le Mouvement du premier mai (KMU), principale centrale anthropologie à l'Université de San Carlos, à Cebu City.
Son prédécesseur, Lean Alejandro avait été assassiné
PHILIPPINES
Plus la moindre illusion sur Aquino
ZENAIDA UY, secrétaire générale de Bayan (Nouvelle alliance patriotique), la plus importante coalition d'organisations de masse, où se retrouvent notamment syndicale du pays, et le Mouvement paysan des
Philippines (KMP), était en tournée aux Etats-Unis, cet automne, dans le cadre de la campagne pour arreter l'intervention américaine aux Philippines.
Zenaïda Uy est enseignante en sociologie et par des tueurs "anonymes"
ULLETIN IN DEFENSE
B
OF MARXISM : Quelle est l'attitude des ouvriers et des paysans philippins envers le gouvernement de Corazon Aquino, et coma-t-elle évoment cette attitude lué depuis le renversement de
Marcos, en 1986?
- ZENAIDA UY : J'aimerais préciser que lorsque nous avons renversé le dictateur Marcos et que nous avons placé
Corazon Aquino au pouvoir, nous espérions que les problèmes essentiels du peuple seraient pris en charge et que des changements concrets interviendraient dans la vie quotidienne, surtout pour les larges masses. Mais par la suite, bien que, dans les premiers mois du gouvernement d'Aquino, nous ayons adopté une attitude de collaboration politique, nous avons pu voir qu'il y avait un réel contraste entre ses promesses électorales et sa politique réelle, ce qui montre clairement qu'Aquino et son gouvernement sont incapables de réaliser l'essentiel de ce qu'ils avaient promis. Les réformes rapides et décisives prévues, n'ont pas été réalisées.
Bayan (Bagong
Maka-
Alyansang
Bayan, le Peuple/la Nation) est une fédération d'organisations territoriales et sectorielles qui comprend les organisations de travailleurs et de paysans du pays, c'est-àdire le syndicat ouvrier militant et nationaliste, KMU, et l'organisation paysanne militante, le KMP. Ces organisations avaient également placé de grands espoirs dans le nouveau gouvernement, pour la solution des revendications élémentaires des ouvriers et des paysans. Mais elles se sont rendues compte, que comme sous le régime de Marcos, à partir du moment où les travailleurs continuaient d'exercer leur droit de s'organiser et de faire grève, expression
, le 19 septembre 1987 (1). ultime de leurs revendications, ils étaient de nouveau confrontés aux militaires.
J'aimerais attirer votre attention sur ce qui est arrivé, en janvier 1987, aux pay sans qui ont manifesté sur le pont de Mendolia, près du Palais présidentiel de Malacanang, à Manille. Ils venaient avec une revendication très élémentaire qui était la terre, la propriété de la terre. Ils étaient conscients que c'était le point central de la lutte et savaient que 7 paysans sur 10 sont sans terre et que quelques familles seulement possèdent et contrôlent toute la terre du pays. Mais lorsqu'ils ont manifesté, ce jour là, ils ont été accueillis par les marines, armés de pied en cap, qui ont immédiatement tiré, tuant 18 jeunes paysans. Les paysans se rendent compte, aujourd'hui, surtout après 30 mois de régime Aquino, que leur espoir d'accéder à la propriété de la terre ne sera jamais satisfait sous ce gouvernement.
Comme base de départ pour une authentique réforme agraire, ils ont donc eu recours à ce qu'ils appellent les initiatives paysannes, qui comprendraient les étapes
— d'abord résoudre la question des terres en friche, celles qui appartiennent au gouvernement. Nous exigeons que ces terres, qui resteront incultes tant qu'elles appartiendront à l'Etat, soient distribuées gratuitement aux paysans sans terre.
- certaines terres avaient été accaparées par Marcos, le dictateur déchu, ou ses cronies (les personnalités corrompues qui composaient l'entourage immédiat de Marcos, ndlr), par des moyens illégaux et immoraux. Nous voulons qu'elles soient également distribuées gratuitement aux paysans sans terre, parce que précisément, elles avaient été acquises par des moyens d'autres terres ont été hypothéquées par les banques d'Etat et sont également en friche. Nous proposons que ces terres soient distribuées aux paysans sans dettes.
— et finalement, comme il y a de larges bandes de terre, des centaines et des milliers d'acres, qui sont aux mains d'une poignée de familles de grands propriétaires terriens, nous demandons également que le gouvernement négocie avec ces propriétaires et rachète une bonne partie de ces terres. On doit certes leur en laisser une quantité suffisante pour nourrir leur famille et leurs enfants, mais nous exigeons que le reste de la terre privée soit rachetée par le gouvernement aux prix du marché et soit redistribuée gratuitement aux paysans qui en ont besoin.
Entre temps, on peut encourager les grands propriétaires terriens à investir dans les affaires, pour créer des emplois Voilà l'approche globale du KMP et de Bayan en ce qui concerne la réalisation d'une authentique réforme agraire.
Mais nous ne nous contenterons pas d'une simple redistribution, ce serait insuffisant. On doit mettre en route un programme d'assistance financière et technique complète pour aider les paysans qui reçoivent la terre à devenir productifs, autosuffisants et indépendants. Ils doivent au moins avoir un surplus de production qui leur donne la possibilité d'acheter les biens produits par le secteur industriel, par la classe ouvrière. Nous considérons qu'il y a un lien entre le pouvoir d'achat des paysans et celui des ouvriers. Les biens produits par les ouvriers deviendront abordables pour les paysans si ces derniers réussissent à devenir auto-suffisants et indépendants.
L'autre face d'un authentique programme de réforme agraire serait, ce que nous appelons un programme d'industrialisation nationaliste à l'initiative des travailleurs. Quelle en est la signification ? L'économie du pays est essentiellement dominée par le grand capital étranger. Le pays est suffisamment riche en ressources nécessaires à une industrialisation. Nous possédons la main-d'œuvre, une main-d'œuvre dévouée, patiente, persévérante et habile. Et enfin, une couche de la population est formée et pourrait aider à ce développement.
Nous proposons que 11 ou 12 des principales branches d'industrie de base qui sont aux mains du capital étranger, soient nationalisées. Pourquoi ? Parce que, d'abord et avant tout, ces entreprises devraient être au service du peuple et non pas une source de profit. De quelles branches s'agit-il ? L'industrie pharmaceutique, chimique, les communications, les transports, l'alimentation, le textile, l'électricité et l'eau. Ce ne sont que des exemples, il y en a d'autres, 11 ou 12 au total. Nous pensons que ces secteurs doivent être nationalisés et dirigés par le gouvernement (ce qui impliquerait la mise sur pied de mécanismes qui contrôlent la corruption). Par exemple, si l'eau et l'électricité étaient nationalisées devenant ainsi des services et non pas des sources de profit, elles pourraient être distribuées à des prix plus abordables.
1) Sur l'assassinat de Lean Alejandro, voir Inprecor numéro 250 du 5 octobre 1987.
A côté de ces nationalisations, nous mettons l'accent sur la création et le développement de davantage de coopératives, qu'elles soient paysannes, ouvrières, de crédit, de consommateurs ou autres. Nous connaissons des pays qui ont réussi dans cette voie. Il n'y a donc aucune raison pour que les Philippines ne puissent pas adopter ces idées. Certes certaines coopératives existent déjà, mais nous demandons que cette approche soit sérieusement étudiée et encouragée auprès du peuple.
Troisièmement, les compétences de certains Philippins doivent être exploitées afin de créer ce que nous appellerions une classe d'entrepreneurs philippins. Le secteur privé doit être encouragé. Et finalement, puisque nous faisons partie d'un système global, certains investisseurs seront également les bienvenus, condition que le peuple philippin puisse garder le contrôle sur l'ensemble de leurs activités. Il nous faut une économie mixte et c'est seulement à ce moment-là que les travailleurs pourront avoir des salaires justes.
Notre vision de l'amélioration de l'économie du pays a deux facettes.
Après 30 mois de présidence d'Aquino, d'activités contre le peuple et les pauvres, menées par son gouvernement, Bayan définitivement abouti à la conclusion suivante : il ne nous est plus possible d'avoir la moindre illusion sur les capacités de ce gouvernement à apporter un changement réel. Il est en fait devenu un gouvernement pro- américain, contre le peuple, contre les pauvres.
• Pouvez-vous nous dire quelle est la situation de la guérilla,
Nouvelle armée du peuple (NPA)
depuis la fin du cessez-le-feu avec l'armée (2) ? A-t-elle gné du terrain, ou le gouverneconsolide-t-il ses
— C'est une question réellement intéressante. D'après les rapports de l'Armée elle-même, tels qu'ils sont publiés dans les journaux au pays, le général Fidel Ramos insiste sur le renforcement de la résistance armée. Mais en même temps, il prétend avoir la situation en main, malgré ce renforcement de la guérilla, et se donne même un calendrier précis, de trois ans au maximum, pour la destruction totale de la résistance armée.
L'ancien ministre de la Défense et actuel sénateur, Juan Ponce Enrile, quant à lui, a déclaré, au contraire, que les militaires subissaient quelques revers. Donc, nous apprenons par les journaux que les troupes de la NPA sont détruites et que leurs bases secrètes sont découvertes, mais l'ancien ministre de la Défense nous affirme exactement le contraire.
opinions, quelle est celle qui reflète la réalité et quelle est celle qui fait partie de l'arsenal de désinformation du gouvernement pour influencer l'opinion publique ?
— Les journaux nous disent que maintenant, la NPA peut frapper à volonté. Donc, même si le gouvernement réussit réellement à tuer des guérilleros, nous apprenons par la même occasion qu'une véritable guerre se poursuit dans les campagnes. La NPA peut frapper à volonté, et certains experts disent que c'est une indication de ses capacités organisationnelles. D'autres experts pensent, en revanche, que la résistance armée va peut être s'éteindre lentement d'elle-même.
Je voudrais présenter l'ensemble de la situation d'une façon très objective. nous regardons les conditions qui existent actuellement aux Philippines, nous sommes toujours confrontés à une paupérisation accrue du peuple, une injustice profonde, une double morale — une pour les pauvres, une pour les riches, — une escalade de la corruption, une répression menaçante et révoltante et une montée effrayante de la violation des droits de l'Homme. Les gens très pauvres, les paysans sans terre, les travailleurs sous-payés, les déracinés des quartiers miséreux de la ville, les indigènes marginalisés, les membres sous-payés, sont les principales victimes de cette vague de violation des droits de l'Homme. Donc de ce point de vue, rien n'a changé d'une façon visible dans les conditions objectives. Et ce sont ces conditions qui ont permis le développement et le maintien de la résistance armée.
Si les conditions s'étaient améliorées, nous aurions pu dire que la résistance armée n'a plus de raisons d'être. Mais c'est le contraire qui est vrai. Plus l'espace démocratique se ferme et se restreint, plus les gens sont mis le dos au mur. Les choix qui auraient pu exister si l'espace démocratique était plus large, se réduisent comme une peau de chagrin. Certains vont donc choisir de se défendre et de défendre leur vie à travers la résistance armée. Par conséquent, lorsque le général Ramos prétend qu'il a la situation en mains, il ne fait que répéter ce que disait Marcos quand il était au pouvoir.
• Vous dites travailleurs et les sans sont victimes de la répression du gouvernement et des groupes de vigilantes semblerait que l'organisation l'auto-défense soit nécessaire ?
- C'est juste. Mais j'aimerais préciser que
Bayan continue de mettre en avant une solution pacifique, non-armée, mais militante, afin de il changer la situation.
est cependant triste de constater, c'est l'une de:
nos principales préoccupations, que les personnes qui ont été sauvagement assassinées, enlevées sous le régime d'Aquino, sont précisément les hommes et les femmes qui avaient adopté une approche pacifique pour changer les choses. Notre précédent secrétaire général,
Lean Alejandro, père d'un enfant de six mois, était un homme de paix. Il croyait à l'efficacité des protestations ou des pressions politiques et il a été assassiné dans notre local, un après-midi de l'année dernière, le 19 septembre 1987.
Nous avons un profond respect envers ceux qui ont opté pour la résistance armée, mais Bayan continuera d'exercer ses droits légaux et à plaider pour notre droit à organiser les gens et à exprimer les idées du per-
2) Nouvelle armée du peuple, guérilla dirigée par le
Parti communiste des Philippines (PCP), elle compte près de 30 000 combattants.
3) Les vigilantes sont des organisations paramilitaires soutenues par le gouvernement et qui participent à la lutte contre-révolutionnaire en organisant notamment des attentats contre les personnalités politiques de gauche
Voir "Philippines, les droits de l'Homme en danger", dans Inprecor numéro 265 du 9 mai1988.
ple en faveur d'un changement. Pour la première fois de notre histoire, ce droit est garanti par la Constitution. L'une de ses clauses stipule que l'on peut créer des organisations légales du peuple et qu'elles seront protégées. Ce sont ces droits-là que nous entendons exercer.
• Que pensez-vous de l'accord qui a été récemment annoncé sur les bases . américaines aux Philippines (4) et quelle est votre attitude, en général, sur la question des bases militaires américaines ?
— Bayan a exprimé d'une façon très claire ses appréhensions sur la position du secrétaire aux Affaires étrangères, Raul Manglapus, qui veut se contenter de corriger un peu l'approche mercenaire originale, sur l'ensemble de la question des bases militaires. Nous pensons, quant à nous, que les bases sont la pierre tombale de notre souveraineté nationale perdue. Nous insistons pour que l'on avance fermement vers l'abrogation éventuelle de ces accords. Ce sera le bon choix.
Il est vraiment dommage que sur cette question des bases, toute l'attention soit focalisée sur cette proposition d'augmentation de leur loyer, pour les deux années à venir. Bien sûr, cela sera exploité au maximum par ceux qui veulent que les bases restent, mais à Bayan, nous avons fait le choix inverse.
Pour justifier l'existence des bases, ils en sont réduits à raconter des mensonges et des demi-vérités à notre peuple. D'abord, les Américains prétendent que ces bases sont nécessaires pour protéger les Philippins. Historiquement, ce n'est pas prouvé du tout. Les Américains étaient là quand les Japonais nous ont attaqués et ils n'ont pas pu nous protéger.
Deuxièmement, ils prétendent que ces bases sont nécessaires pour protéger la paix dans la région, ce qui, historiquement, n'est pas vrai non plus. Déjà au début du siècle, nous avons des preuves évidentes
"Un nombre croissant de personnes insistent pour qu'on mette fin à l'intervention américains" (DR)
GRAND MARSHALL
PLAN =
qui montrent que les bases de mon pays ont été utilisées comme rampes de lancement pour des interventions militaires dans le Pacifique, contre la révolte des Boxers en Chine, en Sibérie, au Cambodge, en Corée, au Vietnam. Nous voyons ainsi que la présence américaine aux Philippines a été davantage utilisée pour faire la guerre et pour des agressions, que pour des objectifs de paix.
Par ailleurs, il faut tenir compte du coût moral et social des bases : la prostitution adulte et infantile a augmenté. Le plus jeune des enfants inscrits comme prostitué a 7 ans. Ils ont même inventé des rings de boxe pour prostitués. d'enfants naturels de père américain, est en augmentation. Le nombre de victimes du SIDA augmente tout autant. Même si certains de ces cas peuvent être imputés aux touristes, un grand nombre de ces maladies sociales sont directement le fait des militaires étrangers en service dans les bases.
Par conséquent, nous avons insisté pour que les bases soient démantelées, dès la fin des accords en 1991, et qu'elles soient converties à des usages plus pacifiques. Par exemple, la base aérienne de Clark peut être transformée en un grand aé roport international avec centres commerciaux ou complexes industriels. La base navale de Subic Bay peut être transformée en un immense chantier naval, pour les réparations, l'entretien de navires, etc. Le seul autre complexe semblable de la région se trouve à Singapour. Subic est l'un des meilleurs ports maritimes de la région et peut être parfaitement utilisé pour des besoins productifs.
L'intervention américaine a-t-elle diminué depuis l'époque de Marcos ?
— Laissez-moi vous citer un exemple. Cinq tentatives de coup d'Etat ont eu lieu depuis qu'Aquino est arrivée au pouvoir. La plus sérieuse étant celle du colonel Gregorio Honasan. Nous avons des preuves selon lesquelles le fameux expert militaire améri-
TERR
KIAL LAW!
toke"
with yo
cain, le colonel Victor Raphael, était très actif dans la zone où se sont organisées les troupes de Honasan. Il a été vu en train de donner directement des ordres aux soldats philippins, pour qu'ils ne tuent pas les membres du groupe de Honasan qui préparaient le coup d'Etat. Et lorsque les enquêtes ont commencé, il a simplement été envoyé hors du pays.
Nous avons des preuves du gonflement du personnel de la CIA et de l'accroissement de son budget pour les Philippines. Ce n'est certes pas un hasard. Nous voyons, par ailleurs, de plus en plus de fonctionnaires américains en visite dans notre pays. Ce n'est pas non plus un hasard.
Les mouvements de masse ont subi des coups, et Bayan a également souffert de l'assassinat de ses membres et dirigeants. Il y a bien sûr eu les contre-coups de l'erreur du boycott des élections (5). Mais malgré tout cela, depuis un an, nous assistons à une naissance des organisations du peuple, ce qui montre qu'un nombre croissant de personnes réalisent qu'en continuant à agir seuls, ils vont aboutir à une impasse. Nous ne devons jamais oublier que seul un peuple uni, qui se bat de façon organisée pour réa liser les changements structurels les plus impératifs du système, peut réellement réussir à changer la société.
C'est ainsi que nous assistons à un ré veil des organisations du peuple, dans leurs secteurs, dans leurs quartiers, à plus d'activités, de manifestations, de protestations, et bien sûr d'alliances de différents groupes sur des questions particulières. Par exemple, des groupes de convictions différentes s'unissent maintenant sur la question de la dette extérieure. Ils savent que le service de la dette extérieure doit être réduit à 10% au lieu des 40% actuels. Ils savent également que l'on doit refuser de payer certaines parties de cette dette et sont conscients que l'on doit étudier la possibilité d'un moratoire. Ces groupes ont peut-être des divergences sur d'autres questions, mais s'unissent à travers tout le pays sur ce point.
Une autre coalition s'est faite contre les bases. Il s'agit de groupes qui ne sont pas d'accord, par exemple, sur la question de la dette extérieure mais qui s'unissent contre les bases. D'autres qui ne sont pas d'accord sur ces deux questions, se retrouvent en revanche dans la lutte commune pour les libertés civiques, il s'agit du Mouvement national pour les libertés civiques.
Dans le Congrès pour la réforme agraire du peuple, se retrouvent par ailleurs des groupes qui ne peuvent s'unir sur ces troi:
4) L'accord, signé le 17 octobre 1988, à Washington, prévoit que les Etats-Unis pourront utiliser les bases de Clark et Subic-Bay aux Philippines (les plus grandes bases militaires américaines en Asie) jusqu'en 1991, date d'expiration du bail signé en 1947. Les EtatsUnis augmenteront le loyer qui s'élèvera à 481 millions de dollars par an.
5) Bayan, tout comme le PCP, avait boycotté les élections de février 1986, qui avaient porté Aquino au pouvoir. Depuis, le PCP a fait une autocritique sur cette question. Voir les articles de Paul Petitjean, "les débats au sein de la gauche révolutionnaire", Inprecor numéro 220 du 26 mai 1986 ; "trois mois après la 'révolution de février'', Inprecor numéro 221 du 9 juin 1986 ; "le PCP fait son autocritique", Inprecor numéro 222 du 23 juin 1986.
précédentes questions. Tout cela montre que de plus en plus de gens comprennent le sens de l'unité d'action et des efforts collectifs pour faire avancer les réformes de base.
• Il existe une grande variété d'organisations de masse, syndicales, ou politiques aux Philippines, quels sont les débats en cours entre elles?
— Des signes très sains nous montrent, en effet, que le principe du pluralisme politique est en passe de devenir une réalité. Pour nous, c'est très significatif, car ce sont les indices fondamentaux d'un véritable processus démocratique. Nous voudrions encourager au maximum cet épanouissement. Nous avons besoin de la présence d'un nombre accru de groupes et d'idées pour discuter et décider d'une façon réellement libre et démocratique, de ce que nous devons faire. La nécessité de respecter pleinement le pluralisme politique est l'un des points sur lequel nous insistons beaucoup à Bayan.
Mais ce n'est pas ce qui se passe actuellement, car tous les problèmes du pays sont simplement réduits à l'alternative "démocratie ou communisme". Donc l'ensemble des groupes qui se battent pour le changement, les paysans qui se battent pour la terre, les ouvriers qui se battent pour des salaires décents et des conditions de travail humaines, sont simplement comptabilisés comme des indices de l'activité communiste. C'est très triste. Il est vrai, par exemple, que l'appel aux prolétaires de tous les pays à s'unir, est une idée communiste, mais ce n'est pas une mauvaise idée pour autant. C'est un appel juste et adéquat et qui doit être soutenu. Certaines des demi-vérités et certains des mythes répandus à ce sujet commencent à être reconsidérés.
On nous dit que lutter pour une réforme agraire est communiste, mais au lieu de faire peur, cela pousse les gens à se demander alors" quel mal y a-t-il à cela" ? Même mécanisme en ce qui concerne la lutte pour des salaires justes, car la contradiction entre les travailleurs et les patrons s'exacerbe. Le travailleur qui revendique le salaire qu'il mérite réellement, pour qu'il puisse subvenir aux besoins de sa famille, se demande aussi" quel mal y a-t-il à cela"? Dans la mesure où l'hystérie anti-communiste est réellement forte, de plus en plus de gens commencent à réaliser que l'alternative "démocratie ou communisme", n'est en réalité qu'une semi-vérité. Puisqu'un nombre accru de personnes voient les choses d'une façon objective, scientifique et historique, nous avons quelque espoir qu'elles pourront par conséquent comprendre la validité et la justesse de la lutte du peuple.
• Voulez-vous dire que le peuple apprend à travers la lutte et que nous assistons, aujourd'hui, à une nouvelle montée populaire aux Philippines ?
Les espoirs soulevés à l'époque de l'élection d'Aquino n'ont pas pu être satisfaits. Les problèmes sont toujours là. Ils
"Les bases américaines sont la pierre tombale de notre souveraineté nationale perdue" (DR) empirent même. Les pauvres, et c'est la majorité des gens, sont les véritables victimes de la militarisation et les cibles de la prétendue politique de guerre basée sur la philosophie des conflits de basse intensité. Comme la répression s'intensifie, en réaction, la réponse populaire se renforce en organisant le pouvoir du peuple et en s'entraînant à appliquer les réformes de base.
Ce qui préoccupe Bayan, c'est que nous sommes face à deux possibilités de développement. Le Pentagone sait que davantage de personnes se rendent compte de la nature précise, de la méthodologie et de l'objectif central de l'intervention américaine. Dans la mesure où le mouvement du peuple se renforce et continue à utiliser son droit à l'auto-détermination, les intérêts économiques et géopolitiques des Etats-Unis commencent à être mis en jeu. Et comme un nombre croissant de personnes insistent pour que l'on mette fin à l'intervention américaine, il sera peut-être possible de continuer cette guerre par procuration que mènent les Forces armées philippines en se substituant aux Etats-Unis. Mais une escalade de la guerre, et sa transformation en guerre totale avec l'intervention directe de l'armée américaine, comme c'était le cas au Vietnam, est également possible.
Je voudrais attirer l'attention des Américains sur le fait que nous ne voulons pas de ça. Cette guerre est une question interne qui entre dans le cadre du droit à l'autodétermination des Philippins. Envoyer des troupes américaines ne pourrait que créer un second Vietnam. Beaucoup d'entre nous savent qu'en fait, nous sommes le premier Vietnam, puisque les Etats-Unis ont déjà été utilisés, dans le passé, pour vaincre les forces de guérilla nationalistes dans notre pays. Nous avons une peur légitime que cela puisse se reproduire.
On peut l'empêcher en faisant pression pour changer la politique extérieure améri caine dont l'axe principal est de maintenir le contrôle sur le Pacifique et d'insister pour un clair partage du monde selon l'appartenance au bloc occidental ou de l'Est. Mais nous sommes confiants, car nous assistons au renforcement d'un mouvement d'unité au sein des peuples de la région du Pacifique et de l'Asie. Par conséquent, si nous, aux Philippines, voulons que les bases soient démontées, nous allons également veiller à ce qu'elles ne soient pas transférées ail leurs, en Asie. vons également renégocier avec toutes les compagnies américaines implantées aux Philippines, car bien qu'elles aient créé quelques emplois, nous savons que ce que gagne un travailleur philippin dans une plantation appartenant à la firme Dole ou Del Monte, est bien inférieur à ce qui est payé par ces mêmes firmes à des travailleurs japonais ou coréens.
La lutte aux Philippines est en fait une lutte très simple, une lutte pour la liberté, contre la faim et l'exploitation. Une lutte pour se libérer de l'injustice et de l'oppression, contre l'intervention américaine et bien sûr, pour l'auto-détermination. Il s'agit d'une lutte pour mettre fin à la destruction croissante de l'environnement et au pillage constant de nos ressources.
Propos recueillis par Sarah Lovell New York, 19 octobre 1988