EN 1985, A KALUNDBORG, une petite ville de province, un groupe de jeunes Danois a attaqué à coup de pierres, d'asile. C'était un jour de fête dans la ville et un groupe d'habitants du cru s'est joint aux jeunes racistes et a lancé des menaces à l'encontre des réfugiés, accusés de "voler nos filles" et de "vivre aux crochets des Danois". C'était la première attaque physique contre des réfugiés et on peut débat sur le problème des réfugiés au Danemark et dans la politique du gouvernement à leur encontre. Depuis, ce d'Europe capitaliste. Cette montée du racisme est d'autant plus inquiétante qu'aux dernières élections législatives, ouvertement raciste, a obtenu 9% des voix, en doublant
DANEMARK
Le pays le plus fermé d'Europe un centre d'hébergement destiné à des demandeurs considérer cet événement comme un tournant dans le pays, traditionnellement accueillant à l'égard des réfugiés, est devenu l'un des Etats les plus fermés de mai 1988, le Parti du progrès (PP), un parti son score électoral.
Age SKOVRIND
U DEBUT des années 80, le nom-
A bre de réfugiés qui venaient chaque année au Danemark se situait entre 500 et 1 000. Les réfugiés sous la protection de l'ONU (choisis dans les populations vivant dans des camps de regroupement et installés dans divers pays selon les quotas prévus), étaient inclus dans ce chiffre, avec des réfugiés et des gens qui venaient d'eux-mêmes, et ceux qui arrivaient pour rejoindre leur famille. Ce chiffre grimpa fortement après 1984.
Le tableau ci-après montre le nombre de réfugiés (ceux qui ont été reconnus comme tel, ce qui, après 1984, prend souvent un an) inscrits à l'Aide danoise aux réfugiés.
Les chiffres entre parenthèses représentent les demandeurs d'asile. En 1987, le nombre de personnes acceptées était supérieur au nombre de demandeurs, car des lois plus restrictives sont entrées en application cette année-là, limitant l'accès aux frontières, alors que pendant la même période les postulants entrés au Danemark l'année précédente, terminaient leur période d'attente.
Nombre de demandes d'asile acceptées par rapport au total
1980
890
1981
810
1982
799
1983
689
(332)
1984
1 186
(4312)
1985
6 551
(8 698)
1986
6 806
(9 299)
1987
3 924
(2726)
1988
3 759
(4600)
A l'été 1983, le Parlement a adopté une nouvelle loi sur les étrangers, qui a été introduite par les partis ouvriers et les Libéraux radicaux, mais qui fut finalement votée avec le soutien des 5 partis bourgeois au gouvernement. Mais ce n'est pas à cause de cette nouvelle loi que le nombre de demandeurs d'asile s'est élevé aussi brutalement dans la période suivante.
Une loi plus restrictive
Les raisons en ont d'abord été les développements de la situation mondiale (en particulier la guerre Iran-Irak et celle du Liban) et le fait que les autres pays d'Europe occidentale ont commencé à fermer leurs frontières.
La loi de 1983 décrétait que l'asile politique était un droit de l'Homme. Les demandeurs d'asile ont ainsi obtenu de meilleures garanties dans le traitement de leur requête (avec la possibilité de faire appel). Le principe du " 'premier pays d'exil" (1) a été défini de telle façon que le statut de réfugié politique ne pouvait plus être refusé que si le demandeur avait déjà trouvé refuge dans un autre pays, ou si, à cause d'une résidence prolongée, de ses relations familiales (ou assimilées) il avait des liens plus étroits avec un autre pays.
Sous l'impact du nombre croissant de réfugiés, en 1984, des voix s'élevèrent pour que la loi devienne plus restrictive. En juin et en décembre de la même année, la loi fut amendée sur la procédure de demande d'asile. Mais les restrictions décisives furent introduites en octobre 1986, avec le
1992 OUVERTURE DES FRONTIERES G SAUF AUX LE TRANGE soutien du gouvernement bourgeois et de la social-démocratie.
La restriction fut un important pas en arrière, même en comparaison avec la législation de 1983. Dorénavant, les candidats réfugiés doivent avoir un visa pour entrer au Danemark et pour voir leur demande prise en considération. Aujourd'hui, la police et le service des étrangers arrêtent les réfugiés sans visas à la frontière, et les renvoient dans leur dernier pays de résidence, à condition que le pays en question soit considéré comme "sûr", selon l'opinion des autorités de l'Etat. Mais un certain nombre de cas a démontré que les réfugiés sont, en fait, envoyés dans des pays qui ne sont absolument pas "sûrs" (les pays concernés les ayant, par exemple, renvoyés à leur tour dans certains cas).
Restrictions sur les visas
Parallèlement, les lignes aériennes qui transporteraient des passagers sars papiers légaux (passeports et visas) au Danemark, sont désormais susceptibles d'être condamnées à des amendes. Cela rend pratiquement impossible de se rendre au Danemark, car les ambassades danoises ont une politique très restrictive quant à l'octroi des visas, et beaucoup de réfugiés n'ont pas de passeport. Une des conséquences actuelles en est que les citoyens turcs ne peuvent plus venir au Danemark comme touristes, car les autorités craignent qu'ils n'en profitent pour demander l'asile politique. Une autre conséquence en est que les forces de police supplétives sont chargées de poursuivre les réfugiés qui essaient de traverser illégalement la frontière entre le Danemark et l'Allemagne de l'Ouest.
Avec ce changement du cadre légal, le Danemark qui était le pays d'Europe ayant les lois les moins restrictives sur les réfugiés est devenu l'un de ceux qui a les règles
1) D'après l'ONU, pour être valable, la demande d'asile politique doit être introduite dans le premier pays d'accueil. Les Etats européens se servent de plus en plus de ce prétexte pour refouler des réfugiés qui auraient simplement transité par un autre pays, ou auraient fait une escale de quelques jours avant de venir en Europe. Cela permet de rejeter la demande d'asile dès le départ pour "vice de forme", sans l'étudier sur le fond, ce qui prend parfois des années, le demandeur d'asile ayant le droit, dans l'intervalle, de séjourner dans le pays.
les plus restrictives. La loi incluait à l'origine, une clause stipulant qu'elle devrait être révisée après une année, mais la coalition au pouvoir a tout simplement décidé de la laisser courir.
Les facteurs suivants aident à expliquer les réactions envers le nombre croissant de réfugiés après 1984:
— Les autorités n'y étaient absolument pas préparées. Il n'y avait pas de logements en quantité suffisante pour les réfugiés et les demandeurs d'asile. Ce qui fait que les logements qu'on leur proposait étaient particulièrement en mauvais état. On les a souvent concentrés dans de petites villes, où la population n'était ni préparée, ni habituée à vivre avec des étrangers issus de cultures différentes de la sienne.
En outre, il n'y avait pas assez de personnel - guides, interprètes, enseignants, etc. — pour prendre les exilés en charge. En conséquence, la période d'attente, avant que la décision ne soit prise sur la demande d'asile, était terriblement longue et engendrait souvent une situation désespérée pour les intéressés.
Les réfugiés sont arrivés dans une période de crise du logement, de hausse des impôts, de réduction des budgets sociaux et de chômage massif. Des réactions négatives envers les réfugiés se sont produites spontanément parmi les groupes qui ont le plus souffert de "Pourquoi auraient-ils quelque chose que nous n'avons pas?"
Immigration sur commande
Le pourcentage d'étrangers nés au Danemark est très faible en comparaison avec la plupart des autres pays européens, surtout en ce qui concerne les étrangers venant de pays du Tiersmonde.
Il y a 136 000 nationaux d'origine étrangère au Danemark, ce qui correspond seulement à 2,7% de la population. Parmi eux, les immigrés originaires de pays non-scandinaves, qui ne viennent ni de pays membres du Marché commun, ni d'Amérique du Nord, sont environ 55 000, soit 1%. On y trouve 39 700 immigrés venus de Turquie, du Pakistan et de Yougoslavie, dont beaucoup sont venus dans les années 60. A ce moment là, les patrons danois avaient intérêt à faire entrer de la main-d'œuvre étrangère dans le pays. En 1970, leurs besoins étant satisfaits, l'immigration fut stoppée. Cependant, les enfants mineurs et les épouses d'immigrés établis au Danemark pouvaient toujours obtenir des autorisations d'entrée.
L'immigration des années 60 a également donné naissance à des réactions racistes. Mais il faut se rappeler que c'était une période de boom économique. Dans les années 80, il s'agissait d'une période de crise économique et d'attaques contre le niveau de vie, de la part du gouvernement
Depuis 1984, la politique d'immigration et d'asile a été une question centrale dans le débat public, et ses conséquences ont donné un élan à la croissance, à la fois des organisations racistes et antiracistes. Le groupe d'"Amis des réfugiés" qui prend leur défense sur des bases humanitaires, s'est par exemple créé à la suite de l'agression de Kalundborg.
Des groupes semblables ont été organisés dans une série d'autres villes, ce qui a mené à une véritable centralisation nationa-le de ces groupes. Politiquement, ils sont marqués par des attitudes libéralesbourgeoises. Au niveau local, leur activité consiste, typiquement, en une aide sociale auprès des demandeurs d'asile et des réfugiés et à leur fournir une assistance légale et d'autres types d'aides individuelles.
Sur le plan national, les Amis des réfugiés en sont venus à jouer un certain rôle dans le débat public sur la politique menée à ce propos. Ils se sont sérieusement spécialisés et peuvent fournir de la documentation sur les lois et les conditions existant dans les pays d'où viennent les réfugiés,
Les jeunes contre le racisme
Dans cette première étape, fut aussi fondée l'organisation des Jeunes contre le racisme (JCR), qui a été soutenue par le Front de la jeunesse socialiste, organisation de jeunesse en solidarité avec la section danoise de la IVe Internationale (SAP -Parti ouvrier socialiste). Plus d'une centaine de jeunes ont assisté à sa première assemblée à Copenhague, en août 1985. Mais cette organisation n'a jamais pu se développer à l'échelle nationale.
Bien qu'ils aient organisé un grand nombre de manifestations, de débats et d'actions antiracistes parmi les jeunes, les JCR ne se sont jamais transformées en un mouvement dynamique. Politiquement, cette organisation combine la lutte contre le racisme et la lutte pour l'emploi, l'éducation et le logement, pour les Danois, comme pour les immigrés.
giés ne se sont pas non plus développés au plan politique ou organisationnel. Au contraire, divers groupes locaux s'en sont vrier organisé n'a joué qu'un rôle limité dans ces initiatives. Néanmoins, dans quelques villes, le mouvement syndical a adopté une position claire contre le exemple, a défendu le droit des réfugiés à s'établir dans leurs villes. Une initiative exemplaire a été prise à Aarhus (la seconde ville du pays), où le conseil syndical local a publié un journal antiraciste. Il n'y a qu'un seul syndicat qui ait officiellement pris position contre les réfugiés ou appelé à davantage de restrictions légales.
Mais le problème, c'est que la grande confédération syndicale n'a rien fait de concret pour défendre les réfugiés. Beau-coup de syndicats, tant sur le plan régional que national, se sont prononcés contre la politique du gouvernement bourgeois concernant les réfugiés et se sont déclarés hos-
Les syndicats de travailleurs non-qualifiés comptent un certain nombre de membres immigrés. Mais seul le Syndicat de l'hôtellerie et de la restauration (le seul syndicat national dans lequel les membres du Parti socialiste de gauche [VS] ont des postes de direction, sur le plan national et local), a un comité immigré qui soit actif.
Parmi les partis politiques, le Parti du progrès (PP), populiste et droitier, s'est distingué par une politique extrê mement hostile aux réfugiés et aux immigrés. Les autres partis bourgeois constituent un front respectable, humanitaire, qui prend officiellement ses distances par rapport au racisme. Mais ces mêmes partis n'hésitent pas à adopter, au gouvernement, des lois restrictives à l'encontre des réfugiés.
Le Parti du progrès Le Parti du progrès réclame l'arrêt immédiat de l'afflux de réfugiés et des mesures pour rapatrier ceux qui sont déjà dans le pays. Dans sa première déclaration publique, en 1985, après sa sortie de prison (où il avait été enfermé pour fraude fiscale), le fondateur du PP, Mogens Glistrup, a fait de l'agitation contre la prétendue "menace islamique". Il a fait le même genre de tapage à la veille des dernières élections législatives.
L'agitation contre les immigrés a été le principal atout électoral du PP, durant ces dernières années. L'utilisation démagogique de ce thème a sans nul doute contribué à faire progresser ce parti de 4,8% à 9% lors des dernières élections législatives (voir Inprecor numéro 267 du 6 juin 1988). Cependant, le PP est d'abord et avant tout, un parti parlementaire, avec une organisation qui reste très faible, même par rapport aux partis bourgeois traditionnels. Il n'est donc pas en mesure d'organiser des attaques
physiques contre les immigrés, ni d'autres formes de "racisme de rue" , même si son idéologie et sa politique racistes s'y prêtent parfaitement et sont, par ailleurs, de nature à inspirer et rendre légitimes de tels actes commis par d'autres groupes.
Quant aux sociaux-démocrates, leur rôle a été peu reluisant. Ce parti soutient, en général, une politique d'intégration des immigrés et des réfugiés dans la société danoise. En pratique, cela implique des mesures de promotion pour des associations sociales et culturelles entre Danois et immigrés. Mais certains membres dirigeants du Parti social-démocrate ont également soutenu des mesures économiques discriminatoires à l'encontre des immigrés, par exemple, contre les femmes turques qui ne connaissent pas le danois. Certains secteurs du comité d'immigration de ce parti ont proposé de faire de l'apprentissage du danois, une condition préalable à l'admission des proches des immigrés qui viennent au Danemark dans le cadre du regroupement familial, ce qui signifie en pratique de limiter le recours à un droit légalement établi.
Attitudes mitigées
Les sociaux-démocrates n'ont pas proposé de politique permettant de combattre la crise du logement, le chômage et les autres conditions de vie qui peuvent entraîner une montée du racisme. De même, le parti n'a pas défendu la nécessité d'une lutte commune des Danois et des immigrés afin de pouvoir résoudre ces problèmes.
Les Libéraux radicaux ont traditionnellement une position plus généreuse envers l'immigration que celle des sociaux-démocrates. Mais ils ont fait marche arrière après les élections de mai 1988, à l'issue desquelles ils ont formé un gouvernement avec les deux plus importants partis bour-
A gauche, le Parti socialiste populaire (SF) et le Parti socialiste de gauche (VS) s'opposent aux restrictions dans la législations sur les réfugiés. Pour le SF, cependant, la défense des droits des réfugiés et des immigrés n'a joué aucun rôle central, même si, lors de la dernière campagne électorale, le parti a donné la parole à un immigré pour clôturer son programme télévisé.
Par contre, le VS a toujours été très actif dans ce domaine, en publiant, par exemple, du matériel du parti en langues étrangères. En janvier 1987, il a initié le lancement d'un mouvement national de défense des droits des immigrés et des réfugiés, la Coordination nationale. Environ 100 personnes, dont la moitié d'origine étrangère, ont pris part au rassemblement de fondation. Au printemps 1987, cette organisation a mené une campagne de propagande en autobus, en direction d'une série de villes danoises, où des rassemblements publics et des activités de rue se sont dérou-
La participation relativement large à la Coordination nationale, dans une première période, n'a pas réussi à se maintenir. La raison, parmi d'autres, en a été que le gros de la responsabilité de cette organisation est retombé sur VS, qui avait été gravement
Le Premier ministre danois Poul Schlüter : "Grâce à moi, les réfugiés peuvent rentrer chez eux" affaibli au cours des deux dernières années (perdant, entre autres, sa représentation parlementaire).
Dans la région de Copenhague, trois comités locaux antiracistes ont été mis sur pied et essayèrent de mobiliser sur une base de lutte de classe. Tous trois ont été constitués en réaction à des pratiques racistes locales. Ces trois groupes ont fondé, à Copenhague, le Groupe d'initiative commune (GIC) qui a pris contact avec certains groupes dans d'autres régions du pays. Au début, la Coordination nationale était également impliquée. Mais, plus récemment, elle s'est concentrée essentiellement sur la politique envers les réfugiés et non plus sur un travail antiraciste large, comme le font ces groupes locaux.
Le GIC est politiquement dominé par les organisations d'extrême-gauche et n'a que peu de forces sur le plan organisationnel. Malgré cela, il a cependant réussi à prendre des initiatives pour des manifestations qui ont connu une large participation et ont été soutenues par de nombreuses organisations syndicales.
La discrimination au logement
Le comité local de Ishöj (une banlieue de Copenhague dont 12% de la population est d'origine étrangère) diffère des autres groupes, avant tout parce que la majorité de ses membres sont eux-mêmes des immigrés. Par ailleurs, ce comité a beaucoup plus de membres que les autres et sa composition politique est plus large. Le comité a été officiellement fondé, l'année dernière, avec la participation de près de 300 personnes, en majorité des immigrés. Plusieurs groupes de travail ont été mis sur pied pour prendre en charge le problème des immigrés dans différents domaines.
Le point de départ du comité a été la question de la politique discriminatoire appliquée par le gouvernement local, socialdémocrate, en matière de logement. Le but avoué du maire était de réduire le pourcentage d'immigrés dans la ville à 5%. Dans ce contexte, le gouvernement local avait cessé d'admettre les immigrés dans les logements municipaux. Ce genre de pratique est très courant dans d'autres municipalités où il y a beaucoup d'immigrés, surtout dans la région de Copenhague.
Cette question a été largement débattue dans la presse nationale. Les pratiques racistes du maire d'Ishöj n'ont pas été désavouées par la direction du Parti socialdémocrate qui s'est contentée de demander aux gouvernements locaux de continuer à accueillir les réfugiés sur leur territoire et a fait une proposition de loi qui permettrait de disperser les réfugiés dans différentes
Les "Vestes vertes"
A l'automne 1987, la presse nationale s'est également emparée d'une autre affaire de discrimination dans le logement, à Osterbro, un arrondissement de Copenhague, où l'on a appris que la municipalité ne distribuait plus de logements aux immigrés dans certains quartiers. Le fond de l'affaire est qu'une bande de jeunes, plus ou moins organisée, les "Vestes vertes", chassait les immigrés du quartier en les intimidant par des attaques physiques. Les "Vestes vertes" déclarèrent orgueilleusement qu'une certaine rue était devenue "une ville blanche". Ils pérorèrent en annonçant que le nouveau projet de logements en construction allait subir le même sort. La seule réaction du responsable municipal des logements de Copenhague, un conservateur, a été d'accepter cette situation et de conseiller aux gens d'éviter d'aller s'installer dans cette zone.
Là-dessus, les groupes antiracistes ont pris l'initiative d'organiser, en septembre 1987, une manifestation contre les discriminations dans la distribution des logements. Cette initiative a suscité de grandes discussions dans les milieux anti-racistes. Par exemple, il était prévu que la manifestation traverse la rue où les "Vestes vertes" le VS s'y est opposé, sous le prétexte que les "Vestes vertes" n'étaient eux-mêmes, que des victimes de la politique d'austérité de la bourgeoisie et que c'est celle-ci que le mouvement devait se choisir comme cible.
Finalement, une discussion s'engagea sur le sens qu'avait cette manifestation pour les immigrés qui habitaient toujours dans cette région. Le groupe qui était à l'initiative de la manifestation, dont des membres du SAP, a décidé qu'il fallait également protester directement contre ceux qui avaient des pratiques racistes sur le terrain, à savoir, à la fois les "Vestes vertes" et la municipalité, et qu'il fallait donc maintenir l'itinéraire initial. Mais, à cause de la division, le trajet fut tout de même modifié afin d'assurer une plus large participation.
Un millier de personnes, dont une bonne moitié d'immigrés et de réfugiés, participa à cette manifestation sous des mots d'ordre comme : "A bas les villes blanches !"; "A bas l'apartheid, y compris à Osterbro !"; "Travail, logements et éducation pour tous !"; "Lutte commune contre les restrictions !" ; etc. Il s'agissait de la plus grande manifestation organisée jusqu'à ce jour contre une expression concrète du racisme et c'était un net succès, dans la mesure où seule l'extrême-gauche avait mobilisé, à cause de la confusion qui fut créée sur le trajet de la manifestation et de la peur d'un affrontement physique avec les "Vestes vertes".
Contre la Ligue danoise Après cette manifestation, le GIC orienta ses activités directement contre la Ligue danoise. Cette association, fondée en avril 1987, se proposait de combattre, d'un point de vue nationaliste, la politique officielle du gouvernement sur les réfugiés et les immigrés. Il s'agissait, à l'origine, de fonder un parti politique, mais l'on s'orienta vers une association, dans la mesure où, entre autres, une partie des participants était d'avis qu'il y avait déjà un parti politique (le Parti du progrès) qui remplissait cette fonction.
Les dirigeants et les membres de ce groupe étaient en majorité des fonctionnaires en retraite, des ménagères, ainsi que certains jeunes pasteurs intégristes de l'Eglise protestante danoise d'Etat. Ces derniers, qui avaient déjà, en 1986, pris la tête d'une campagne contre la loi sur les réfugiés, sont devenus les porte-parole de l'association et ont pu diffuser leurs idées, presque sans aucune restriction, dans une grande partie de la presse quotidienne.
Les rassemblements de la Ligue danoise furent systématiquement troublés par des contre-manifestations antiracistes et durent souvent être dispersés. La liberté d'expression des racistes ne put être assurée qu'à grand renfort de moyens policiers.
Tout cela est dû à la coopération exemplaire entre le mouvement anti-raciste et les syndicats concernés. Les travailleurs des logements municipaux, où devaient se dérouler les réunions de la Ligue danoise, sont affiliés à un syndicat qui a recommandé à ses membres de ne pas travailler pour les réunions de cette association. Dans certains cas, le personnel a pu faire appel au Contact central (le contact entre la Confédération des syndicats nationaux [LO] et l'organisation patronale) qui per-| met de refuser un travail s'il met en danger "la vie, l'honneur ou le bien-être"
Finalement, la plupart de ces réunions ont été sabotées, ce qui a provoqué d'âpres débats dans la presse. Mais ce qui est intéressant, c'est que des journaux libéraux (y compris le quotidien financé par la LO !) se sont joints aux journaux résolument engagés à droite, pour défendre la liberté d'expression unilatérale des racistes.
Dans tout le pays, des actions ponctuelles ont eu lieu contre le racisme. Mais jusqu'à maintenant, aucune tentative de construction d'un réel mouvement antiraciste à l'échelle nationale n'a abouti. SOS Racisme a tenté de construire une section danoise, mais cette initiative, originaire de France, n'a pas pu prendre pied au Danemark, malgré le soutien d'une partie des grands quotidiens d'orientation socialdémocrate
SOS Racisme a refusé l'unité d'action avec d'autre groupes antiracistes, par exemple, lors d'une manifestation qui a réuni quelques 2 000 personnes à Copenhague, dans le cadre d'une Journée d'action commune européenne, en avril 1988 (avant les élections présidentielles françaises). Par ailleurs, la direction auto-proclamée de SOS Racisme au Danemark est intervenue d'une façon bureaucratique, lorsqu'elle a jugé que le comité local de Copenhague était devenu trop "politique", ce qui a entraîné une scission dans le comité.
Il faut également mentionner l'existence des Réfugiés clandestins, une organisation qui aide les demandeurs d'asile qui sont noyés dans les méandres de la machine administrative. Ces comités financent des avocats qui prennent en charge le dossier de réfugiés dont la demande d'asile a été reje-tée. Grâce à cela, beaucoup d'entre eux ont pu être sauvés d'une expulsion arbitraire. Ce travail est essentiellement financé par les contributions des syndicats.
Les nazis relèvent la tête
Pour la première fois depuis 1943, les nazis danois ont annoncé leur intention de présenter des candidats dans 3 villes, lors des élections municipales de novembre 1989. Durant ces deux dernières années, leur principale activité avait été de faire de l'agitation contre les réfugiés et les immigrés, en faveur d'un "Danemark épuré sur le plan racial". Une affiche qu'ils ont placardée dans de nombreuses villes proclamait : "Le racisme, c'est aimer le Danemark".
Les nazis danois n'ont qu'une centaine de membres, mais leur parti publie et diffuse depuis quelques années la littérature nazie d'autres pays. Leur président, Poul Heinrich Riis-Knudsens, est secrétaire général de l'organisation nazie internationale. Son livre, "Le national-socialisme, un mouvement tourné à gauche", a été traduit et publié dans plusieurs langues.
La campagne des nazis pour les élections municipales sera une provocation incomparable et l'on peut espérer qu'elle sera contrée par des actions de toute une série d'organisations. La seule initiative organisée pour le moment est la création d'un Mouvement populaire contre le nazisme, dont la direction est aux mains de dirigeants syndicaux sociaux-démocrates et de militaires en retraite. Mais pour le moment, ce mouvement n'a encore organisé aucune action et n'a construit des comités locaux que dans 5 villes.
Jusqu'à maintenant, les nazis se sont contentés d'organiser des rassemblements et de coller des affiches. Mais des contacts auraient déjà été pris entre les nazis et les "Vestes vertes". Si cela se concrétisait et qu'une collusion organique devenait effective entre les nazis et les bandes racistes sur le terrain, ce serait un bond qualitatif très dangereux.
Une catégorie de citoyens à part
Ces dernières années, un nombre croissant de bandes de jeunes ont commencé à apparaître dans plusieurs villes et ont perpétré des attaques très violentes contre les immigrés. A Tastrup, en mai 1987, un jeune marocain a été assassiné. Ailleurs, des magasins tenus par des immigrés ont été attaqués, saccagés et barbouillés de slogans racistes. Des organisations de gauche ont également été menacées et attaquées par les organisations racistes. Le VS, son organisation de jeunesse, ainsi que le SAP ont déjà été touchés par ces attaques
La montée du racisme et du mouvement antiraciste montre que la question des droits des immigrés et des réfugiés est de-venue une question centrale de la politique danoise, ces deux dernières années. Même si la loi sur les réfugiés n'est plus débattue avec la même passion que dans la période 1985-87, la lutte contre la politique de plus en plus restrictive à l'égard des demandeurs d'asile continue d'être un thème central
Par ailleurs, il faut aussi souligner le problème de milliers de personnes d'origine étrangère qui avaient des permis de séjour jusqu'en 1984 et qui ont obtenu la nationalité danoise après l'application d'un programme de naturalisation de 18 mois. Même si, sur le plan formel, ils ont désormais les mêmes droits que les danois, il est difficile de parler d'égalité dans toute une série de domaines concrets, comme l'accès réel aux logements, à l'éducation, etc. Le sort qui les attend est en général la marginalisation et ils seront soumis aux discriminations et aux tracasseries en tout genre. Par conséquent, la défense de cette catégorie de citoyens sera également une tâche importante pour les socialistes au Dane-