LA CAMPAGNE internationale de solidarité avec Hugo Blanco et les autres dirigeants de la Confédération paysanne péruvienne (CCP) arrêtés le 9 février 1989, a atteint un premier objectif avec la libération de Hugo Blanco (voir Inprecor numéro 283 du 6 mars 1989), qui a été finalement relâché, bien après les autres, le vendredi 24 février. On connaît aujourd'hui des détails sur son arrestation et sa libération. Pepe MEJIA
PRES son arrestation à Pucall-
A
Npa, faisant suite au mouvement de grèves paysannes dans la région, Hugo avait été conduit dans la capitale. Le 21 février, le procureur de Lima ordonnait sa relaxe. Cependant, la police a ignoré cet ordre et tenté de le ramener de force à Pucallpa. La première tentative a échoué grâce à des manifestations à l'aéroport de Lima, qui ont empêché l'avion de décoller. Mais le lendemain matin Hugo fut renvoyé de
Hugo Blanco comparut devant le tribunal de Pucallpa le 24 février. Son avocat exigea l'abandon de toutes les accusations portées contre lui et sa libération, en argumentant qu'il n'y avait aucune preuve pour étayer les charges de "rébellion armée". Le procureur ordonna une nouvelle fois sa libération, sans mettre aucune restriction à sa liberté mouvement. Selon Amnesty International, lorsque Hugo Blanco est apparu devant le juge, il portait des marques de coups, mais son état général était bon.
Une fois encore, notre camarade Hugo Blanco a donc pu échapper aux griffes des militaires, grâce à la solidarité internationale et la mobilisation au Pérou. Mais dans le climat actuel d'intense répression, le danger demeure et exige une vigilance continue et sans défaillan-
Depuis le 25 janvier dernier, les paysans de Ucayali, dans la région nord-est, se mobilisent pour exiger de meilleurs prix pour leurs produits et contre les taux d'intérêts outranciers exigés sur les crédits. C'est dans ce cadre que le 9 février, la police avait brutalement investi la réunion au cours de laquelle Hugo Blanco, Luis Testa de la Torre, secrétaire général de la Fédération départementale des paysans de Ucayali et Lirenza de Alegria, épouse du dirigeant paysan Roldan Alegria, avaient été arrêtés. Mais si la pression internationale a obligé le président Garcia à reconnaître la détention de ces dirigeants, au même moment, 400 paysans étaient toujours détenus à la caserne militaire de Pucallpa.
Le bilan de ces événements est terrible : 10 morts, 26 blessés, dont 6 dans un état grave exigeant un transport d'urgence à Lima. Deux d'entre eux sont restés aveugles, un a dû être amputé d'une jambe, et vingt autres ont disparu.
Dans la nuit du 13 février, quatre balles dans le dos ont mis fin à la vie du dirigeant des mineurs Saul Cantoral. Les agresseurs étaient du commando Rodrigo Franco, groupe paramilitaire dont font partie des militants de l'APRA, au pouvoir, ainsi que des militaires et des poli-
"coup pour coup"
Quelques jours avant les événements de Pucallpa, à l'aube du 30 janvier, le journaliste Juvenal Farfan Arraya, frère d'un autre journaliste Odilon Farfan, menacé de mort par le commando Rodrigo Franco, était chez lui, de même que son épouse et
Dans la première quinzaine de janvier, le président Alan Garcia a tenu une réunion avec les états-majors des trois armes, les ministres de la Défense, de l'Intérieur et de la Justice et le Premier ministre. Lors de cette réunion, 14 décrets secrets, imposés par les militaires et permettant la continuation de la guerre sale au Pérou, ont été approuvés. Au cours de cette même réunion a été profilé le plan "coup pour coup" qui consiste en l'extermination sélective des dirigeants politiques, syndicaux et d'opposition au régime, en général. Le cerveau de ce plan est le vice-ministre de l'Intérieur, Agustin Mantilla, responsable de la constitution et de l'armement des
Dans une interview accordée à Navarra Hoy, Hugo Blanco a expliqué la dimension de la répression : "la répression des gouvernements démocratiques a causé plus de morts au Pérou qu'au Chil/'. Et il ajoutait dans la Brecha de Montevideo : "la répression est terrible. De larges zones du pays sont en réalité sous un véritable gouvernement militaire. On utilise les actions entreprises contre Sendero Luminoso pour réprimer le mouvement populaire".
La paysannerie péruvienne souffre, comme d'autres secteurs sociaux, des fléaux dus à la crise économique. Les résultats en sont criants : le taux d'inflation est de 2 100%, la production est réduite de 7%, le pouvoir d'achat des travailleurs de 60%. A la campagne, 40 000 hectares ne sont pas semés, les prix se sont élevés à des niveaux fantastiques et le fantôme de la famine est devenu, depuis longtemps, une réalité vivante.
L'affrontement
Best inévitable
A cela s'ajoute les chiffres de la violence : 200 disparus en 1988, 12 000 morts en trois ans. Après la Bolivie et Haïti, le Pérou a le taux le plus élevé de mortalité infantile, qui atteint dans la population andine, 60,4 morts pour 1 000 enfants. Des enfants entre 6 et 14 ans sont déjà mis au travail et ils représentent 5,7% de la population active. En revanche, la couche la plus favorisée ne représente que 2% des 19 millions de Péruviens et concentre 19% des ri-
Lors du 8e conseil de la CCP, les décisions suivantes ont été prises : "la tâche centrale est la mobilisation combative et conséquente des masses, fournissant les conditions pour aller vers une grève générale paysanne et la grève générale du peuple entier, afin d'obtenir des revendications concrètes, de mettre fin à ce gouvernement et de donner naissance à un gouvernement populaire révolutionnaire, basé sur les forces des organisations de masse et sur leurs capacités d'auto-gouvernement."
Le gouvernement est bien décidé à briser cette organisation populaire.
Au Pérou la gauche révolutionnaire, dans l'ensemble, est en train de se renforcer, mais l'extrême droite se renforce également. Cette polarisation des forces nous fait prévoir l'approche d'un choc frontal, dont on ne sait comment il va se terminer : soit par une défaite, dans un nouveau coup à la Pinochet, soit par le triomphe partiel ou total du mouvement populaire. Mais ce qui paraît inévitable,
En août dernier, Hugo Blanco déclarait : "si le pays et la solidarité internationale ne se mobilisent pas à temps, nous verrons un Pérou transformé en l'Argentine de l'époque des militaires."