NICARAGUA Nouvelles mesures économiques
(ANN-NICARAGUA) Le Gouvernement nicaraguayen a mis en marche une nouvelle série de mesures économiques qui ont commencé par une dévaluation de la monnaie de 117% et une hausse du prix du combustible et des transports.
Ces mesures, auxquelles s'ajoutera un réajustement des salaires qui n'a pas encore été défini, ont été annoncées en différentes occasions par le président de la République Daniel Ortega et le vice-président Sergio Ramirez. Dans son traditionnel discours de fin d'année prononcé le 31 décembre, Daniel Ortega a rendu publique la décision de réduire de 40% le budget du ministère de l'Intérieur et de 29% celui de l'Armée sans que soit affectée pour autant la Défense mi-
Le gouvernement a également décidé de réduire de 60% les investissements prévus. De son côté, Sergio Ramirez a expliqué le 3 janvier que le gouvernement ne procèdera pas en 1989 à de nouvelles émissions monétaires et que le budget général de l'Etat devra être alimenté par différentes sources de financement "que ce soit les impôts, les financements étrangers ou d'autres types de transfert".
Cette mesure, ajoutée à la limitation des dépenses publiques, permettra selon le vice-président de "venir à bout de l'hyperinflation".
Selon Daniel Ortega, en 1988 l'inflation a atteint 20 042% "chiffre qui reflète l'inflation que nous avons accumulée pendant la période antérieure ainsi que la dévaLuation du cordoba de 1/10'000 qui s'est produite quand nous avons effectué le changement de monnaie en février".
Le 4 janvier, le taux de change du cordoba est passé de 920 à 2 000 pour un dollar. Cette décision, qui s'inscrit dans la ligne adoptée par le gouvernement en février dernier, a pour but de stimuler les exportations agricoles sur lesquelles repose l'économie du Nicaragua.
Le nouveau "paquet" économique comprend également une augmentation de 139%. Le prix des transports urbains, qui était resté le même depuis la réforme économique de février 1987, passe de 0,5 à 100 cordobas. Cependant, ce tarif continue à être très bas, sans nul doute le plus bas du continent.
En plus du maintien de la subvention aux transports urbains, le gouvernement va appliquer d'autres mesures de type hétérodoxe, parmi lesquelles figurent la distribution mensuelle à des prix subventionnés d'un "panier de la ménagère", comportant 5 kg de riz, 5 kg de haricots rouges et 2,5 kg de sucre, destiné aux employés de l'Etat, un des secteurs les plus touchés.
Les coupes budgétaires ne concernent pas la santé, l'éducation ni divers programmes sociaux tels que l'octroi de pensions aux retraités, aux mutilés de guerre, les actions en direction des orphelins de guerre et celles qui entrent dans le cadre de la campagne pour la défense de la vie de l'enfant. Par ailleurs, les enfants de moins de six ans continueront à bénéficier de la gratuité des médicaments.
Cet ensemble de mesures intervient à un moment où l'économie, déjà durement affectée par l'agression et la crise mondiale, a subi de plein fouet les effets de l'ouragan Joan, qui a provoqué des pertes pour un montant équivalent à 40% du produit intérieur brut selon l'évaluation de la commission économique pour l'Amérique latine (CEPAL) de l'ONU.
"L'ouragan, a estimé le présideni Ortega, est la cause principale de l'inflation galopante intervenue à la fin de l'année 1988, c'est pourquoi la réduction de l'indice de l'inflation continuera à être la première priorité dans la politique économique que nous poursuivrons en 1989".
Aux graves déséquilibres internes s'ajoute un déficit commercial chronique et important puisqu'on l'estime fin 88 à plus de 600 millions de dollars, ce qui représente presque trois fois la recette des exportations.
Malgré toutes ces difficultés, aggravées par la réduction des flux financiers internationaux, le gouvernement nicaraguayen a cependant réussi à maintenir le paiement de la dette extérieure qui s'élève à plus de sect milliards de dollars et dont le service engloutit 70% des exportations de biens et de services.
Daniel Ortega a expliqué qu'entre 1980 et 1988 le Nicaragua a remboursé 1,2 millions de dollars, à savoir 777,9 millions en remboursement de capital et 442,9 mil-
lions en intérêts, dans des conditions que le chef de l'Etat a qualifiées "d'injustice notoire".
Divers spécialistes estiment que la profonde crise économique, la détérioration continue des termes de l'échange sur le marché mondial et la diminution des flux financiers internationaux font qu'il sera impossible cette année pour le gouvernement de continuer à payer la dette extérieure.