quotidiennement l'humiliation et l'oppression, conséquences des nombreuses discriminations touchant la classe, la caste, d'ensemble de la situation des femmes en Inde aujourd'hui et
DOSSIER INDE
Les femmes
au pays du sati
LES FEMMES du sous-continent indien subissent la culture et le sexe. L'article qui suit donne une vue des succès et difficultés que rencontre le mouvement féministe organisé. Trupti SHAH
A FAMILLE, la caste et l'asservissement dans les villages sont utilisés par les capitalistes pour maintenir la soumission des femmes. Des coutumes d'oppression pré. capitalistes, comme la dot, le sati (qui consiste à brûler les veuves avec le cadavre de leur mari), ou l'infanticide des petites filles, ont pris de nouvelles formes avec la pénétration du capitalisme. Certains pensent que ces coutumes ne sont que des survivances du passé tenant à la mentalité "féodale" de la population. Mais c'est faux, ces coutumes sont certes d'origine pré-capitaliste, mais elles sont utilisées par le capitalisme pour son propre bénéfice.
La "Sanskritisation"
Prenons l'exemple du système de la dot. Dans le passé, à l'époque pré-capitaliste, la dot concernait principalement les couches supérieures et possédantes, surtout les propriétaires fonciers. Les femmes de ces castes n'étaient pas autorisées à travailler à l'extérieur de la maison, aussi étaient-elles considérées comme improductives. Mais les femmes des basses castes ont toujours fait partie du processus de production et n'étaient pas considérées comme une charge par leur famille. Il n'y avait donc pas de système de dot dans les castes inférieures. On trouvait quelquefois à sa place, la pratique du "prix de la mariée" (où c'est la famille du mari qui paye une somme pour "acheter" une épouse), mais pas de système de dot.
Avec la pénétration du capitalisme la famille cessa d'être l'unité de production et les femmes des basses castes durent essayer de trouver du travail à l'extérieur, ce qui était très difficile. Avec ces changements de la situation économique et le processus de "Sanskritisation", la coutume de la dot se généralisa. La "Sanskritisation" décrit un processus par lequel les castes inférieures recherchent une promotion sociale, et pour ce faire, adoptent les coutumes et les rites des castes supérieures. Aussi, maintenant, la dot s'est-elle généralisée à toutes les classes, castes et communautés.
Le deuxième exemple est celui du sati. Le cas de sati qui eut lieu l'année dernière, dans l'Etat du Radjasthan, a fait l'objet de plusieurs études qui montrèrent qu'il ne s'agissait pas d'un phénomène principalement religieux, mais le produit d'un mélange complexe de facteurs économiques et politiques.
L'impact des nouvelles technologies médicales
Il faut souligner les conséquences que peut avoir l'utilisation détournée de technologies médicales comme l'amniocentèse (technique consistant à ponctionner sous échographie le liquide dans lequel baigne le fœtus. Conçue à l'origine, pour permettre de dépister certaines malformations dans le cas de grossesses à risque. En Inde de nombreuses femmes y ont recours dans le seul but de connaître le sexe de leur futur enfant, ndlr) qui permet de déterminer le sexe du fœtus. Si le fœtus est féminin, alors un grand nombre de femmes ont recours à l'avortement. Cela montre que l'Etat, et le corps médical, utilisent des valeurs culturelles et religieuses, comme la préférence pour les garçons, pour leurs propres profits. L'Etat soutient de telles pratiques à cause de sa politique nataliste sexiste, et la profession médicale profite pour en s'enrichir (1).
Les mauvais traitements que subissent les femmes se reflètent, en plus de leur situation générale, par le rapport inversé du nombre d'hommes et de femmes dans notre pays, phénomène qui s'est accentué depuis le début du siècle, où il y avait 972 femmes pour 1 000 hommes, alors que maintenant, selon le recensement de 1981, il n'y en a plus que 935.
La Constitution indienne accorde aux femmes une égalité formelle dans la loi et interdit toute discrimination sur la base du sexe. Elle contient également quelques lois en faveur des femmes, comme l'interdiction de la dot, l'abolition du sati, ainsi que des lois contre la violence dans la famille, etc. Mais la plupart de ces lois n'existent que sur le papier, dans les livres de droit. Dans la pratique, la situation des femmes est toute différente et elles n'ont pas les moyens de faire appliquer ces lois
La Constitution reconnaît également, en effet, les lois spécifiques des diffé rentes religions. Ces lois spécifiques, quant à elles donnent des droits différents aux femmes en ce qui concerne la dot, le mariage, la garde des enfants et la propriété (par exemple, des dispositions spécifiques légalisent la polygamie pour les seuls Indiens musulmans, ndlr).
Toute la politique du gouvernement consiste à traiter les femmes comme des mères et des épouses, et non pas comme des citoyennes à part entière. Les femmes sont la première cible de sa politique de régulation des naissances. Elles sont utilisées comme cobayes pour des expérimentations douteuses et des techniques mutilantes de régulation de la natalité (comme avec le Depo Provera, une injection contraceptive à effet prolongé, ayant des effets secondaires mal contrôlés).
Les hommes "éclairés"
Avant l'indépendance, des questions comme le sati, le remariage des veuves ou le besoin d'éducation des femmes étaient abordées par des hommes éduqués et "éclairés" appartenant aux couches moyennes réformistes occidentalisées. Ils avaient à cœur de faire quelque chose pour améliorer la situation des femmes, mais même pour eux, les femmes n'étaient pas des citoyennes égales aux autres, mais bien des mères, des épouses, et des sœurs. Durant le mouvement d'indépendance, pour la première fois les femmes sortirent de leur maison pour rejoindre la lutte. Mais après l'indépendance, elles furent de nouveau chassées de la vie publique.
Dans les années 50 et au début des années 60, suite aux succès limités des deux premiers plans quinquennaux et aux emplois créés par l'expansion du secteur public, la classe dirigeante a pu satisfaire les couches moyennes et la jeunesse travailleuse. Mais à la fin des années 60, le déclin des salaires réels et l'augmentation des prix poussèrent la classe ouvrière indienne dans la rue.
1) Voir Inprecor numéro 214, du 3 mars 1986 : "le premier droit des femmes, c'est le droit de naître."
Durant ces années, plusieurs mouvements de masse se développèrent en réponse à la crise, à la fois dans les villes et les campagnes. Il y eut par exemple le Mouvement nataliste, dirigé par des groupes maoistes dans les zones rurales des Etats du Bengale Occidental, de l'Andhra Pradesh, du Bihar, du Pendjab et du Kerala ; le Mouvement des femmes contre la hausse des prix, dans les Etats du Maharashtra, du Goudjerat et du Madhya Pradesh ; le mouvement lancé par les étudiants et soutenu par toutes les couches moyennes dans le Goudjerat. A plusieurs endroits, il y eut des mouvements des couches inférieures contre les propriétaires, les usuriers et les représentants corrompus du gouvernement, ainsi qu'un mouvement de femmes membres des tribus (c'est-àdire des Dalit ou des Adivasi, les castes inférieures, ndir) pour sauver les arbres et les forêts menacés par les projets du gouvernement et des entrepreneurs. La grève des cheminots, en 1974, fut le point culminant de tous ces mouvements. Non seulement les femmes y prirent une part importante, mais elles en dirigèrent et organisèrent certains.
L'émergence de groupes femmes autonomes
Avec la déclaration de l'état d'urgence en 1975, tous ces mouvements de masse furent écrasés. Mais les militantes de ces mouvements étaient devenues de plus en plus sensibles aux questions spécifiquement féminines. En quittant leur foyer pour participer à ces mouvements, elles avaient été confrontées en tant que femmes à de nombreuses difficultés, du fait, non seulement de leurs familles et de leurs communautés, mais aussi de leurs camarades hommes dans le mouvement de masse. Ainsi devinrent-elles de plus en plus conscientes de leur oppression de femmes et commencèrent-elles à confronter dans différents groupes leurs expériences communes. Les cérémonies qui eurent lieu à l'occasion de la décennie internationale des femmes leur donnèrent également l'occasion de se rassembler et de parler de toutes ces questions.
L'émergence de groupes femmes autonomes constitue le phénomène important de cette période. Ces groupes sont constitués et dirigés par des femmes pour lutter contre l'oppression, l'exploitation, l'injustice et la discrimination. Leur priorité est de lutter contre l'oppression. Pour elles, le mouvement des femmes ne doit pas être subordonné aux décisions ou aux besoins d'aucun parti politique, groupe social ou organisation. Elles restent autonomes par rapport à tous les partis politiques, et la plupart du temps, adoptent un fonctionnement non hiérarchique et démocratique.
A partir du milieu des années 70, jusqu'au début des années 80, de tels groupes autonomes virent le jour dans presque toutes les grandes villes de l'Inde. Depuis lors, ces groupes sont restés la force la plus dynamique du mouvement féministe en inde.
Si l'on met de côté les organisations et institutions traditionnelles de femmes, mises en place par le gouvernement et qui ne font pas vraiment partie du mouvement de femmes en tant que tel, on trouvera six différents types d'organisation de femmes en Inde (bien que parfois, cette classification soit quelque peu arbitraire et qu'il puisse y avoir des recouvrements).
Les différents types d'organisation de femmes
Le premier est constitué par les groupes femmes autonomes. Ce sont des groupes qui, par nature, sont tournés vers l'agitation, faisant de la propagande et du travail de prise de conscience et luttant contre l'oppression de façon très militante.
Le deuxième est formé par les organisations de masse comme les syndicats, les associations de paysans, les groupes sur les droits démocratiques, les organisations de castes exploitées ou de bidonvilles. Ces organisations sont mixtes, mais parfois elles prennent en charge des questions spécifiquement féminines et organisent des luttes à leur sujet.
La troisième catégorie est formée par les groupes fournissant des services pour les femmes, comme des abris, de l'aide juridique, des services sociaux ou de santé.
Ce sont les associations professionnelles, comme les femmes médecins, avocates, scientifiques, journalistes, etc., qui forment le quatrième groupe.
Le cinquième, est constitué des regroupements ou sections de femmes à l'intérieur des différents partis politique Tous les partis ont de tels regroupements ou courants de femmes.
Enfin, il y a les groupes qui font de la recherche, de la documentation, et de la publication d'écrits sur les questions féminines.
Essor du féminisme
Men Inde
Les regroupements de femmes dans les différents partis politiques centrent principalement leurs activités sur le terrain électoral. Ils peuvent manifester dans la rue pour se battre sur des questions touchant les femmes, mais la plupart du temps, leur programme suit le découpage étroit de celui de leur parti et leur première priorité n'est pas celle des femmes mais celle des besoins de leur parti.
Les associations professionnelles de femmes s'intéressent à la discrimination dans le travail, à la promotion, à l'égalité des chances, à l'accroissement des salaires, etc. Les syndicats et autres organisations de masse mettent en valeur l'exploitation économique des femmes travailleuses.
Parmi toutes ces organisations de femmes, ce sont les groupes femmes autonomes qui constituent la partie la plus dynamique et militante du mouvement. La direction de ces groupes est principalement composée de femmes éduquées de la classe moyenne, mais elles sont très engagées et dévouées à la cause des femmes. La plupart d'entre elles sont féministes et beaucoup militent dans d'autres organisations de masse. Certaines sont des féministes libérales et d'autres des féministes socialistes (il n'y a pas de courant féministe radical en Inde).
Ces directions féministes de la classe moyenne ont essayé d'établir des
contacts avec des organisations de femmes dans les zones rurales ou tribales. Ces groupes féministes autonomes développent l'idée que la classe, la caste, la culture et le sexe sont parties intégrantes de l'oppression des femmes et, qu'à partir de là, la lutte sur le terrain de ces quatre composantes est indissolublement liée.
Les relations entre ces quatre dimensions ont été l'objet d'un débat de plusieurs années à l'intérieur du mouvement féministe. De nombreux groupes ont adopté une position que nous soutenons, et qui est que ces quatre dimensions de l'oppression des femmes doivent être combattues simultanément. Un mouvement de femmes ignorant l'influence des castes, de la classe ou de la culture, est condamné à rester limité stérile et isolé des forces motrices qui sont à l'origine de changements structurels. Inversement, un mouvement de femmes qui permettrait que la question des sexes soit ramenée à celles de la classe, de la caste ou de la culture, nierait de fait la nécessité de la pleine libération et de l'émancipation des femmes.
Lutte contre le communalisme
Le mouvement autonome des femmes a toujours soutenu les luttes contre le "communalisme" (le terme "communalisme" désigne les formes de regroupement reposant sur des bases religieuses ou ethniques. Il recouvre l'idée que des gens qui appartiennent à une même religion ou ethnie constituent un groupe homogène, dont la défense des besoins peut nécessiter d'imposer sa domination sur les autres communautés, y compris par la force, ndir.) et le système des castes. Par exemple, Manushi et Saheli furent deux des principales organisations à enquêter et protester contre les massacres, viols et atrocités commis contre les Sikhs (2), après l'assassinat d'Indira Gandhi. Dans d'autres parties du pays, des groupes autonomes — comme le Forum contre l'oppression à Bombay, ou Sahiyar à Baroda — ont toujours soutenu la lutte contre le système de castes et le communalisme, la lutte des habitants de bidonvilles pour un logement, la lutte des travailleurs pour avoir un syndicat. Par exemple, après la catastrophe d'Union Carbide à Bhopal (3), des groupes femmes de tout le pays envoyèrent des délégations pour apporter une aide concrète, enquêter sur les circonstances de l'accident et organiser la lutte contre la négligence criminelle de l'entreprise.
Ces groupes ont lancé le slogan : "toutes les questions concernent les femmes". Les femmes représentent la moitié de l'humanité et toutes les questions qui touchent les masses opprimées et exploitées ont un impact spécifique sur les femmes, en tant que sexe. Le mouvement des femmes s'est fixé comme tâche d'interpréter tous ces problèmes avec un point de vue féministe et d'enrichir les perspectives de ces différents mouvements avec cette dimension.
Le mouvement de Bogra
Un exemple dont on a beaucoup débattu à propos de la relation entre le mouvement féministe et le mouvement de masse, est celui du mouvement de Bo-gra. Bogra est un district dans l'Etat de Bihar où se déroula une lutte de paysans sans terre contre le prêtre du temple qui possédait la plus grande partie de la ter-re de cette région. La lutte était dirigée par une organisation de jeunesse, influencée par l'aspect radical de l'idéologie de Ghandi (4). La lutte fût durement réprimée, non seulement par l'Etat, mais aussi par le prêtre propriétaire foncier. Les femmes furent toujours en première ligne du combat.
Les militantes femmes de cette organisation étaient très conscientes de questions comme la participation des femmes aux réunions, le langage, la représentation des femmes dans les meetings, etc. Elles commencèrent à organiser des réunions séparées de femmes pour débattre de toutes ces questions. Elles soulevèrent tout un ensemble de problèmes, comme celui des femmes battues, la division traditionnelle du travail au sein de la famille et des questions comme les conséquences de l'alcoolisme des hommes. En même temps, elles combattaient aux côtés des hommes dans le mouvement de masse sur la question agraire.
Lorsque plus tard, la question de la terre fut résolue, il y eut une grande lutte pour savoir sous quel nom la terre devait être enregistrée, car il semblait tout naturel que ce fût sous celui des hommes. Mais les femmes intervinrent : "nous nous sommes battues pour obtenir ces terres tout comme les hommes alors pourquoi devraient elles être enregistrées sous le nom de nos maris ?" Elles durent se battre non seulement contre l'Etat et ses représentants, mais également contre les hommes de leur propre famille. Finalement, certaines femmes purent faire enregistrer la terre sous leur nom.
Ces deux luttes, sur le droit à la terre et sur le droit des femmes à la posséder sous leur propre nom, ont eu des répercussions positives sur le statut des femmes dans la région.
Il y a d'autres exemples dans le pays, où des groupes de femmes essayent d'inclure la dimension féministe dans la lutte de classe générale et dans les mouvements de masse. La chose n'est pas toujours aisées, et aboutit parfois à beaucoup de tensions. Mais ces expériences permettent de tirer quelques conclusions générales pour notre travail à venir sur ce terrain.
Idées reçues La première concerne une idée reçue en vigueur dans beaucoup de ces organisations de masse, à savoir que le temps n'est pas encore venu pour parler des questions féministes, car cela affaiblirait et diviserait le mouvement, la classe ouvrière, etc. Pourtant, plusieurs de ces expériences montrent que la lutte pour des revendications specifiques aux dans les mouvements de masse, ou dans la lutte de classe, ne les divise pas. Au contraire, cela entraîne la plus grande participation possible des femmes. De plus, lorsque les femmes militent dans un mouvement de masse et quittent leur domicile, elles commencent à réaliser que l'oppression qu'elles su-
2) Sikhs, minorité ethnico-religieuse, 14 millions d'adeptes en inde, regroupés surtout dans le Pendjab (53% de la population). Sur le séparatisme Sikh et le massacre des Sikhs par l'armée indienne, voir Inprecor numéros 179, du 10 septembre 1984, et 220 du 20 mai 1986
3) En décembre 1984, suite à une fuite de gaz dans l'usine de pesticide appartenant à l'Union Carbide (filiale indienne du trust américain), la ville indienne de Bhopal s'est transformée en une vaste chambre à gaz : 200 000 des 900 000 habitants de la ville ont inhalé de l'isocyanate de méthyle, gaz très toxique. Près de 3 000 d'entre eux en sont morts, et des milliers d'autres en garderont des séquelles (voir Inprecor numéro 189, du 4 février 1985). Sur les suites des procès pour lindemnisation des victimes, voir Inprecor numéro 262 du 28 mars 1988.
4) Le "Mahätma" Gandhi, dirigeant modéré du mouvement national indien et du Parti du congrès. Lance le mouvement de non-violence et de "désobéissance civile" aux anglais. Assassiné après l'indépendance, en 1948.
bissent dans leur famille en tant que femme, n'est pas seulement un problème personnel mais un problème social qui touche toutes les femmes. Elles deviennent alors de plus en plus conscientes de leur oppression spécifique, et commencent à douter du bien-fondé des normes de vie ancestrales. En s'organisant pour des sujets généraux, elles prennent aussi confiance pour s'organiser contre cette oppression et, s'il y a une direction correcte, elles peuvent faire le lien entre le mouvement de masse et le mouvement féministe.
Il existe bien entendu en Inde, une grande diversité de situations locales et de luttes. Les questions prises en charge par les groupes femmes locaux sont donc très variées. On peut citer : les violences faites aux femmes (viols, problème de l'alcoolisme des maris, femmes battues) ; les persécutions liées à la pratique de la dot ; la violence dans la famille ; les problèmes des femmes au travail; l'oppression et l'exploitation des dalit (les intouchables) et des femmes appartenant aux minorités ; le communalisme ; les campagnes contre les affiches obscènes ; les problèmes rencontrés par les domestiques ; la prostitution dans les temples (Il s'agit de jeunes filles Devadasi qui sont vouées au culte du Dieu d'un temple particulier, suite à un vœu fait par leurs parents. Des dizaines de milliers d'entre elles sont vendues comme prostituées, car elles sont considérées comme la propriété de tous les hommes et ne pourront donc jamais se marier, ndir.) ; les problèmes touchant l'environnement et la déforestation ; les problèmes des bidonvilles et du droit au ogement ; les tortures et persécutions des prisonnières ; les lois spécifiques ; etc.
Le mouvement contre le viol
Certaines de ces questions sont très liées à la situation locale. Mais quelques unes ont fait l'objet d'une campagne nationale organisée par plusieurs groupes femmes. La première a été le mouvement contre le viol, au début des année 80.
Celui-ci a éclaté à la suite du viol d'une jeune fille de 16 ans par la police, alors qu'elle était en garde à vue. La Cour Suprême émit un jugement favorable à la police. Des groupes femmes dans toute l'Inde se battirent pour faire révoquer la sentence et plusieurs nouveaux groupes se créèrent autour de cette question. Le mouvement réussit à imposer quelques changements favorables aux femmes dans la loi sur le viol. Mais son acquis principal est d'avoir levé le tabou ancestral qui interdisait de parler de questions comme le viol, en public. Aujourd'hui, ces questions, commencent à être considérées comme de sérieux problèmes sociaux, et non pas simplement comme des "affaires de famille" relevant de la vie privée. Cette campagne donna naissance en Inde, au slogan : "la vie privée est politique".
La deuxième mobilisation nationale fut celle sur les lois spécifiques. Elle commença au moment du procès de Shah Bano.
Shah Bano était une vieille musulmane divorcée qui, selon la loi spécifique de l'islam, ne pouvait pas recevoir de pension de son mari. Une campagne sur cette question se développa dans tout le pays, mais la bataille fut perdue. Cependant, elle permit de clarifier les discussions au sein du mouvemment des femmes sur les relations entre les femmes et la religion, la religion et l'Etat, et le développement de l'intégrisme.
La troisième campagne nationale se déroula contre les contraceptifs à durée prolongée, comme le Depo Provera. Cette bataille continue et elle permet également de mettre l'accent sur des questions plus générales comme la politique de contrôle de la natalité du gouvernement.
La question de l'amniocentèse
Aujourd'hui, la question nationale centrale touche l'amniocentèse et les tests de détermination du sexe. Il y a eu, le 24 novembre de l'année dernière, une journée de campagne nationale sur cette question, auxquelles participerent, des aux cotés des groupes temmes, groupes radicaux du secteur de la santé et des avocats.
employées à différents moments par le mouvement des femmes. La plupart du temps, des méthodes de mobilisation traditionnelles sont utilisées : publications, pétitions, mobilisations pour des manifestations, meeetings ou rassemblements dans la rue, etc. Cependant, de nouvelles formes de lutte ont également été utilisées, comme les forums culturels, ou l'utilisation de moyens alternatifs comme le théâtre de rue, avec des mimes et des chansons. Ce qui est très efficace, car 75% des femmes indiennes sont analphabètes.
Bien qu'il n'existe pas d'organisation nationale de femmes, la coordination entre différents groupes locaux ou régionaux est régulière. Elle prend la forme de meetings ou séminaires régionaux, de meetings nationaux sur une question particulière et d'une conférence nationale tous les deux ou trois ans (5). La coordination entre les groupes urbains et ruraux est en train de se renforcer, comme l'a clairement montré la dernière conférence nationale de février 1988. Environ la moitié des participantes à cette conférence, à laquelle assistaient environ 1 000 femmes de toute l'inde, provenaient de zones rurales. De plus, 12 000 femmes de la campagne ont participé à une marche, à la clôture de cette conférence.
Coordinations nationale
Get internationale
Il existe aussi certaines coordinations au niveau international avec d'autres groupes féministes d'Asie. Par exemple l'ARWAN, le réseau d'action et d'assistance des femmes d'Asie, qui encourage la recherche et des activités sur des questions comme les répercussions de la politique de contrôle de la natalité, la violence contre les femmes, le tourisme et la prostitution, les problèmes des femmes travaillant dans les zones de libre échange, et qui organise également des écoles et des travaux pratiques pour les femmes.
Un autre exemple est constitué par le réseau féministe international contre les techniques reproductives et les manipulations génétiques. Il y en a beaucoup d'autres, comme le Comité des droits des femmes asiatiques, et le Comité des femmes sous l'islam, qui traite spécifiquement des problèmes des femmes musulmanes.
Mars 1989
5) Voir Inprecor numéro 229, du 3 novembre 1986.