"Les moines adopteront-ils de division les plus importants dans la campagne électorale
Cela pourra déclencher l'essor du mouvement pour les droits traditionnelle au sein de l'intelligentsia, jusqu'à l'intérieur savent que si ce problème devait échapper à tout contrôle, il pourrait remettre en cause l'alignement politique actuel, affronte les autorités dans une situation d'équilibre instable
POLOGNE les bébés abandonnés ?"
"L'AVORTEMENT, une bombe à retardement amorcée en Pologne". C'est sous ce titre que le Financial Times publiait récemment une correspondance de Varsovie de Christopher Bobinski. Selon ce dernier," en matière d'avortement, la loi libérale polonaise et les tentatives de l'abolir constituent potentiellement un des facteurs sans précédent lors de laquelle Solidarité tentera de faire la preuve qu'elle représente le peuple tout entier. (...)
des femmes et son extension au delà de sa base des usines. (...)
"Les politiciens qui se trouvent aujourd'hui à la tête de Solidarité deviennent nerveux et baissent la voix quant le sujet est abordé. Le gouvernement baisse également les yeux. (...) Les deux pôles de l'establishment politique dans le cadre duquel Solidarité, soutenue par l'Eglise,
(Financial Times du 11 mai 1989).
Zbigniew KOWALEWSKI
ANS L'ENTOURAGE de Lech
D
Walesa on ne cache pas que l'accord dit de la "table ronde"
(voir Inprecor numéro 287 du
1er mai 1989) jouerait un rôle politique similaire au pacte de la Moncloa (1).
La hiérarchie catholique considère cette "entente nationale" comme une chance historique de "fonder l'ordre social sur les principes de l'éthique chrétienne", et en particulier, de régler dans l'esprit de la "loi divine" ses vieux comptes avec la loi sur l'avortement d'avril
1956, qui garanti aux femmes le droit à l'avortement libre et gratuit.
"Protection de l'enfant conçu"
En premier lieu, un groupe d'experts de l'Episcopat concernant les questions de la famille, a élaboré un projet de loi portant "sur la protection juridique des droits de l'enfant conçu". Ensuite, ce projet a été déposé à la Diète (Parlement polonais, ndlr) à l'initiative du groupe parlementaire de l'Union catholique sociale polonaise (PZKS) avec le soutient de 76 députés issus de toutes les composantes de la "coalition gouvernementale" : du Parti ouvrier unifié (le Parti communiste, POUP), de ses deux partis satellites (paysan et démocrate) et des trois groupes catholiques. Le tout avec le soutien de Jan Dobraczynski, vétéran discrédité de l'extrême droite catholique pro-stalinienne et président du Mouvement patriotique de renouveau national (PRON), institution fantoche du régime du général Jaruzelski.
L'agence polonaise de presse (PAP) ne s'est pas précipitée pour dévoiler ce projet. Elle ne l'a signalé que fin février 1989, de manière très générale et discrète, tout en soulignant : "Il s'agit d'une question fondamentale pour l'entente nationale" (Zycie Warszawy du 28 tévrier 1989). Elle passa sous silence le fait que le projet prévoit en particulier : "quiconque provoque la mort d'un enfant conçu", c'est-à-dire la femme qui décide d'interrompre sa grossesse et le médecin qui effectue l'intervention "est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison" (Slowo Powszechne du 10-12 mars 1989).
Le 9 mars, la conférence de l'Episcopat déclarait "avoir pris connaissance des efforts de divers milieux sociaux pour préserver le droit de vivre de chaque être humain dès le moment de sa conception", et stipulait que "cette garantie devrait avoir un rang constitutionnel" (Tygodnik Powszechny du 19 mars 1989). Dans le communiqué suivant, daté du 2 mai, l'Episcopat affirmait : "// s'agit là de la loi divine, exprimée dans le commandement 'tu ne tueras point', inscrite dans la conscience juridique de chaque humain. Il s'agit de la loi divine qu'on ne peut jamais abroger, pas plus qu'on ne peut établir des normes qui lui seraient contraires... Les évêques constatent avec tristesse que des opinions contraires, non seulement à la loi divine, mais encore à l'intérêt national bien compris retentissent en Pologne" (Tygodnik Powszechny du 14 mai
L'hebdomadaire officiel féminin Kobieta i Zycie s'est intéressé à la question seulement après que sa rédaction eut été littéralement submergée par les lettres de ses lectrices, cinq semaines après le communiqué de l'agence PAP et trois semaines après que le journal de l'association PAX (le groupe politique de Dobraczynski) eut dévoilé les détails du projet. Surprenante lenteur !
L'Eglise
Men campagne
Pendant ce temps dans les églises, la campagne de propagande était en plein essor. Au cours des messes, les prêtres appelaient les fidèles à signer des pétitions contre la loi de 1956, et divers agitateurs à leur service n'hésitaient pas à proclamer que ceux qui refusaient de signer étaient "des mauvais chrétiens, des mauvais Polonais et des adversaires des Droits de l'homme".
Les institutions sociales annexes à l'Eglise, agissant parmi les femmes, les ouvriers et dans d'autres milieux, n'ont pas hésité à recourir au terrorisme idéologique, exigeant notamment qu'on "substitue au terme interruption de grossesse, généralement employé jusque là dans les médias, le service de santé et la vie quotidienne, celui de l'assassinat de l'enfant non né" (Kobieta i Zycie du 5 avril
La Pologne vit actuellement un changement radical du modèle de la domination bureaucratique. Toutes les modifications précédentes dans ce domaine avaient été accompagnées d'attaques contre les droits des femmes acquis dans la première période de domination de la bureaucratie stalinienne, durant les années de transformations anticapitalistes et d'industrialisation. Sous Gomulka (2), au cours des années 60, le plein emploi est devenu de fait un privilège de la main-d'œuvre masculine, les femmes devenant une main-d'œuvre de réserve. Le chômage chronique des femmes a
1) Pacte de la Moncloa, accord signé en 1977 entre le gouvernement et les syndicats, destiné à assurer la paix so ciale dans l'Espagne post-franquiste.
2) Wladyslaw Gromulka, Premier secrétaire du POUP de 1945 à 1948 limogé et emprisonné de 1951 à 1954. Réhabilité et réélu Premier secrétaire en octobre 1956, après les émeutes de Poznan qui ont fait plus de 100 morts en juin 1956. Il démisionnera après les émeutes de décem-bre •1970, qui ont fait 45 morts.
donc fait sa réapparition, et les femmes étaient de nouveau discriminées sur le plan professionnel. Du temps de Gierek (3), au cours des années 70, la flexibilité de l'emploi des femmes a été instaurée et des campagnes idéologiques en faveur du très conservateur "modèle de la famille socialiste" et d'une conception du rôle des femmes, proche de la doctrine de l'Eglise, ont été lancées (4)
Les femmes constituent 43% des salariés et 37% de la main d'œuvre dans l'industrie. La double oppression qu'elles subissent et le poids de la crise qu'elles supportent en premier lieu, font que les femmes se caractérisent par un fort potentiel explosif, échappant au contrôle, non seulement de la bureaucratie, mais aussi de Walesa et de l'appareil de Solidarité qui lui est soumis. Le fondement de "l'entente nationale", c'est la volonté commune des deux partenaires d'étouffer un tel potentiel partout où il se manifeste. La criminalisation de l'avortement serait de la vie sociale", selon Francuz, dans son article intitulé "l'inquisimocratique (PPS-RD) (Nasz Przeglad du 14 avortements
L'avortement en Pologne est un phénomène de masse. Selon la presse officielle, chaque année 700 000 avortements sont pratiqués (Zycie Warszawy du 2223 avril 1989). Selon l'Eglise ce nombre dépasserait même le million. On estime qu'un femme mariée sur cinq a avorté au moins une fois dans sa vie. 62% des interventions concernent des femmes de moins de 25 ans. Pourquoi en est-il ainsi ? Lors du dernier congrès de l'Association polonaise de gynécologie, ont été présentés les résultats d'un sondage effectué parmi les femmes des départements de Wroclaw et de Lublin. Il apparaît que seulement une femme sur 101 utilise la pilule contraceptive, une sur 114 a un stérilet. En revanche, une sur 10 a déjà avorté ! (Kobieta i Zycie du 14 décembre 1988). La faute de ce recours massif à l'avortement incombe en premier lieu à l'Eglise catholique elle-même qui utilise de manière systématique sa très grande influence idéologique pour combattre la contraception. Et cela, en absence d'une institution, organisation ou force idéologique qui serait capable de faire obstacle à cette "éducation sexuelle" des masses (en particulier des femmes), transmise par l'appareil ecclésiastique.
"Une jeunesse sexuellement excitée" En septembre 1987, pour la première fois dans l'histoire de la Pologne, on a introduit dans les écoles secondaires un manuel de "préparation à la vie familiale", qui traitait notamment de la vie sexuelle. La jeunesse scolarisée se l'arrachait. La carrière de ce manuel n'a duré que deux mois. Les philistins de toutes sortes, inspirés par l'Eglise, ont lancé une campagne hystérique, accusant les auteurs de dépraver la jeunesse polonaise en "'incitant à faire l'amour". "Un jeune Polonais sexuellement excité ne peut être l'espoir de la Patrie /" Le journal du groupe de Dobraczynski qualifiait ce livre de "manuel de masturbation et de défloration", et s'élevait contre "la bavure éditoriale irresponsable". Dobraczynski lui-même exigeait que soient dénoncés ceux qui ont autorisé une telle publication et demandait que les autorités de l'Etat prennent des sanctions à leur encontre (Polityka du 7 novembre 1987). L'affaire s'est conclue par une capitulation honteuse du ministère de l'Education. Une commission d'experts, nommée par le ministre, a décidé que le livre ne peut plus être un manuel scolaire.
Le second grand responsable du caractère massif de l'avortement en Pologne est bien sûr la bureaucratie au pouvoir. Les rédactrices de Kobieta i Zycie écrivent : "// est plus facile d'apprendre d'une copine du boulot que la pilule fait grossir ou qu'elle fait pousser des poils sur tout le corps, que de trouver un dépliant ou une brochure sérieuse. Nous ne manquons pas seulement d'une promotion massive des moyens contraceptifs. Nous manquons des moyens contraceptifs eux-mêmes. De bons ! La pilule yougoslave, Patentex-Oval, le moyen le plus recherché tant par les jeunes filles que par les femmes adultes, car le moins nocif et vendu sans ordonnance, fait des apparitions éphémères dans nos pharmacies, alors que nombre de médecins considèrent qu'il devrait être disponible dans chaque kiosque et dans chaque droguerie. En revanche, son prix croît, il y a peu, il coûtait 400 zlotys, maintenant plus de 1 000".
Il est vrai que les stérilets restent dans les armoires des pharmacies, mais peu de femmes les achètent, ne disposant pas d'informations à leur sujet. Le d'argent pour la publipour imprimer des bropliants explicatives moyens contraceptifs. On ne trouve pas non plus de diaphragmes, car en Santé a décidé que avaient pas besoin. En ce qui concerne les préservatifs, l'Asveloppement de la fatester leur résistance. "Il est apparu qu'elle est bien meilleure aujourd'hui qu'il y a dix ans, car seulement un exemplaire sur trois ne passe pas les tests. Pourquoi produit-on des préservatifs qui éclatent ? Dans quel but ? On ne peut même pas en faire des ballons" (Kobieta i Zycie du 14 décembre 1989 et du 26 avril 1989).
Ainsi va la contraception à la polonaise sous la domination idéologique de l'Eglise et la gestion économique de la bureaucratie. L'avortement reste le moyen essentiel de cette contraception
Les partenaires de la "table ronde" affirmaient représenter toutes les forces et tous les milieux de la société polonaise. Parmi 58 participants à la "table
3) Edward Gierek, successeur de Gomulka en 1970. A la téte du parti lors des grèves de l'été 1980, il sera remplacé par Stanislaw Kania en septembre 1980, et exclu du parti
4) Voir à ce sujet l'article de Jacqueline Heinen dans Alisa Del Re (ed), Stato e rapporti sociali di sesso, Franco
ronde", il y avait... deux femmes. Edmund Osmanczyk, candidat au Sénat, considère que la victoire de "l'opposition constructive" (dans le cadre des "35% de démocratie") dépend essentiellement de la mobilisation du vote féminin. "Dans les rues, dans les magasins, dans les transports en commun les femmes soucieuses, les plus touchées par l'effondrement de la civilisation dans leur propre pays et leur ménage, attirent le regard. C'est pour cela que leur attitude sera déterminante dans les élections." (Tygodnik Powszechny du 9 avril 1989). Cependant, sur la liste des candidats, établie par le Comité civique national de Solidarité, il n'y a que 8% de femmes. Aucune d'entre elles n'est ouvrière, ce qui ne doit pas étonner, car seulement 4% des candidats du Comité (dont la base est formellement constitué par le syndicat Solidarité), sont ouvriers ! Dans la Diète sortante, nommée par la bureaucratie, les femmes représentent 20% des députés.
Le silence gêné de Solidarité
L'entourage de Lech Walesa a pris l'habitude de se réclamer de ce qu'il appelle confusément "les meilleures traditions démocratiques polonaises". Objectivement une des meilleures d'entre elles est certainement celle de la lutte menée durant les années 30 par Tadeusz BoyZelenski, intellectuel libéral de grande renommée, contre les lois qui bafouaient le droit des femmes de choisir. Celui-ci n'avait pas hésité à dire qu'il s'agissait là "du plus grand crime commis par le code pénal".
Quelle est la position du Comité civique dans la présente campagne électorale, en ce qui concerne le coup préparé dans l'enceinte de la Diète contre les droits des femmes ? Après un long silence, le porte-parole du comité, Janusz Onyszkiewicz, a répondu le 10 mai :
"cette question ne fait pas partie de notre proque candidat peut donc en la matière, présenter sa propre position ou ne rien dire" ( Zycie Warszawy du 11 mai 1989). Là encore rien d'étonnant.
Nombre des membres du
Comité civique sont connus pour leurs positions conservatrices en général et en ce qui concerne sexes et le statut de la femme en particulier. Il y a parmi eux des saires déclarés du droit à l'avortement, dont le porte-drapeau de la croisade ecclésiastique contre la loi de 1956, le père Jacek
Hypocrisie
Il en va de même en ce qui concerne les candidats du Comité civique au parlement. Par exemple, l'intellectuelle catholique Jozefa Hennelowa, candidate à la Diète, soutient activement le projet de la nouvelle loi. En ce qui concerne l'emprisonnement des femmes qui avortent, elle s'en lave les mains : "Il n'entre pas dans les fonctions de l'Eglise et des croyants eux-mêmes d'obtenir le respect des commandements divins au travers des peines infligées par le bras séculier du pouvoir. Il appartient au pouvoir séculier lui-même de réglementer à ce niveau" (Tygodnik Powszechny du 30 avril 1989). L'hypocrisie a une courte vie. Hennelowa elle-même peut se retrouver demain à la Diète et par consé quent faire partie de ce "bras séculier du pouvoir" dont la fonction est de réglementer.
Parmi les candidats du Comité civique, les conseillers de l'Episcopat et les membres de divers conseils, comités et institutions pastorales de l'Eglise sont au nombre de 7%, avec à leur tête Wladyslaw Findeisen, président du Conseil
FARRAN social du Primat de Pologne. 13% d'autres candidats sont animateurs des Clubs de l'intelligentsia catholique. Sur la liste, on trouve également des candidats représentant la droite "nationaldémocrate". On peut dès aujourd'hui prévoir qu'au sein du nouveau Parlement, la fraction anti-avortement sera singulièrement renforcée par des députés et sénateurs élus sous la bannière de Solidarité. Soulignons que lors de la révolution de 1980-81, la loi de 1956 n'avait pas été contestée, ni à la base ni à la direction de Solidarité, bien que la majorité de ses membres fût constituée de travailleurs et de travailleuses catho-
La bureaucratie, quant à elle, se livre à des manœuvres doûteuses dans le cadre de la campagne anti-avortement. D'un côté, elle recherche un "compromis", avec l'Eglise qui serait profitable aux deux parties. De l'autre, elle autorise certains de ses appareils - une partie de la presse, l'organisation étudiante officielle, etc. — à s'engager dans la défense des femmes qui avortent, face au danger de l'emprisonnement. Elle espère pouvoir ainsi reconstruire sa base sociale.
Les catholiques forment l'immense majorité des femmes polonaises. Elles dominent donc également parmi les femmes qui ont recours à l'avortement. Un grand nombre d'entre elles refuse de suivre passivement la campagne anti-avortement de l'Eglise et défend la loi de 1956. "Je suis catholique, mais dans ce domaine là, je ne suis pas d'accord avec l'Eglise (...) C'est une question qui relève da ma responsabilité, de ma conscience et non de l'Eglise ! Considérez cette lettre non pas comme une voix isolée, mais comme la voix de nombreuses femmes qui exigent : nous voulons seules décider du nombre de nos enfants; nous voulons pouvoir interrompre légalement notre grossesse /".
L'irruption du féminisme
Ces femmes catholiques se révoltent également contre le fait que l'appareil ecclésiastique, dont les fonctionnaires non seulement sont de sexe masculin mais sexuelle et n'ont pas de responsabilités familiales, veut décider de leur sort (Kobieta i Zycie du 25 janvier 1989).
Le terme "féministe" est aujourd'hui encore "presque une insulte" en Pologne. Le mouvement féministe n'avait pas apparu jusque là. Une initiative dans ce sens, prise lors de la révolution de 19801981, par des étudiantes de l'université de Varsovie, n'a pas trouvé d'écho. Mais aujourd'hui, les attaques contre le droit des femmes de choisir deviennent immédiatement le catalyseur d'un tel mouvement. C'est une leçon politique d'impor-
Des groupes féministes dont personne n'avait entendu parler auparavant ont pris la parole dans la presse. L'un d'entre eux, de Haute-Silésie, écrivait en
mars dernier, à la rédaction de Kobieta i Zycie, qu'il y a un danger réel que "la Pologne devienne dans peu de temps une seconde Irlande", bien que "cela se passe dans un pays socialiste, au cœur de l'Europe, à la fin du XXe siècle". "Le Vatican et l'Eglise perdent leur grande influence en Espagne et en Italie (où grâce au référendum le droit à l'avortement fut arraché), alors ils tentent de le regagner dans notre pays" (Kobieta i Zycie du 5 avril 1989).
En mai, les premiers groupes féministes ont créé le précédent : elles ont commencé à descendre dans la rue, lutter ouvertement pour le droit des femmes de recourir à l'avortement et à manifester leurs idées féministes. Il s'est avéré que dans la Pologne actuelle, le courage n'est pas suicidaire, même sur ce ter-
L'action féministe la plus combative est le fait d'un groupe d'étudiantes, sur le marché central de Cracovie, ville traditionnellement très conservatrice, où justement Hennelowa se présente à la députation et où le principal dirigeant de l'Association indépendante des étudiants (NZS) est engagé dans la campagne contre l'avortement. Pourtant, les féministes ne sont pas restées isolées Elles ont reçu le soutien immédiat des socialistes du PPS-RD, mais également celui des jeunes militants radicaux de la Confédération de la Pologne indépendante (KPN), bien qu'une telle attitude n'ait rien de commun avec l'idéologie et la politique de la direction de leur parti.
"Non à l'inquisition !"
Le 6 mai, à Varsovie, s'est déroulée la première manifestation de rue à laquelle un millier de personnes ont pris part, en majorité des femmes, dont certaines sont venues de villes éloignées de la capitale. Certaines manifestantes pouvaient déjà faire état de campagnes de pétitions dans les entreprises. La manifestation a été organisée à l'initiative de groupes indépendants. "La liberté de conscience, c'est trois ans de prison" ; "nous ne voulons pas de nouveaux prisonniers de conscience"; "non à l'inquisition" ; "lorsque le Patentex sera partout, il n'y aura plus de curetages"; "les nourrissons abandonnés dans les rues seront-ils adoptés par les moines ?", clamaient les banderoles.
Le droit de rester maître de son propre corps, de garder le contrôle de son ventre et le principe que c'est aux femmes de décider étaient mis en avant. Les revendications étaient donc les mêmes que celles des mouvements de femmes dans les pays capitalistes, qui ont été centralisés dans l'appel de la Campagne internationale pour le droit à l'avortement, en 1979 (5).
Des mots d'ordre radicalement anticléricaux et mettant en garde contre le danger d'une dictature conjointe des bureaucraties "rouge" et "noire" étaient également présentes. La très officielle Ligue des femmes, comme la direction de Solidarité, étaient mises sur la sellette pour leur passivité. Christopher Bobinski cite un groupe de femmes venu de Bydgoszcz : "'Nous militions dans Solidarité et nous avons été actives dans la clandestinité" a dit Joanna Buszkowska, membre de ce groupe, "mais sur cette question les militants de Solidarité sont trop soumis à l'Eglise". Les militantes de ce groupe femme se sont vantées d'avoir recueillis en deux heures, 200 signatures parmi les femmes de l'usine électrique Telfa dans leur ville (Financial Times du 11 mai 1989).
Les manifestants ont défilé dans les rues de Varsovie devant le palais du primat Glemp et se sont rendus au ministère de la Santé, mais Madame le ministre ne les a pas reçus. En l'espace de quelques jours, à l'université, dans les rues et dans les usines, des dizaines de milliers de signatures furent réunies sous des pétitions adressées à la Diète et à la porte-parole des droits du citoyen. Une deuxième manifestation convoquée à l'initiative des étudiants, a eu lieu le 10 mai devant la Diète. A côté des femmes, se trouvaient également des hommes, souvent avec des enfants dans les bras. Les ouvrières étaient également présentes. Elles disaient à une journaliste : "Ecrivez que, des femmes qui ont pris un congé de leurs entreprises sont également venues pour affirmer, ne serait-ce que rapidement, leur volonté de protester" (Zycie Warszawy du 11 mai 1989). La présence des membres de l'organisation étudiante officielle, cherchant à s'assurer l'hégémonie et le contrôle du mouvement, a désarçonné les groupes indépendants.
L'embarras de Walesa
Un an auparavant, la jeunesse ouvrière et étudiante est entrée sur la scène politique polonaise de manière combative et spectaculaire. Aujourd'hui apparaissent les signes précurseurs d'un mouvement de femmes qui commence à disposer des premiers appuis au sein de la jeunesse et parmi les travailleuses. II peut devenir un nouveau facteur très important de la recomposition du mouvement de masse dans la Pologne d'après la "table ronde", y compris de la recomposition de Solidarité elle-même, qui reste et doit rester le cadre principal de ce mouvement.
Au début du mois de mai, Lech Walesa, interrogé à sa sortie du palais du Primat de Pologne sur son attitude envers le nouveau projet de loi, disait : "Il faut faire quelque chose pour qu'on cesse de s'entretuer". Le 11 mai, après les manifestations de Varsovie, il a pris une position différente. Tout en réaffirmant sa fidélité à la doctrine de l'Eglise catholique dans ce domaine, il a déclaré : "Il faut cependant prendre en compte le fait qu'en Pologne il y a des gens professant diverses conceptions du monde. Pour chacun, ce problème doit relever de sa conscience et de sa morale et cela ne peut et ne doit pas être régi par des lois" (Zycie Warszawy du 12 mai 1989).
Cette déclaration conciliatrice de Walesa vise certainement à empêcher l'ouverture d'un nouveau conflit au sein du mouvement de masse, cette fois-ci avec les femmes conscientes de leurs droits élémentaires. Lors de la même conférence de presse, le président de Solidarité a une nouvelle fois, et avec plus de force que jamais, condamné aussi bien la radicalisation de la jeunesse (qui à son avis "mène la vie politique du pays à l'anarchie," que les grèves ouvrières (dont celle des 20 000 mineurs du bassin cuprifère de Basse-Silésie) et a réaffirmé que Solidarité prendrait, s'il le faut, les moyens nécessaires pour mettre fin à toutes les grèves dans les usines et aux "manifestations illégales" dans les rues. "Le pluralisme et la démocratie dans leur forme polonaise ne peuvent signifier l'anarchie. Durant la période de la mise en pratique des réformes nous ne pouvons recourir aux actions irresponsables. (...) Les capitalistes ne nous aideront que lorsqu'en Pologne règnera la paix et l'ordre. Ils doivent être convaincus que personne ne brûlera leurs dollars investis en Pologne" (Zycie Warszawy du 16 mai 1989).
Trois grandes forces sociales décideront si la paix sociale concoctée à la "table ronde" pourra devenir réalité • les ouvriers, la jeunesse et les femmes.
1er Juin 1989
5) Voir à ce sujet Le droit de choisir, La Brèche, Paris 1979.