Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISLAM/GRANDE-BRETAGNE

Le Verbe des censeurs

· Inprecor n° 285, 3 avril 1989 · p. 26 · 367 mots

Grande-Bretagne

L'UNE DES IMAGES les plus frappantes suscitées par la campagne contre le livre de

Rushdie, est celle de dirigeants musulmans de Bradford brûlant un exemplaire du livre devant l'hôtel de ville. Deux responsables du Conseil des mosquées de Bradford ont, apparemment, soutenu l'appel à l'assassinat de Rushdie. Par la suite ils ont déclaré avoir été cités à tort. Le Conseil s'est excusé en disant "nous ne sommes pas des politiciens". Les officiels concernés n'auraient parlé qu'en termes religieux; expliquant qu'ils ne soutiennent que des actions légales, pacifiques. Certaines figures dirigeantes du Parti travailliste se sont jointes à la campagne des musulmans, même si ce n'est pas dans tous ses détails.

Barry Seal, député européen, dans la circonscription, dirigeant du groupe travailliste au Parlement de Strasbourg, a pris la parole lors du meeting où le livre a été brûlé. Le député Max Madden a signé une motion au Parlement, demandant l'extension des lois sur le blasphème et, plus récemment, il a plaidé pour qu'un "droit de réponse" des musulmans soit inséré dans le livre. Madden proclame que les medias ne lui rendent pas justice, lui et Seal ont déciaré être opposés à l'interdiction du livre. Mais, ils n'ont pas publiquement fait état de cette position de principe, probablement pour des raisons électoralistes. Le groupe au Conseil municipal, dont certains membres asiatiques ont appelé à l'interdiction, a décidé de ne prendre aucune position !

Une telle prudence a laissé le champ ouvert aux autres. Les membres du Club du lundi (organisation conservatrice répandus alentours, en se faisant passer pour des défenseurs "de la liberté de parole". Il va sans dire, que ce n'est pas parce qu'ils soutiennent le vigoureux anti-racisme qui court tout au long du livre de Rushdie. Leur proclamation selon laquelle ils veulent essayer de tensions raciales", est démentie par leurs tracts et leurs lettres à la presse, qui incluent des ingrédients tels que la fin de l'immigration "en provenance l'arrière-pays du sous-continent indien". Ce qu'il faut à Bradford, comme ailleurs, c'est une réponse du mouvement ouvrier qui ne fasse aucune concession à la réaction cléricale et aux censeurs, mais qui replace la campagne des dans le contexte plus large d'une société raciste.

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