SOUPCONNEE de complicité dans un réglement de compte tragique à Soweto, qui s'est terminé par l'assassinat de Stompie Mokhetsi, un jeune militant noir de 14 ans, Winnie Mandela, l'épouse de Nelson Mandela, dirigeant du Congrès national africain (ANC), s'est totalement discréditée, même aux yeux des sympathisants de son organisation. Le Front uni démocratique (UDF), et la confédération syndicale COSATU ont publiquement désavoué Winnie Mandela. Claude GABRIEL
S URNOMME la "terreur de Tuma-
Whole", Stompie Mokhetsi était un militant hors du commun. Ex-détenu, orateur, théoricien, "général" d'une véritable armée de plusieurs centaines de jeunes garçons dans So weto, dont certains avaient même moins de 10 ans, il faisait partie de cette jeunesse des townships qui s'était particulièrement distinguée dans les troubles des années 1985-87. Son enlèvement, le 29 décembre 1988, puis son assassinat, dans un conflit avec des membres du groupe de protection de Winnie Mandela, dénommé "l'équipe de football Mandela", illustre la crise actuelle du mouvement de masse dans certains endroits de l'Afrique du Sud, après l'essoufflement des grandes mobilisations.
Décomposition sociale
En effet, dans certains quartiers, se sont multipliées des bandes de jeunes, dont les activités sont à la limite de l'agitation politique et de la délinquance. Cela rend les règlements de compte d'autant plus ambigus. La principale raison de cela réside dans la décomposition sociale de certains secteurs des townships, avec toutes les conséquences négatives que cela peut impliquer pour le mouvement populaire. C'est donc toujours l'apartheid qui demeure la toile de fond de cette crise. Mais d'autres facteurs s'y superposent.
Stompie Mokhetsi (DR)
L'entourage de Winnie Mandela
Déjà, lors des luttes de 1985-1987, des militants se réclamant de l'ANC n'avaient pas hésité à s'engager dans des actions d'intimidation physique de militants d'autres courants politiques, voir même des agressions, dont certaines se sont soldées par des morts. Une fois lancées, il est très difficile d'arrêter ces pratiques, surtout lorsque la confusion gagne du terrain et que l'avenir de la lutte se fait plus imprécis.
L'implication de l'entourage de Winnie Mandela dans ce genre d'affaire, peut s'expliquer notamment par le fait que l'ANC a largement favorisé l'effet médiatique créé autour de la femme de son dirigeant légendaire, ce qui a sans doute aidé celle-ci à gagner une autonomie dangereuse.
Dans la même semaine que Stompie, le 27 janvier, a également été assassiné le docteur Abu-Baker Asvat, dirigeant national de l'Azapo (Conscience noire). Il est d'ailleurs fort possible que leurs assassins soient les mêmes. Ainsi se recoupent gangstérisme et sectarisme politique qui desservent l'ensemble du mouvement noir sud-africain.
10 mars 1989