Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

"Rien ne sera plus comme avant"

· Inprecor n° 290, 12 juin 1989 · p. 31 · 600 mots

Pologne

LA REACTION des dirigeants de Solidarité devant le résultat des elections du 4 juin dénote leur embarras. Adam Michnik, un des principaux porte-paroles de la ligne du compromis au sein de Solidarité, et élu député en Haute-Silésie, exprime clairement son embarras dans son éditorial du 8 juin 1989, paru dans le quotidien de Solidarité, Gazeta Wyboreza, qu'il dirige. Adam MICHNIK LES RESULTATS du premier tour des élections pour la Diète et le Sénat ont créé une nouvelle situation en Pologne. A partir de ce moment, rien ne sera plus comme avant. Une grande chance s'ouvre devant nous, qui, pour beaucoup, doit signifier un danger. Il faut gouverner la Pologne différemment ; les Polonais doivent planifier différemment leur avenir. Car l'esclave réclame ses droits autrement que ne le fait le citoyen. Nous devons devenir une société civile. Il en découle un sentiment de responsabilité envers l'Etat.

L'appareil panique

Une partie de l'appareil du pouvoir a réagi par la panique devant le résultat des élections. De partout en Pologne, nous parviennent des informations selon lequelles dans divers régions, l'état de vigilance aurait été décrété. Il faut donc en appeler aux autorités compétentes pour qu'elles réagissent de manière responsable et évitent de provoquer les gens. La peur est mauvaise

Au lieu de développer ce thème, citons plutôt l'opinion exprimée hier par le porte-parole du gouvernement, à propos de la situation en Chine : "Nous croyons — a-t-il déclaré — que les conflits apparus seront résolus par les Chinois eux-mêmes par des moyens politiques, sans recours à la force. Que le réalisme et la circonspection vont l'emporter, comme cela s'est déjà fait dans le passé. Le processus des réformes ne sera pas affaibli." Nous rapportons ce point de vue , ce qui est rare dans nos colonnes, avec une totale approbation. Il devrait en être ainsi aujourd'hui et dans l'avenir, partout — surtout dans notre pays.

L'emploi de la force ou bien la menace de l'emploi de la force sont des méthodes d'exercice du pouvoir empruntés au répertoire de la politique, intérieure et extérieure stalinienne. Nous les considérions et nous continuons à les considérer comme inadmissibles. Tant dans le passé - Hongrie 1956, Tchécoslovaquie 1968, Afghanistan 1979, Pologne 1981 — qu'aujourd'hui.

Les accords de la table ronde seront respectés

Nous savons bien que le processus de reconquête de la dignité s'accompagne de la croissance des aspirations sociales. Cette question est très souvent soulevée par nos lecteurs. En ce moment, la majorité de ces questions concerne les résultats électoraux de la liste centrale. Elles sont le fruit des explications de représentants de Solidarité, qui ont déclaré que les accords de la table ronde seront respectés, et que par conséquent, au second tour des élections la coalition gouvernementale obtiendra, comme prévu, les 65% des sièges à la Diète.

Nos lecteurs considèrent que c'est contradictoire avec la constitution et avec la volonté des électeurs. Il faut répondre à cette question ouvertement. Les accords de la table ronde stipulent que les citoyens de l'Etat polonais peuvent choisir 35% des députés et 100% des sénateurs selon les règles démocratiques. Tel est le premier pas sur la voie qui mène à la démocratie parlementaire. Mais il ne s'agit pas d'un acte qui permettra aux Polonais de choisir selon leur gré le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Croire qu'en rayant tous les candidats de la liste centrale on peut changer le pouvoir en Pologne, est une illusion. Reste seulement la question : comment sortir de cette situation ? Nous pensons que les jours qui viennent y apporteront une

8 Juin 1989 Gazeta Wyborcza.

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