Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CUBA

Le processus de rectification

· Inprecor n° 282, 20 février 1989 · p. 5-7 · 3 132 mots

Cuba URSS et Russie Stalinisme

A UX PREMIERS dis-

cours, marqués par une critique virulente des réformes économiques marchandes et des mécanismes capitalistes et la suppression des activités privées, a succédé une phase de réorganisation et de rationalisation du travail. La direction cubaine est à la recherche d'une voie médiane pour éviter les écueils de la planification bureaucratique, d'une part, et les méfaits des réformes marchandes, d'autre part. L'accent est mis sur le développement économique, en particulier industriel : "ce n'est pas le moment de penser à la consomma- est tion, il faut penser au développement qui permettra plus tard la consommation sur une base plus solide et sûre", vient de réaffirmer Fidel Castro (11 décembre 1988, Granma).

La priorité absolue est donnée aux investissements, en particulier à ceux qui rapportent des devises ou permettent d'en économiser. Bien que les orientations sous-jacentes à la rectification ne soient pas encore toutes précisées, d'importantes indications existent d'ores et déjà, sur la politique suivie.

Premièrement, dans ce contexte, la rectification a conduit à diminuer l'importance des stimulants matériels qui avaient été instaurés avec le Système de direction de la planification économique (SDPE), pour récompenser le dépassement du plan : les directeurs d'entreprises fixaient les normes de travail à un niveau artificiel et les primes étaient souvent supérieures aux salaires, sans que la production augmente pour autant. Désormais, il faut travailler plus, tout en gagnant souvent moins. Dès lors, il n'est pas surprenant, comme le souligne un commentateur du journal Granma, "que peut être, l'aspect le plus difficile de la rectification, consiste à convaincre les ouvriers qui avaient des salaires trop élevés, résultant de l'application de normes vieillies ou de critères erronés, d'y renoncer" (Granma, 18 septembre 1988).

Les micro-brigades

Deuxièmement, la force de travail est rationalisée et réorganisée. Les effectifs sont révisés à la baisse dans les administrations mais la diminution du nombre de travailleurs employés à la production est plus générale et peut atteindre 30 à 40% des effectifs.

Les travailleurs excédentaires d'une usine sont réemployés ailleurs, éventuellement dans des micro-brigades, à condition qu'ils acceptent l'emploi qui leur est proposé. L'affectation à de nouveaux emplois ne se fait pas sans heurts, en particulier chez les jeunes, plus exigeants en matière de res-pect de la qualification qu'ils ont acquise, souvent plus élevée que celle requise pour l'emploi proposé (1).

Troisièmement, pour combattre l'ab-

CUBA

Le processus

de rectification

ANNONCE EN 1986, entre deux sessions du 3e Congrès du Parti communiste cubain (PCC) le "processus de rectification" entré dans une nouvelle étape.

Jeannette HABEL sentéisme et l'indiscipline au travail, ainsi que l'instabilité et l'excessive mobilité des travailleurs, des équipes de travail plus réduites sont mises en place, à qui l'on fournit les machines et les matières premières. Dans les micro-brigades ou bien dans les "contingents de travailleurs" composés de travailleurs d'avant-garde polyvalents, le mot d'ordre est "les meilleurs à la barre"...

La productivité

Le contrôle de la productivité est plus facile. Il est exercé par les travailleurs qui organisent eux-même leur production, élaborent leur plan de travail et gèrent leur comptabilité et leurs salaires ; l'économie des ressources et l'augmentation de la productivité peuvent donner lieu parfois à des primes importantes, sous forme d'augmentations de salaires ou d'attribution de logements par exemple, sauf pour les travailleurs qui ne l'ont pas "mérité". Ces avantages, qu'ils soient salariaux ou en nature sont répartis sous le contrôle du PCC

Quatrièmement, les mécanismes de la vont être simplifiés et une certaine décentralisation économique est en cours (2). Les structures administratives intermédiaires entre la production et la distribution devraient être supprimées ou

Le ministère de l'Industrie de base de Cuba, dont dépendent de larges secteurs de la production, a annoncé une réforme visant à "débureaucratiser" ses structures. Le personnel administratif des bureaux centraux a été réduit de 60% ; le poids de la direction de la production est passé des orbureaucratiques ministériels aux mains des directeurs d'entreprise (3).

Cinquièmement, l'autonomie des entreprises pourrait être renforcée, compte tenu de la réforme du COMECON, dont la 43e session extraordinaire, d'octobre 1987, a défini des programmes spéciaux concernant la coopération entre, d'une part, les pays européens du COMECON et, d'autre part, le Vietnam et Cuba. Surtout, l'organisation des relations économiques pourra 1989 désormais se faire à trois niveaux : inter-étatiques, sectoriels, et entre les entreprises elles-mêmes : "Les liens économiques directs entre les entreprises doivent devenir le levier principal, assurant le succès de la spécialisation et de la coproduction" (4). Il est difficile de penser que tout ceci puisse être sans conséquences pour l'économie cubaine qui, bon gré mal gré, devra s'adapter à des négociations directes avec des entreprises soviétiques désormais autonomes et peu enclines à financer à perte leurs échanges avec Cuba. Après avoir critiqué les entreprises mixtes, Fidel Castro vient d'affirmer que de telles entreprises allaient se développer, non seulement dans l'industrie touristique, mais également dans d'autres secteurs destinés à l'exportation, afin de bénéficier de la technologie, des matières premières et des débouchés fournis par les investisseurs. Mais ces mesures, comme leurs conséquences sur le plan salarial en terme de différenciation accrue, risquent de contredire les thèmes égalitaires des discours fidélistes de ces derniers mois. Par exemple, les contrats conclus avec des hommes d'affaires espagnols pour la construction et la gestion d'hôtels et de restaurants autorisent l'embauche ou le licenciement des travailleurs sur la base de leur performance au travail (5). La stratégie fidéliste semble être un mélange d'amélioration du système de planification, basée sur la décentralisation et une autonomie plus grande, et le recours accru au volontarisme. Cette combinaison de mesures se traduirait alors par une sorte de radicalisme idéologique sur le plan politique, accompagné d'un pragmatisme renforcé sur le

Les tensions sociales

En somme, dans cette hypothèse, la direction castriste combinerait une appro che économique plus compatible qu'il n'y paraît avec l'optique soviétique, tout en tenant compte des différences de niveau de développement entre les deux pays. L'appel au travail volontaire et la référence au Che pourraient être utilisés par une partie de l'appareil pour faire avaler la pilule de l'austérité aux travailleurs, sans remettre en cause "l'incompétence bureaucratique colossale" (expression Gabriel Garcia Marquez) qui est une des cau-

1) D'après Suarez Vega, membre du Comité centrale, Die Zeit, 28 octobre 1988.

2) Peter GEY. Crisis et reform in socialist econo-

4) Nouvelle revue internationale, V. Medvedev, la

5) International Herald Tribune 12 janvier1989.

6) Août 1988, H. Brezinski, "Cuba economic ties with the Soviet union and the CMEA in the mid eight-

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ses essentielles de la crise actuelle. Les difficultés de la vie quotidienne, l'aggravation des conditions de travail et de transport, provoquées par la chute des importations, notamment le manque de pièces de rechange, ne sont pas sans effet, dès aujourd'hui, sur la mobilisation des masses. Des manifestations de mécontentement sont perceptibles. Les déclarations officielles se font elles-mêmes l'écho des difficultés existant dans la distribution des produits de

Des queues se forment dès l'aube devant les magasins. La suppression des marchés paysans libres a enrayé l'enrichissement colossal des paysans privés, mais n'a pas résolu pour autant les problèmes du ravitaillement. Les transports se sont de nouveau dégradés. Les réparations sont plus difficiles à effectuer et les pannes augmentent. La spéculation s'est accrûe et des opérations de police et des rafles contre les spéculateurs ont eu lieu, largement répercutées d'ailleurs par la presse cubaine.

Phénomène plus inquiétant, les manifestations "d'indiscipline" au travail se sont aggravées. L'adoption de la réforme économique, en 1975, et son application pendant 10 ans, devait accroître la motivation et la discipline des travailleurs. Or, le nombre de procès en accusation d'indiscipline au travail est passé de 9 988, en 1979, à 25 572 en 1985 (7). Ils concernaient toutes sortes de délits, incluant des arrangements collectifs entre administrateurs, intermédiaires ouvriers, etc., sur les salaires, les normes et les conditions de travail.

L'indiscipline au travail

L'impulsion du processus de rectification en 1986, avait notamment pour but de modifier cette situation, dont le SDPE et son cortège d'inégalités et de corruption étaient tenus pour responsables. Cependant, même si depuis, "des collectifs d'ouvriers exemplaires réalisent de véritables exploits productifs", à en croire le Bureau politique du Parti communiste cubain, selon cette même instance, "des manifestations d'indiscipline au travail et sur le plan social persistent, des éléments antisociaux tentent de remettre en cause l'ordre et la discipline" (8). Fidel Castro a d'ailleurs insisté de nouveau, le 11 décembre 1988, sur "les indisciplines sociales et la délinquance, manifestations négatives qui ont atteint un niveau préoccupant ces derniers mois"

La cote d'alerte a été atteinte en novembre, avec un incident sans précédent : un incendie du central téléphonique de la Havane, qui provoqua la paralysie du système téléphonique de la capitale. Il s'agissait là, selon le journal Granma (9), d'un sabotage effectué par une opératrice de l'entreprise, qui mit délibérément le feu aux installations "pour porter préjudice à l'administra-

7) Trabajadores, revue de la C'TC, 5 juillet1986.

8) Déclaration du BP du PCC, Granma, 2 octobre 1988.

9) 11 décembre 1988, Granma.

10) Granma, le 8 janvier 1989.

tion de l'entreprise dont elle avait reçu, à deux fois, un blâme pour abandon de poste". La mention de ces faits dans l'édition internationale du journal, suffit à en souligner la gravité. Le malaise social et l'inquiétude des travailleurs, face aux difficultés croissantes au travail et dans la vie quotidienne, sont ainsi mises en évidence, ce n'est sans doute pas par hasard, qu'à l'occasion du trentième anniversaire de la révolution, deux mois après cet incident, le ministère du Travail et de la sécurité sociale s'est décidé "à réhabiliter les travailleurs sanctionnés par des mesures disciplinaires qui figurent à leur dossier"' (10) (les sanctions pour indiscipline au travail peuvent aller du blâme au licenciement). La réhabilitation concerne les ouvriers sanctionnés qui ont maintenu, par la suite, une attitude positive dans leur travail, mais dont les sanctions étaient néanmoins mentionnées dans leur dossier. Le sabotage du central téléphonique par une femme, blâmée par deux fois pour abandon de poste — dont on ne connait pas le motif — a certainement provoqué cette décision du ministère du Travail. Même s'il s'agit d'une mesure limitée, elle témoigne du souci des autorités de ne pas accroître en cette période de vaches maigres, les mesures disciplinaires contre les travailleurs souvent confrontés à des difficultés croissantes dans l'organisation de la production.

Les contradictions sociales inhérentes aux ambiguités actuelles de la rectification sont mises en évidence, depuis la troisième réunion, dirigée par Fidel Castro, des entreprises de production et de service de La Havane à la mi-88, et qui centra le processus de rectification sur le problème des coûts, de la rentabilité des entreprises, de l'organisation du travail et des salaires. Au-

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trement dit, la nécessité d'augmenter la productivité du travail.

Pour la première fois, le gouvernement cubain a reconnu un taux de chômage de 6%, au lieu de 3,4% en 1981 (11). Certes la direction castriste ne cache pas l'ampleur de la crise économique et son caractère durable, encore confirmés lors de la dernière Assemblée nationale du pouvoir populaire : "la situation de 1986 ne s'est pas améliorée en 1987, mais elle s'est aggravée, et s'est encore davantage aggravée, en 1988. Dans les années qui viennent, les investissements économiques devront avoir la priorité absolue en particulier ceux qui permettent l'économie de devises convertibles ou sont susceptibles d'en procurer".

En ces temps de vaches maigres, comment les masses vont-elles réagir ? Qui va faire les frais de la crise ? Quelle est la cible sociale du processus de rectification ? Autant de questions qui restent ouvertes. Peutêtre, le potentiel de mobilisation des masses cubaines est-il encore suffisant pour résister à la fois à la pénurie et à l'usure de la vie quotidienne. A condition toutefois que les sacrifices soient également répartis. Ce qui implique que la rectification s'applique dans le sens égalitaire des premiers discours sur le plan social, par la réduction des privilèges et une véritable lutte antibureaucratique sur le plan politique, par la démocratisation de la vie politique au profit, non seulement du groupe dirigeant, mais des larges masses.

Où va la rectification ?

Or pour l'instant, nul ne sait où va la rectification : commencée comme une campagne contre "les technocrates et les nouveaux capitalistes", elle est relayée par des mesures d'augmentation de la productivité du travail et l'on ignore quelles en seront les prochaines étapes. Comme le souligne un journaliste cubain, le processus de rectification "a ses partisans et ses ennemis. Les uns le freinent et les autres voudraient le pousser plus avant. (...) Les Cubains ont l'habitude de rejeter sur les directeurs d'entreprise et les directeurs d'organisme, les cadres, la responsabilité de toutes les erreurs. On voit plus facilement la paille dans l'œil du voisin que la poutre dans le sien" (12). Ce commentaire dit bien ce qu'il veut dire : conçue comme "une contre-offensive stratégique", la politique de rectification masque des intérêts sociaux contradictoires. Les administrateurs eux, sont favorables à une plus grande autonomie des entreprises, dont ils sont les premiers bénéficiaires. Il est manifeste que dans les milieux dirigeants, une lutte sourde se déroule pour dépouiller le discours fidéliste de son contenu initial, en utilisant le volontarisme, les stimulants moraux, l'appel à la conscience révolutionnaire et la motivation idéologique, pour mieux faire passer des mesures draconiennes, destinées à augmenter la productivité du travail.

A ces ambiguités, il faut ajouter les décisions économiques prises, concernant l'établissement d'entreprises mixtes entre l'Allemagne de l'Ouest et Cuba, pour l'industrie alimentaire, ainsi que les projets de coopération industrielle qui pourraient être également financés par la Communauté européenne. Que les investissements dans ces entreprises mixtes se multiplient, y compris dans des secteurs destinés à l'exportation, même si les centrales sucrières, les mines, les services publics ou les industries destinées à la consommation intérieure ne peuvent être concernés, comme l'a précisé Castro (13), témoigne, néanmoins, d'un changement par rapport aux positions défendues en juin 1987, et aux restrictions imposées à l'égard des entreprises mixtes. L'opposition de Fidel Castro, qui s'était exprimée à maintes reprises sur ce sujet, a donc été contournée. Est-ce sous l'influence de la gravité de la crise économique ? Ou bien, comme le souligne un commentateur, celle de certains de ses collaborateurs, "convertis aux bienfaits du capitalisme et de l'économie de marché" ? (14) Ou bien sous la pression de l'URSS et de la réforme du COMECON ? Dans tous les cas, ces mesures ne peuvent qu'engendrer de nouvelles

Le tourisme peut amener des devises et il le fait mais, il aggrave les tensions, dans la mesure où le contraste entre l'austérité et les moyens mis à la disposition des visiteurs suscitent déjà des protestations de la population. Les entreprises mixtes peuvent faciliter l'exportation de produits cubains, mais les conditions particulières accordées aux travailleurs qui y seront employés, vont à l'encontre des objectifs égalitaires de la rectification.

Dans les conditions cubaines, le choix de la motivation idéologique, de l'appel à la conscience des masses et à leur mobilisation est encore possible, mais il doit, pour être efficace, déboucher sur des pouvoirs de contrôle et de décision accrus pour les masses. Ceci suppose de rompre avec le monopole politique du pouvoir du Parti communiste cubain, pouvoir concentré de fait entre les mains d'un dirigeant et de ses collaborateurs. Cela implique que le mot d'ordre "les meilleurs à la barre" (15) appliqué localement dans les micro-brigades le soit aussi nationalement pour mettre un terme à la gabegie et au gaspillage bureaucratiques, premier obstacle à la progression de la pro-

Les règles du jeu

En affirmant que "le secret de la productivité est dans la discipline, la technologie (...) l'utilisation rationnelle et efficace du matériel et de la main-d'œuvre" et qu'il est possible "de faire plus que les capitalistes si l'on est capable de diriger les hommes — c'est là qu'est le secret — avec des méthodes révolutionnaires" (29 janvier 1989), Fidel Castro risque de se décerner à lui-même et à l'équipe qui l'entoure, un brevet d'incapacité ou alors, il veut mettre en cause les méthodes non-révolutionnaires de ceux qui détiennent les leviers de commande de l'économie et de l'appareil d'Etat et s'en différencier : en s'en prenant soit aux masses, soit à l'appareil selon la conjoncture, Fidel Castro préserve encore son rôle d'arbitre mais sa crédibilité s'use dans ce jeu d'équi-libre. Le pari de la direction castriste de faire à la fois l'économie de la glasnost, et de l'autogestion ouvrière, ne pourra réussir. D'une façon ou d'une autre, il faudra trancher sur le plan intérieur comme sur le plan international. Mais les marges de manœuvres sont restreintes et les considérants initiaux de la rectification - consolider la mobilisation des masses sur des bases égalitaires — seront-ils maintenus?

La politique de Gorbatchev

Gorbatchev souhaite que Cuba s'intègre à sa politique de négociation avec l'impérialisme américain, et accepte une politique économique de vérité des prix et d'austérité, permettant d'alléger l'aide de l'URSS. Bush encourage cette pression, dans laquelle il voit le moyen de différencier la base sociale du régime. Castro, lui, accélère les rapprochements en cours avec les gouvernements d'Amérique latine, et tente de négocier — à la faveur des accords sur l'Angola — un rapprochement avec les Etats-Unis. Mais cette politique implique, elle aussi, une contrepartie : respecter les règles du jeu du club dans lequel on veut entrer comme l'a dit un diplomate latino-américain. Car "Cuba ne peut vouloir jouer au football avec les règles du base-ball" (16) Autrement dit, pour faire partie du club, il faut montrer patte blanche : cesser l'aide aux révolutionnaires à l'extérieur, se serrer la ceinture à l'intérieur, et moderniser un système inefficace (Felipe Gonzalez) (17),

Gorbatchev tient un discours symétrique : Cuba doit choisir, ou bien faire cavalier seul et en assumer les conséquences, ou bien jouer le jeu avec les autres pays, dits socialistes, et réformer son économie.

Prise dans cet étau de contradictions, la révolution cubaine peut encore — à la différence des autres pays de l'Est — compter sur la mobilisation des masses. A condition de comprendre que l'absence de motivation économique au travail (sauf dans des secteurs d'avant-garde limités, organisés dans les contingents de constructeurs ou les micro-brigades) est la conséquence, en dernier ressort, de l'absence de motivation politique. Face aux gaspillages et à la corruption bureaucratique, on ne voit pas pourquoi la population devrait travailler plus, pour des résultats toujours compromis par cette gabegie bureaucratique. Le volontarisme et la conscience révolutionnaire, ne pourront être efficaces que s'ils s'accompagnent d'un réel pouvoir d'organisation, de contrôle et de gestion par les travailleurs eux-mêmes : ce choix décisif pour l'avenir de la révolution cubaine est de plus en plus

13 février 1989

11) Latin American Weekly Report, 19 janvier 1989

12) Granma, 18 septembre1988.

13) Granma, 1 janvier 1989.

14) Le Monde, 3 janvier 1989

15) Bohemia, 21 octobre1988

16) El pais, 2 janvier 1989

17) El Pais, 2 janvier 1989.

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