mon avis, n'est toujours pas le cas.
• Le samizdat le plus connu en RDA est Grenzfall, qui est l'une des cibles préférées de la répression gouvernementale. Grenzfall a-t-il encore un avenir?
— Les derniers numéros de Grenzfall ont paru en novembre 1987, juste après T'attaque contre la Bibliothèque écologiste à l'Eglise de Sion et en janvier 1988. Grenzfall sera remplacé par un nouveau magazine, intitulé Gegendruck qui veut dire
, mais aussi "contrepublication". Il n'y aura aucune différence du point de vue du contenu mais Grenzfall symbolise les groupes oppositionnels et, par conséquent, on a préféré ne plus utiliser ce nom et provoquer les autorités.
• En Occident, on dit parfois que les groupes d'opposition en RDA n'existent que gråce au soutien de l'Eglise (3). Par allroles avec leurs propres revendications, et notamment des citations de Luxemburg, comme : "La liberté, c'est celle de ceux qui pensent autrement". Voir également Inprecor numéro 268.
3) L'Eglise évangéliste, protestante, compte près de 5 millions de membre (30 à 40% de la population). L'Eglise catholique quant à elle compte 1,3 million d'adhérents. Le 26 juin 1988, près de 30 000 personnes ont participé à la réunion de clôture du congrès de l'Eglise évangéliste. Lors de ce congrès, la direction de celle-ci a été prise à partie par la base, les tenants de "'Eglise d'en bas", à cause de sa politique trop conciliatrice à l'égard du pouvoir.
leurs, on entend aussi parler des différences et divergences entre l'Eglise et l'opposition. Comment définiriez-vous les relations actuelles entre elles ?
- L'Initiative pour la paix et les droits de l'Homme ne tient pas à tout prix à avoir des liens privilégiés avec l'Eglise. Nous utilisons l'espace physique qu'elle nous donne, mais nous nous considérons comme un groupe indépendant. L'Initiative essaye d'avoir de bons rapports de travail avec l'Eglise, à cause de sa place importante dans la société. Dans la foulée du raid contre la Bibliothèque écologiste et les arrestations qui l'ont suivi, la direction de l'Eglise a été amenée à prendre d'excellentes positions et a semblé intéressée à initier un dialogue ouvert avec l'Initiative.
La raison en a été l'arrestation et l'emprisonnement de deux membres de l'Eglise à la suite de ce raid, ce qui a engendré une vague de solidarité dans les églises à
La direction de l'Eglise a été forcée de prendre position sur cette question, et n'aurait pas pu se permettre de rester plus longtemps en retrait. Et bien sûr, après la vague de répression de janvier-février 1988, les églises se sont remplies de gens soutenant
Les dirigeants de l'Eglise savent également que l'Initiative a une influence sur les groupes indépendants de l'Eglise à travers des contacts informels, et qu'il y a des relations assez proches à ce niveau.
• Templin a dit que les arrestations et les mesures répressives avaient pour objectif de brouiller entre eux les mouvements pacifistes liés à l'Eglise et les groupes non religieux comme l'Initiative. Etes-vous d'accord avec cette analyse ?
- Tout à fait. J'ajouterais juste qu'il y avait encore un autre objectif, faire peur aux groupes indépendants. Les autorités ont calculé que si elles arrêtaient des membres importants de l'Initiative, cela allait paralyser les autres groupes et mettre fin à leurs activités. Mais en réalité, dans les deux cas, c'est exactement le contraire qui s'est passé.
A Berlin-Est, un service religieux était célébré tous les soirs en solidarité avec les emprisonnés. On les appelait "les messes d'intervention". Mais il s'agissait surtout, renzfall de leur donner une apparence religieuse. En fait, on avait à faire à de véritables réunions politiques régulières. Elles se tenaient essentiellement sous la pression des groupes indépendants, mais aussi de gens ordinaires qui n'étaient pourtant actifs nulle part, et malheureusement également, de personnes qui voulaient quitter la RDA et qui mettaient en avant leurs propres cas individuels.
• Combien de personnes j issistaient-elles ? Ces gens exprimaient-ils leur soutien à l'Eglise ou aux groupes indépendants ?
Plusieurs milliers de gens y ont déjà assisté et exprimé en effet un tel soutien. Aux 3 000 personnes qui assistaient chaque soir aux services religieux de Berlin, il faut ajouter ceux qui participaient à de semblables soirées à Dresde, Halle, Leipzig et d'autres villes. Pour avoir une idée plus préservices religieux pour venir en aide aux prisonniers. C'est une grosse somme d'argent, compte tenu du fait que le salaire mensuel moyen d'un travailleur est d'environ 900 marks. Beaucoup d'ouvriers du bâtiment ont donné la totalité de leur salaire mensuel.
Certains de ces services ont eu lieu dans la semaine qui se situe entre les arrestations du 17 janvier 1988, où étaient impliqués essentiellement des gens qui voulaient quitter la RDA, et les arrestations des dirigeants de l'Initiative et d'autres, le 25 janvier. Après notre arrestation, le nombre de participants à ces services dérablement augmenté. Ce qui est très compréhensible, car à partir de ce moment, il était devenu clair qu'il ne s'agissait plus de défendre simplement des gens qui voulaient quitter la RDA, mais de défendre des personnes qui voulaient rester et lutter pour qu'il y ait des changements à l'intérieur.
• Le gouvernement tolérer activités non-gouvernementales si elles. resconfinées dans la sphère de l'Eglise ?
- Durant ces deux-trois dernières années, les groupes actifs au sein de l'Eglise ont cherché petit à petit à couper leurs liens avec elle et il est devenu très difficile de déterminer exactement si une activité quelconque se situait dans ou hors des structures de l'Eglise, ce qui a posé de graves problèmes au pouvoir. Il a parfois arrêté ou tenté de réprimer des gens qu'il croyait appartenir à des groupes indépendants ou non-reliés à l'Eglise, comme l'Initiative, et qui se sont avérés être des membres de groupes appartenant à l'Eglise. Cela a bien sûr créé des frictions avec l'Eglise, que le pouvoir aurait préféré éviter. Les autorités peuvent tolérer certaines activités et expressions critiques au sein de l'Eglise. Par contre, aucune activité qui déborde ce cadre ne sera tolérée.
Un des objectifs du gouvernement, l'année dernière, était de canaliser de nouveau les activités indépendantes au sein des structures cléricales et de forcer l'Eglise à en prendre la responsabilité. Ainsi, d'une part, il pouvait se permettre de tolérer les activités protégées par l'Eglise, tout en réprimant les activités de groupes indépendants et non-liés à l'Eglise, sans risque de conflit avec celle-ci. D'autre part, le gouvernement aurait également la possibilité de coincer la hiérarchie religieuse dès qu'une activité organisée au sein de l'Eglise dépasserait certaines limites, puisqu'il pourrait intervenir et lui dire : "vous n'êtes autorisé qu'à organiser des activités qui cadrent avec les matières religieuses" laisser manipuler de la sorte • L'Eglise est-elle prête à
— Elle ne pourra pas faire autrement que de céder tôt ou tard à cette pression. Les relations entre l'Eglise et l'Etat ont toujours été un terrain glissant pour la direction de l'Eglise. Elle ne cesse de louvoyer et elle est prête à déclarer qu'elle ne tolère et ne protège que certaines activités mais pas les
• En lisant divers documents l'Initiative, qu'être frappé par des passages qui évoquent irrésistiblement les documents de la Charte 77 en Tchécoslovaquie. Est-ce une simple coïncidence ou le résultat d'un échange d'information
- Au sein de l'Initiative, nous avons bien sûr suivi attentivement le travail de la Charte 77 et le courage de certains signataires de la Charte est exemplaire à nos yeux. Mais nous ne les considérons pas comme nos professeurs et nous ne nous bornons pas à les copier. Nos opinions et revendications sont basées sur nos propres expériences.
Cependant, on doit aussi admettre que malgré la spécificité des situations dans chacun des pays de l'Est, la Tchécoslovaquie et la RDA ont finalement beaucoup de similitudes. Il n'est donc pas étonnant que nous arrivions à des conclusions semblables. Nos contacts mutuels devraient, bien sûr, s'intensifier et se renforcer et c'est
d'ailleurs le principal point de nos discussions.
Bien entendu, nous ne sommes pas toujours d'accord avec la Charte. Par exemple, lorsque nous avons salué l'Appel de Prague de la Charte (4), nous avons également souligné que nous avions une perception différente du processus d'Helsinki. Ceci dit, ni la Charte ni nous-mêmes ne sommes assez homogènes pour que tout le monde ait la même opinion sur tout, certains membres de l'Initiative partagent par exemple le jugement sur Helsinki, exprimé dans l'Appel de la Charte. D'ailleurs, certains signataires de la Charte étaient également en désaccord avec le contenu de cet appel ou sur d'autres points.
• Quelles sont vos sources d'information sur les groupes indépendants de l'Europe de l'Est ?
— Nos principales sources d'information sont les canaux indépendants qui fonctionnent essentiellement via l'Occident. Ce que nous apprenons à travers les radios et autres médias occidentaux ne fait que rajouter des informations complémentaires. La plupart des documents nous parviennent assez rapidement et nous sommes capables de les traduire et de les publier. Mais cela change d'un pays à l'autre.
C'est avec la Pologne que nous avons tissé les meilleurs réseaux d'information, ensuite vient la Tchécoslovaquie et en troisième lieu l'Union soviétique. Loin derrière vient la Hongrie où les cercles indépendants ont toujours l'air d'avoir une attitude assez arrogante et distante par rapport à l'opposition est-allemande. Nous n'avons rien sur la Roumanie, sauf ce que nous apprenons des médias occidentaux. Nous n'avons presque pas de contacts non plus groupes indépendants
• Les actions de protestation en votre faveur ont-elles eu des répercussions en RDA ?
- L'Initiative a fait des copies de ces textes et les a distribuées dans toutes les églises où ils ont été lus lors de ces messes d'intervention. Ainsi, un grand nombre de personnes ont pu en prendre connaissance. Lors de leur lecture, les textes ont été réellement applaudis. Les gens ont réalisé qu'ils étaient soutenus par d'autres personnes dans toute l'Europe de l'Est. C'était d'autant plus important parce que beaucoup d'entre eux n'étaient pas au courant des liens qui existaient entre les différents groupes indé-
• Mais les réactions émanant de l'Europe de l'Est, c'est-à-dire de personnes aul n'ont pas d'influence sur leur propre pays, ont-elles un impact ?
- Oui, absolument. Les réactions venant de politiciens occidentaux ont une influence plus directe sur les autorités mais il est extrêmement important que les groupes indépendants et les gens manifestent leur solidarité lorsque de tels événements ont lieu. Pour le moment, elles n'ont qu'une valeur symbolique, mais pour nous c'est un grand encouragement moral et même politique c'est extrêmement important. (...)
• Croyez-vous que ce genre de développements ait un quelconque avenir ?
— Je pense que plus fortes seront les forces critiques à l'Est, plus étroite sera leur coopération, mieux cela sera. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres et nous devons nous entraider. Malgré toutes nos différences, nous avons tous souffert des conséquences de Yalta. Les tentatives de formuler des documents politiques communs qui expriment des points de consensus sont très importantes tant qu'elles ont trait à des questions et matières concrètes, comme la Charte 77 semble avoir tenté de
C'est le meilleur terrain d'entente que
Par ailleurs, à court terme, cela pèse également sur les gouvernements est-européens qui s'aperçoivent quils n'ont pas seulement à faire à des groupes d'opposition locaux, isolés, mais à quelque chose de réellement international. Cela souligne la solidarité mutuelle de ceux qui ont une expérience directe du communisme de type
Je pense qu'il est aussi important qu'on se rende compte en Occident qu'il peut y avoir aussi une différence de conception à ce niveau, par exemple lors des discussions dans les groupes pacifistes occidentaux sur les liens entre la paix et les droits de l'Homme. En ce moment, les gens à l'Ouest peuvent dire : "les Polonais sont très radicaux, mais les gens en RDA n'ont rien à voir avec cela", ou bien, "les opposants d'Europe de l'Est feraient mieux de se tenir tranauilles sinon ils vont renverser le bateau de Gorbatchev". Mais plus ces groupes indépendants de l'Est agiront ensemble, plus il sera difficile aux Occi-dentaux de les ignorer et plus il sera facile pour les militants à l'Est d'introduire dans les discussions occidentales, des sujets qui leur paraissent d'une importance vitale.
• En Occident certains pensent que les groupes indépendants de l'Est ne doivent pas être pris trop au sérieux parce qu'ils sont trop petits. Etes-vous d'accord avec cela ?
— Beaucoup de gens, et pas seulement à l'Ouest, sous-estiment la taille réelle des forces indépendantes. Je pense que nos amis hongrois sous-estiment également la puissance des forces critiques en RDA J'estime qu'à l'heure actuelle, 200 groupes indépendants sont actifs en RDA, au sein de l'Eglise ou en dehors. Chaque groupe ayant de 20 à 100 membres, il s'agit donc d'une force qui va de 40 à 100 000 individus au total. La plupart d'entre eux sont totalement intégrés à la société, ce qui veut dire qu'ils représentent un énorme potentiel critique [par rapport au pouvoir]
La raison pour laquelle les autorités s'en sont, pris récemment, d'une façon si violente aux groupes indépendants est précisément ce potentiel ou ce contre-poids qui a été capable de leur arracher des concessions. Par exemple, depuis 1986, aucun objecteur de conscience n'a été emprisonné en RDA. Et ce n'est certes pas parce que le gouvernement est tout d'un coup devenu gentil et humaniste ! C'est parce qu'il est conscient de l'ampleur des protestations qu'un tel acte entraînerait. (...)
activités indépendantes dans les autres pays de l'Est sont-elles bien suivies en RDA ?
- Elles suscitent un intérêt croissant et les gens viennent nous demander des irformations alors que 4 ans auparavant, nous devions essayer de les convaincre de l'importance des développements dans les autres pays de l'Europe de l'Est.
(...) Chaque mois, nous organisons une série de séminaires privés sur la Hongrie ou la Tchécoslovaquie, par exemple, et près de 60 personnes y assistent et diffusent par la suite ces informations.
• Pourquoi cet intérêt s'est-il accru ces dernières années ?
- C'est une conséquence de nos articles de Grenzfall et des documents sur l'Europe de l'Est que nous avons fait circuler. Bien sûr, les développements en Pologne dans les années 80 ont également beaucoup contribué à réveiller et maintenir cet intérêt.
Août 198t, East european reporter
4) Un séminaire sur "le rôle des groupes indépendants dans les relations pacifiques entre les nations" s'est réuni à Prague, le 17 juin 1988, à l'initiative de la Charte 77. 40 militants du mouvement de la paix venant de 17 pays différents, de l'Europe de l'Ouest et de l'Est, mais aussi des Etats-Unis, de Porto-Rico et de l'Inde, y ont participé. Les participants ont lancé un appel pour la création d'un "Parlement européen de la paix, constitué d'organisations non-gouvernementales", ce forum permanent serait chargé de soutenir les aspects positifs des accords d'Helsinki.