fondateur du Mouvement de libération nationale/Tupamaros
(PST), ses sections latino-américaines et le Secrétariat unifié, gouvernement a décidé de reconnaître le MLN/T comme parti
Hommage à Raul Sendic
LE DIRIGEANT REVOLUTIONNAIRE uruguayen Raul Sendic,
(MLN/T), figure légendaire de toute l'extrême gauche latino-américaine, est décédé à Paris, le 28 avril 1989.
Plus de 50 000 personnes ont assisté à ses funérailles, le 6 mai, à Montevideo. La IVe Internationale, à travers sa section uruguayenne, le Parti socialiste des travailleurs s'est associée à cet hommage au camarade Sendic.
Peu de temps après cette manifestation massive, le légal, et l'autoriser à participer aux prochaines élections.
Janette HABEL
Michael LOWY
R
AUL SENDIC avait un passé de dirigeant syndical et une longue expérience de luttes paysannes. Ses premières expériences d'organisation syndicale rurale datent des années 50, avant même la victoire de la révolution cubaine. Dès
1954, il participe à des occupations de terre ; en 1955, il prend part à la marche des travailleurs du riz ; en 1957, il organise les cultivateurs de betteraves ; en
1958, il se consacre à la mobilisation des coupeurs de canne à sucre et fonde l'UTAA, syndicat combatif de lutte de classe au cœur des latifundia sucriers, qui s'oppose aux syndicats jaunes et impulse la première marche de la faim, qui parviendra à Montevideo en 1962. Il lutte pour imposer aux grands propriétaires fonciers la journée de huit heures pour les ouvriers agricoles et le respect de la législation du travail. Désormais, les marches de la faim des ouvriers du sucre se feront aux cris de : "pour la terre,
Fondateur des "Tupas"
C'est de cette tradition paysanne, de cette organisation syndicale, de ces luttes de masse à caractère prolétarien qu'est issu Raul Sendic. Au début, militant du Parti socialiste uruguayen, Raul va progressivement acquérir la conviction, avec d'autres militants d'origine communiste, anarchiste, chrétienne qu'il faut construire une nouvelle organisation révolutionnaire face à la sclérose réformiste des organisations traditionnelles. C'est ainsi que va naître le MLN/ Tupamaros, les "Tupas". L'influence de la révolution cubaine sera déterminante dans ce processus ; la guerre du Vietnam, les effets de la polémique sino-soviétique influenceront la réflexion des
Eleuterio Huidobro, compagnon de longue date de Sendic, a raconté les hésitations de nombreux groupes de jeunes, leurs espoirs déçus, leur lassitude face à la division des organisations traditionnel-les, et leur rupture finale, arrachant la photo du Che dans la Sierra Maestra du mur d'un local, en déclarant "toi, tu pars avec nous!". Les Tupamaros garderont toujours une très grande autonomie à l'égard du mouvement communiste officiel, y compris à l'égard du castrisme dont ils ne seront jamais dépendants. Ils adopteront d'ailleurs une tactique de lutte armée centrée sur la propagande armée et les actions exemplaires dans les villes, s'adressant d'abord aux travailleurs urbains, et ce, en contradiction avec le credo alors dominant de la guerrilla rurale. Fondé en 1962, le MLN-Tupamaros sera pendant dix ans (jusqu'à sa défaite en 1972) l'un des mouvements de guérilla urbaine les plus prestigieux et les plus expérimentés qu'ait connus l'Amérique latine, face à une armée progressivement modernisée et conseillée par les mercenaires des Services secrets américains, la CIA.
Cependant, les formes de lutte adoptées aussi spectaculaires soient-elles ne permettaient pas l'intégration des masses à la lutte et leur organisation autonome même si elles avaient gagné la sympathie des travailleurs. Les masses assistaient en spectateurs à la guerre qui opposait l'armée et une avant-garde, audacieuse mais isolée. Lors du coup d'Etat militaire, les travailleurs uruguayens feront preuve d'une résistance héroïque : la grève générale durera quinze jours. Ils témoigneront ainsi de leur volonté de lutte, mais seront battus. La dictature militaire durera plus d'une décennie.
13 ans de tortures Arrêté une première fois en 1970, Sendic s'évade un an plus tard, avec une centaine de ses camarades, dans des conditions spectaculaires. Mais traqué par l'armée, il sera de nouveau arrêté et cette fois grièvement blessé. Il restera 13 ans en prison, dont 12 sans être jugé, victime de tortures effroyables et maintenu dans un isolement total. Il sera finalement jugé en 1984 et condamné à 45 ans de prison, puis libéré en 1985, après l'amnistie générale décrétée avec
Les militaires ne s'en cachaient pas : "puisqu'il n'avait pas été possible de les tuer lors de leur arrestation, il fallait les rendre fous". Les années de supplice de Sendic et de ses camarades ont été re-
"Memorias del calabozo" (Mémoires du cachot) de Huidobro. Sendic en était sorti presque méconnaissable :"le nez écrasé, blancs, couvert de cicatrices", la voix à peine audible, mais la volonté révolution-
Mais malgré leurs efforts, les militaires urugayens n'ont pas réussi à briser Raul Sendic : quand le mouvement populaire a imposé sa libération, il a tout
de suite repris son poste de combat, à la tête du MLN-T. Sans rien avoir oublié, mais en tirant les leçons des échecs du passé, et des erreurs commises dans la conception de la lutte armée et de son rapport aux masses. Sans rien abandonner de sa visée révolutionnaire, mais en cherchant des voies nouvelles pour la lutte de libération des exploités et opprimés de son pays. A une époque ou tant d'anciens rebelles des années 60 — surtout en Europe, mais aussi en Amérique latine — après avoir "tant aimé la révolution", se rangent sagement dans le camp du réformisme bon-teint, Raul Sendic était un exemple de cohérence et de fidélité : fidélité à son passé, à ses compagnons tombés dans la lutte, mais aussi et surtout, à l'avenir socialiste de son peuple.
Si le mouvement contre l'amnistie des militaires assassins et tortionnaires, qu'il a beaucoup contribué à créer et animer, a été finalement vaincu, il n'en reste pas moins que presque la moitié des électeurs l'a soutenu, malgré le chantage des militaires, qui menaçaient de restaurer leur dictature si l'on essayait de juger les criminels galonnés
En octobre 1987, Raul Sendic avait participé à un meeting de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), dédié au vingtième anniversaire de la mort du Che Guevara, où, en lui rendant hommage, il déclarait chercher "dans cet horizon qui n'est plus aussi clair qu'il y a 20 ans", comment continuer le combat. Nous avions pu le rencontrer le lendemain, pour un échange de vues amical. Deux choses nous avaient alors frappés : d'une part, sa modestie, l'absence de toute prétention à détenir une vérité toute prête, la volonté tenace d'apprendre, d'étudier, de connaître les nouvelles réalités économiques ou sociales. D'autre part, son internationalisme, son intérêt authentique pour les expériences de lutte de tous les pays — non seulement en Amérique latine, mais aussi en Europe et dans le monde.
Une figure légendaire
Avec lui disparaît la dernière de ces figures légendaires qui ont levé, dans l'Amérique latine des années 60 et 70, le drapeau de la rébellion armée contre les classes dominantes et l'impérialisme : Che Guevara, Carlos Marighella, Inti Peredo, Yon Sosa, Miguel Enriquez, Roberto Santucho, Camilo Torres, Carlos Fonseca. S'il n'a pas été directement assassiné comme eux, c'est une maladie résultant des séquelles de ses longues années de prison et de torture qui l'a emporté.
Raul Sendic, ton combat continue : comme Tupac-Amaru, tu as semé des germes de révolte qui, tôt ou tard, donneront leurs fruits dans la conscience des ouvriers et des paysans, des jeunes et des femmes, des Indiens et des Noirs - en Uruguay et dans toute l'Amérique latine.
10 mal 1989