Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ANGOLA

L'accord tripartite

· Inprecor n° 282, 20 février 1989 · p. 8-11 · 4 675 mots

Afrique australe URSS et Russie Cuba Portugal

APRES HUIT MOIS de pourparlers difficiles et de multiples rencontres à Londres, Brazzaville, Le Caire et Genève, document en 14 points met fin à l'agression sud-africaine en Angola, ouvre la voie à l'indépendance de la Namibie

- dernière colonie du continent - et enclenche le retrait

ANGOLA

L'accord tripartite c'est au siège des Nations-Unies, à New-York qu'a été finalement paraphé le 22 décembre dernier, l'accord tripartite entre l'Angola, Cuba et l'Afrique du Sud. Ce progressif des militaires cubains d'Angola.

C. GABRIEL

V. KERMEL

A PERIODE TRANSITOIRE en Namibie débute le ler avril prochain avec l'entrée en vigueur de la Réso-

•lution 435 de l'ONU adoptée en

1978 pour assurer les modalités d'accès de cette colonie sud-africaine à l'indépendance. En novembre 1989 doivent avoir lieu des élections à une assemblée constituante sous surveillance de milliers de délégués de l'ONU. Cette assemblée devra décider à une majorité des deux-tiers la constitution du futur Etat indépendant qui devrait voir le jour au début de l'année

La détente

L'Afrique du Sud obtient en échange que les forces cubaines soient redéployées vers le nord de l'Angola avant de quitter définitivement ce pays le ler juillet 1991. Ce retrait graduel s'étalera sur une période de

27 mois. Un premier contingent de soldats cubains a déjà quitté Luanda. Assez rapidement après la signature de l'accord tripartite, le démantèlement des bases du Congrès national africain (ANC) en Angola est également apparu comme faisant partie de

Les Etats-Unis, par la présence directe de Chester Crocker à la table des négociations, et l'Union soviétique, par une intervention en coulisse, ont largement contribué à l'aboutissement de ces pourparlers.

Un "Groupe d'assistance des Nations-Unies pour la transition" (GANUPT) est chargé de suivre l'accession de la Namibie à l'indépendance, tandis qu'une "mission de vérification des Nations-Unies pour l'Angola"

(MVNUA) suit l'application de l'accord par

Cette apparente détente en Afrique australe rellète un tournant diplomatique de toutes les parties en présence. Ces négociations s'inscrivent en effet dans la concertation américano-soviétique pour règlement des conflits militaires régio-

Mique du Sud naux. Le dossier angolais et namibien fut à Tordre du jour de plusieurs rencontres entre responsables des Etats-Unis et de l'Union soviétique ces deux dernières années. Mais la concrétisation finale de l'accord est également la conséquence du revers militaire subi par les Sud-Africains en Angola, au printemps 1988.

L'Opération modular

Fin 1987, Cuba décidait de renforcer son soutien militaire à Luanda pour contrer l'invasion sud-africaine du sud angolais lancée sous le nom de code d'"Opération

Trois mille hommes de troupe sud-africains se portaient en effet au secours de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), le mouvement rebelle angolais de Jonas Savimbi, pour éviter sa défaite devant les forces armées gouvernementales. Le projet de militaire sud-africain était alors d'installer l'UNITA dans la plus importante ville de la province de CuandoCabango, à Cuito Canavale, et d'y faire proclamer "un gouvernement provisoire"

L'Afrique du Sud subira là sa première défaite militaire importante sur le théâtre d'opération angolais depuis l'échec de son invasion de 1976. Des difficultés logistiques, la perte de la maîtrise de l'air face aux migs de l'armée angolaise et l'entrée en action des Cubains, expliquent cette défaite des troupes sud-africaines devant Cuito Canavale. Non seulement toute la stratégie à l'égard de son protégé angolais Savimbi s'en trouvait modifiée, mais Prétoria devait également faire face aux risques politiques de son intervention militaire. Les dizaines de jeunes Blancs morts au combat venaient alimenter le mouvement des réfractaires à la conscription, certes toujours très limité, mais qui pouvait trouver là de quoi étendre son influence. Les troupes noires - bataillons sud-africains noirs, anciens du Front national de libération de l'Angola (FNLA), ou membres de la force territoriale namibienne (SWATF) -étaient placées en avant dans les combat, parfois sous l'uniforme de l'UNITA. Et l'on dénombra, au plus fort des combats devant Cuito Canavale, quelques refus d'aller au feu de la part de membres de la SWATF.

Les troupes de Prétoria échouèrent donc dans leur tentative de prendre cette importante ville du sud angolais pour soutenir leur protégé de l'UNITA. Toute la presse souligna alors la signification de cette victoire cubano-angolaise. La comparaison entre cette victoire militaire et le contenu ambivalent de l'accord signé à New-York renferme le principal paradoxe de ces longues négociations tripartites.

Ces pourparlers qui entérinent le départ des troupes cubaines d'Angola ont en effet des conséquences fort contradictoires, à commencer par l'obligation pour l'ANC de retirer ses bases d'Angola.

Comment interpréter dès lors l'écart apparent entre la situation sur le terrain et l'aboutissement contradictoire des négociations ? Certes, la Namibie doit en principe accéder à l'indépendance, mais dans le cadre d'un grand projet de règlement des conflits de l'Afrique australe sur lequel il semble y avoir un accord tacite entre Moscou et Washington. Le porte-parole du ministère soviétique des Affaires étrangères, Anatoli Adamishin n'a-t-il pas rendu hommage aux Etats-Unis pour leur "contribution importante" à la conclusion de l'accord sur l'Angola et la Namibie (1) ? Et Chester Crocker le lui a bien rendu en précisant : "Il n'y a pas de doute que les Soviétiques ont utilisé leur influence, pas seulement sur deux, mais sur les trois parties prenantes de l'accord". (International Herald Tribune, 15 décembre 1988).

Arrêter la guerre

Tous les protagonistes directs de l'accord du 22 décembre avaient en fait intérêt à chercher une issue à ce conflit. Cela est vrai pour l'Afrique du Sud dont le gouvernement s'est engagé dans une politique de réformes. Elle doit abaisser au plus vite les coûts de l'apartheid et de ses engagements militaires dans la région. Il lui faut regagner une partie de l'opinion publique libérale, séduire certains milieux d'affaires, élargir dès que possible son marché à l'exportation. Maintenir des milliers de soldats sur le front angolais et namibien pour un conflit interminable n'a plus de sens, compte tenu des engagements internationaux qui peuvent être obtenus tant du côté américain que du côté soviétique.

Le régime angolais, pour des raisons symétriques, ne peut guère espérer une défaite militaire totale de la coalition UNITA-Afrique du Sud. La guerre a ravagé le pays, rendant de plus en plus réduit et précaire le soutien populaire. Par ailleurs, Luanda est engagé dans une importante réforme destinée à libéraliser son économie pour obtenir des financements occidentaux et accéder au Fonds monétaire international (FMI). La guerre est un obstacle à la progression de ces réformes. La réconciliation nationale est devenue un thème central de la propagande du régime qui a fait 1) Le Monde, 25 novembre 1988.

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adopter début février, une loi d'amnistie destinée à tous ceux qui se sont opposés les armes à la main au régime du Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA).

Enfin, Cuba qui connaît une grave crise économique et dont environ 300 000 hommes sont passés par l'Angola depuis 1975, doit aussi trouver une issue, faute de quoi, le doute et le mécontentement pourraient remplacer peu à peu l'enthousiasme internationaliste des premières années.

Le début des hostilités

L'impasse politique et militaire n'a toutefois pu être dépassée que parce que les Soviétiques, sous l'impulsion de "la nouvelle pensée politique" de Mikhail Gorbatchev, ont inscrit l'Afrique australe dans leur programme de règlement des "conflits régionaux". La diplomatie soviétique en Afrique rompt ainsi avec l'orientation brejnévienne qui consistait au milieu des années 70, à profiter des conflits en Angola, au Mozambique ou en Ethiopie pour étendre l'influence diplomatique de l'Union soviétique sur le continent.

Au moment du coup d'Etat au Portugal, le 25 avril 1974, le MPLA contrôle des zones libérées mais n'est pas en position de contester le pouvoir colonial, notamment dans les villes. Il doit également faire face à l'existence de deux autres "mouvements de libération", le FNLA et l'UNITA, qui ne sont en réalité que des fractions nationalistes droitières manipulées de longue date par les services américains. Le MPLA dispose d'une stratégie essentiellement militaire et le brusque changement de situation après le coup d'Etat au Portugal, le confronte brutalement à des échéances politiques et sociales dans les villes, auxquelles il est totalement impréparé. Une partie de la gauche portugaise fait pression sur lui afin de régler à l'amiable la question du pouvoir. Le 15 janvier 1975, les trois organisations angolaises et le gouvernement portugais signent à Alvor un accord pour un gouvernement de coalition. Selon les termes du traité "les FNLA, MPLA et UNITA s'engagent à respecter les biens et les intérêts légitimes des Portugais domiciliés en Angola". Il stipule que "les candidatures à l'Assemblée constituante seront présentées exclusivement par les mouvements de libération. (...) seuls représentants légitimes du peuple angolais". Enfin, il prévoit une participation transitoire des Portugais dans le gouvernement.

Ce n'est pas cet accord en soi qui va créer les conditions de la guerre civile entre le MPLA d'un côté et l'alliance réactionnaire du FNLA et de l'UNITA de l'autre. Mais en revanche, il va créer toutes les conditions pour aider ces deux mouvements à prendre pied dans certaines régions, notamment dans la capitale Luanda, et à bénéficier de conditions inespérées pour se préparer aux attaques contre le mouvement populaire. La direction du MPLA, avec à sa tête Agostino Neto, salue à l'époque l'entente nationale ainsi réalisée.

Le gouvernement né des accords d'Alvor entame une normalisation du mouvement de masse, interdit des rassemblements et des grèves. Pourtant, les tensions internes restent fortes, les milices du FNLA et de l'UNITA gagnent en ardeur et la direction du MPLA comprend le danger. En juillet 1975, elle décide de passer à l'action. Ses troupes s'affrontent à celles du FNLA qu'elles expulsent de Luanda au nom du "manque de respect des accords d'Alvor, fondamentalement de la part du FNLA mais souvent en collusion avec l'UNITA". La guerre commence. Quelques semaines plus tard, les troupes sud-africaines envahissent l'Angola et apportent un soutien décisif à T'UNITA sur le front sud. Le MPLA n'est pas préparé à une telle confrontation et les forces réactionnaires progressent très vite, allant jusqu'à menacer la capitale Luanda. C'est dans ce contexte que Cuba décide d'intervenir, avec ses motivations propres, mais aussi avec l'aide d'un très important pont aérien des Soviétiques pour livrer le matériel militaire d'urgence. C'est l'état-major cubain qui évite la défaite du MPLA et stabilise le front. Très vite, le corps expéditionnaire cubain atteint 35 000 hommes, puis plus de 40 000.

Les contradictions de l'intervention cubaine

Sans l'arrivée des troupes cubaines, l'aile progressiste du nationalisme angolais aurait été défaite et un régime favorable aux Sud-Africains aurait vu le jour en Angola. Mais si le MPLA au pouvoir adopta le marxisme-léninisme" pour idéologie officielle, il ne s'engagea nullement dans une voie révolutionnaire. Le MPLA lui-même était le produit de la société angolaise. L'expérience des zones libérées, loin des villes, dans des régions souvent enclavées, n'avait pas été suffisante pour faire clairement apparaître les enjeux sociaux de la lutte de libération nationale. Les mobilisations urbaines des années 1975-1977 donnèrent certes lieu à quelques formes d'organisation populaire (comités de quartiers, structures pré-syndicales). Mais le tout fut rapidement mis au pas. Le MPLA ne s'appuya jamais sur ce mouvement pour approfondir la mobilisation sociale et politique des populations. Par ailleurs, une bonne dizaine d'années de séjour en exil dans les rouages de la diplomatie africaine et internationale, avaient favorisé les tendances bureaucratiques en son sein. Les IF YOU LIKED VIENAM. YOULL LOVE THIS OME!

NULLA

PRODUCED AND DIRECTED BY RONNIE REAGAN STARRING THE SOUTH AFRICAN ARMY RATIO TOP SECRET conflits de cliques qui divisèrent sérieusement la direction du mouvement, avant même avril 1974, s'exacerbèrent dans le processus de reconstruction de l'Etat angolais déstructuré par le retrait colonial.

L'intervention cubaine

Les Cubains, mais aussi les Soviétiques et les Allemands de l'Est, s'engagèrent aux côtés des Angolais, dans la construction du nouvel Etat. Ils furent au cœur de toutes ces contradictions et des luttes de clans. Première épreuve : la tentative de coup de force, en mai 1977, d'un groupe de la direction angolaise, autour de Nito Alves, que les Cubains contribuèrent à défaire.

La Havane afficha durant treize ans une ligne parfaitement fidèle aux choix du départ : le gouvernement angolais avait demandé une aide militaire pour se défendre des Sud-Africains et celle-ci ne pourrait donc cesser qu'à la demande des autorités angolaises. Prétoria prit a contrario ce prétexte pour justifier son aide à l'UNITA et sa présence sur le front angolais. La presse internationale fit grand bruit, durant plusieurs années, de cette présence militaire cubaine en Angola. On y évoquait un grand dessein expansionniste de Fidel Castro, de l'Ethiopie à l'Afrique australe. Washington, qui cherchait à gagner du temps à propos de la Namibie, créa le concept de "linkage" pour lier l'indépendance de ce territoire, au départ des troupes cubaines d'Angola et refuser l'application de la résolution 435 de l'ONU sur la Namibie. Côté cubain et angolais, on se refusait toujours, jusqu'aux récentes négociations, à accepter un tel couplage, l'intervention militaire cubaine se justifiait certes par le danger sud-africain. Mais elle avait été possible dans un contexte international très particulier, marqué par la défaite américaine en Indochine et une forte pression soviétique dans toutes les régions où Washington ne pouvait plus reprendre l'initiative militaire. Ainsi, tout en maintenant les règles de la coexistence pacifique, Moscou tentait d'améliorer ses propres positions.

En avril 1977, le Soviétique Podgorny fit une importante tournée en Afrique (2). La pression soviétique sur l'impérialisme américain et ses offensives diplomatiques passaient, entre autre, par l'entremise de toute une série de régimes "progressistes".

Au début des années 60, date de l'accès à l'indépendance de nombreux pays d'Afrique, les Soviétiques avaient en effet introduit une nouvelle catégorie théorique à partir de l'expérience des régimes nationalistes comme ceux de Nasser en Egypte ou de Nkrumah au Ghana. La "voie non-capitaliste" était censée exprimer la nature de ces régimes en rupture avec l'impérialisme mais pourtant non-communistes. Or, pour des raisons qui touchent à l'histoire du nationalisme africain, les années 70 virent se multiplier les régimes arborant une idéologie socialiste ou "marxiste". 2) A la même période, Fidel Castro fit lui aussi une tournée dans certaines capitales africaines.

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La ligne Brejnev, en apparence radicale mais profondément confuse sur le fond, BÍNDA impliquait une aide militaire conséquente à ces régimes, Mbenza-Congo alors même que l'aide écono- \ ZAIRE mique continuait fréquem- Nzetole ment à venir pour l'essentiel des pays impérialistes. Ainsi, pour ce qui est du pétrole, LUẨNDA l'Angola n'a jamais cessé d'avoir l'essentiel de ses relations économiques avec le monde occidental et principalement les Etats-Unis. Entre 1975 et 1979, l'Ethiopie reçut 1,2 milliard de dollars d'aide militaire. Mais en 1987, l'Afrique ne représentait toujours que moins de 2,5% du commerce extérieur global de l'URSS. L'intérêt diplomatique commandait avant tout la démarche soviétique. Pour cela, des régimes aussi réactionnaires et répressifs que ceux du Congo ou de Madagascar se voyaient élevés au rang d'alliés de l'Union soviétique (3). Et quelques dictateurs sanglants, comme Idi Amin Dada, pouvaient se voir affublés de l'épithète de militaire patriote", au gré des aléas de la diplomatie soviétique.

L'arrivée de la crise

Les problèmes sérieux commencèrent avec l'aggravation de la crise économique. Les "progressistes" africains revenaient à plus de réalisme, atténuaient leurs protessions de foi marxistes et cherchaient des ouvertures vers Washington. La dette des pays africains à l'égard de l'Union soviétique s'alourdissait, sans grand espoir de remboursement. Ainsi en est-il des 4 milliards de dollars dus par Luanda. Les doctrines soviétiques s'avéraient erronées, opportunistes, nullement justifiées par le soutien aux populations africaines mais, au strictement dirigées vers les régimes en place. Elles ne pouvaient que mener à l'échec. Moscou connut de surcroît déconvenues comme l'expulsion du jour au lendemain de ses 1500 conseillers militaires de malie en 1977, après un retournement d'alliances du régime de Mogadiscio.

L'accord de Nkomati entre le Mozamtrait la précarité des positions soviétiques dans cette région. Les quelques avantages économiques que Moscou pouvait retirer de sa présence en Afrique coûtaient fort cher (4), si bien que l'ère Gorbatchev devait voir une remise en question de toute cette politique. Le chantre de la perestroïka en définit d'ailleurs les grandes lignes dans son ouvrage en quelques pages lapidaires. A l'en son pays n'a pas d'intérêts spécifiques à défendre sur le continent et s'engage à ne pas compromettre les relations économiques établies de longue date entre cette région et l'Occident. Tout au plus, l'URSS cherchera-t-elle dorénavant à coo-

ZAIRE jOamoa Quimbele UIGE

• Uigé Verissimo-Sarmento

Mangando Camaxilo Lucapa LUNDA NORTE, pérer avec les pays africains sur la base d'un réel intérêt économique mutuel. C'est dans ce nouveau contexte international que s'opère le repli cubain d'Angola.

Le 26 juillet 1988, Fidel Castro abordait la question angolaise dans son discours pour l'anniversaire de la révolution cubaine. "A la fin de l'an dernier, disait-il, une situation difficile, critique, était créée en Angola. Je ne vais pas expliquer quelles en furent les causes. Laissons l'histoire parler pour elle-même et je pense qu'un jour l'histoire révélera ce qu'il en fut : où étaient les erreurs, pourquoi furent-elles commises. Je me limiterai à dire que Cuba n'était pas responsable de ces

Quelles sont ces erreurs ? Et par qui ont-elles été commises? On parle alors de plus en plus d'un refus des Soviétiques de continuer à livrer des armes aux Angolais faute de pouvoir être payés en retour. ponsable du ministère soviétique des Affaires étrangères, Anatoly L. Adamishin n'aurait-il pas reconnu que Luanda, du fait de la baisse du prix du pétrole ne paye déjà "plus un kopeck" et que " cela fait cher". Dans la même veine, un représentant de l'agence officielle Novosti précisait récemment que le Kremlin entend "mieux compter l'argent et prêter attention au prix économique des solutions politiques". L'on sait par ailleurs, que Moscou s'est doréna-vant engagé dans un projet de vastes négociations en Afrique du Sud même. Les pro-pos de Fidel Castro ne pas un épisode supplémentaire du conflit entre La Havane et Moscou ? Dans ce cas, il faut noter que la marge de manœuvre indépendante des Cubains est étroite.

Le repli cubain

Fidel Castro, le 5 décembre 1988, revient en ces termes sur les conditions qui prévalaient avant la bataille de Cuito

Canavale : "Quand cette situation fut créée, parce qu'en vérité, nos pro-jets militaires ne furent pas pris en considération (...) tout le monde nous demanda alors d'agir et attendait de Cuba qu'elle résolve le problème.

Mais, aujourd'hui, comme nous pouvons le voir, les forces et la logistique cubaines n'étaient pas suffisantes pour résoudre le problème"

Fidel Castro reconnait dès lors qu'il fallait une solution politique en Angola. Les pressions économiques sur

Cuba, aussi bien impérialistes que soviétiques, ne permettaient sans doute pas de poursuivre un tel effort de guerre. Le "lider maximo"

(chef suprême) sait également que l'élan de départ s'est désormais émoussé au sein d'une population angolaise fatiguée par tant d'années de guerre et de privations. Elle est parfois amenée à prendre ombrage de la présence militaire étrangère et voit bien que le régime du MPLA s'enfonce dans la crise. La jeunesse cubaine elle-même voit se prolonger la guerre sans espoir de solution.

Sans doute beaucoup de facteurs poussaient-ils à un règlement politique du conflit angolais. Mais le problème est que ladite solution politique n'est finalement pas à l'avantage réel des vainqueurs de

Cuito Canavale.

L'indépendance de la Namibie

L'indépendance de la Namibie, toute positive qu'elle puisse être pour l'avenir de sa population noire, s'intègre dans un large contexte politique dont les principaux acteurs sont l'administration américaine et les Soviétiques. Leur volonté est de pacifier la région et d'y trouver un modus vivendi sur le long terme. Et l'épicentre de ce processus se situe désormais en Afrique du Sud. Les contacts exploratoires sont sans doute d'ores et déjà en cours. En décembre dernier, à Brazzaville, le Soviétique Anatoly Adamishin rencontrait son homologue, le ministre sud-africam des Affaires étrangères,

"Pik" Botha, pour lui présenter les implications positives pour Prétoria de la nouvelle orientation diplomatique du Kremlin.

Cette évolution intervient alors que le régime de Luanda est plus affaibli que

3) La doctrine soviétique s'est enrichie peu à peu d'un vocabulaire chargé de distinguer tous les cas de figure.

C'est ainsi que sont parfois distingués en Afrique les

"pays à orientation socialiste confirmée" et les "pays à orientation socialiste".

4) D'autres avatars survinrent : la mort du guinéen Sékou

Touré et le tournant du régime, les difficultés de la mise en place d'un parti unique "parti des travailleurs" en

Ethiopie, puis un début de refroidissement des relations avec Moscou.

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ATLANTIQU

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jamais. En proie aux ravages d'une guerre civile qui dure depuis plus d'une décennie, le gouvernement de Luanda s'est tourné vers les bailleurs de fonds occidentaux pour obtenir les moyens de relancer

Les Etats Unis se sont opposés jusqu'à présent à ce que l'Angola accède au PMI et puisse ainsi débloquer sa situation financière. Le pays connaît évidemment un fort taux d'endettement : 2 milliards 46 millions de dollars à la fin de 1986 sans tenir compte de l'ensemble de la dette militaire vis-à-vis de l'URSS (5). Cette situation a été progressivement aggravée par la chute des cours du pétrole (90% des exportations) de ces dernières années. Les institutions internationales font de la concrétisation du plan d'assainissement économique et financier (SEF) adopté en 1988, la condition sine qua non de l'octroi de lignes de crédit. Ce SEF prévoit une libéralisation des prix à la production, la privatisation de certains secteurs de l'économie et l'ouverture aux capitaux étrangers. Une dévaluasubventions de l'Etat aux produits première nécessité et une plus grande autonomie administrative des divers secteurs économiques, sont les conséquences attendues pour les mois à venir de cette réforme

Les multinationales

Mais, à l'évidence, crise économique et règlement du conflit militaire s'entremêlent divisant le régime de Luanda sur diverses options quant au rythme et à l'ampleur des réformes à entreprendre. Ainsi s'affrontent des secteurs plus réformateurs à d'autres plus traditionnellement attachés à quelques références doctrinales.

De nombreuses compagnies occidentales opèrent en Angola, plaçant ce pays au second rang des producteurs de pétrole d'Afrique noire après le Nigéria (6). Mais alors que l'importante production de pétrole soutient la balance commerciale, les concessions accordées de longue date aux compagnies étrangères grèvent durablement les revenus de l'Etat (7) ajoutant ainsi aux difficultés financières : 56% seulement des recettes pétrolières à l'exportation reviennent à l'Angola, c'est-à-dire beaucoup moins que la moyenne des pays de l'OPEP. Or, l'Etat doit faire face à des dépenses militaires qui, officiellement, représentent 40% du total de ses dépenses. Et la guerre aurait occasionné 4 milliards de dollars de dégâts et fait 600.000 morts.

Le Président Dos Santos a dénoncé de nombreuses fois ces dernières années les dysfonctionnements de l'économie et "le système incohérent de direction qui ne permet pas que la gestion des entreprises obéisse à des critères de rentabilité". Dans cette société "socialiste", la base économique du pouvoir s'est constituée autour des entreprises publiques et du pactole pétrolier : une économie de marché à laquelle on applique des structures étatiques copiées du modèle stalinien (magasins d'Etat, hyper-bureaucratisme des circuits commerciaux, privilèges des gens au pouvoir etc). Tout cela a aggravé la crise so-

Get économique avec un développement énorme du marché noir et des trafics en tout genre.

Le débat sur la réforme économique divise maintenant le MPLA et recoupe la question de la guerre. Au printemps dernier, les technocrates responsables de l'élaboration du SEF étaient publiquement critiqués pour leur audace réformatrice, surtout pour avoir en fait publiquement dévoilé l'ensemble des conséquences d'une telle réforme (notamment le caractère inéluctable à leurs yeux d'une dévaluation du kwanza). Récemment, le ministre de l'Intérieur, Kito Van Dunem "Loy" a été évincé de son poste, et dit-on, mis en résidence surveillée. Il fut accusé par le président Dos Santos d'avoir créé une milice destinée à fomenter un coup d'Etat. S'il n'est pas aisé de voir parfaitement clair dans tous ces règlements de comptes internes, il est plus facile de comprendre l'enjeu des divergences. L'accord tripartite a mis fin à l'agression sud-africaine, mais la guerre menée par l'UNITA n'est pas terminée.

Cette organisation est un mouvement de guérilla très structuré (on parle de 10.000 hommes de troupe organisés en armée et 15.000 miliciens) avec une relative capacité d'implantation. L'UNITA, avant l'indépendance du pays, disposait déjà d'une influence parmi la population ovambo (8). Les faiblesses du MPLA sur les questions paysannes et ethniques laissèrent d'importantes marges de manœuvre à l'UNITA entre 1974 et 1976. Le mouvement de Savimbi réussit ainsi à occuper d'importantes positions dans le centre-sud du pays, point de départ de sa guérilla contre le pouvoir central.

Les Etats-Unis, malgré la signature de l'accord tripartite, ont annoncé qu'ils poursuivraient leur aide à l'UNITA. Sans doute ne désespèrent-ils pas de parvenir à des négociations directes entre le MPLA et leur protégé Savimbi, voire même de parvenir à l'instauration d'un gouvernement de coalition. Un retour à la case départ en quelque sorte : au contenu des accords d'Alvor. Rien ne dit pour l'instant que la direction du MPLA soit disposée à s'engager dans une telle voie même si elle se déclare prête à réintégrer les membres de l'UNITA acceptants l'appareil d'Etat.

La crise de l'Afrique du Sud

Le régime de Prétoria ne pouvait maintenir son intervention militaire angolaise au risque d'aggraver la crise politique. Au début 1988, alors que Botha annonce une importante réforme économique, faite de privatisations et de déréglementations, son gouvernement accueille l'Allemand Frantz Josef Strauss, Premier ministre du Land de Bavière, après un séjour de ce dernier à Moscou. Au cours d'une conférence de presse, 1l annonce que les Soviétiques sont à la recherche d'un accord en Afrique australe. "Il déclara qu'il avait dit à Monsieur Chevardnadze qu'il ferait part de ses vues au gouvernement sud-africain. Il dit qu'il pensait que la Russie serait intéressée à une solution en Angola, incluant l'UNITA" (9). Dans la même semaine, le Président angolais annonçait qu'il était prêt à négocier de concert le problème namibien et celui des troupes cubaines en Angola. Le 13 juillet suivant, un premier accord était conclu entre une délégation sud-africaine et une délégation cubano-angolaise. Ainsi fut enclenché le processus du côté sud-africain.

Un avenir plein d'embuches Mais jusqu'au bout, les responsables de Prétoria essayeront d'obtenir le maximum de concessions. Ainsi, quelques semaines avant la conclusion de l'accord de New-York, ils se refusaient encore à le signer sous prétexte que le délai du retrait cubain d'Angola (27 mois) était trop long et par trop supérieur à celui du processus d'indépendance en Namibie. L'organe de l'armée sud-africaine publia un discours du général Malan mettant en doute la sincérité de Cuba et de l'URSS après même la signature de cet

Et en Namibie, Prétoria semble toujours conserver deux fers au feu. D'un côté ses diplomates jouent le jeu de l'indépendance ; mais de l'autre, l'Afrique du Sud garde par de vers elle de sérieux moyens de rétorsion contre le futur Etat indépendant. Botha a annoncé son intention de conserver Walwis Bay, seul port en eau profonde de Namibie, pour y maintenir une base militaire sud-africaine. La dépendance économique de Windhoek à l'égard de son voisin est énorme. Et l'état-major sud-africain semble vouloir tout faire pour réintégrer une partie des forces armées qu'il a constituées en Namibie dans la future armée nationale de l'Etat indépendant. C'est dire si l'avenir de la dernière colonie d'Afrique reste encore semé d'embûches.

14 février 1989.

5) La balance commerciale de l'URSS avec l'Angola, observatrice au COMECON, était en 1986 excédentaire de 152 millions de roubles. Marchés Tropicaux et Méditerranéens, 13 novembre 1987.

6) Golf Oil, BP, Fina, Agip, Texaco, Elf, Total, Britoil, Hispanoil etc.

7) Le "brut" angolais est de bonne qualité et se vend à bon prix sur le marché.

8) L'UNITA est créée en 1964. Jonas Savimbi quitte l'organisation de Roberto Holden (futur FNLA), fait un bref passage par le MPLA au Congo et fonde son organisation. La phraséologie est d'inspiration maoïste ; les relations avec Pékin se formaliseront par la suite. Quelques mois avant le coup du 25 avril 1974 au Portugal, des documents fournis par des sympathisants socialistes à Luanda confirment les doutes : l'UNITA et Savimbi ont établi des liens permanents avec les autorités militaires portugaises.

9) The Argus. 25 janvier 1988. Le Cap.

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