L'INITIATIVE des centrales syndicales est intervenue au moment même où la crise du front politique des classes dominantes accentuait ses contradictions, avant la prochaine élection présidentielle de novembre (voir Inprecor, numéro 286 du 17 mai 1989). Em Tempo, le mensuel de la tendance Démocratie socialiste, au sein du Parti des travailleurs (PT), fait le point. EM TEMPO
ES VOIX discordantes s'éle-
D vèrent au sein-même de la
bourgeoisie, à cette occasion. Elles ne se manifestèrent pas seulement contre le gel des salaires, mais en arrivèrent presqu'à donner raison à la grève générale.
L'exemple le plus significatif est celui du président de la Bourse de São Paulo, Eduardo Rocha Azevedo. Il déclara, en résumé, qu'une grande partie des industriels avaient gagné beaucoup d'argent avec le réajustement des prix qui avait précédé leur blocage. Aussi, affirma-t-il, ils peuvent payer un réajustement salarial sans augmenter les prix. Il donna l'impression d'être arrivé à la conclusion que, pour le moment, les capitalistes devaient être prudents et prévoyants.
L'impact de la grève
La plus intéressée par l'argument est la bourgeoisie commerciale, en dissension avec les industriels à cause des prix et de la répartition de la plus-value entre ces deux secteurs capitalistes. Le président de la fédération du Commerce, Abram Szajman, accusa les industriels d'être des "rétrogrades et obscurantistes", à la recherche "d'argent facile". Les industriels ont promis de riposter. De nombreuses vérités émergent de ces accusations réciproques.
Un autre exemple est celui du banquier José Eduardo Andrade Vieira qui fit des déclarations favorables à la grève. Mésentente au gouvernement, divergences au sein de la grande bourgeoisie. L'impact de la grève s'est fait sentir.
La dernière trouvaille pour condamner la grève générale, est de la présenter comme une grève politique. C'est quasiment un cri de désespoir. Car personne, jamais et à aucun moment, ne cacha ou ne déguisa le caractère et le contenu politiques de la grève. Une protestation de dizaines de millions de personnes contre la politique économique du gouvernement, une manifestation gigantesque contre le pouvoir central de la République, une accusation franche et ouverte de vol des salaires au travers du plan Voleur : tout cela est politique. Et ce ne peut être rien d'autre que de la politique
Portée contre la grève générale, cette accusation se retourne contre le gouvernement, car elle révèle son intention de châtrer politiquement le mouvement ouvrier. Tout cela apporte de l'eau au moulin de la candidature ouvrière (de Luis Inacio da Silva, dit Lula) de Lula, dont le potentiel électoral ne fait qu'augmenter
Faux prétextes
Un autre "argument" officiel et patronal contre la grève, est de prétendre qu'elle eut lieu seulement du fait de la paralysie des transports, et qu'elle aurait été stimulée par les administrations municipales du PT.
Tout d'abord, pourquoi y aurait-il alors eu une grève des transports dans des municipalités comme celle de Rio de Janeiro, qui ne sont pas dirigées par le PT ? Les transports collectifs se mirent en grève du nord au sud du pays. Est-ce que par hasard, l'on voudrait enchaîner les travailleurs de ce secteur et leur refuser le droit de grève ? La presse rapporta
Le président de la CUT, Jair Menegueli, s'adresse aux métallurgistes (DR) que la loquace madame Dorotheia, du ministère du Travail, avait évoqué cette éventualité. C'est à mettre au crédit de quelqu'un qui prétend ressusciter le défunt pacte social.
Ceci dit, même à São Paulo, dans des zones desservies par le train et le métro (qui ne se sont pas mis en grève) les travailleurs de grandes entreprises multinationales firent grève. Les services de ramassage du personnel de ces entreprises ne fonctionnèrent pas, à cause du manque de passagers. Les travailleurs étaient en grève.
Le rôle des municipalités PT
En second lieu, une municipalité du PT est là, pour appuyer les grèves, et non pour les réprimer. Les capitalistes sont irrités parce qu'ils voient qu'ils ne peuvent pas corrompre les élus du PT avec les fonds gouvernementaux (voir Inprecor numéro 285, du 3 avril 1989). Olivio Dutra sur un piquet de grève, Erundina refusant d'envoyer la police remplacer les chauffeurs de bus, Buaiz s'affrontant physiquement à la violence policière, sont l'expression claire des transformations initiées avec les récentes victoires du PT. Le PT exercera le pouvoir en faveur du peuple. Et si la machine d'Etat ne sert pas à cela, tant pis pour elle, il sera nécessaire de la remplacer par une autre plus adéquate aux temps nouveaux.
Une autre arme employée contre la grève fut l'attitude de Antonio Medeiros, dirigeant du syndicat des métallurgiste de São Paulo. Les calomnies de la bourgeoisie contre la grève générale des 14 et 15 mars contrastèrent avec les louanges qu'elle adressa aux grèves isolées et partielles conduites par Medeiros, et dont l'éloge est régulièrement fait par le président de la Fédération patronale (FIESP), Mario Amato, de même qu'il avait auparavant été porté aux nues par le présidentiable Leonel Brizola.
Qu'a donc fait de si utile et avantageux le diligent Medeiros, qui se refusa à participer à la direction générale de la grève comme représentant de la CGT ? I| offrit une alternative à la bourgeoisie. Au lieu de l'unité des travailleurs et de la concentration des forces dans la grève générale, sa tactique fut d'isoler les ouvriers usine par usine. Ce ragoût de grèves isolées sert seulement à dissoudre les forces des travailleurs et ne peut que finir par les laisser sans défense face à une nouvelle offensive patronale. Les miettes gagnées ainsi un jour, seront réduites à néant le lendemain.
Medeiros le parasite
Medeiros profita de la grève générale pour augmenter le nombre des petits accords partiels. Il apporta son appui à l'action mais de fait, il fut un parasite de la grève générale. Les résultats dont il se prévaut sont faux. En réalité, il abaissa le palier du réajustement salarial revendiqué, d'un minimum de 40% à un maximum de 29%. Ce fut une bonne transaction pour des patrons effrayés par la grève générale.
Il est donc nécessaire d'expliquer patiemment aux métallurgistes de São Paulo qui sont aux mains de Medeiros, qu'isolés, ils s'affaiblissent et prêtent le flanc aux coups des patrons. Au contrai-
re, leur force se décuplerait s'ils s'unissaient aux autres travailleurs, à commencer par leurs frères métallurgistes de l'ABC, sous le drapeau de la CUT.
Dans cette seconde phase de la bataille, le gouvernement lui-même finit par se démentir, quand il fut contraint de reconnaître les pertes salariales des travailleurs, dont il niait auparavant la réalité. La Fédération patronale (FIESP) de son côté, a décidé de reconsidérer son refus antérieur de payer un réajustement salarial, et a été également contrainte de reconnaître la validité des raisons de la grève générale. Cela montre bien qui sont les vainqueurs de cette confrontation nationale
Le mouvement ouvrier classiste et indépendant a maintenant la responsabilité d'élaborer et de transmettre rapidement les enseignements de la riche expérience de ce mémorable combat de classe. Il doit accomplir cette tâche parce qu'il est nécessaire de tirer les leçons de cette grève. Car la bourgeoisie, elle aussi, tire ses conclusions et reviendra à la charge avec rage et haine.
Cette discussion doit se faire en marchant. Il n'y a pas le temps de s'arrêter pour penser, et il n'est pas possible pour les travailleurs de faire une retraite spirituelle pour méditer sur la grève générale. Tout doit être pensé en combattant.
La première leçon de la grève générale est la mobilisation des plus larges au travers de revendications économiques élémentaires. Pour être véritablement générale, la grève a dû atteindre et sensibiliser, inspirer de l'enthousiasme et gagner l'appui de nouvelles couches de travailleurs sans expérience, non politisés et qui s'apprêtaient à affronter un véritable baptême du feu.
de la grève
Mais, en étant générale, la grève devenait inévitablement politique, et cet élément, porta la classe ouvrière à un niveau plus élevé de conscience et d'action. Les moyens les plus simples, les revendications économiques élémentaires, élèvent directement la lutte de classe à des paliers supérieurs. Telle est la dialectique de la grève générale.
Les directions syndicales les plus responsables et les dirigeants ouvriers de plus grande sensibilité politique débattent dans le cadre de cette évidence constatée dans la chaleur de la lutte. Ils se demandent pourquoi, malgré leur grande bonne volonté et le dévouement général, la grève n'a connu d'impulsion décisive qu'au cours des dix ou quinze derniers jours de sa préparation.
Quelques faiblesses
Il semble clair que des signes de manque d'assurance et de confiance dans la viabilité de la grève et dans une riposte satisfaisante des masses, se soient fait sentir. L'élan final fut plein d'énergie et de vitalité. Mais il y eut un relatif retard dans le déclenchement de la grande mobilisation. Pourquoi ?
La réponse la plus raisonnable s'appuie sur deux faits. L'un est conjoncturel et se réfère à l'expérience négative qu'a constitué la tentative antérieure de grève générale d'août 1987. L'autre est structurel et renvoie aux problèmes de construction de la CUT et des syndicats eux-mêmes, qui ont besoin d'élargir et d'améliorer leur structuration à la base — davantage de délégués syndicaux, organisation sur les lieux de travail — pour être à la hauteur des luttes qui s'annoncent. Tout cela est directement lié à la préparation, en nombre suffisant, de dirigeants intermédiaires compétents.
Par sens des responsabilités, pour éviter les erreurs, le travail de préparation de la grève a eu tendance à être très modéré et prudent. Cela aurait pu signifier un manque de préparation politique. Mais en fin de compte, la situation est maintenant très différente et bien meilleure. C'est le manque de dirigeants intermédiaires, qui semble être la clé de la situation car la direction d'une grève de cette envergure ne peut se limiter et se réduire aux quatorze membres de la direction nationale du mouvement.
Peu de responsables intermédiaires qui transmettent et ajustent à chaque situation concrète l'orientation et les directives, qui renvoient à la direction centrale la réponse et l'expérience vivante des masses, cela signifie des gens surchargés de travail, agissant à cent à l'heure, sans pouvoir atteindre. comme il faudrait le faire, toute une partie des zones et secteurs du pays.
Le bilan de la grève montre la nécesd'élargir la formation de dirigeants syndicaux intermédiaires, ce qui sera également une garantie de rénovation et de rajeunissement de la direction syndicale en général. Une autre observation critique attire l'attention sur le caractère, en grande partie spontané, de l'appui populaire à la grève. Il ne fut pas organisé, préparé et alimenté par un travail systématique accompli à temps pour ap puyer et soutenir les travailleurs dans ce dur affrontement avec le gouvernement. C'est la preuve d'une implication insuffisante et insatisfaisante du PT dans la grande lutte contre le plan Eté, enjeu politique de grande actualité, au caractère
A tous les niveaux, les directions du parti adoptèrent, en général, l'attitude facile de s'en remettre à l'orientation directe de la CUT. Cette pratique défaillante reflète une surestimation politique de la lutte syndicale, ce qui explique aussi l'insuffisante prise en charge de la politisation des jeunes directions émergeant au sein du mouvement ouvrier.
L'expérience reste cependant stimulante et enrichissante. La réponse des travailleurs a dépassé toutes les attentes, de même que les masses ont surpris les directions lors des dernières élections municipales.
Nouvelle vague de grèves à l'horizon
Il y a de bonnes raisons d'être confiant dans l'état d'esprit et la capacité de compréhension du peuple et des travailleurs. C'est ce climat de responsabilité et de sérénité que la grève générale a consolidé et enraciné dans les directions syndicales et politiques.
La possibilité d'une grande vague de grèves par catégorie, s'étendant par contagion à des entreprises isolées comme à des catégories tout entières est une perspective envisageable.
Les revendications salariales de la classe ouvrière s'articulent chaque jour plus clairement avec la lutte pour le non-paiement de la dette extérieure. Le gouvernement capitaliste est piégé dans la dette. Il est dans un véritable cercle vicieux. A chaque mouvement qu'il fait, la dette augmente et il ne peut s'en débarrasser. La bourgeoisie se révèle impuissante et incapable de résoudre le problème de la dette. Elle tend à pressurer toujours davantage la classe ouvrière pour payer les intérêts et les dividendes.
Cette situation explosive est déjà illustrée par la conduite d'actions nombreuses et importantes qui se sont maintenues à la suite de la grève générale dans plusieurs Etats. Diverses catégories de personnel combatif ont des échéances collectives en avril et en mai. L'irruption d'une vague de grèves dans la seconde quinzaine d'avril et la première moitié du mois de mai est pratiquement inévitable. C'est pour la même période qu'est prévu le dégel des prix qui commence déjà. L'inflation peut repartir de
Le premier mai 1989 promet d'être intense et vibrant, agité de grandes luttes vigoureuses. Il est donc nécessaire d'assimiler les enseignements de cette grève générale, car la prochaine profile déjà à l'horizon.