Novosti, dans les années 80. Nicolaï Vasetsky, 40 ans, est un journaliste soviétique, spécialiste du "trotskysme".
tourner le disque dont elle a besoin au moment opportun.
Mais attention ! Vasetsky prend cette fois certains risques.
UNION SOVIETIQUE idéologie et pratique
SA PHOTO ORNAIT la dernière page de brochures largement diffusées par l'Agence de presse soviétique
Comme des milliers de ses semblables, il n'est qu'un mauvais phonographe sur lequel la bureaucratie fait des brochures accusant Trotsky et les siens d'être des agents rémunérés de Hitler, de Chamberlain et du Mikado. Sans nul doute il l'aurait fait.
On lui a demandé de dénoncer les trotskystes comme des serviteurs de la bourgeoisie, il l'a fait à plusieurs reprises.
Aujourd'hui, on vient de le prier de dire que les trotskystes avaient changé et qu'on pouvait éventuellement faire un bout de chemin avec eux, il l'a encore fait.
Il est plus grave d'affirmer que les trotskystes sont des gens fréquentables que d'avoir dit qu'ils sont des flics.
On pourrait, plus tard, lui reprocher cet article...
DOCUMENT
E TROTSKYSME occupe une place particulière parmi les courants politiques qui se sont efforcés de se placer "à la gauche" des partis communistes. Son origine remonte au début des années 20. Son idéologie et sa pratique se basent sur la théorie de Trotsky de la "révolution permanente", qui a représenté une réaction spécifique d'une partie des couches non prolétariennes, avant tout de l'intelligentsia urbaine petite bourgeoise, à la théorie léniniste de la révolution socialiste. Par la suite le trotskysme a connu des modifications essentielles.
Le trotskysme moderne s'est présenté sous le drapeau de la "IVe Internationale"
qui a été fondée par Trotsky en 1938 et qui s'est divisée en plusieurs groupements luttant l'un contre l'autre. (...)
Ce qui révèle que la division des groupes de la IVe Internationale est devenue une norme d'existence. Leurs luttes entre eux proviennent de l'absence de toute base sociale solide, du subjectivisme, et du volontarisme dans l'appréciation des événements et des perspectives de la lutte de classes.
C'est pourquoi les trotskystes sont réduits à n'être que l'expression des ambitions de pouvoir des politiciens trotskystes. La mosaïque trotskyste est encore plus multicolore selon les différents pays.
En France, en Grande-Bretagne, en Espagne et dans une série de pays latino-américains, il existe de dix à quinze groupes trotskystes ou proches du trotskysme. Ces groupes sont assez petits, allant de quelques dizaines à quelques centaines de membres. Certes il y a des exceptions.
La division :
June norme
En France, il y a trois grosses organısations trotskystes : la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui compte entre 4 et 5 000 membres, laquelle depuis de nombreuses années s'efforce de devenir un parti de dix mille ; Lutte ouvrière (LO) avec 3 000 membres environ. En GrandeBretagne il y a le groupe Le Militant auquel appartiennent dix mille personnes environ. Deux ou trois partis trotskystes avec un nombre de militants allant de 1 000 à 3 000 existent en Belgique, aux EtatsUnis, au Canada, en Australie, au Pérou, en Argentine et au Brésil.
Tous ces groupes de la IVe Internationale s'efforcent de recruter des membres, pour la plupart dans la petite bourgeoisie, l'intelligentsia urbaine et dans les pays en voie de développement dans la paysannerie et les étudiants. On comprend pourquoi les trotskystes donnent la priorité à ces couches. Elles expriment incontestablement leur mécontentement à cause de leur situation dans les conditions de crise du capitalisme qui s'approfondit mais ne disposent pas toujours d'une expérience politique et peuvent donc être attirées par lidéologie du trotskysme qui, à première vue, apparaît radicale.
Tournant vers l'industrie
Dans les années 80, de nombreux groupes trotskystes se sont prononcés pour le déplacement du centre de gravité de leur travail des universités aux entreprises. Par exemple dans la République fédérale d'Allemagne, a été publié le journal trotskyste Sozialistische Arbeiterzeitung (Journal socialiste des travailleurs) qui se présente comme "l'organe de presse libre de l'ensemble de la classe ouvrière d'Allemagne"
Le trotskysme s'efforce d'exploiter le potentiel des travailleuses qui, dans les pays capitalistes industrialisés, représentent entre le tiers et la moitié de la population active, et qui sont soumises à une double exploitation du point de vue de la rétribution et de la qualification. Les trotskystes cherchent aussi à s'implanter dans d'autres couches de la société bourgeoise parmi les plus exploitées, c'est-à-dire les ouvriers sans instruction et peu qualifiés, les ouvriers agricoles, les immigrés et les chômeurs. Selon les trotskystes, le critère fondamental de l'esprit révolutionnaire de ces couches est leur bas niveau de vie et leur dénuement social.
Dans ces catégories de travailleurs les trotskystes voient une couche large de militants combatifs, susceptibles d'accepter plus facilement la théorie de la révolution permanente. Le propre de ces couches est l'aspiration à des changements immédiats C'est pourquoi ils n'ont aucune idée claire des chemins à parcourir pour les atteindre, ni des formes de combat appropriées, ri des véritables responsables de leur dé-
Les trotskystes s'adressent aussi (nor sans quelque succès) à des gens qui sont déjà passés par une certaine expérience de lutte politique, aussi bien dans les rangs des partis communistes ou socialistes que des syndicats, des organisations de jeunesse et des mouvements anti-guerre.
Selon les propres mots des dirigeants de Lutte ouvrière, il est nécessaire de recruter des travailleurs conscients qui veulent combattre pour la révolution, qui sont encore dans les rangs des partis communistes et socialistes, mais sont mécontents de la politique de leur direction.
Il faut surtout noter que les trotskystes apparaissent où et quand les organisations de travailleurs remportent leurs plus grands succès contre les patrons, arrachent des victoires dans des grèves et obtiennent des augmentations de salaire, des amélior:tions de leurs conditions de travail et de leur niveau de vie. Ils apparaissent aussi dans les entreprises où les organisation: des partis communistes et socialistes de même que les syndicats d'orientation révolutionnaire sont particulièrement actifs et combatifs.
"On peut se demander qui sert le trotskysme aujourd'hui, pourquoi il reçoit de l'aide des milieux contre lesquels, si nous devons croire ses dirigeants, 'une lutte plus réso-
"Cette position [d'aide au terrorisme armé en Asie du
Sud-Est] prise par les trotskystes est l'évidence incontestable que leur critique du socialisme réel est de caractère contre-révolutionnaire et vise à restaurer le ca-
Les trotskystes "espéraient que l'Union soviétique subirait la défaite en cas de guerre... Dans des directives envoyées à ses collaborateurs, Trotsky les appela à établir l'Allemagne fasciste et du Japon militariste." Suit une citation d'une lettre à Radek, produite en 1937, lors du deuxième des Procès de Moscou. Il a été reconnu depuis, par un tribunal soviétique qu'il s'agissait d'un faux
Pour attirer l'attention sur leurs conceptions, les trotskystes élargissent leur arsenal de propagande. A côté d'actions traditionnelles comme des manifestations, des meetings et des débats publics, ils ont adopté des méthodes nouvelles par rapport à celles des années 60 et 70, entre autres, participation à des campagnes électorales dans un but de propagande, apparition à la radio et à la télévision, cours de formation, publications d'articles dans des maisons d'édition à circulation de masse. (...)
Les trotskystes réformistes
Il y a des trotskystes qui ont des tendances sociales réformistes. Ils se regroupent dans le Secrétariat unifié de la IVe Internationale. Le credo de ces trotskystes réside dans le réformisme radical de gauche qu'ils interprêtent à leur façon. Ils ne nient pas la nécessité d'utiliser les institutions de la démocratie bourgeoise, ils participent aux élections, ils se prononcent pour la réalisation de réformes qui puissent améliorer les conditions de travail et de vie des travailleurs. (...)
Malheureusement, les trotskystes modernes n'étudient pas toujours en premier lieu les contributions de Trotsky en tant que révolutionnaire et qui lui ont valu l'éloge de Lénine et l'attention du Parti et du Komintern. En règle générale, ils préfèrent s'appuyer sur celles de ses contributions qu'il vaudrait mieux ne pas étaler au grand jour et laisser tomber dans l'oubli.
Les trotskystes reconnaissent les conquêtes des pays socialistes, mais en même temps ils contestent leur nature socialiste. Ils s'accrochent opiniâtrement à l'idée clé de la révolution permanente sur l'impossibilité de construire le socialisme dans un seul pays. Mais si dans les années 20 et 30, lorsque cette question n'était pas totalement éclaircie et que se sont produites les déviations des groupes staliniens par rapport aux conceptions de Lénine sur le socialisme, Trotsky avait certains arguments en sa faveur, par contre, dans les années 80, les positions trotskystes sur la non-existence du socialisme en Union soviétique et dans les autres pays qui composent le système socialiste mondial, apparaissent comme anachroniques.
L'idée de la transformation de l'Union soviétique par l'intervention des trotskystes est, elle aussi, inconséquente. D'une part, ils saluent apparemment les changements qui se réalisent tout en les interprè tant à leur façon. De l'autre, ils restent accrochés aux vieux clichés trotskystes, notamment à la thèse de Trotsky sur le "Thermidor soviétique", c'est-à-dire à la "dégénérescence de l'Union soviétique". Les dirigeants de Lutte ouvrière estiment que la nature de l'Union soviétique n'a pas changé par rapport à la période des années 20 et 30 lorsque la bureaucratie utilisait la terreur et les représailles pour la consolidation de son pouvoir. D'où la conclusion (pour utiliser leurs propres termes) : que les réformes soient réalisées ou non, le régime sera toujours hostile aux travailleurs.
VASETSKY 1984 : lue' doit être engagée." pitalisme." VASETSKY 1986 : grossier.
Les prises de position des trotskystes sont aussi contradictoires en ce qui concerne aussi la solution de la question clé d'aujourd'hui, à savoir la question de l'élimination du danger d'une guerre mondiale thermo-nucléaire et du maintien de la paix dans le monde. On peut croire qu'aucun des groupes trotskystes ne conteste l'importance de la lutte pour la paix. Mais dans la IVe Internationale on ignore avec obstination, de même qu'à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, l'efficacité de la politique de coexistence pacifique. qui est présentée, tout comme auparavant, comme un "règlement" entre l'Union soviétique et les Etats-Unis. Dans la presse trotskyste on a l'impression "d'entendre la voix d'un passé éloigné", qui se distingue très peu de l'idée de Trotsky, "la guerre est la mère de la révolution." Par exemple les trotskystes des Etats-Unis répètent de temps en temps "la révolution ouvrière est la seule voie pour le maintien de la paix".
Peut mieux faire...
Certes les trotskystes s'éloignent des conceptions du passé et s'efforcent de tenir compte de la situation actuelle, mais ils accompagnent leurs déclarations de toutes sortes de réserves. Parmi tous les éléments factuels ils choisissent ceux qui, dans leur opinion, les avantagent le plus. Dans ce contexte, on doit être d'accord avec ceux qui estiment que le seul critère que les trotskystes modernes considèrent comme valable pour juger de leur capacité de renouvellement, était et reste de savoir dans quelle mesure les thèses qu'ils utilisent sont utiles pour leur stratégie et leur tactique.
Tout cela doit naturellement déterminer l'attitude des autres partis et organisations de gauche envers les groupes trotskystes. Il
Le trotskysme aujourd'hui, quels intérêts sert-il ?
Novosti, 1984 contacts directs avec les gouvernements de Le trotskysme aujourd'hui : contre la paix et la détente
Novosti, 1986 y a une certaine tendance à une attitude réticente. Mais en général, l'attitude vis-à-vis des trotskystes n'est pas aussi claire qu'auparavant. La plupart des organisations de gauche adoptent, face aux trotskysme, une attitude de "neutralité active".
Possibilité de collaboration Cela n'exclut pas la possibilité d'une collaboration politique avec les trotskystes. Il existe déjà beaucoup d'exemples d'une telle collaboration de la part des partis communistes et socialistes, d'organisations et de mouvements anti-guerre, dans une série de pays d'Europe occidentale et d'Amérique latine, ainsi qu'en Australie. Des blocs électoraux, des alliances politiques, et des accords pour la réalisation de campagnes politiques à court terme, et par -fois même à long terme ont été réalisés avec les groupes trotskystes.
Il faut juger dans chaque cas concret dans quelle mesure cette collaboration peut donner des résultats. D'après nous, des alliances de cette nature doivent être des alliances soit "contre" ", soit "pour". "Contre" la politique anti-populaire de l'impérialisme des monopoles, "pour" des transformations dans l'intérêt des travailleurs. Seule une telle collaboration pourra avoir un sens et n'aura aucune conséquences négatives pour les partis concernés.
Agence de presse Novosti 25 novembre 1988