Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

Dialogue sur fond de massacres

· Inprecor n° 285, 3 avril 1989 · p. 16 · 839 mots

El Salvador

aggravée en Colombie. Le 3 mars, un commando de tueurs à assassins des escadrons de la mort — a tué, au beau milieu de l'aéroport international de Bogota, José Antequera, dirigeant de l'Union patriotique et de la jeunesse communiste (UPJC),

Ernesto Samper, candidat à l'investiture du Parti libéral (PL)

grièvement blessé et a succombé à ses blessures, quelques

COLOMBIE

Dialogue sur fond de massacres

DEPUIS LE DEBUT de l'année, la situation s'est encore gages, sicarios, comme les appellent les Colombiens, les ainsi que quatre autres personnes. Un sénateur libéral, pour les prochaines élections présidentielles, a été jours plus tard.

Michael LŒWY

NRAGEE par ce nouveau crime

| fasciste resté impuni, la population des quartiers pauvres de

Bogota s'est révoltée et des émeutes locales ont éclaté, suivies d'affrontements violents avec les forces répressives, envoyées pour "rétablir l'ordre".

"Salvadorisation"

Avec la multiplication des groupes de sicarios — liés non seulement aux trafiquants de drogue, mais aussi à des mouvements explicitement nazis, fascistes

(comme le MOENS, Mouvement national-socialiste), à des associations de propriétaires fonciers et, souvent, à la police et à l'armée elle-même, et grâce à la splendide impunité dont bénéficient tous ces groupes, on est en train d'assister à une certaine "salvadorisation"

de la vie politique colombienne. C'est-àdire à la mise en place, derrière la façade

"démocratique",

"parlementaire",

, et "libérale", d'un processus de liquidation physique systématique des militants syndiouvriers, éducateurs caux, paysans,

(plus de cent maîtres d'école et professeurs ont été assassinés au cours des deux dernières années !), étudiants, chrétiens, et même des personnalités démocratiques engagées dans le combat pour les droits de l'Homme.

Et comme au Salvador, on voit aussi se renforcer et se développer un mouvement de guérilla, solidement implanté dans les régions rurales, qui rassemble, dans la Coordinadora

Simon Bolivar, quatre grandes organisations armées (et quelques autres plus modestes) : les

Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), proches du PC ; le M-19 nationaliste de gauche ; l'Armée révolutionnaire du peuple (EPL), d'inspiration maoïste ; et l'Union Camilliste-Armée de libération nationale (UC-ELN), d'origine castriste et chrétienne.

Cela dit, il est évident que la lutte révolutionnaire en Colombie ne peut pas suivre simplement la voie du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) salvadorien. L'urbanisation du pays, son degré d'industrialisation et de développement économique donnent nécessairement aux luttes ouvrières, et aux initiatives populaires dans les grandes villes, un rôle beaucoup plus important qu'en Amérique centrale. On assiste, au cours des dernières années, à un essor important du mouvement syndical (en majorité unifié dans la Centrale unifiée des travailleurs, CUT), et de mouvements sociaux divers : mouvements de paysans, d'indigènes, notamment l'Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC), de Noirs, de femmes ; des communautés chrétiennes de base, des associations populaires des tugurios (bidonvilles), des comités de défense des droits de l'Homme.

"La guerre sale" D'autre part, se sont constitués, dans les années 80, de très importants mouvements politiques de masse, avec une base syndicale, étudiante et populaire : l'Union patriotique (UP, liée aux FARC), le Front populaire (FP, proche des maoïstes) et A Luchar (marxistes et chrétiens), qui coopèrent dans le cadre d'un Front de la gauche. Ces mouvements agissent dans des conditions difficiles, dans un espace légal et démocratique assez restreint. Et surtout, leurs cadres, dirigeants, militants et sympathisants sont tous les jours victimes de ce qu'on appelle en Colombie "la guerre sale", c'est-à-dire les meurtres, сейте. agressions et massacres des bandes para-militaires ou fascistes. De ces trois mouvements, A Luchar est sans doute le plus avancé, par sa pratique classiste et combative, son orientation radicalement anti-capitaliste, son caractère pluraliste, son ouverture à des courants d'origines idéologiques diverses, comme les militants de la IVe Internationale, qui l'ont rejoint en août 1987 (1). Il est aussi celui qui a le mieux compris l'importance du courant chrétien révolutionnaire et de l'héritage de Camillo Torres, appelé un jour à devenir le Sandino ou le Mariategui de la Colombie.

Comment riposter à l'offensive contre-révolutionnaire des classes dominantes et de leurs bandes armées ? Sur ce point, des divergences importantes se sont manifestées entre les fronts de guérilla au cours des derniers mois (2) : tandis que l'UC-ELN refuse un compromis politique avec le gouvernement, mais propose un accord pour l'humanisation de la guerre, le M-19 semble prêt à abandonner la lutte armée et négocie activement avec les représentants du Président libéral Virgilio Barco. Les FARC semblent également être favorables à une négociation, tandis que l'EPL est plus réservée.

On peut s'interroger sur l'efficacité d'une négociation avec un pouvoir civil qui n'a ni les moyens, ni la volonté de mettre au pas les bandes para-militaires et leurs protecteurs, haut placés dans la hiérarchie des Forces armées. Comme le disent certains observateurs, "en Colombie règnent les civils et gouvernent les militaires"...

21 mars 1989

1) L'accord politique sur l'unité entre le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale et A Luchar, a été publié dans Inprecor numéro 263, du 11 avril 1988.

2) Sur le "dialogue national" et l'attitude d'A Luchar, voir également inprecor numéro 275, du 31 octobre 1988

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