EN
BREF...
POLOGNE Infirmières de tous les pays ....
LES PAYS ne se ressemblent pas forcément, mais la condition des travailleuses elle, se ressemble comme deux gouttes d'eau quel que soit l'endroit où l'on se trouve. Pour preuve, cette lettre d'une infirmière polonaise publiée dans un des organes de la presse clandestine de Solidarité.
Dans l'hôpital où je travaille comme infirmière, en service d'après-midi et de nuit, il y a un médecin de garde pour trois services et une infirmière pour un service de quarante et quelque lits. Malgré la bonne volonté du personnel, il est physiquement impossible de faire face à tous les besoins des malades. Il arrive fréquemment que l'intervention immédiate du médecin soit nécessaire dans deux services différents. Dans ces situations, l'infirmière doit elle-même intervenir dans l'un des services. Le stress s'ajoute à la fatigue physique, la fatigue psychique augmente.
Celui qui pense que nos supérieurs valorisent notre travail épuisant, se trompe lourdement. Ce n'est malheureusement pas le cas. On nous impose des gardes supplémentaires pendant nos jours de congé, sans nous demander notre avis. Nous finissons par n'avoir que trois jours de libres dans le mois, et ce sont en général des jours de compensation de nuits de garde.
On nous enlève ainsi toute vie privée, il est impossible de planifier son temps en dehors du travail. Les supérieurs refusent de prendre en considération nos protestations.
En théorie, nous avons le droit de choisir entre avoir un jour de congé ultérieur ou être payées pour nos gardes supplémentaires. C'est une illusion de plus, car il est impossible d'obtenir ensuite des jours de congé. Que nous soyons d'accord ou pas, on nous paye les gardes supplémentaires. De cette manière, il arrive que nous travaillions pendant deux semaines d'affilée sans un seul jour de repos. Inutile de préciser que c'est une violation caractérisée du Code du travail, et avant tout pour nous, en tant qu'employée et en tant que femmes.
Puisque cette situation dure depuis quelques mois et qu'il n'y a pas d'espoir de la voir s'améliorer (aucune nouvelle infirmière ne s'est présentée pour se faire embaucher), nous réclamons depuis longtemps la fermeture d'un service ou, au moins, la diminution de moitié du nombre de lits. Malheureusement, cela n'a été suivi d'aucune réaction ni initiative de la part de la direction.
Je ne comprends absolument pas au nom de quoi, on maintient à tout prix le fonctionnement de tous les services, malgré un manque considérable de personnel. Mais ce n'est certainement pas au nom du bien des malades.
Joanna.
(CDN numéro 246. 27 octobre 1988)