éléments de contrôle de la population sur l'action municipale poursuivra dans les mois qui viennent. Un séminaire municipal sur le thème des Conseils populaires doit avoir lieu le 23 avril,
Conseils populaires et lutte pour le socialisme
UN DEBAT IMPORTANT traverse les rangs du PT au sujet de la création de Conseils populaires.
Le mensuel de la tendance Démocratie socialiste du PT, Em
Tempo, analyse le rôle des Conseils populaires comme du PT et embryons d'un pouvoir populaire répondant à une autre logique de classe. La discussion sur ce point se et une rencontre municipale aura lieu au mois de mai.
EM TEMPO
A PRINCIPALE question de portée stratégique posée par la nou-
-velle situation suite à la victoire électorale du Parti des travailleurs (PT) est celle de la formation des
Conseils populaires.
Le mouvement populaire urbain doit devenir, du fait des caractéristiques de un des secteurs fondamentaux d'organisation du camp des forces populaires au Brésil, à côté du mouvement syndical et du mouvement des travailleurs ruraux. Une part importante de la population des villes n'est pas intégrée au marché formel du travail et ne peut être entraînée dans la lutte politique qu'à partir de mobilisations pour de meilleures conditions de vie et sur la base de son organisation dans les quartiers où elle vit, dans les grandes agglomérations urbaines.
Dans la dernière décennie, le PT, la
Centrale unifiée des travailleurs (CUT) et d'importants mouvements de masse dans les campagnes se sont formés au
Brésil. Par contre, le mouvement populaire urbain des grandes villes n'a pas progressé ; et il a même, dans beaucoup de cas, reculé au niveau où il se trouvait à la fin des années 70. Fragmenté, sectorialisé, régionalisé, dépolitisé, il est un des plus importants terrains d'appui des partis bourgeois. Un progrès significatif de l'organisation indépendante de la population urbaine pauvre sous la direction du PT serait décisif pour établir, au bénéfice des travailleurs, un nouveau rapport de forces social qualitativement supérieur à celui qui existe actuellement.
La démonstration est plus claire si on prend l'exemple de la situation à São Paulo.
Les pratiques de la droite
Nous nous trouvons devant une confrontation globale avec toute la structure d'organisation de la droite dans l'espace urbain, avec les pratiques clientélistes de ses partis, les clans qui vivent à l'ombre de l'appareil d'Etat municipal et de la corruption qui y sévit (tout le schéma du clientélisme lié au gouvernement de l'Etat, au gouvernement fédéral, à l'appareil policier et militaire survit, quant à lui, intact).
Après la victoire de Luiza Erundina, élue maire de São Paulo, l'élection de Eduardo Suplicy à la présidence du Conseil municipal et le début du combat pour en réformer la structure représentent un coup important porté contre un nœud crucial des rapports entre la bourgeoisie
et sa base de masse urbaine (l'autre étant la municipalité elle-même). Mais les ramifications de cette structure sont toujours intactes, son réseau capillaire s'étend à tous les quartiers, aux associations de résidents, aux associations culturelles et sportives, etc. Les administrateurs régionaux sont obligés de travailler avec cette réalité.
Destructurer au maximum ce réseau d'organisation et de relations économiques et politiques qui reproduisent la domination bourgeoise dans les quartiers populaires, détacher la base de masse de ses chefs électoraux et des représentants des directions conservatrices et les réorganiser sous une autre hégémonie, sur des bases de classe, tel est l'enjeu difficile mais absolument décisif auquel nous devons maintenant nous mesurer à travers la formation des Conseils populaires. Leur constitution impliquera certainement une réorganisation d'ensemble des relations politiques quotidiennes avec la population urbaine et peut représenter le déplacement d'importants secteurs de masse vers le camp populaire, vers la sphère d'organisation indépendante des travailleurs sous la direction du PT.
L'activité populaire
Le succès enregistré par le PT dans la sphère institutionnelle avec les résultats électoraux (conquête de mandats) est très significatif. Mais il comporte le risque de faire de cette activité institutionnelle le centre de gravité de l'activité du Parti. Or, ce succès doit se trouver en correspondance avec l'organisation indépendante des travailleurs, l'activité autonome des masses, l'auto-organisation populaire.
Pour trouver ce nouvel équilibre l'intervention du parti doit se déplacer en direction de l'activité populaire autonome et cela également pour une considération d'ordre stratégique. La lutte des travailleurs pour le pouvoir au Brésil semble suivre un chemin qui combinera deux aspects qualitativement distincts bien qu'interdépendants.
D'un côté, il y a la conquête de positions à l'intérieur des institutions en vigueur, au travers de mandats tant parlementaires qu'exécutifs (à différents niveaux de gouvernement, du municipal au fédéral), le contrôle de parcelles • limitées de l'appareil d'Etat bourgeois. Nous savons que conquérir les gouvernements ce n'est pas conquérir le pouvoir, même au plan fédéral, mais cela peut placer les travailleurs dans de meilleures conditions pour engager ce combat.
Le terrain institutionnel
D'un autre côté, nous avons la constitution de formes de pouvoir populaire, d'organisations de masse, combatives et unitaires des travailleurs et de tous les opprimés, basées sur la démocratie directe, sur les lieux de travail, d'habitation, ou à la campagne. Ces organisations créées, à l'origine, comme des instruments de lutte pour des revendications immédiates peuvent, dans la mesure où la lutte sociale et politique s'aiguise, développer leur caractère d'organes de pouvoir ; caractère qui ne se manifestera pleinement que dans une autre situation politique et un autre rapport de forces (créant, alors, une dualité de pouvoir avec les institutions de domination de classe de la bourgeoisie).
Avancer seulement sur le terrain institutionnel signifierait ne pas préparer les travailleurs à la situation, décisive pour ceux qui luttent pour le socialisme, de lutte pour le pouvoir. La meilleure façon de créer les conditions pour relever ce défi est d'impulser dès maintenant l'organisation indépendante des masses, la plus large et la plus avancée possible à chaque étape.
La participation populaire a toujours été un des axes du programme du PT.
On discute aujourd'hui de ce que doit être le grand apport de l'administration PT à la municipalité de São Paulo. Mais il doit être défini avec précision. Il peut avoir le caractère d'une participation aux instances ou canaux de l'administration, aux conseils ou commissions visant à démocratiser la gestion de l'appareil d'Etat, à socialiser l'information, permettant un plus grand contrôle et une collaboration entre les fonctionnaires et la population sur les services de leur ressort. Cette participation institutionnalisée ne garantit pourtant pas l'autonomie de ceux qui, en son sein, s'impliquent contre l'Etat. Dans la ville de São Paulo nous avons une expérience assez négative du gouvernement Covas qui coopta et intégra dans son administration, au travers de différents types de conseils, une grande partie du mouvement populaire, lui ôtant même les possibilités de résister ensuite aux initiatives du gouvernement Quadros.
Cette participation ne prend une signification durable dans une perspective socialiste que si elle s'articule à une autre forme de participation politique du peuple travailleur, dans les organisations de masse et de lutte indépendantes, comme expression de l'auto-organisation populaire. C'est ainsi seulement que le progrès dans la mobilisation pourra s'exprimer avec toute son énergie et son authenticité, jetant les bases d'une nouvelle légitimité institutionnelle, d'une
La formation et le développement de Conseils populaires autonomes comme axes de la participation populaire dans les villes sous administration du PT sont les meilleures garanties pour que sa présence dans les différents canaux institutionnels ne prenne pas la signification d'une domestication et d'une intégration des mouvements populaires.
Une nouvelle logique
Cette vision rompt avec la logique du populisme, qui transforme l'Etat en animateur de la participation populaire sous le contrôle de ses institutions ; avec celle de la social-démocratie qui cherche à transformer l'Etat, avec l'appui populaire, en un instrument privilégié de réformes sociales et politiques dans le cadre du capitalisme; avec des conceptions bureaucratiques qui conçoivent essentiellement l'action du mouvement autonome des travailleurs et leur auto-organisation comme une dimension secondaire qui doit être contrôlée par l'avant-garde du parti.
Février 1989