d'une possible légalisation de celui-ci, appuyée par le début même si cette possibilité avait été déjà imposée dans les faits apparus timidement d'abord en 1987, puis avec force, après la possibilité de s'organiser légalement à visage découvert,
P ourtant, comme le note juste-
ment Tygodnik Mazowsze (1), "lorsque il y a 101 mois, Lech Walesa signait les accords de Gdansk tout le monde en Pologne était conscient de l'importance de cet événement. Aujourd'hui Solidarité va retrouver le droit à une existence légale, mais cela ne s'accompagne pas de l'euphorie et des espoirs d'antan".
L'organe officieux de la direction Walesa explique ainsi cette situation : "Solidarité, imposée non pas par un grand soulèvement, mais par la pression de la situation économique, l'effondrement du système, les années de résistance sociale, les grèves d'il y a plusieurs mois et qui plus est, des grèves dans une vingtaine et non dans quelques centaines d'entreprises, Solidarité comme octroyée et non arrachée, n'a pas le goût de la victoire".
L'explication pourrait sembler plausible si, au soir de la séance inaugurale des débats de la table ronde, dans l'une des grandes entreprises polonaises, la mine de lignite à ciel ouvert de Belchatow, 12 000 travailleurs, soit près de 95% du personnel, n'entamaient pas une grève d'occupation, exigeant plus d'égalité de salaires (contre un accord salarial signé entre la direction et le syndicat officiel OPZZ) et 30 000 zlotys d'augmentation égale pour tous afin de compenser les effets de la hausse des prix. Leur grève faisait suite à plus de 170 mouvements grévistes enregistrés en janvier 1989 et précédait quelques 50 autres qui devaient avoir lieu dans la première moitié de février.
Les grèves et la négociation
La grève des mineurs de Belchatow, comme des dizaines d'autres où la revendication d'une augmentation de salaires uniforme de 30 000 zlotys revenait tel un leitmotiv, est bien évidemment due avant tout à la baisse des revenus réels, enregistrée durant les derniers mois. L'inflation qui, en 1988, a atteint les 80% selon les estimations officielles, s'est encore accélérée en ce début d'année. Il serait donc illusoire de se satisfaire d'une telle explication (2).
Car l'ouverture des négociations et la proche perspective de légalisation du syndicat indépendant, la crainte de voir les négociations échouer à cause des manifestations d'impatience, et enfin l'appel de Lech Walesa à assurer six semaines de paix sociale atin de ne pas réveiller la bête qui dort, tout cela est de nature à freiner le développement spontané du mouvement gréviste. Mais à condition que les travailleurs fassent massivement confiance à la ligne mise en œuvre par leur direction et s'attendent à une possible amélioration de leur sort à l'issue de la table ronde. Or, il n'en est rien. Lech Walesa lui même en est conscient et n'a pas manqué de le souligner lors de la réunion de la Commission exécutive nationale (KKW) de Solidarité, à la veille de l'ouverture des pourpar-
POLOGNE
Autour de la table ronde
APRES 7 ANNEES DE REPRESSION et d'attaques contre le syndicat Solidarité, l'annonce faite par le pouvoir, de discussions avec ses dirigeants les plus connus, suivie de la proposition de garantir aux représentants de l'opposition jusqu'à 40% des sièges dans le futur parlement polonais, pourrait être interprétée comme une victoire majeure des travailleurs polonais. Et, en effet, par de nombreux comités d'organisation de Solidarité, les vagues de grèves de mai et août dernier
(malgré la persistance de certaines formes de répression), constitue une conquête de taille.
Cyril SMUGA lers : "De plus en plus de gens sont méfiants. 'Tant pis, nous n'y croyons pas', disent-ils, 'en 1980 Walesa a fait confiance et quel a été le résultat ?
Aujourd'hui c'est la même chose'. Ma réponse est simple : je n'y crois pas non plus. Et je dis, ne faites pas confiance au futé Walesa, ne faites pas confiance aux futés en général, ayez confiance en vous-mêmes, structures que nous allons construire.
Nous, en tant que groupe qui doit entamer 'la table', nous ouvrons des possibilités. Nous avions dit que nous le ferions et nous le faisons. (...) Donc la
KKW et Lech Walesa vont gagner et si la société n'est pas prête, et ne tire pas profit de ce que nous permettons, elle n'aura qu'à s'en prendre à elle même.
(...) Ce qui importe, c'est que la société s'empare de tout ce qu'on obtiendra à cette table." (3).
Démagogie
Ce discours, un tantinet démagogique, était une réponse aux interrogations de quelques membres de la commission, quant aux craintes soulevées à la base par l'ouverture même des négociations. Grazyna Staniszewska, l'une d'entre eux, expliquait : "Lorsque je suis partie pour venir ici on me disait : n'accepte pas qu'ils vendent Solidarité" (4).
Craintes répétées sur tous les tons quelques jours plus tard, lors des meetings de Lech Walesa dans différentes grandes villes du pays.
A Lodz, le 22 février, l'assistance avait même, à plusieurs reprises, interrompu Walesa en scandant le nom d'Andrzej Slowik, dirigeant historique de Solidarité dans la région, ancien membre du présidium de la Commission nationale élue lors du premier Congrès du syndicat en octobre 1981, mis au ban par l'actuelle direction et opposant connu à sa li-
Car en ce début 1989, Solidarité ap paraît comme plus divisé que jamais. Dès l'arrêt des grèves en mai, puis en août 1988, la décision de Lech Walesa avait été largement critiquée. Ainsi, au moment où la décision d'arrêter le mouvement est parvenue à Stalowa Wola, un des bastions de la grève, "il y avait quatre à cinq mille grévistes, la grève se développait, les gens ne voulaient pas sor-
Au chantier naval de Gdansk, "il est apparu qu'il Walesa avait stoppé les grèves sans en référer aux grévistes. Quelqu'un a posé la question : Est-ce une mauvaise blague ?''. (6) Dans la mine Manifest Lipcowy de Jastrzebie, siège du comité de grève inter-entreprises (MKS), "la discussion entre Lech, le MKS et le comité de grève s'est transformée en une explication orageuse (...) II appelle à arrêter la grève. 'Nous ne sortirons pas d'ici", entend-il, 'sans garan-
1) Principal hebdomadaire de Solidarité, proche des positions de Lech Walesa et de Jacek Kuron, numéro 279 du 25 janvier 1989.
2) De même qu'il est difficile de se satisfaire de celle avancée par certains partisans trop zélés de Walesa au sein de Solidarité, qui tentent de présenter les grèves actuelles comme le fruit d'une manipulation du syndicat officiel OPZZ...
3) Cité dans Nowohucki Biuletyn Solidamosci (Bulletin de Solidarité de Nowa Huta), organe du Comité d'organisation de Solidarité du combinat métallurgique "Lénine", numéro 26 du 7 février 1989.
4) Bulletin d'Information du Bureau de coordination de Solidarité à rétranger, numéro 211 du 22 tévrier 1989.
5) Tygodnik Mazowsze numéro 262 du 7 septembre 1988.
6) ibid.
ties de sécurité personnelle et sans date fixée pour les négociations de nos revendications'. " (7).
Entre les dirigeants de Solidarité, attachés à la recherche d'un compromis qu'ils considéraient comme la seule issue possible, et les jeunes travailleurs qui furent à la pointe du combat lors des récentes vagues de grève, un fossé s'est creusé, aggravé encore par la réaction de Lech Walesa, lors de la mise en liquidation du chantier naval "Lénine" de Gdansk, en novembre dernier.
Le reporter de la presse clandestine, (8) présent sur place à ce moment-là, a décrit comme suit, l'atmosphère d'une assemblée générale d'alors : vention de Walesa était attendue dans une atmosphère tendue, car il avait annoncé auparavant sa volonté de déclarer l'état de préparation à la grève. Mais à la surprise d'une partie des travailleurs, en particulier des jeunes, le président de Solidarité a dit qu'il fallait 'encore donner quelques jours au pouvoir et aussi qu'il 'attendait les réactions du pays' puis a appelé à la dispersion."
Une grève venait alors de démarrer au chantier de radoub tout proche, en solidarité avec les travailleurs de "Lénine" menacés. "Walesa a admis qu'il n'avait pas donné d'informations à ce sujet, car, avec Szablewski [président de Solidarité au chantier naval "Lénine"] il avait précédemment demandé aux grévistes de ne pas aller plus loin. Quand on lui a demandé, en ce qui concerne cette grève, s'il s'agissait d'une 'révolte de jeunes' il a répondu - insubordination'."
Ces tensions se sont encore aggravées lors des grèves du début 1989. A Belchatow, ce fut Alojzy Pietrzyk, un dirigeant de Solidarité participant à la table ronde, qui, "grâce à son habileté rhétorique et à la fatigue des ouvriers, a finalement réussi à obtenir leur accord pour une prime de 21 000 zlotys, c'est-à-dire moins que ce la direction avait été prête à offrir" après avoir "reçu un coup de téléphone de l'équipe de Solidarité de Varsovie, expliquant que la grève avait été provoquée par des dirigeants du parti voulant torpiller ainsi la table ronde". (9) A la suite de ce qui est apparu à beaucoup comme une trahison, Alojzy Pietrzyk n'a pas été admis dans l'entreprise par les grévistes de l'aciérie de Laznia, en Haute-Silésie, région dont il est un des représentants au sein de la direction du syndicat. Ainsi, avant même que les débats autour de la table ronde ne soient entrés dans leur phase décisive, le régime du général Jaruzelski a obtenu une première victoire : les prises de position des dirigeants de Solidarité jettent le trouble dans le mouvement de masse, le divisent et contribuent à le désarmer.
En décidant d'entamer ces pourparlers, malgré une opposition virulente d'une partie non-négligeable du Comité central, et sans doute plus importante encore de l'appareil intermédiaire du POUP, l'équipe du premier ministre Mieczyslaw Rakowski et du général Jaruzelski cherche, en premier lieu, a reconstruire une légitimité du pouvoir bureaucratique en Pologne.
Dans un article publié sous forme d'éditorial dans l'hebdomadaire Polityka, (10) juste après les décisions prises par le Xe plénum du Comité central du POUP, un de ses membres, Zdzislaw Cackowsky, écrivait, "nous ne sommes pas à l'abri de la révolte sociale. (...) La majorité des gens (...) pense que le parti est nécessaire à la Pologne, mais il s'agit là plus d'une tolérance, que d'un mandat activement soutenu. Le parti n'a pas de soutien social actif. Et ce qui est pire, c'est que le parti n'a pas le soutien de la part de larges masses de ses membres, fatigués, ayant subi de lourdes expériences, peureux, habitués à des actions administratives et à ce que le pouvoir soit donné au parti une fois pour toutes. (...) Le danger de la perte du pouvoir par le parti est réel". (...)
"L'opposition est un fait et sous deux formes : l'opposition constructive, constitutionnelle, prête au dialogue, et l'opposition extrémiste, anti-système. La première est déjà légale de fait. L'opposition de la seconde espèce est dangereuse. // y a deux conditions pour son nécessaire affaiblissement, l'amélioration de la situation socio-économique et un dialogue légal, ainsi que la collaboration avec lopposition constructive. Cette opposition constructive est indispensable à long terme, et à la Pologne, et au parti : à court terme, elle est nécessaire comme une alternative critique permanente envers le pouvoir."
Un projet cynique
Ainsi la légalisation de Solidarité est-elle conditionnée par l'accept29ation de la part de ses dirigeants d'un projet cynique de libéralisation (les élections "démocratiques à 40%" et la mise en place d'une présidence dotée de tous les pouvoirs — Jaruzelski est candidat), et de la mise en œuvre d'une réforme économique marchande. Cette dernière doit permettre une restructuration de l'industrie au travers de la liquidation ou de la vente au capital étranger d'une série d'entreprises et du développement du secteur privé. Une loi-cadre, sur le fonctionnement de l'économie, préparée par le gouvernement, met notamment sur un pied d'égalité des entreprises privées et publiques en ce qui concerne les impôts et l'accès aux crédits et aux biens de production, et abolit les limites sur l'emploi dans le secteur privé, tout comme celles concernant les autorisations préalables de commerce avec l'étranger.
En fait, il s'agit d'une égalité factice. Car une autre loi, portant sur le financement des entreprises publiques, prévoit que ces dernières devront payer à l'Etat un fort dividende sur leur capital. Elles subiront donc une pression fiscale encore plus lourde qu'à l'heure actuelle (65% en moyenne) et bien plus forte que le secteur privé. D'autre part, la réforme économique a également pour but de satisfaire aux exigences du Fonds monétaire international (FMI) qui, à en croire le ministre polonais des Finances, Andrzej Wroblewsky, exige une baisse de 10% en moyenne du niveau de vie de la population (11).
avec la nomenklatura ?
Les dirigeants de Solidarité discutent depuis plusieurs mois des limites du compromis. En novembre 1988, Jacek Kuron écrivait : "Si la liquidation de la nomenklatura devait signifier que ces gens vont tout perdre, il n'y aurait aucune chance pour que les changements démocratiques puissent avoir un caractère pacifique. Mais je pense qu'il n'est pas, ou du moins qu'il ne doit pas, en être
"Pour être un manager il faut au moins avoir un minimum d'expérience d'organisation. Cependant, pour le moment, seuls les gens de la nomenklatura ont pu gagner une telle expérience. C'est pourquoi, contrairement à ce qui est généralement admis, je pense que beaucoup d'entre eux - dans des conditions favorables - ont une bonne chance de créer des entreprises privées et des sociétés anonymes privées, de gagner des concours et d'être élus dans le cadre de l'autogestion. (...) De même, le sommet de la nomenklatura peut - encore une fois dans les conditions favorables — garder pour longtemps une bonne partie du pouvoir politique.
"Ces conditions favorables sont celles où les réformes se feront avec la participation du POUP. Tout cela est bien évidemment lié à un grand risque du point de vue de la nomenklatura, mais l'abstention devant les réformes, et donc la poursuite de la ruine du pays, rend de plus en plus réel le danger qu'ils finissent par tout perdre." (12). Toujours en novembre, la KKW déclarait, peu après la mise en liquidation du chantier naval de Gdansk, "nous admettons que si une véritable réforme économique
8) Tygodnik Mazowsze, numéro 270 du 9 novembre
9) Reportage de Christopher Bobinski, Financial Times
11) Przeglad Wiadomosci Agencyjnych de Solidarité de Varsovie, numéro 3 du 20 janvier 1989.
12) Tygodnik Mazowsze, numéro 272 du 23 novembre
était entreprise, il pourrait arriver qu'on ferme les entreprises. Mais ce qui doit en décider, ce sont les lois du marché et les principes du calcul économique, et non des décisions politiques arbitraires" (13).
Crise ouverte
De telles prises de position ont provoqué une crise ouverte au sein du syndicat. Un des animateurs du Comité ouvrier inter-entreprises de Solidarité de Varsovie écrivait : "1. Le POUP a une nomenklatura qui sait mieux — Solidarité a une nomenklatura qui sait mieux. 2. La nomenklatura du POUP a concentré entre ses mains un pouvoir politique qu'elle garde jalousement. La nomenklatura de Solidarité aussi. 3. la nomenklatura du POUP dispose d'un monopole d'information et de propagande. La nomenklatura de Solidarité est son ex-
Les nomenklatura du POUP et de Solidarité savent que la Pologne va vers une révolution et en ont peur par dessus tout. Car la révolution balayera les deux nomenklatura" Groupe de travail de la Commission nationale de Solidarité, composé d'une trentaine de dirigeants historiques du syndicat mis sur la touche par l'aile Walesa, a, en décembre dernier, exigé une nouvelle fois la convocation de la direction statutaire de Solidarité, ce à quoi Lech Walesa a opposé un refus caté-
Mais ce qui est nouveau, c'est que dans deux textes issus de cette réunion, Andrzej Gwiazda, l'ancien vice-président du syndicat, d'une part, et les trois dirigeants issus de la région de Lodz, d'autre part, tentent de présenter une ligne de direction alternative pour le syndicat. Dans le document présenté par Gwiazda, on lit : "Grâce au soutien du Département d'Etat des Etats-Unis la politique d'entente et de réforme a pris la tête. Cette politique entre dans sa période de succès et de réalisation. Il doit s'agir d'une entente en vertu de laquelle le groupe est prêt à un compromis, c'est-à-dire l'opposition dite constructive, obtiendra des concessions politiques en échange de la garantie des intérêts économiques du système.
"Cela signifie l'engagement d'une partie des groupes de l'opposition à empêcher que la société ne se révolte face à la baisse de son niveau de vie, donc à l'accroissement de l'exploitation. La réforme économique, comme on peut déjà le voir, signifie la transformation des entreprises étatiques en sociétés anonymes, créées par les organisations et les personnes privées. Bien évidemment cela ne se fait pas par un rachat." En conséquence il appelle les militants de Solidarité à lutter pour des augmentations de salaire partout, à organiser des groupes syndicaux au sein des sociétés anonymes et dans le secteur privé et à "ne pas perdre du temps et de l'argent pour souligner sa présence et son importance dans des rassemblements religieux". (15).
Les dirigeants de Lodz pour leur part, écrivent qu'"aucun syndicat authentique dans le monde ne peut accepter des concessions qui signifieraient : a) la baisse du niveau de vie des travailleurs, retraités et pensionnés (...) ; b) l'acceptation de conditions de travail menaçant la santé et la vie des travailleurs ; c) l'acceptation du chômage, perçu comme un moyen de renforcer la discipline des travailleurs ; d) l'allongement, par quelque moyen que ce soit, de la journée de travail et la réduction du droit au repos ; e) le démontage ou la limitation du système de sécurité sociale (...). Nous déclarons que si le syndicat doit rester lui-même, il ne peut se transformer en un parti politique ni reconnaître le rôle dirigeant d'un quelconque parti".
Ces prises de position ainsi que les mouvements de grève ont conduit la direction nationale de Solidarité à mettre en avant, lors de la table ronde, certaines revendications présentées auparavant comme excessives, voire utopiques. Ainsi ont-ils exigé avec force, l'établissement, du moins pour une durée transitoire d'un an, d'une échelle mobile de salaires et la réduction du budget militaire de 20%.
La table ronde
Expliquant que, "la condition sine qua non du succès de l'accord, et de la réalisation de ses décisions, est une large acceptation des concessions que nous devrons faire", la rédaction de Tygodnik Mazowsze affirmait que "la question essentielle sera de limiter le plus possible le poids de l'inflation et du chômage" (que la direction de Solidarité semble prête à accepter) (16). De même, lors de la réunion de la KKW, les 20 et 21 janvier, des voix se sont élevées contre l'acceptation éventuelle d'un accord anti-grèves. Jacek Kuron : "C'est une aberration que de dire qu'il n'y aura pas de grèves. Nous pouvons dire que nous n'allons pas les initier, qu'elles sont néfastes et même que nous allons les freiner, mais c'est tout. Car la pression gréviste sera énorme." (17).
Mais si l'opposition de la base et les voix qui s'élèvent, ici ou là, pèsent sur la manière dont la direction, regroupée autour de Lech Walesa, négocie et présente son point de vue, il n'en reste pas moins que sa stratégie générale, visant à imposer une réforme économique marchande et à obtenir la légalisation du syndicat par un accord avec le pouvoir, demeure.
Une des caractéristiques de la situation actuelle, c'est aussi que les grèves restent isolées les unes des autres, même si les revendications sont souvent semblables. L'absence de coordination des luttes, qui est une tradition de la classe ouvrière polonaise depuis 1980, montre à quel point les oppositions envers la KKW restent faibles et éclatées. C'est pour lutter contre cela que les militants du Parti socialiste polonais "Révolution Démocratique" (PPS-RD) ont pris l'initiative d'organiser un congrès national de l'opposition au pacte avec le régime
Ils appellent: "tous ceux qui veulent former l'avenir du pays dans la lutte pour la pleine démocratie et la souveraineté et non au travers d'un nouveau pacte avec l'élite gouvernante", à coordonner et soutenir "les nouvelles vagues de protestation sociale".
Tenu le 25 février, à Jastrzebie (Haute-Silésie), ce congrès a réuni 58 délégués, représentant le Syndicat indépendant des étudiants (NZS), l'Organisation Solidarité combattante (OSW), le Comité ouvrier inter-entreprises de Solidarité (MRKS), le mouvement Paix et liberté (WIP), la Confédération de la Pologne indépendante (KPN) ainsi que des groupes de Solidarité de diverses entreprises de Haute-Silésie et de Wroclaw. 120 autres délégués ont été arrêtés par la police, alors qu'ils tentaient de le rejoindre.
L'opposition anti-système
En dehors des représentants de la KPN tous les autres congressistes ont adopté la position suivante: "Le Congrès de l'opposition anti-système est un mouvement politique qui se donne pour but l'abolition du pouvoir monopoliste du POUP et la réalisation de la démocratie politique et économique complète, compris des élections libres. Pour cela, les militants oppositionnels regroupés au sein du Congrès voient la nécessité de soutenir politiquement et organisationnellement les mouvements sociaux qui se développent, et en particulier les
"Dans la situation actuelle, il n'y a pas de raisons politiques ni économiques qui justifieraient les tentatives de convaincre les travailleurs à abandonner la lutte pour leurs intérêts. La principale cause de l'inflation n'est pas l'augmentation des salaires de misère, mais le remboursement zélé de la dette extérieure au travers des exportations. Les discussions de la table ronde n'auront notre soutien qu'à condition qu'elles ne soient pas utilisées pour freiner les protestations ouvrières. Le modèle de réforme économique anti-ouvrière, adopté par les négociateurs de la table ronde, est inacceptable et ne sert qu'à légitimer et à maintenir le pouvoir totalitaire de la République populaire de Pologne" (18).
13) Tygodnik Mazowsze, numéro 270 du 9 novembre 1988.
14) Article d'Edward Mizikowski dans CDN-Glos Wolnego Robotnika, numéro 250 du 28 novembre 1988.
15) Ces textes largement commentés dans la presse clandestine - ce qui est nouveau, car jusque là l'ostracisme envers les prises de position du Groupe de travail était de rigueur, ont été également reproduits dans Polityka, l'hebdomadaire officiel numéro 2 du 14 janvier 1989.
16) Numéro 279, du 25 janvier 1989.
17) Tygodni Mazowsze, numéro 279.
18) Texte communiqué par téléphone par le bureau régional du PPS-RD de Wroclaw.