Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

35 millions contre le plano Verão

· Inprecor n° 287, 1er mai 1989 · p. 10-11 · 1 053 mots

Syndicalisme Brésil

Sarney, destiné à juguler l'inflation, et connu comme le plano comme l'ont baptisé les travailleurs, était mis à mal. Il s'est trouvé remis en cause à la fois par le taux d'inflation (6,09% pour le seul mois de mars, alors que Sarney tablait sur 3%) et par la riposte massive des travailleurs dont le pouvoir d'achat

Le mouvement ouvrier a fait clairement savoir qu'il exigeait des compensations salariales indispensables pour les pertes effet rétroactif ; le patronat ne voulait pas dépasser les 7,1% ;

générale, les 14 et 15 mars, organisée par les deux grandes centrales ouvrières, la Centrale unifiée des travailleurs (CUT)

s'agissait de l'une des grèves les plus massives de l'histoire travailleurs, soit 70% des 50 millions de travailleurs actifs que

BRESIL

35 millions

A PEINE NE, le dernier train de mesures du gouvernement

Verão (plan Eté), ou mieux le plano ladrão (plan Voleur), s'est effondré dans la dernière période.

de pouvoir d'achat. Lors des dernières négociations, le gouvernement proposa une augmentation de 14,6%, sans quant aux organisations ouvrières, elles réclamaient 40% d'augmentation, minimum.

Cette revendication a été portée par deux jours de grève et la Confédération générale des travailleurs (CGT). II du Brésil, suivie, selon ces syndicats, par 35 millions de compte ce pays.

Isaac AKCELRUD

A GREVE GENERALE fut une bataille sur différents fronts qui s'est engagée avant même les deux jours d'arrêt de travail des

14 et 15 mars, et qui connut son point culminant avec la paralysie du pays. Elle se poursuit même après l'apparente cessation du mouvement. Chacune de ces trois phases a ses caractéristiques propres. Dans un premier temps, le gouvernement tenta d'empêcher la grève. Ensuite, il a dû déguiser sa démoralisation et son isolement. Enfin, il a essayé de réduire l'ampleur des conquêtes économiques immédiates des travailleurs et de limiter leur impact politique.

L'embarras de Sarney

Le gouvernement essaya d'empêcher, ou au moins, de réduire les dimensions de la grève par une campagne de désinformation, des menaces policières et militaires et par la démagogie de fausses perspectives de "conversations".

Les généraux ont exigé que le président

Sarney lui-même fasse une intervention à la télévision pour déclarer son opposition à la grève générale. Par instinct de conservation, Sarney évita de s'exposer ainsi. Il envoya son nouveau ministre de la Justice, Oscar Dias Correa. Ce dernier, rescapé d'un courant réactionnaire, prépara un discours plein de fureur. Sarney s'opposa alors à un paragraphe entier, en précisant: "la coupe est déjà pleine comme ça". L'apparition de Correa à la télévision fut retardée d'une demi-heure. C'était là le premier signe de mésentente et de divergences politiques dans les rangs des autorités.

Ces manœuvres furent en grande partie neutralisées par le climat de lutte de la période d'ultime préparation de la grève générale. Dans de nombreuses villes, plusieurs catégories de travail-

PLANO

SEU SALARIO

DEFENDA

ADRAO

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leurs avancèrent la date de l'action, | tion de classe, auparavant orientées s'engageant parfois dans des grèves illimitées. Par exemple, les métallurgistes de Belgo Mineira, dans l'Etat du Minas Gerais, occupèrent leur usine pendant plusieurs jours ; à Campinas, dans l'Etat de São Paulo, la direction de la grève dé cida d'étendre le mouvement de 48 à 72 heures. A São Paulo, les travailleurs de plusieurs entreprises anticipèrent aussi le mouvement. Au total la moitié des métallurgistes se mirent en grève.

Du centre-sud...

Les chiffres de grévistes établis par les syndicats, confirment le caractère général de la grève, bien qu'elle n'ait pas partout eu le même impact. Cet engagement transforme le rapport des forces et modifie la situation politique à l'avantage

Au niveau quantitatif, la grève générale a touché tous les Etats et territoires du pays. Elle mobilisa les travailleurs des villes et des campagnes dans toutes les régions. De nombreuses localités jusque-là sans traditions de lutte, et où aucune grève n'avait jamais eu lieu, se joignirent au mouvement. L'appel unitaire de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT) et de la Confédération générale des travailleurs (CGT) fut entendu, quoique de manière inégale, de l'Amazonie jusqu'au centre-sud industrialisé, par un total de 35 millions de grévistes, d'après les calculs de la CUT. Son importance, tant au niveau statistique que géographique, puisqu'elle embrasse tout le pays, est une claire indication de la confluence des luttes à l'échelle natio-

Au niveau qualitatif, la grève générale a représenté un progrès dans la construction d'une unité dans la lutte. Cette fois, l'unité fut relativement plus aisée à atteindre que d'habitude. D'une part du fait de la fragilité de la CGT, forcée d'être à la remorque de la CUT, et de l'autre parce que la lutte commune contre le gel des salaires par le Plan Eté ébranla les directions réformistes et de collaboravers l'objectif d'un pacte social. Les mots d'ordre de lutte contre le plan Voleur, directs, simples, faciles à comprendre même par les travailleurs les moins expérimentés et politisés, rendirent transparent le passage de la lutte économique au plan politique. La CUT et les syndicalistes sensibles aux intérêts vitaux et aux aspirations des travailleurs, se renforcèrent dans cette épreuve de forces.

Au plan politique, le mouvement syndical a été capable d'utiliser les grandes capacités d'initiative et de confiance en soi accumulées par le mouvement ouvrier avec les victoires obtenues dans les récentes élections municipales (voir Inprecor, numéro 280 du 23 janvier 1989). C'est lui qui prit l'initiative et partit à l'offensive contre le gouvernement et les patrons. Rompant avec les grèves isolées, partielles, avec prédominance des secteurs des services et des fonctionnaires, l'action des 14 et 15 mars fut une audacieuses mobilisation unitaire dirigée par le prolétariat de l'ABC, la ceinture ouvrière de São Paulo, de la concentration des métallurgistes de Volta Redonda dans l'Etat de Rio de Janeiro, de Vale do Aço dans le Minas Gerais, main dans la main avec les syndicats des grands centres urbains.

... A l'Amazonie

La grève générale eut également d'importantes répercussions dans les campagnes, comme en atteste l'exemple de milliers et de milliers de travailleurs agricoles de Pernambuco venus rejoindre le cortège de la manifestation des ouvriers de Recife. D'autres exemples existent dans les régions industrielles de São Paulo, illustrant le soutien et la sympathie de la population, voire même de petits commerçants qui réclamèrent des informations à la direction de la grève et demandèrent des directives pour apporter leur aide au mouvement.

Em Tempo 23 mars 1989

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