Dans la situation politique caractérisée par l'existence d'un gouvernement qui applique un programme démocratique, populaire et anti-impérialiste, il reviendra au PT et à ses alliés de créer les conditions propices à des transformations socia-
Dans les conditions du Bresil, un gouvernement capable de anti-impérialiste, anti-latifundiste et anti-monopoliste, tâches non effectuées par la bourgeoisie a une double signification.
ciales en lutte contre le capitalisme et l'ordre bourgeois, donc, d'un gouvernement à hégémonie prolétarienne et qui ne sera
En second lieu, la réalisation des tâches auxquelles il s'emploie exige l'adoption concomitante de mesures de caractère socialiste dans les secteurs essentiels de l'économie et d'une politique d'affrontement contre la résistance capitaliste. Dans ces conditions, un gouvernement de cette nature, ne constitue pas la formulation d'une nouvelle théorie des étapes, qui illusions, ce qui est plus grave, dans de larges secteurs des masses, sur la possibilité d'une nouvelle phase de capitalisme,
Ses handicaps, cependant, ne sont pas mineurs. D'une part, s'il dispose d'implantations locales significatives à Rio et dans l'Etat du Rio Grande do Sul, il ne peut pas compter sur un appareil rodé et implanté à l'échelle nationale, ce qui, dans un pays de la dimension du Brésil est décisif. D'autre part, ancien banni de la dictature, il compte, à droite, de tenaces ennemis et aura du mal à rassembler sur son nom, au deuxième tour, tous les morceaux de cette mosaïque.
Enfin, pour se présenter comme un candidat anti-Lula efficace et donner les gages nécessaires à la droite, il est obligé, bien que déclarant se désister en faveur de Lula dans l'hypothèse d'un deuxième tour entre Lula et la droite, de radicaliser son discours contre le PT, et à travers lui contre les revendications et les mouvements sociaux. Ce qu'il a commencé à faire dans sa pré-campagne, au risque d'en payer le prix électoral.
Nouvelles responsabilités pour le PT
Le Parti des travailleurs, investi de responsabilités nouvelles, entre aussi dans une étape enthousiasmante mais difficile de son histoire. Il doit à la fois diriger des mouvements sociaux explosifs (luttes agraires, grève générale récente), démontrer une capacité de gestion différente à la tête de municipalités monstrueuses comme São Paulo, et participer avec détermination à la campagne présidentielle, avec une chance minime, mais non nulle, de succès.
Il ne peut le faire avec cohérence que sur la base d'un programme de rupture démocratique et anti-impérialiste : non paiement de la dette qui étouffe les budgets sociaux, réforme agraire radicale, indexation des salaires, réforme urbaine... Au-delà, sa capacité à tenir tête aux chantages prévisibles, aux menaces, et au sabotage dépendrait avant tout de la solidité de ses liens avec les mouvements sociaux et du prestige acquis auprès des autres peuples d'Amérique latine.
Outre la question du programme, se posera celle du désistement ou non, au second tour, dans l'éventualité d'un duel entre Brizola et la droite (la réapparition d'un vieux cheval de retour comme Janio Quadros n'est pas exclue). Dans cette hypothèse la tentation du vote "du moindre mal" sera forte, y compris dans les rangs du PT, bien que l'agressivité de la campagne brizoliste exacerbe plutôt, dans l'immédiat, le patriotisme "pétiste".
Toutes ces questions seront débattues et probablement tranchées lors de la Convention extraordinaire du PT, prévue en juin, pour donner le véritable coup d'envoi de la campagne.
4 avrll 1989
Quel gouvernement, quel programme ?
LA RESOLUTION sur le
Programme alternatif de gouvernement (PAG), adoptée par la direction du
PT, a suscité un vif débat dans les rangs de ce parti.
L'article suivant, publié dans le mensuel de la tendance
Démocratie socialiste du PT nous en donne quelques éléments.
EM TEMPO
E PROGRAMME alternatif de gouvernement (PAG) approuvé par le Directoire national du PT constitue un recul par rapport à la clarté des positions contenues dans les thèses de la Ve Rencontre (congrès) du parti (voir encadré). Ce recul intervient autour de trois idées clefs.
En premier lieu, les thèses de la Ve
Rencontre affirment que la dynamique imprimée au gouvernement démocratique-populaire amènera l'adoption concomitante de "mesures de caractère socialiste". Les résolutions du Directoire national disent, au contraire, que le PAG restant impliquera des changements
"dans les limites du capitalisme".
réaliser les tâches démocratiques et populaires,
En premier lieu Il s'agit d'un gouvernement viable qu'en cas de rupture révolutionnaire.
imaginerait une étape qui serait une phase démocratique et populaire.
En second lieu, les thèses de la Ve Rencontre affirment qu'un gouvernement dirigé par le PT serait un "gouvernement des forces sociales en lutte contre le capitalisme et l'ordre bourgeois". Le document du Directoire national atténue cette vision.
Enfin, alors que les thèses du Ve Congrès proposent "une rupture révolutionnaire", la résolution du Directoire parle, d'une manière plus vague, de "démocratiser l'Etat" et de "consolider la démocratie".
Une somme d'illusions
Par ses ambiguïtés et ses silences, le texte du Directoire national suggère une somme d'illusions.
La première d'entre elles : "démocratiser la vie économique et sociale ; démocratiser l'Etat ; en finir avec la misère et les inégalités régionales et établir la souveraineté et l'indépendance nationales", constitue un ensemble d'objectifs qui ne peuvent être remplis par l'application d'un programme qui se situe dans les limites du capitalisme.
La seconde et la troisième illusions renvoient au rôle fondamental que le gouvernement exécutif fédéral joue dans l'ossature de l'Etat bourgeois et Les définitions du Ve Congrès de caractère des forces démocratique et populaire, créant des
dans l'accumulation du capital. Nous savons que l'équilibre des trois pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire — est une fiction de l'Etat bourgeois. C'est quelque chose d'encore plus fictif dans la tradition républicaine brésilienne qui est présidentialiste, extrêmement centraliste et autoritaire. Par la quantité de pouvoirs qu'elle concentre, la présidence de la République joue un rôle de liaison, de facteur d'équilibre, de centre de gravité de l'Etat bourgeois.
La présence d'un parti de caractère anticapitaliste comme le PT à la présidence de la République imprimerait par elle-même une dynamique déstabilisatrice à l'Etat bourgeois. Dans une situation de ce type, toutes les autres sphères de cet Etat entreraient en confrontation avec l'exécutif : les forces armées exerceraient des pressions pour contenir, limiter et conditionner ses actions ; le Congrès national (qui dispose d'une majorité conservatrice écrasante tant au Sénat qu'à la Chambre des députés) opposerait un véto systématique aux initiatives politiques du gouvernement central ; le pouvoir judiciaire s'appuyant sur le texte conservateur de la Constitution en vigueur s'employerait à mettre des limites à la légalité des actes du gouvernement; les moyens de communication de masse exerceraient une pression déstabilisatrice, etc.
Pour un nouveau pouvoir populaire
La même dynamique interviendra, avec un caractère de plus grande gravité, encore, au plan économique. La présidence de la République dispose d'une série d'instruments de politique économique qui lui confère beaucoup de pouvoir en la matière. A l'éventuelle présence du PT à la présidence de la République le grand capital répliquerait certainement par la fuite des capitaux, la spéculation financière redoublée, le jeu déstabilisateur de la valse des étiquettes, le stockage des marchandises, la paralysie des investissements, etc.
L'unique manière pour un gouvernement démocratique-populaire de faire front à une telle dynamique serait d'utiliser chaque espace de légalité, chaque point d'appui institutionnel pour renforcer les bases d'un nouveau puuvoir populaire et poser les jalons d'un contrôle social croissant sur l'économie.
La campagne de Lula pour l'élection présidentielle doit préparer les masses à faire face au pouvoir déstabilisateur des grands capitalistes en cas de victoire électorale.
Cela serait-il contre-productif du point de vue électoral ? Cela limiterait-il la portée de la candidature "démocratique populaire" ? Rien n'est plus faux : jamais dans l'histoire du pays il n'y a eu de sentiment anti-élitiste, anti-corruption, anti-privilèges et anti-impunité, aussi répandu. La campagne du PT doit se mettre au diapason de ce sentiment et l'enrichir d'un point de vue de classe. La même idée doit se retrouver dans l'élaboration programmatique. Nous pouvons résumer les cinq axes essentiels définissant le profil de la campagne du parti.
Cinq axes essentiels
1) Démocratisation radicale de l'Etat et création d'une légitimité en vue d'instaurer un pouvoir populaire, par :
- une ample réforme administrative comprenant la lutte ouverte contre la corruption, les privilèges, etc;
- le contrôle social et la démocratisation des forces armées;
- l'élargissement des libertés démocratiques, y compris sur les lieux de tra-
- le contrôle social des moyens de communication ;
- une politique résolue en faveur des droits de l'Homme, avec une large restructuration de la police et du système pénitentiaire ;
- une réforme électorale et la modification du système législatif (élection à la proportionnelle, système de chambre unique, etc.) ;
- l'annonce d'un référendum constitutionnel sur la réorganisation du pou-
2) Mise en place de conditions permettant de réorienter l'économie vers la prise en considération des besoins de la majorité de la population, par :
- le refus de paiement de la dette extérieure et la négociation de la dette in-
- une réforme agraire ;
- un programme spécial pour répondre à la situation sociale dramatique de la région du Nordeste ;
- une réforme fiscale ;
- la création progressive d'un secteur de contrôle social dominant dans l'économie : étatisation du système financier, du commerce extérieur, contrôle des prix des monopoles, etc.
3) Reconstruction du système d'intervention de l'Etat dans le domaine social, par une politique en faveur de l'éducation, de la santé, du logement, de la prévoyance sociale, et des sans-em-
4) Une politique de combat contre toutes les formes d'oppression et de discrimination par un programme en faveur des femmes, contre le racisme, de protection des Indiens, assorti des grandes lignes d'un programme écologique.
5) Une politique internationale antiimpérialiste, coordonnée tant au niveau de la dette extérieure, que du resserrement des relations avec la lutte des peuples opprimés du monde entier.
La proposition du Directoire national du PT
LE PROGRAMME alternatif de gouvernement (PAG) comporte un ensemble de propositions, démocratiques et populaires, de réformes de la société brésilienne qui expriment le projet démocratique-populaire défini par la Ve Rencontre nationale du PT. Démocratiser la vie éco. nomique et sociale ; démocratiser l'Etat i en finir avec la misère et les inégalités régionales et établir la souveraineté et l'indépendance nationales, sont les maitresses de ce gramme qui doit préciser clairement ce que chaque secteur de la société peut attendre d'un gouvernement du Pl
Les travailleurs et les autres couches défavorisées de la société, de la ville et de la campagne, doivent savoir qu'ils se ront les secteurs privilégiés d'un gouvernement de Lula. Les petits entrepreneurs et les autres couches moyennes, en particulier les petits producteurs ruraux, doivent comprendre qu'ils seront avantagés. Quant à la bourgeoisie, elle devra se Taire & l'évidence que le PT n'est pas d'accord pour que la croissance économique se fasse aux dépens des travailleurs et de labandon de la lutte pour des transformations socialistes.
En même temps qu'elle se fonde sur un programme changements, mème dans les lmites du capitalisme, la candida ture de Luta reaffirme son profil socialiste, son caractère moderne, critique, celui d'une noutravailleuse chargée d'espoir dans les transformations socialistes.
Le Pu doit aborder le débat sur le socialisme de maniere offensive, en évitant de fuir la question. Le parti vise à construire le socialisme, mais le chemin de cette édification passe par la consolidation de la démocratie, la réalisation de réformes qui accumulent des forces dans une perspective de construction du socialisme et de combat permanent contre le capitalisme. En d'autres termes, notre PAG ne contient aucune mesure de consolidation du capitalisme ou qui soit incompatible avec le socialisme, au contraire, il cherche a affirmer et à élargir les chemins de la démocratie, au travers de la lutte sociale, considerée comme essentielle pour le socialisme.