Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISLAM/GRANDE-BRETAGNE

La parole à Rushdie

· Inprecor n° 285, 3 avril 1989 · p. 27 · 418 mots

Grande-Bretagne

La parole à Rushdie DES ROMANS ont déjà traité de la culture islamique par des voles non orthodoxes, du point de vue théologique. Beaucoup d'entre eux ont représenté un problème pour les gardiens de l'orthodoxie. Mais cela ne s'était sûrement jamais produit avec des romans en anglais, voilà ce qui a donné un impact international. Je savais que les mollahs n'aimeraient pas mon roman, mais je ne suis pas particulièrement attaché à ce qu'ils font dans le monde islamique. Ma famille à vécu au Pakistan à l'époque de Zia : ce qui s'est fait dans ce pays, au nom de l'islamisation, est absolument Les groupes que Zia appuyait au sein des Moujahidin étaient les plus fanatiques de tous. A mon avis, les mollahs, les généraux et les politiques qui les appuient constituent une terrible force négative dans tous le monde islamique. (...) Je ne suis pas fier d'être soutenu par le Sun (il s'agit d'un journal à sensations de Grande-Bretagne) qui traite les Asiatiques de "rats". Dans cette affaire, je ne suis pas du côté du Sun, mais plutôt de celui des rats. Ceux qui ont organisé ces protestations ont légitimé la rhétorique raciste qui existe, lui ouvrant la "une" des journaux. Ce n'est pas mon livre qui a provoqué tout ça, mais la riposte à mon livre. Et c'est très triste. (...) Une partie des arguments des parlementaires travaillistes qui se sont associés aux protestations contre le livre] est sans doute basée sur l'idée que si l'on attaque la culture des opprimés, on se trouve du côté des oppresseurs. Mais c'est presque un argument raciste qui prend l'aspect le plus rétrograde d'une culture affirmant que c'est là toute la culture. De ce point de vue, tout thème progressiste peut être considéré comme occidentalisé et refusé. Mais dans tous les pays islamiques, des gens ont lutté contre l'obligation du tchador pour les femmes ou contre les formes de mariage, etc. Pourquoi devrions-nous accepter ces pratiques à Londres ? Dans la culture musulmane, comme dans les cultures noires ou asiatiques, il y a des forces progressistes et des forces conservatrices. Parmi les antiracistes, une certaine rhétorique dit qu'un peuple noir ne peut pas être raciste. Mais pour celui qui est originaire de l'Inde ou du Pakistan, c'est une position absurde. Il y a là-bas des haines communautaires, des préjugés de couleur et politiques qui ne peuvent être caractérisés que de racistes. Londres, 18 fóvrier 1989; extraits de l'Interview publlée dans Socialist Worker ***** (organe du Socialist Workers Party).

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