Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Déclaration du Parti ouvrier

Inprecor n° 290, 12 juin 1989 · p. 26 · 644 mots

Argentine et Chili

LE PARTI OUVRIER (PO), une formation trotskyste qui avait rompu avec le courant lambertiste au début des années 80, a été l'une des principales cibles de la répression et ses principaux dirigeants furent arrêtés. Mais le 6 juin, suite à la réaction de l'opinion publique et de la presse... ainsi que l'occupation des ses locaux par les militants de PO, le procureur a dû les relâcher. Nous publions ci-dessous la déclaration officielle faite par PO, au lendemain de l'arrestation de ses militants. DOCUMENT

E PREMIER JUIN, le juge Larrenvere, de la ville de Moron, banlieue de Buenos Aires, intente contre le Parti ouvrier un procès pour "association illicite", le rendant responsable des désordres et des pillages dans les supermarchés. La décision du juge a été précédée et accompagnée par une campagne du gouvernement, a travers la radio et la télévision, pour rendre l'extrême gauche et les trotskystes responsables des événements qui se sont produits ces dernières semaines en Argentine. Cette décision du juge a été directement dictée par le gouvernement et les services de répression.

Le juge a donné l'ordre à la police d'inspecter les locaux du Parti ouvrier et d'arrêter sa direction nationale. La police est donc intervenue au siège centrale, à Buenos Aires, la nuit du jeudi et a arrêté les personnes suivantes : Catalina Guanigni, dirigeante de la commission des familles des disparus et des emprisonnés pour des raisons politiques, mère de deux disparus, candidate aux élections législatives du 14 mai 1989 ; Pablo Rieznik, candidat au Sénat, séquestré pendant la dictature militaire ; et Gregorio Flores, dirigeant du "cordobazo" en 1969, député à la Vice-présidence de la République lors des dernières élections.

Tandis que la police investissait le siège centrale du Parti, une délégation de sa direction nationale se rendait au siège du gouvernement pour dénoncer ces provocations. Ils furent également incarcérés au moment où ils s'apprêtaient à faire une conférence de presse. Il s'agit de Jorge Altamira, candidat à la présidence de la République, Juan Carlos Capurro, avocat du parti et candidat aux élections législatives, et Cristian Rath.

Les six détenus furent isolés et mis à la disposition du juge, dans les locaux de la police politique. Plus tard, Juan Carlos Capurro fut libéré. Le lundi 5 juin, après une réunion avec les chefs de la police, des membres de la police politique et des fonctionnaires du gouvernement, le juge décide la détention préventive des cinq autres inculpés. L'apparente "indépendance" du pouvoir judiciaire n'a même pas été respectée. Le gouvernement et les juges tiennent à monter une provocation contre PO et, à travers lui, contre l'ensemble des organisations populaires, pour jeter sur elles la "culpabilité" des manifestations, dont les véritables responsables sont les plans de misère du gouvernement.

PO est une organisation légale qui a développé toute son activité publiquement, et a participé aux élections de 1983, 1985, 1987 et 1989. La provocation montée contre lui est une très grave atteinte aux droits démocratiques, aux libertés d'association et d'expression. Si cette manœuvre réussit, le simple fait d'appartenir à un parti de gauche, de distribuer ou lire sa presse deviendrait un délit légal. Cette provocation fait partie de la répression lancée par le gouvernement contre les mobilisations populaires de la semaine dernière, contre des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui gagnèrent les rues pour chercher de quoi se nourrir. Le gouvernement a décrété l'état de siège, qui a été ratifié par la suite au congrès, grâce au vote des péronistes, des radicaux et des partis de droite. Il a lancé une répression qui coûta la vie à 17 personnes et a procédé à plusieurs milliers d'arrestations.

Nous exigeons : la levée immédiate de l'état de siège; la libération immédiate de tous les détenus politiques et syndicaux; la fin de la répression contre le Parti ouvrier et la libération immédiate de ses dirigeants.

6 Juin 1989

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