Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION SOVIETIQUE

"Une procédure anti-démocratique"

Inprecor n° 285, 3 avril 1989 · p. 4-5 · 884 mots

URSS et Russie

Une procéc

anti-démoc

DANS son numéro 6, de février 1989, l'organe du Front populaire de Moscou, Moskovsky Vestnik (Gazette de Moscou), a publié la déclaration suivante sur les élections du 26 mars au Congrès des députés du peuple. Nous en publions de très larges extraits. DOCUMENT

L A LOI anti-démocratique,

brossée à la hâte, sur les élections des députés du peuple, a prédéterminé l'issue de la campagne électorale. Essentiellement, il est évident qu'il ne s'agit que d'un jeu, dans lequel les électeurs sont confinés au rôle de souris, sans recours, entre les griffes des chats de la nomenklatura. Cependant, prendre part à de tels jeux truqués est utile et inévitable. Cela permet une expérience politique, attire la sympathie des électeurs et expose ouvertement les machinations des autorités.

Pré-sélection

La procédure qui a été prévue pour les candidatures avancées par les organisations sociales, confirme la nature originellement anti-démocratique de la formation de cet organisme de 750 participants, au futur Congrès des députés du peuple d'Union soviétique. En effet, ces députés ne sont pas élus par le peuple, mais par un cercle étroit de dirigeants d'organisations sociales, qui ne prêtent aucune attention à l'opinion de la base de ces organisations et se contentent, en général, de proposer des fonctionnaires du parti comme candidats.

lure

ratique

Rien n'empêche le Présidium de l'Académie des sciences d'URSS de confirmer la candidature de "ses gens". Aucune protestation des communistes de la base n'a empêché le plénum du Comité central du PCUS d'imposer ses 100 candidatures pour les 100 sièges. C'est là que s'exprime "le rôle de dirigeant" du PCUS, c'est-à-dire, transformer les élections en un spectacle sans choix véritable.

La bureaucratie à l'œuvre

La bureaucratie du Parti a fait tout son possible pour empêcher les collectifs de travailleurs et les assemblées locales d'électeurs de présenter des candidats vraiment choisis par le peuple. La pression de l'opinion publique et de la grande presse n'a eu aucun effet sur la

L'interdiction de l'assemblée locale des électeurs du district de Liublin, à Moscou, en est un exemple clair. Et la raison est évidente. Il fallait donner le feu vert à "leur homme", le président de l'Exécutif de la ville de Moscou, V. T.

Les assemblées locales pré-électorales sont devenues une autre entrave à la marche de la démocratie. Le gros des délégués à ces assemblées était issu des collectifs de travailleurs, ou de fonctionnaires totalement soumis à l'appareil ; des habitants de la capitale, communistes à la retraite, qui ont été élus par les organismes du parti dans les offices de logement. Dans 26 circonscriptions territoriales, 81 personnes ont été enregistrées comme étant candidates. Parmi elles, plus de 50 étaient des directeurs généraux et des officiels de la nomenklatura à divers niveaux.

Il est caractéristique que cette fois-ci, les autorités ont eu peur de s'appuyer

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sur leurs alliés habituels, les représentants de "l'aristocratie" ouvrière. Sur les 81 candidats, il n'y eut que 9 travailleurs.

Dans la liste finale des candidatures, on trouve très peu de personnes ayant des idées progressistes ou radicales. Il s'agit principalement de B. N. Yeltsine (région nationale-territoriale) ; V. M. Savitsky (région Lénine) ; R. A. Medvedev (région Vorochilov) ; E. A. Riazanov, I. D. Tchernitchenko (région Gagarine) ; A. N. Krutov (région Octobre) ; et S. B Stankevitch (région Tcheremuchkin).

Le rôle du Front populaire de Moscou

Parmi les organisations sociales indépendantes de la capitale, le rôle le plus actif fut joué par le Front populaire et le Fonds d'initiatives sociales, dont les bases programmatiques sont pro-ches de celles du Front populaire. Le Fonds a été enregistré officiellement, il y a peu, comme société bénévole. Ni l'Union démocratique, ni le groupe Pamiat n'ont directement soutenu de candidats. Le Front populaire de Moscou a proposé quatre candidats et à l'issue de l'assemblée pré-électorale régionale, il a réussi à faire valider la candidature de S. Stankevitch (pour la région de Tcheremuchkin).

Il faut noter que même un regroupement aussi puissant que le Comité d'autogestion Brateev, qui a obtenu l'appui de près de 60 000 personnes de son district, a été incapable de faire valider son candidat par l'assemblée pré-électorale régionale.

A l'heure actuelle, la question demeure : faut-il appeler à voter ou appeler les électeurs à boycotter les élections dans les districts où il n'existe pas de candidat valable, comme par exemple dans les régions de Volgograd, Krasnopresnensk, Kuibyshev, Léningrad, Liublin, Proletarsk et Sverdlovsk (cette liste n'étant pas exhaustive) ? Une attitude active est probablement préférable, par exemple, barrer les noms de tous les candidats en lice sur la région. En même temps, il est essentiel de voter pour des candidats comme Yeltsine contre Brakov (le directeur de ZIL, entreprise qui fabrique les limousines des officiels soviétiques), dans la région nationale générale de Moscou.

Lors de la campagne des élections du 26 mars, il faut faire un travail d'agitation, d'utiliser les rassemblements dans la rue, les meetings, les distributions de tracts, la collecte de signatures, et d'organiser des rencontres entre les candidats et les électeurs. Le dernier jour, le 25 mars, il est essentiel d'organiser des actions d'agitation de masse dans toutes les circonscriptions électorales. En un mot, tout le monde au travail, tout le monde à l'œuvre pour les élections !

Moskovsky Vestnik 6 février 1989

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