Inprecor 1974–2004

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ETAT ESPAGNOL

Les jeunes et la grève générale

· Inprecor n° 279, 9 janvier 1989 · p. 8 · 992 mots

Syndicalisme État espagnol

A PRES LES mobili-

sations de l'année 1986-87, l'activité politique dans la grande majorité des centres universitaires, se limitait à des revendications d'ordre académique, antimilitariste, féministe, etc., menées par une petite avant-garde. Celleci n'avait par ailleurs que peu de rapports avec le mouvement ouvrier: l'appui des centrales syndicales aux grandes luttes de 1986-87 fut davantage une déclaration d'intention qu'une réalité pratique sur le terrain.

Les syndicats d'enseignants restèrent en marge de ces mobilisations et les étudiants firent de même envers les luttes des enseignants de l'année passée.

Les discussions et les assemblées qu'il a fallu convoquer pour expliquer et dénoncer le PEJ dans les centres scolaires, ont constitué un aspect essentiel de la préparation de la grève générale. Le bilan général que l'on peut tirer de ce processus a été excellent : des centaines de débats et d'assemblées ont eu lieu, avec une affluence importante de jeunes. On peut dire qu'à l'exception des Assemblées du cursus 1986-87, jamais autant de débats et d'assemblées n'avaient été organisés dans les institutions scolaire et surtout en quelques jours, depuis les mobilisations anti-OTAN.

Les précédents de la grève

Les résultats, en termes d'organisation des étudiants, ont cependant été très limités. Le temps a manqué pour que l'intérêt de la lutte contre le PEJ ou la préparation de la grève générale, puissent aboutir à la constitution de noyaux d'étudiants capables d'organiser la mobilisation. Ceux qui se sont engagés dans ces tâches ont été une avant-garde et se sont dotés d'une organisation très informelle. Les résultats ont été meilleurs là où s'est maintenue une coordination de centres ou un Collectif central des étudiants. Lorsque de tels collectifs n'existaient pas — et c'était souvent le cas — la mise sur pied d'une réunion de coordination, même informelle, a été lente et dif-

Dès le 24 novembre, les premières grèves et manifestations des étudiants ont montré que les jeunes étaient prêts à se mobiliser, alors que les discussions et les assemblées d'explication dans les centres scolaires avaient à peine commencé. Ce jour-là, de nombreux instituts et écoles professionnelles ont arrêté de travailler, dans l'unique but de se joindre à l'Appel.

Le ler décembre a été un nouveau pas en avant : avec unc grève beaucoup plus forte, des manifestations dans plusieurs villes et le succès de la marche sur Madrid et de la grande manifestation qui regroupa plusieurs dizaines de milliers de jeunes venus

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Les jeunes et la grève générale

LE RETRAIT DU PLAN d'emploi des jeunes

(PEJ) était un des principaux objectifs de la grève générale du 14 décembre. Mais pour analyser ses implications dans la jeunesse, il ne faut pas se limiter au 14 décembre, et prendre en compte l'ensemble du processus, en particulier les mobilisations du 24 novembre et du 1er décembre 1988.

F. CRUELLS de l'ensemble de l'Etat espagnol. La grève générale fut totalement suivie par la jeunesse scolarisée, ce qui était déjà acquis, depuis la veille, dans la plupart des écoles.

Cela diminua la motivation pour faire des piquets de jeunes et ceux qui se constituèrent n'eurent que peu d'activités spécifiques. Ils finirent par s'intégrer à quelques- uns des piquets centraux. Les piquets de jeunes furent plus nombreux et dynamiques dans les quelques écoles où des assemblées s'étaient tenues auparavant, et où le piquet initial devait se consacrer à convaincre de la nécessité de la grève, ceux qui n'y parti-

La présence et la combativité des jeunes se sont davantage fait remarquer au cours des manifestations de la soirée. Mais même là, leur présence fut moins spectaculaire que lors de la marche sur Madrid du ler décembre, car bien qu'en plus grand nombre, ils étaient généralement dispersés à l'intérieur des grandes manifestations.

Cette grève générale a constitué la première expérience importante conjointe entre ouvriers et étudiants pour des revendications communes et avec des

CC.U0.

méthodes d'action similaires. Le PEJ a signifié l'apparition d'un nouveau thème revendicatif sur lequel une de mobilisation massive de la jeunesse existe. Jusqu'à l'appel du 14 décembre, le chômage et l'emploi précaire étaient de graves problèmes sociaux de la jeunesse, mais la capacité de mobilisation effective restait faible. Ces thèmes mobilisent, aujourd'hui, la majorité des jeunes. En ce sens le 14 décembre a vu un élargissement des thèmes de radicalisation de la jeunesse, le début d'une lutte contre des aspects clés de l'exploitation capitaliste et celui d'une convergence dans l'action avec le mouvement bre, le coup décisif qui a été porté au PEJ, et l'expérience positive de collaboration avec le mouvement ouvrier sont des facteurs qui incitent à l'optimisme. Mais des problèmes importants persistent dans le domaine de l'organisation et de l'attitude des centrales syndicales.

Poursuivre la mobilisation

La poursuite de la mobilisation des jeunes exige, avant tout, une bonne organisation. Il est très important que les Collectifs des institutions de scolarité que les Coordinations et Collectifs centraux des étudiants, dont la faiblesse s'est révélée dans la préparation du 14 décembre, se renforcent. Mais on doit également améliorer le niveau d'organisation des jeunes chômeurs, de ceux qui risquent de le devenir, de ceux qui sont condamnés à un travail précaire, etc. Dans ce domaine le travail spécifique développé par les syndicats est très important, il doit aller au-delà de l'appui accordé aux Plates-formes des jeunes pour l'emploi.

Enfin, l'attitude générale adoptée par les syndicats, face au gouvernement et au patronat sera très importante pour déterminer la position qu'adopteront les jeunes à leur égard : la convergence a été possible autour de la grève générale et elle ne peut se maintenir que si cette volonté de lutte demeure. Les jeunes seraient les premières victimes des pactes avec le gouvernement et le patronat et cela ruinerait toute possibilité de convergence entre le mouvement jeune et les syndicats.

Impulser une politique combative et radicale dans la jeunesse sur le plan organisationnel et dans les syndicats est la meilleure garantie pour l'unité entre ouvriers et étudiants et pour le renforcement des deux mouvements. C'est cette voie qu'il faut emprunter.

20 décembre 1988

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