soldé par la victoire de ceux qui voulait son maintien. Malgré le gouvernement ont réussi à maintenir en vigueur cette loi
C'est une défaite sérieuse pour le mouvement populaire qui avait tout d'abord réussi le tour de force de réunir le nombre
URUGUAY
Référendum :
le jaune l'emporte
LE REFERENDUM sur la dénommée "Loi de caducité" s'est l'importante mobilisation populaire, les militaires et qui accorde l'impunité aux responsables des crimes perpétrés sous la dictature.
qui a ensuite inlassablement mené la lutte pour la victoire, avec les milliers de brigades qui ont parcouru tout le pays, faisant front à la puissante campagne de chantage et d'intimidation organisée par le gouvernement et les forces armées.
Luis ALONSO
EST le 16 avril qu'a eu lieu le ré-
C férendum pour décider si la loi qui permet, aux militaires et aux policiers coupables crimes commis pendant les 12 années de la dictature militaire, d'échapper au jugement et au châtiment resterait en vigueur. Le vote vert (couleur des bulletins), partisan de l'abrogation de cette loi a obtenu 770 000 voix, soit 43% et le vote jaune, partisan de son maintien, a dépassé le million de voix, soit 57%
(l'Uruguay ne compte que 3 millions d'habitants). Ainsi, ceux qui ont torturé, séquestré et assassiné resteront impunis.
La position du gouvernement et des militaires a triomphé.
La dictature s'est imposée en février 1973, après une année de répression féroce contre le mouvement populaire et les Tupamaros (1). Rencontrant une hostilité populaire croissante, les militaires ont décidé, en 1980, d'initier un processus de transition en présentant un projet de constitution qui légaliserait l'ingérence des forces armées dans la vie politique uruguayenne. Mais, malgré tout le poids de l'appareil de répression, ce projet fut rejeté dans un référendum par 57,8% des votants.
Des luttes populaires, des grèves et des mobilisations jalonnèrent ensuite le chemin jusqu'aux élections de fin 1984, qui furent remportées par l'actuel Président, Sanguinetti, candidat du Parti Colorado. Manifestation à Montevideo pour réclamer le châtiment des tortionnaires et des assassins (DR)
La pression populaire en faveur de la libération des prisonniers politiques a réussi à remplir son objectif et une loi les amnistiant a été adoptée en 1985. En même temps, la campagne pour le jugement de tous les militaires et policiers coupables de crimes de répression, ce qui en concernait plus de 350, faisait boule de neige. Il y avait eu 33 disparitions en Uruguay, 5 enfants enlevés que l'on n'a plus jamais revus, 78 morts en prison et 53 au cours d'opération des forces répressives, plus de 5 000 arrestations, ainsi que d'innombrables cas de torture . De plus, la complicité de la dictature argentine a entraîné la disparition de 118 autres Uruguayens dans ce pays
La "Loi de la caducité"
Mais le gouvernement a fait la sourde oreille et en 1986 il a approuvé la Loi de caducité (rendant caduques les poursuites), qui impliquait l'oubli des crimes commis. Une grande mobilisation commença alors pour faire abroger cette loi, mais selon la Constitution il fallait réunir plus de 500 000 signatures pour avancer une telle procédure (voir Inprecor numé ro 260, du 29 février 1988).
Grâce à cette mobilisation, 600 000 signatures furent recueillies. Il y eut toute une série de manœuvres pour faire annuler une partie d'entre elles, mais finalement le nombre exigé fut atteint et le gouvernement se vit forcé d'organiser un référendum sur cette question.
C'est l'ensemble de la gauche, ainsi que des courants minoritaires des partis Colorado et Blanco qui ont mené unitairement la campagne contre l'amnistie des militaires. Cette unité se fit sur la consigne de vote, mais pas sur des objectifs ultérieurs, en cas de victoire, ni sur le type de campagne à mener.
La campagne officielle en faveur du vote jaune, s'est déroulée en utilisant
1) Sur les Tupamaros, voir pages suivantes et également l'interview de E. Huidobro, dans Inprecor numéro 260 du 29 février 1988.
tous les moyens de l'Etat, et en particulier la télévision, dont l'influence à l'intérieur du pays, où il est très difficile d'accéder pour les militants du mouvement populaire est notable. Le porte-parole de la campagne fut le Vice-président de la République, appuyé par toutes les institutions, dont les forces armées.
Le ministre de la Défense a clairement laissé entendre qu'il ne respecterait pas un verdict des urnes qui soit contraire à ses vœux, et a déclaré : "... personne ne peut obliger légalement des militaires à se présenter devant la justice civile". Deux jours avant le vote, le général Paulos, ex-chef des services de renseignements déclarait à son tour : "l'ennemi d'hier veut aujourd'hui affaiblir les Forces armées pour conquérir le pouvoir
Une vague de rumeurs servit de toile de fond à ces affirmations. A la capitale Montevideo, on parlait de possibles attentats des Tupamaros, et il semblerait même que quelques provocations aient
Le Président de la République, à son tour, affirma la veille du référendum que si la Loi de caducité restait sans effet, ce serait "...un recul dans le processus de pacification et d'institutionnalisation du
Autrement dit, la menace d'un retour à la dictature, d'une insubordination des militaires et d'atteintes possibles contre l'ordre de la part des "subversifs" de toujours, a été agitée pour intimider la population. L'image de l'Argentine voisine, agitée par des coups militaires incessants, fut brandie sans relâche.
A Montevideo, c'est le vote vert qui l'a emporté, et à l'intérieur du pays il a concurrencé le vote jaune.
Les résultats
Les militaires et le gouvernement ont gagné grâce au vote des secteurs les plus arriérés et isolés du pays, terrifiés par la propagande systématique du gouvernement. Il ne s'agit pas, de la part de larges secteurs de la population, d'un mais du désir d'éviter des maux encore
L'importante mobilisation populaire en faveur du vote vert, n'a pas été suffisante pour venir à bout de tous ces obstacles, mais il ne faut pas sous-estimer la valeur des 43% atteints dans des conditions si peu favorables. Il est certain que ce résultat a déçu les secteurs les plus actifs, et a affecté de très larges couches de la population qui ressentent profondément le poids de cette défaite. Mais l'ampleur du soutien, presque 800 000 voix, permet d'espérer que le rôle joué par les militaires ne sera pas oublié, et que le peuple uruguayen saura dépasser cette défaite partielle dans d'autres luttes à venir.
27 avril 1989