JUSQU'A sa mort, Raul Sendic continuait à travailler, notamment sur la question de la dette extérieure en
Amérique latine, et envoyait des contributions à Mate Amargo, l'hebdomadaire de son organisation.
Nous publions ci-dessous le dernier article du camarade
Sendic, publié le 20 avril 1989, une semaine avant son décès.
Raul SENDIC
S
/ TU NE payes pas, ils diminuent la dette de 95%, si tu payes de
30%". L'idée était avancée depuis longtemps, mais les événements du Venezuela lui ont donné une nouvelle impulsion.
D'abord ce fut une initiative du président français, Mitterrand, proposant d'abolir une partie de la dette des pays les plus opprimés par ce fléau. Puis apparut un surprenant plan Brady, émis par un gouvernement qui, jusqu'il y a peu, avec
Reagan, avait proclamé qu'il était impossible de renoncer, ne serait-ce qu'à un centime de cette dette. Aujourd'hui c'est la réunion du dénommé
Groupe des sept (Etats-
Unis, Japon, République fédérale d'Allemagne,
Grande-Bretagne, France, Italie et Canada) qui propose une baisse de la dette pour les pays "qui s'engagent à faire des réformes économiques substantielles".
Nous savons ce que cela signifie, quand la surveillance de cette opération est confiée au Fonds monétaire international (FMI). A son tour, le FMI garantit aux banques qui acceptent la remise, au moins le paiement des intérêts de la part des pays qui se soumettent à ses directives.
Mais, précisément, une partie du plan Brady se réfère à une autre façon de réduire la dette qui met en évidence tout ce qu'a de fictif cette réduction "généreuse"
que font ostensiblement miroiter les gouvernements et les banques (et qui selon ces derniers, pourrait atteindre jusqu'à
30% de la dette nominale). Cette seconde forte diminution consiste à permettre aux pays débiteurs de racheter eux-mêmes leurs dettes respectives sur le marché parallèle, là où ceux qui ont le plus à payer, le Chili et l'Uruguay, ont déjà obtenu une diminution plus importante que celle qui est promise. Dans le cas de ces deux pays il s'agit de plus de 40%. Et celles des autres pays d'Amérique latine qui n'ont pas de président aussi serviles que Pinochet et Sanguinetti, ont beaucoup moins à payer. Certains d'entre eux pourraient même se libérer de leur dette en ne payant que moins de 10% de sa valeur nominale.
Obligation éternelle
Jusqu'à présent, seule une entreprise privée pouvait racheter la dette et il était défendu de la revendre directement au gouvernement débiteur. De plus, un consentement de la part des autres banques créancières était requis pour cette opération (pourquoi les créanciers peuvent-ils s'associer et pas les pays débiteurs ?). La proposition du plan Brady est de suspendre, pour trois ans, ces exigences préalables et de permettre la vente directe aux gouvernements, sans nécessité de consulter les autres banques. Cela permettrait que les pays qui prennent une position digne vis-à-vis de cette vaste escroquerie, puissent la racheter non pas avec 30% de réduction, mais bien avec 90% dans certains cas Dans des pays comme l'Uruguay et le Chili, il serait question, étant donné leur bonne conduite avec le FMI, d'une baisse de 30%, mais assortie de l'obligation de payer éternellement les intérêts pour le restant.
Il ne reste plus qu'à déplorer que dans cette approche de la dette externe de l'Uruguay, l'opposition ait une certaine responsabilité, car elle n'a pas mené une campagne unanime contre son paiement, comme cela s'est passé dans presque tous les pays d'Amérique latine.
Mate Amargo 20 avril 1989