Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FEMMES/ITALIE

"Vogliamo scegliere !"

· Inprecor n° 287, 1er mai 1989 · p. 20 · 1 023 mots

Femmes Italie

UN IMMENSE cortège de femmes a parcouru le centre de Rome dans l'après-midi du 15 avril : près de 400 000 manifestantes (même les estimations les moins enthousiastes parlent d'au moins 100 000 participantes) ont protesté contre les attaques récentes sur la loi 194 (qui avait dépénalisé l'avortement) et contre la violence sexuelle. Livin MAITAN

A MANIFESTATION avait été convoquée par plusieurs organisations politiques : Parti communiste italien (PCI), Parti socialiste italien (PSI), Parti républicain italien (PRI), Parti radical (PR), Parti social-démocrate italien (PSDI), Democrazia proletaria (DP) et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section italienne de la IVe Internationale), ainsi que les coordinations de femmes de deux centrales syndicales, la Confédération générale italienne du travail (CGIL) et l'Union des travailleurs italiens, (UIL). Des femmes françaises étaient aussi présentes à Rome et des messages de solidarité étaient arrivés d'Allemagne, de l'Etat espagnol, de la Hollande et des Etats-Unis (plus précisément du mouve ment NOW, organisateur de la marche de Washington, voir ci-après).

Le mot d'ordre principal qui a inspiré la campagne de préparation a été : Vogliamo scegliere / (nous voulons choisir). Plus concrètement, les femmes voulaient exprimer leur opposition aux attaques déclenchées contre la loi sur l'avortement (loi 194) par de multiples forces conservatrices et réactionnaires, dont le mouvement dit "Pour la vie" l'Eglise catholique et le ministre de la Santé, le démocrate-chrétien, Carlo Donat Cattin. L'application de cette loi ne cesse d'être entravée sous différentes formes : c'est pourquoi les manifestantes scandaient tout au long du cortège : "Appliquez la 194 !".

En deuxième lieu, la mobilisation a été stimulée par le sort réservé à la loi contre la violence sexuelle, qui butte sur des débats interminables dans les deux

Tr

chambres du Parlement. Quelques jours avant la manifestation, alors qu'il semblait que la loi allait finalement être adoptée, bien qu'avec des restrictions importantes concernant les droits des jeunes en particulier, le Sénat introduisait certaines modifications qui (d'après le jugement de la presse conservatrice elle-même) la dénaturait très sérieusement. En effet, une majorité conjoncturelle composée de la Démocratie chrétienne (DC), du Mouvement social italien (MSI, néo-fasciste) et d'une trentaine de francs-tireurs de différents partis, supprimait un article, qui prévoyait que les rapports sexuels consentis entre mineurs ayant atteint l'âge de treize ans, ne pouvaient pas être sanctionnés. En effet, dans la mesure où, quel que soit le crime, la loi italienne ne prévoit pas de peine pour les jeunes de moins de 13 ans, cet article supprimait donc, de fait, la notion de crime pour rapports sexuels consentis entre mineurs. Son annulation par une majorité réactionnaire au Sénat, réintroduit cette notion.

Pire que

Deuxième changement important : alors que la loi adoptée par la Chambre des députés, prévoyait une poursuite d'office, dans tous les cas de figure, en cas de violence sexuelle, la version qui a été modifiée au Sénat, prévoit que si cette violence est exercée dans le cadre d'un couple, la poursuite n'aura lieu que si la victime porte plainte. Il est vrai que l'article, dans sa première version, avait provoqué des débats dans des secteurs du mouvement des femmes, qui estimaient qu'il fallait affirmer le droit des femmes de décider elles-mêmes. Mais il est apparu que seule la poursuite judiciaire d'office représentait une garantie suffisante pour que le viol (même conjugal) soit puni, étant donné qu'il serait très difficile, pour une majorité de femmes, de porter plainte contre leur parte-

Le représentant du gouvernement lui-même, devait déclarer après les votes en question : "Nous sommes revenus en arrière, y compris par rapport au code Rocco !" (le code introduit sous le régime fasciste). Certes, la loi doit maintenant retourner à la Chambre des députés qui pourra la changer à nouveau, mais cela ne pourrait se faire

Plusieurs centaines de milliers de femmes ont manifesté, le 15 avril dernier, à Rome, pour le libre choix de l'avortement et contre la violence sexuelle (DR) avant un délai d'au moins six mois. D'où le danger que la loi traîne encore longtemps, soit bloquée par des questions de procédure, ou soit finalement adop tée sans tenir compte des droits et des aspirations les plus élémentaires femmes. Il va de soi que des pressions dans ce sens ne cesseront d'être exercées par tous les secteurs conservateurs et par l'Eglise en premier lieu.

Le poids des chrétiens

Par ailleurs, le Pape Vojtyla n'a pas perdu son temps : le lendemain de la manifestation de Rome, il prononçait un nouveau discours contre l'avortement en déclarant entre autres : "La loi doit aider les citoyens à reconnaître la valeur de la vie et à la respecter par une législation en accord avec les exigences inviolables de la personne". Mais la conception du pape sur les "exigences inviola bles de la personne" ne coïncident évidemment pas avec celle des centaines de milliers de femmes qui ont défilé dans les rues de la capitale italienne

La Démocratie chrétienne n'était bien sûr pas parmi les partis qui ont soutenu la manifestation. Ce qui est tout à fait logique, étant données ses orientations et les luttes qu'elle avait menées dans le passé - et perdues - contre le divorce et l'avortement. Toutefois le comité promoteur de la manifestation a estimé nécessaire de lancer un appel aux femmes de ce parti, en lui envoyant une lettre ou verte, dans laquelle on peut lire, entre autres : "Nous avons appelé les femmes à la manifestation, non pour les pousser à l'avortement, mais pour exiger l'application de la loi 194 qui permet que l'avortement ne soit plus clandestin. Nous sommes dans les rues pour réaffirmer le droit des femmes à jouir d'une sexualité librement vécue, pour le droit de choisir le moment où l'on veut avoir un enfant. C'est pourquoi, nous demandons une application correcte de la loi 194, de même que de nouvelles lois qui la complètent et la rendent plus efficace. Nous prenons acte que vous, les femmes démocrates-chrétiennes, vous êtes disposées à discuter sur certains de ces points. Nous souhaitons toutefois qu'il y ait une cohérence nouvelle et différente entre les affirmations et les actes de tous les jours, aussi bien dans le pays qu'au Parlement*".

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