Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PARAGUAY

L'alternance impérialiste

· Inprecor n° 284, 20 mars 1989 · p. 8-9 · 1 408 mots

plus longtemps que Francisco Franco", s'est écroulée, pour tomber entre les mains d'un autre général, Andrés Rodriguez, américain a joué un rôle significatif, qui ont renversé Alfredo

Stroessner, le plus ancien dictateur d'Amérique latine. 178

Le 11 février, à Asuncion, pour la première fois depuis 40 ans, bourgeoise, pour exiger le report des élections, fixées au 1er

PARAGUAY

L'alternance impérialiste

LE 3 FEVRIER A L'AUBE, en quelques heures de combat, et avec moins de 200 morts, la dictature de l'homme qui assurait, son gendre et complice depuis 25 ans. Ce sont les luttes intestines de son régime, dans lesquelles l'impérialisme ans après l'indépendance, il n'est donc pas du tout certain que se tiendront enfin les premières élections réellement démocratiques du Paraguay.

20 000 personnes ont manifesté à l'appel de l'opposition mai par le nouveau dictateur.

Sergio CABRERA

"

EMOCRATIE", "paix", "respect des droits de l'Homme", sont rapidement devenus des paroles magiques dans la bouche de Rodriguez, qui était encore récemment un complice absolu de la plus vieille dictature militaire d'Amérique latine, instaurée en 1954. Le secteur de la droite opposé à Stroessner, l'a immédiatement qualifié d'"homme ouvert au dialogue".

Le gouvernement nord-américain qui, il y a dix ans, accusait déjà Rodriguez d'être à la tête d'un "cartel paraguayen"

du trafic de drogue et de contrebande, changea immédiatement de discours et se mit à voir en lui "l'homme de la transition démocratique".

Origine des luttes internes

Stroessner s'installa au pouvoir en

1954, suivant la tradition des dictatures, inaugurée en 1776, par le "Suprême" José Gaspar Rodriguez de France, Carlos

Antonio Lopez et son fils Francisco Solano Lopez, qui se succédèrent pendant

50 ans, et les nombreux autres dictateurs, civils ou militaires, qui prirent la relève. Au cours des années 40 et au début des années 50, les gouvernements du Parti "colorado" menacèrent les intérêts nord-américains, en progressant toujours davantage vers l'intégration économique entre l'Argentine de Peron et le Paraguay, d'abord de Morinigo, puis de Chaves, les prédécesseurs de Stroessner. Les principaux investisseurs étrangers du Paraguay étaient les Ar-

"si Dieu me donne la santé, je resterai au pouvoir gentins, suivis des Anglais et des Français, à l'encontre des recommandations du Fonds monétaire international (FMI).

L'impérialisme yankee trouva l'occasion de changer la situation en découvrant les qualités du général Alfredo Stroessner Matiauda, membre du secteur le plus fascisant du coloradisme, et qui contrôlait l'état-major des armées.

Le 4 mai 1954, Federico Chaves fut donc renversé par un coup d'Etat avec Stroessner à sa tête parrainé par l'ambassade nord-américaine. A peine arrivé au pouvoir, le dictateur promulguait la loi numéro 246, qui établissait un traitement de faveur pour le capital nord-américain.

Pour donner une certaine marge de manœuvre au nouveau régime, les Etats-Unis inondèrent le Paraguay de crédits, qui furent investis, en partie, dans les travaux publics, mais surtout dans la corruption des hommes du régime.

Le "grand anti-communiste" (qui envoya des troupes à Saint-Domingue, en 1965, lors de l'invasion de l'île par les Etats-Unis) forma une autocratie qui vivait fondamentalement de contrebande, transformant le Paraguay en une grande boutique "détaxée", mais de moins en moins utile aux intérêts économiques nord-américains.

Au cours des années 80, les EtatsUnis durent trouver un nouvel interlocuteur: ce fut le secteur "traditionaliste" du Parti colorado au pouvoir, jouissant d'un grand appui de la part de l'armée. Depuis un certain temps déjà, l'actuel président de fait, le général Andrés Rodriguez, se détachait comme personnage clé. L'approfondissement de la crise du modèle instauré par Stroessner et la grave crise économique que traversait le pays, donnèrent lieu à la formation d'une opposition toujours plus large, au sein et en dehors du parti.

Au moment de la farce électorale de février 1988, l'alliance bourgeoise regroupée dans l'Accord national (Parti révolutionnaire fébrériste, lié à l'Internationale socialiste, Parti libéral radical authentique de Domingo Laino, Mouvement populaire colorado, et Parti démocrate-chrétien) décida de ne pas y participer, leur base faisant pression en ce sens Les raisons de ce refus de participation étaient évidentes : la loi électorale ne permettait pas a l'opposition de taire de la propagande à la radio, ni à la télévision ; aucun secteur dissident du Parti colorado n'était officiellement reconnu. Il y avait également d'autres clauses limitatives, mais qui ne touchaient pas directement les partis de l'Accord national : toutes les organisations de gauche et populaires, en général, étaient "illégales", tout type de mobilisation, y compris de type électoral, était sévèrement réprimé par le pouvoir.

Durcissement de la dictature

La "réélection" de Stroessner, en 1988, fut entachée par 65% d'abstentions. La même année, les organisations de gauche, de leur côté, proposèrent et réussirent à constituer, la Coordination nationale pour des élections libres (CNEL), à laquelle participaient le Mouvement populaire démocratique, le Mouvement intersyndical des travailleurs, la Fédération des étudiants d'université du Paraguay, les Femmes pour la démocratie, l'Union des femmes paraguayennes, auxquels se joignirent aussi, formellement, les partis de l'Accord national, le Parti démocrate-chrétien s'en retirant ultérieurement. Après le coup de force de Rodriguez, le Mouvement populaire colorado (Mopoco) s'en retira également, pour répondre à son appel de reconstituer le Parti colorado, afin de présenter un front uni dans la perspective des élections annoncées pour le 1er mai.

Le durcissement de la dictature et les actions perpétrées par des corps paramilitaires comme le Groupe d'action anticommuniste (GAA) dirigé par le ministre de la Justice et du Travail, J. Jacquet, loin de faire reculer l'opposition dans le pays, la consolida. Malgré leurs luttes internes, les partis de l'Accord national réussirent à présenter un front de la bourgeoisie "civilisée", au moment où l'Eglise catholique, avec de larges secteurs partisans de la théologie de la libération, s'affrontait toujours plus fermement à la dictature. Les organisations de gauche et les organismes populaires se lancèrent, quant à eux, dans une mobilisation à travers tout le pays.

Lors de ce processus, le secteur "traditionaliste" dirigé par Rodriguez et les secteurs d'importateurs, d'exportateurs et de financiers liés au mouvement

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économique international et, de façon étroite aux intérêts nord-américains, s'efforcèrent de l'accompagner et de lui donner une forme "équilibrée", en faisant quelques retouches de maquillage à la dictature de Stroessner.

Bloqués dans leur avancement par Stroessner, qui ne renouvelait pas le cadre des généraux, les rangs des officiers intermédiaires des Forces armées devinrent un nouvel élément important d'appui à tout projet "traditionaliste". Rodriguez faisait également partie de ces généraux (il contrôlait la garnison la plus importante du pays), mais il fut le seul de cette caste auquel Stroessner (considérant comme dangereuse sa fréquentation des "traditionalistes") ait demandé, peu de jours avant le coup d'Etat, de prendre sa retraite. Finalement tous les intérêts finirent par se fondre dans cette nouvelle situation et Rodriguez en vint à contrôler le pouvoir réel dans ce secteur du Parti colorado, confronté à des problèmes de répartition du pouvoir entre "militants" ou "stroessnériens".

Le piège électoral

Une fois Stroessner renversé, une des premières mesures prises par Rodriguez a été de convoquer des élections présidentielles dans un délai de 90 jours. Sur le plan international cela fut accueilli comme la "preuve indubitable d'un esprit de démocratisation". En fait, c'est tout le contraire. En opérant très rapidement, Rodriguez a réussi à regrouper les divers groupes dissidents du Parti colorado pour pouvoir faire front, avec succès, à une opposition encore faible à cause de sa situation sous la dictature. Celle-ci ne pourra d'ailleurs pas profiter de toutes ses possibilités électorales, car Rodriguez pretend appliquer la Constitution et a loi électorale de Stroessner, qui imposent des limites draconiennes à l'opposition.

Pour avoir refusé de participer aux élections frauduleuses, de 1988, les forces de l'Accord national sont effacées des registres électoraux que l'on prétend utiliser, et en vertu desquels leurs propres dirigeants ne pourront ni voter, ni être élus. Les conditions sont encore pires pour la gauche et les forces populaires, qui, dans la mesure où elles sont illégales, ne figurent même pas sur ces registres et ne pourront de toute façon pas participer aux élections, sans une réforme radicale de la loi électorale.

Le piège est en place. Avec une rhétorique démocratique, Rodriguez pourrait triompher sans aucune peine lors des élections du ler mai, dans la continuité de la dictature de Stroessner, à peine retouchée. Sauf si, dans la période qui s'ouvre, la mobilisation populaire atteint un niveau tel qu'elle ne l'en empêche, impose le report des élections, le changement radical de la loi électorale et l'élimination de toutes les lois répressives encore en vigueur sous Rodriguez, comme auparavant sous Stroessner.

Combate 23 févrler 1989.

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