Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Vers le dixième anniversaire

· Inprecor n° 286, 17 avril 1989 · p. 23 · 925 mots

Nicaragua Économie mondiale

dixième anniversaire du "triomphe de juillet 1979". Après la révolution cubaine de 1959, la révolution sandiniste marquait dans la dite arrière-cour des Etats-Unis. L'arrivée au pouvoir du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), suite à une guerre de libération et à une insurrection populaire, ouvrait révolutionnaire au Salvador et au Guatemala se plaçait dans

NICARAGUA

Vers le dixième

anniversaire

DANS QUELQUES mois sera "commémoré", au Nicaragua, le la seconde rupture profonde de la domination impérialiste une nouvelle ère en Amérique centrale. L'essor le sillage du juillet nicaraguayen. LA BRECHE

A CONTRE-ATTAQUE des EtatsUnis et des forces réactionnaires se manifesta dès 1981, avec les premières mesures de boycott financier (des Etats-Unis et des organismes financiers internationaux), puis par le déclenchement des hostilités, en 1982, par une contra, mise sur pied par les services secrets américains, la CIA. La même année, les forces révolutionnaires subissent un lourd échec au Guatemala. Des milliers d'Indiens seront massacrés, avec le silence complice des "démocrates" qui criaient aux "atteintes aux droits de l'Homme" au Nicaragua ! Dès 1981-1982, les Etats-Unis, avec l'appui de la droite européenne, organisent la contre-offensive politique et militaire au Salvador.

Embargo économique C'est dans ce difficile contexte régional que la révolution nicaraguayenne s'est vue contrainte d'évoluer dès 1982, alors qu'une crise économique aiguë éclatait dans le continent sud-américain et dans l'isthme centro-américain. A la saignée infligée par l'agression militaire, s'ajoute, en 1985, l'embargo appliqué par les Etats-Unis. Il paralyse et désorganise une part de la vie économique du pays. Parallèlement, est orchestrée une campagne de contre-information, à l'échelle internationale, sur le "totalitarisme" montant au Nicaragua. Son but : isoler la révolution sandiniste, réduire les quelques aides qu'elle reçoit encore de pays européens, légitimer la contra. Cette opération échoua partiellement, mais le tribut payé par le peuple nicaraguayen fut lourd.

Ainsi, 1985 marque le début de l'effondrement du modèle économique et social adopté en 1981, et qui reposait sur des investissements dans le système de santé et d'éducation ; des subventions pour les biens de consommation populaire ; des crédits et l'accès à la terre pour les paysans ; des programmes d'investissement - parfois peu réalistes — pour faire du secteur étatique le vecteur d'une mutation de la structure productive ; l'assurance de stimulants divers au secteur privé, décisif dans l'agro-exportation. Tout ce projet reposait sur un accès suffisant à une aide extérieure et sur une relance de la production impliquant des revenus d'exportations.

Catastrophes en chaîne

Une conjonction de facteurs peuvent expliquer l'implosion de ce projet : la guerre et le blocus ; la réduction drastique des dons et des prêts ; le paiement de la dette extérieure (elle s'élève à quelque 7 milliards de dollars, et son service absorbe actuellement 70% des revenus d'exportation) ; la détérioration des termes de l'échange (rapport entre les prix à l'exportation et ceux à l'importation) ; le déséquilibre croissant entre importations et exportations (trois à quatre fois plus d'importations que d'exportations, qui dépendent avant tout de l'agriculture, et ne peuvent s'appuyer sur aucun secteur moderne) ; la subordination des investissements effectués par le secteur privé à une question : "qui détient le contrôle de l'appareil d'Etat ?"; le refus des entrepreneurs privés d'investir sur les moyen et long termes et la fuite des capitaux ; la difficulté extrême de gestion du secteur étatique.

A tout cela s'ajoutèrent des catastrophes naturelles, dont la dernière, celle du typhon Joan, en octobre 1988 (voir Inprecor numéro 281, du 6 février 1989). Selon la Commission économique pour l'Amérique latine, de l'ONU, les pertes directes provoquées par ce typhon s'élèvent à 840 millions de dollars, soit l'équivalent de presque quatre années d'exportations. L'aide internationale reçue par le Nicaragua pour ce désastre est inférieure de 95% à celle touchée par la Jamaïque ! Dans ce contexte, les déficits internes et externes explosent ; financés par la planche à billets, ils débouchent sur une inflation galopante. Les couches défavorisées sont fortement frappées, et les détenteurs de dollars, privilégiés. Pour un pays comme le Nicaragua - compte tenu des handicaps de départ et des effets d'une politique d'étranglement — il est difficilement imaginable de récupérer les niveaux de production antérieure à la guerre civile de 1978-1979, d'améliorer le niveau de vie des masses populaires démunies, et d'initier une mutation des structures économiques du pays, sans une allocation importante de ressources extérieures. Même un développement "autocentré", prenant en compte prioritairement les besoins fondamentaux de la population, ne peut s'effectuer, dans le contexte économique présent, en dehors d'un afflux de ressources extérieures. Sans cela, les limites des divers potions économiques, dont la définition souffre aussi des déconvenues des "économies planifiées", sont très étroites. Or, l'aide des "pays de l'Est" se fait chiche ; les bonnes relations entre Gorbatchev et l'administration américaine ne sont pas étrangères à ce sevrage.

Mesures d'austérité

Face à la catastrophe inflationniste et à la crise économique, le gouvernement vient de décider, en janvier 1989, des mesures d'austérité drastiques (voir Inprecor numéro 282 du 20 février 1989).

C'est un programme de "survie économique" : dévaluation accélérée ; suppression de subventions aux produits alimentaires de base ; dégraissage de l'appareil d'Etat ; réduction des crédits ; blocage des salaires et libération des prix ; arrêt de la réforme agraire ; concessions faites aux secteurs agro-exportateurs dans le domaine du contrôle des exportations. Il est difficile d'imaginer que de telles mesures n'aboutissent pas, au-delà de la contraction globale de la demande, à des transferts de revenu d'un secteur social à un autre (des pauvres aux riches), et à une polarisation des revenus entre les salariés des diffé-

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