NOUVELLE-CALEDONIE Assassinat de deux dirigeants du FLNKS
LES DEUX PRINCIPAUX dirigeants du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné ont été assassinés le 4 mai dernier. Nous reproduisons cides-sous un éditorial d'Alain Krivine, publié dans Rouge (organe de la Ligue communiste révolutionnaire française) du 11
L'assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné constitue un véritable drame pour le peuple Kanak. Déjà affaiblie par les colonialistes après les assassinats de Pierre Declerca et Eloi Machoro, la direction du FLNKS perd son dirigeant, celui qui incarnait la légitimité historique du combat pour l'indépendance et qui, de ce fait, parvenait à limiter les divisions internes du Front.
Cet assassinat est un coup terrible porté à la lutte de libération nationale et nous le condamnons totalement. Mais le drame qui vient de se nouer à Ouvéa est également pathétique. L'assassin de Tjibaou est mort en criant : "indépendance pour la Kanaky !" Dirigeant du Comité de lutte de Gossanah, Djubelly Wea incarnait la révolte et le désarroi d'une tribu durement atteinte par les militaires français lors de l'assaut donné à la désormais tristement célèbre grotte.
Les colonialistes peuvent se frotter les mains, ils ont obtenu ce qu'ils voulaient. On assiste à présent au spectacle de militants kanaks s'entretuant. Qu'on ne s'y trompe toutefois pas ! Ces morts s'ajoutent aux dix-neuf d'Ouvéa et le gouvernement de Michel Rocard devrait être appelé à un peu plus de pu-
En refusant d'accorder l'indépendance au peuple kanak, en blanchissant les responsables, politiques et militaires, de la tuerie d'Ouvéa, en acculant la direction du FLNKS à la signature d'un compromis qui visait notamment à briser l'unité des colonisés, en précipitant le référendum afin de faire oublier Ouvéa, Rocard et les siens savaient ce qu'ils
Quoi de plus odieux, dans ces conditions, que le concert de lamentations de la classe politico-médiatique ? En l'espèce, rien de commun ne lie ceux qui n'attendirent pas des morts pour clamer, dans la rue, leur solidarité et ceux qui, voici encore quelques mois, traitaient Jean-Marie Tjibaou de "terroriste" ou qui couvraient l'assassinat de militants indépendantistes.
Le peuple Kanak ne saurait attendre quoi que ce soit des meurtriers d'Eloi Machoro. Sa force réside, comme par le passé, dans son unité et sa mobilisation pour arracher l'indépendance. Et il est particulièrement insupportable de voir à présent Mitterrand et Rocard tenter d'influer sur les décisions que prendra le FLNKS pour remplacer ses porte-parole disparus. Décidément, fût-il paré des atours du socialisme gouvernemental, le colonialisme ne comprendra jamais qu'il a, face à lui, un mouvement majeur, dont l'expérience et la maturité se sont forgés dans le sang versé, au fil des années.
En France, le drame d'Ouvéa nous interpelle. Car dans le combat inégal qu'il livre , le peuple kanak n'a jamais trouvé, en France, la solidarité suffisante pour lui permettre de déjouer les pièges et les épreuves tendus par ses adversaires, qui sont aussi les nôtres
Récemment, Jean-Marie Tjibaou nous disait : "Vous, les Français, c'est comme pour l'Algérie, il faut qu'il y ait des morts pour que vous bougiez. " Faisons en sorte qu'il n'y en ait plus.
L'hommage que nous pouvons rendre au dirigeant disparu, c'est un engagement, renouvelé et renforcé, aux côtés du peuple colonisé. Jusqu'à l'indépendance!