Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

La politique centro-américaine de Bush

· Inprecor n° 291, 3 juillet 1989 · p. 25-28 · 3 706 mots

États-Unis Nicaragua URSS et Russie Amérique centrale

LE CONGRES DES ETATS-UNIS a approuvé, le 13 avril, un renouvellement de l'aide "humanitaire" pour la Contra, pour un montant de 66,6 millions de dollars. Paradoxalement, avec ce vote se clos un chapitre de la politique extérieure nord-américaine qui a duré pendant les huit longues années de l'administration Reagan. L'objectif était la défaite de la révolution sandiniste à travers la pression militaire de la Contra et l'isolement diplomatique international, tandis qu'on essayait de créer les conditions nécessaires, aux Etats-Unis mêmes, à une éventuelle intervention militaire directe, en dépassant le "syndrome vietnamien". La nouvelle administration de Bush cherche maintenant à recouvrer son hégémonie politique et militaire dans la région, à briser le régime sandiniste et à retourner la situation en sa faveur par la "contre-révolution démocratique"C'est cela, et pas autre chose, qui se cache derrière son appui au plan de paix centro-américain. Parce que même la vieille politique "de la carotte et du bâton", rebaptisée par la formule plus subtile de "stimulants et pénalisations", continue à considérer l'Amérique centrale comme un mulet qui ne doit pas changer de maître. G. BUSTER

Depuis la défaite de Somoza, en juillet 1979 par la révolution sandiniste, l'axe de la politique de l'administration Reagan pour l'Amérique centrale, région qui mérite moins de 2% des investissements et du commerce extérieur nord-américain, a été de définir le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), et ensuite, le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) comme une menace stratégique pour la sécurité des Etats-Unis. Cette menace stratégique se concrétise dans les processus révolutionnaires qui bafouent l'hégémonie nord-américaine dans leur "arrière-cour" et dans la possibilité que cela ne crée une présence militaire soviétique qui, comme dans le cas de la crise des missiles en 1962, pourrait avoir des conséquences sur l'équilibre militaire nucléaire.

Au début de la campagne électorale qui allait conduire à la seconde victoire de Reagan, seuls 37% des nord-Américains savaient quelque chose du Nicaragua, et seulement 17% d'entre eux soutenaient l'aide à la Contra. Presque les trois quarts des personnes interrogées craignaient que cette politique ne conduise à une intervention militaire directe des Etats-Unis dans cette zone.

L'écueil de la Contragate

Minoritaire dans le pays, la politique centro-américaine de l'administration Reagan dut se faire clandestine, et créer, pour pouvoir être appliquée, toute une structure parallèle qui fut révélée par le scandale du Contragate et le jugement contre Oliver North. Trompé et effrayé, le Congrès continua à voter de nouvelles "aides humanitaires" pour la Contra, soumis au chantage de l'administration Reagan selon laquelle les dangers stratégiques inconnus du sandinisme menacent la sécurité des EtatsUnis, avec comme preuves manifestes, selon ce schéma, le voyage d'Ortega à Moscou, en juin 1985.

La vérité c'est que huit ans après, le bilan de cette politique ne pourrait être plus décourageant : la Contra n'est jamais parvenue à représenter un danger militaire réel pour le Nicaragua ; le scandale du Contragate a achevé la crédibilité qui restait à l'administration Reagan, et a ajouté un nouveau syndrome à celui bien connu concernant le Vietnam, avec fois avec une virulence toute spéciale. Ce bilan a surtout convaincu les oligarchies centro-américaines que les EtatsUnis n'étaient pas capables d'en finir directement avec le danger de la révolution, comme dans un passé proche. Ils ont alors été obligés de gérer la crise en accord avec leurs intérêts, en recherchant un accommodement avec le sandinisme, leur permettant d'éviter le danger de la régionalisation et de mener une politique de contre-insurrection locale sous la façade d'une "contre-révolution démocratique". C'est dans le vide laissé par l'échec de la politique Reagan que se sont développées les formes successives du Plan de paix centro-américain.

Bush dans le labyrinthe

La campagne électorale de 1988 a de nouveau gelé la capacité d'initiative politique nord-américaine en Amérique latine. Comme lors de celle de 1983, les deux candidats, conseillés par leurs équipes respectives, ont sans cesse fait obstacle à ce que ce thème soit abordé. Et cela pour des motifs différents. Bush, ainsi que tout le monde le savait, avait été mêlé jusqu'au cou dans l'affaire Contragate. Les communiqués, au cours de sa campagne, se sont limités à dé fendre la recherche de la paix, "mais pas à n'importe quel prix", à lancer un appel à la collaboration avec les démocraties latino-américaines, à dénoncer le sandinisme comme une nouvelle incarnation du marxisme-léninisme et à exprimer la solidarité avec la Contra, sans écarter la nécessité d'une aide militaire. Dukakis, candidat démocrate à la présidence, a promis, pour sa part, d'en finir avec l'aide à la Contra, d'appuyer les accords d'Esquipulas Il (1) et d'initier une nouvelle étape des relations avec l'Amérique latine, en convoquant une "conférence hémisphérique". Mais la dernière partie de sa campagne fut une fuite en avant, face aux accusations de libéralisme que lui avait lancées Bush.

Conscients de l'échec total de la politique Reagan, d'une part, et de l'autre, du vide impliqué par la transition entre administrations aux Etats-Unis, aggravé aujourd'hui par la nécessité de négocier une base bi-partiste pour la nouvelle politique, les cinq présidents centro-américains ont décidé de profiter de la situation pour ressusciter Esquipulas II. La marge d'autonomie apparue leur a permis de concrétiser un plan de paix sur base de ces accords d'août 1987, qui,

1) Accords d'Esquipulas II: signés les 7-8 août 1987 par les cinq présidents d'Amérique centrale (Nicaragua, El Salvador, Honduras, Guatemala, Costa Rica), ces accords posaient le principe de la légitimité des gouvernements actuels et illégitimité des forces irrégulières. Ils prévoyaient, dans tous les pays concernés, un arrêt de l'aide militaire aux forces insurgées un processus de réconciliation natio nale et le rétablissement du pluralisme et d'une totale liberté d'expression. L'ensemble étant indissociable, avec des échéances précises, et des procédés de vérification. Voir Inprecor numéro 250 du 5 octobre 1987, et voir la déclaration du FMLN sur Esquipulas Il, dans Inprecor 249 du 21 septembre 1987.

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dans le pire des cas, pourraient servir à renégocier, à partir d'une position de force, leur place dans la politique de Washington. Ne pas le faire, impliquait le danger que les élections prévues au Salvador, au Guatemala et au Honduras, en 1989 et en 1990, ne désarticulent le réseau de relations personnelles entre les présidents (établi au cours du complexe processus de négociation d'Esquipulas) et que l'on passe à une étape de pressions bilatérales des Etats-Unis sur chacun de ces pays, ce qui radicaliserait la situation interne et obligerait les oligarchies locales à assurer, avant toutes choses, leur rapport de forces national. De plus, le problème des réfugiés et des restes de la Contra pouvait faire peser de nouvelles charges économiques et multiplier les foyers de déstabilisation.

L'occasion se présenta à la fin novembre de l'an dernier, au moment de l'accession au pouvoir du nouveau président du Mexique, Salinas de Gortari. Un mois auparavant, devant l'Assemblée générale des Nations Unies, Lopez Contreras, ministre des Affaires étrangères du Honduras, avait proposé la création d'une force de paix internationale qui désarmerait et rapatrierait ou redéploierait la Contra, hors de son pays. L'initiative, venant du pays de la région le plus compromis avec la politique de Reagan, était un signe de la peur des oligarchies locales. Le 30 novembre, avec l'accord général des cinq présidents, les ministres des Affaires étrangères centro-américains ont envoyé une lettre au Secrétaire général de l'ONU, Perez de Cuellar, pour lui demander de coordonner la création d'un mécanisme de vérification des points liés à la sécurité et à la non-ingérence, requis à Esquipulas.

Playa del Tesoro

Le troisième front fut celui de la convocation même du sommet des présidents latino-américains, soumettant chacun d'entre eux à des pressions internes de tout genre, et l'ensemble à celles des Etats-Unis. Finalement elle eut lieu les 13 et 14 février 1989, à Playa del Tesoro, au Salvador, avec un message de soutien de la Communauté économique européenne (CEE) et grâce aux actions de médiation du Groupe des huit à Caracas (2), à l'occasion de l'accession au pouvoir de Carlos Andres Perez, le nouveau président vénézuélien.

Les Accords de Playa del Tesoro constituent la base politique réclamée par Perez de Cuellar. D'une part, ils conservent les compromis politiques de démocratisation interne des accords d'Esquipulas Il (en général interprétés de façon unilatérale comme s'ils ne concernaient que le Nicaragua) qui prévoient la tenue d'élections en février 1990 et l'ouverture de négociations avec l'opposition civile pour réformer la loi électorale, alors que Duarte, au Salvador, avait imposé comme condition de son appui à ce sommet qu'il ne soit pas publiquement fait mention de la proposition du FMLN (voir page 15, l'interview de Villalobos) ; et d'autre part, un délai de 90 jours était fixé pour qu'une commission technique élabore un plan de fonctionnement de la Commission de vérification, de démobilisation et de déplacement de la Contra

L'amplitude et la profondeur atteintes par les accords surprirent l'administration Bush. Mais la poussée diplomatique du moment fut maintenue avec le soutien de la CEE et du Groupe des huit, lors de la réunion de San Pedro de Sula, le 27 février. Appui qui s'est chiffré par une injection financière d'une valeur de 420 millions de dollars en nourriture, développement du réseau de commerce interrégional et recapitalisation de la Banque centro-américaine.

Le sort de la Contra

La première réaction nord-américane aux accords de Playa del Tesoro, après des semaines d'accusations quotidiennes de la presse, soulignant la passivité et les tergiversations, s'exprima selon trois courants d'opinion. Le premier pensait qu'il fallait faire pression sur le Honduras pour qu'en aucun cas il ne démobilise la Contra et qu'il la maintienne dans ses bases. Toute installation massive des éléments de la Contra aux Etats-Unis mêmes étant écartée, parfois avec des arguments racistes, les graves difficultés rencontrées pour la déplacer dans d'autres pays de la région ne laissait pas à Washington d'autre alternative que le rapatriement au Nicaragua (il s'agit, naturellement, de la base paysanne de la Contra, pas de ses dirigeants qui jouissent déjà, depuis un certain temps, des bienfaits du climat de Miami). Malgré la vente des armes au marché noir (qui profite au FMLN et dans une moindre mesure au trafic de drogue) et du danger social que la Contra représente pour le Honduras, les envoyés de Baker (Busby et Kimmitt) se précipitèrent à Tegucigalpa pour imposer au Président Azcona le maintien de la Contra, alléguant que c'était le seul moyen de pression effectif qu'on puisse exercer sur le FSLN pour qu'il tienne sa promesse d'élections en février 1990.

La deuxième idée fut de mettre en doute l'efficacité de la Commission de vérification qui veille au respect des accords, sous prétexte que selon le plan technique, elle manquait des moyens suffisants pour surveiller toutes les frontières et qu'elle ne servait que de couverture diplomatique pour l'aide nicaraguayenne au FMLN qui était en train de se réarmer - aux dires de la CIA - avec tout un arsenal de AK47 soviétiques (et non chinois comme ceux que les EtatsUnis fournissent à la Contra). Washington exigeait d'être au courant des négociations du plan technique, que soient élargis les effectifs assignés et qu'ils assurent non seulement le contrôle du Golfe de Fonseca. mais aussi celui des eaux territoriales d'El Salvador.

Le troisième courant pensait qu'il fallait réitérer l'idée qu'il n'y avait pas de négociations directes des Etats-Unis avec le Nicaragua à travers les accords. Qu'en revanche, Managua devait négocier non seulement avec l'opposition civile, mais avec la Contra. Cuba était également écarté du chemin, et son rôle dans cette zone devait être directement négocié avec l'URSS, dans le calendrier du réglement des conflits régionaux.

Conservant quelques-uns de ces éléments, la première réaction ouvrit cependant la voie à une redéfinition globale urgente de la politique nord-américaine en Amérique centrale, qui passa en ordre de priorité devant les négociations stratégiques avec l'Union soviétique. Le moment était venu de négocier avec le Congrès des Etats-Unis l'accord bi-partite qui avait été offert à Bush, trois jours après sa victoire électorale, par le leader du parti démocrate Jim Wright.

Pendant tout le mois de mars, Baker et Aronson ont eu des entretiens avec tous les sénateurs et représentants qui pouvaient s'intéresser de près ou de loin à l'Amérique centrale. La dernière de ces réunions a eu lieu le 24 mars, à la Maison Blanche, entre le président Bush et les dirigeants démocrates et républicains du Congrès et l'accord a été annoncé au cours de la même matinée. Les points essentiels sont les suivants :

L'accord bi-partite

1 - Les Etats-Unis appuient les efforts de paix et de démocratisation

2 — En ce qui concerne le Nicaragua, les Etats-Unis feront pression sur le gouvernement sandiniste, avec des moyens diplomatiques et économiques, mais non militaires, pour qu'il tienne messes de démocratisation et mette fin à son aide au FMLN (Baker s'est engagé par écrit, devant le Congrès, à ce que la Contra n'engage aucune opération militaire jusqu'à février 1990);

3 — La Contra recevra une aide humanitaire d'une valeur de 66,6 millions de dollars (le double de la somme antérieure) jusqu'en février 1990, mais sa prolongation après le 30 novembre serait soumise à l'appréciation unanime des leaders du Congrès ;

4 — Le rapatriement ou le déplacement de la Contra doit être volontaire, une fois qu'existeront des conditions de sécurité et de démocratie, bien que soit laissée ouverte la possibilité que les fonds d'aide soient utilisés pour financer le retour au Nicaragua des contras qui feraient ce choix à titre individuel ;

5 - La responsabilité de l'application de cette politique et de la définition des intérêts nationaux incombe à l'exécutif qui doit établir un calendrier de l'accom-

2) Le groupe des huit : D'une part le Mexique, la Colombie, le Venezuela, et le Panama, dont les dirigeants ont présenté, en septembre 1984, l'Acte de Contadora, qui est le premier plan pour une solution globale de la crise centroaméricaine ; et d'autre part, le Brésil, Argentine, le Pérou et l'Uruguay, qui composent le Groupe d'appui de Lima, qui

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plissement des engagements pris par les sandinistes qui, après évaluation par Washington, donnera lieu à récompense ou à châtiment, pieusement dénommés "stimulation et dissuasion".

Ce mécanisme de pressions et de harcèlement permanents à l'encontre de Managua, pour lequel on réclame la collaboration des alliés latino-américains et européens, est rapidement apparu comme n'étant pas une ouverture vers la politique défendue par les démocrates libéraux du Congrès, mais comme la limite des concessions que l'exécutif républicain est prêt à faire. La première "preuve" serait donnée le 25 avril, date à laquelle coïncident la réévaluation présidentielle du décret de blocus contre le Nicaragua, l'annonce de l'approbation de la nouvelle loi électorale nicaraguayenne et le début prévu de la visite d'Ortega en Europe, à la recherche d'un appui politique et économique. Pour "passer" l'épreuve, le FSLN devait négocier la loi électorale avec l'opposition civile.

Une mauvaise foi évidente

C'est ainsi qu'a débuté tout un enchaînement de petits mouvements tactiques d'usure de la part des nord-Américains qui, à prolonger leur logique en une formule stratégique cohérente, pourraient finir par remettre en question la promesse de l'administration Bush de respecter les accords d'Esquipulas Il. Parce que, pour Washington, les élections de février 1990 n'ont de sens que si les sandinistes les perdent, ou, moindre mal, si elles servent au moins à les affaiblir suffisamment pour que leur hégémonie politique soit remise en question au Nicaragua.

L'opposition civile nicaraguayenne, le "Groupe des 14" entreprit une campagne de pétitions pour modifier le projet de loi électorale, élevant la barre à chaque nouvelle concession des sandinistes. Mais le 22 avril, deux jours avant que ne soit approuvée la loi électorale la plus démocratique d'Amérique centrale, Bush, prétextant que les sandinistes ne cédaient pas assez, à son gré, aux exigences de l'opposition civile, réinstaura le blocus.

Il faut en expliciter les raisons pour souligner une fois de plus la partialité de l'impérialisme :

a) "Le conseil électoral serait sous le contrôle sandiniste". Ortega s'est chargé d'expliquer, avant de partir pour l'Europe, que sa composition serait de deux sandinistes, deux représentants de l'opposition et une "homme de bonne volonté" choisi au consensus. Lors des élections "démocratiques" du Salvador, seule l'ARENA était représentée au conseil électoral, ce qui, apparemment, est passé inaperçu de Washington.

b) "Les "exilés" ne pourraient pas voter en dehors du Nicaragua". Aucune loi électorale centro-américaine ne le permet et, en tout cas la tradition la plus libérale, requise à Esquipulas, a été d'accorder l'amnistie avant le processus c) "Le financement étranger". Finalement, le FSLN a accepté que l'impérialisme puisse financer ses représentants, mais en réservant 50% des sommes allouées pour qu'elles soient équitablement redistribuées par le conseil électoral. Apparemment, cela diminue la démocratie électorale, mais seulement au Nicaragua, car aux Etats-Unis mêmes, la loi sur le financement des partis interdit de façon formelle tout apport d) "Manque de liberté de la presse". Ortega a aussi expliqué que les canaux de télévision nationaux réserveraient

CENTRALLAMERICA quotidiennement 30 minutes à chaque parti, et que ces derniers pourraient acheter des espaces supplémentaires.

La précampagne électorale commença le 25 avril. Ortega partit pour l'Europe, recueillant le soutien explicite de Mitterrand, Felipe Gonzalez et de l'ensemble de la social-démocratie européenne pour le programme économique et politique du FSLN. L'opposition civile s'en fut à Washington pour défendre, à l'ombre de l'administration Bush, son projet de "reconstruction nationale" qui ne possède même pas de programme ni de candidat commun et qui menace de se transformer en un instrument encore plus inutile pour la politique impérialiste que les capacités militaires de la Contra.

Pour le FSLN, la solidarité internationale, sous forme de soutien économique qui s'est chiffré, cette année, à 250 millions de dollars (contre 66,6 à la Contra), est indispensable pour amortir le coût social de la politique d'austérité, et reconstruire les bases économiques du pays après la guerre. C'est pourquoi, le gouvernement social-démocrate de Suède a convoqué une conférence à Stockholm, pour coordonner l'aide, ce qui sera décisif pour l'avenir du Nicaragua. Pour l'opposition civile, seul le financement et le leadership politique de Washington peuvent l'aider dans sa tâche d'essayer de se créer une base sociale à partir du mécontentement de secteurs populaires, à cause de la misère créée par le blocus et la guerre, offrant les "carottes" de l'impérialisme.

Si les "stimulants" que peut offrir Washington apparaissent comme des fruits empoisonnés, et seront toujours subordonnés à l'affaiblissement du FSLN (levée partielle du blocus, normalisation du fonctionnement des ambassades respectives, etc.), les "pénalisations" paraissent ne posséder qu'une efficacité douteuse, une fois que s'est révélé pratiquement impossible la résurrection militaire de la Contra. Elles pourraient se concrétiser uniquement par l'isolement international du Nicaragua, mais après la visite d'Ortega en Europe, Washington doit faire face au manque de crédibilité de sa politique centro-américains aux yeux de ses propres alliés occidentaux. Et cela diminue ses moyens de pression en Amérique latine sur le Venezuela et le Mexique. Négocier avec l'URSS Bush est arrivé à la Maison Blanche avec une politique extérieure nord-américaine débordée par les initiatives de paix soviétiques. Avec lui est revenu, dans une bonne mesure, l'équipe de stratèges formés du temps de Kissinger (Scowcroft, Eagleburger), qui sont convaincus de la nécessité de renégocier globalement avec l'Union soviétique les zones d'influence respectives. Mais pour ce faire, le premier pas a été d'amoindrir l'impact de l'offensive diplomatique de Gorbatchev, et donc, sa crédibilité en Europe. C'est la raison, en dernier ressort, large "révision" stratégique nord-améri-

Mais en même temps, l'expérience faite par Washington c'est qu'au cours des dernières années, le rapport de forces lui a été plus favorable dans la négociation des conflits régionaux, comme dans le cas de l'Afghanistan et de l'Angola. Il a donc prétendu, à partir de ces éléments, établir une série de "maillons" renforçant sa position dans les négociations stratégiques. Au moment de la crise totale de la politique de Reagan en Amérique centrale, ce bilan s'est traduit

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par la recherche d'une pression indirecte sur Cuba et le Nicaragua, en expliquant que la crise régionale était le produit de la "subversion", venue d'URSS.

Dans ce cadre, le voyage de Gorbatchev à Cuba servit au lancement d'une campagne de propagande qui eut un énorme écho, avec comme objectif unique celui d'amoindrir la capacité de séduction soviétique en Amérique latine. Fidel Castro sut tirer profit de cette campagne, qui lui permettait de faire dévier toute la tension intérieure suscitée à Cuba par la visite de Gorbatchev (la perestroïka étant devenue un espoir pour des secteurs des cadres et de la population en général, mécontents des solutions apportées à la crise économique et sociale par la Campagne de rectification des erreurs) vers le terrain de l'indépendance et du caractère national de la révolution : Washington devait comprendre que les sujets qui affectent Cuba se négocient directement avec La Havane et personne d'autre. Réaffirmation d'autant plus importante après les négociations sur l'Angola et la Namibie, et qui représente un espoir de mettre à profit la conjoncture internationale pour tenter de réouvrir le dialogue diplomatique entre les Etats-Unis et Cuba.

L'exemple afghan

L'Amérique centrale n'est pas prioritaire aux yeux de l'URSS, c'est un conflit régional. A de nombreuses reprises, Moscou a conseillé au FSLN et au FMLN une "modération" incompatible avec leur projet révolutionnaire, allant jusqu'à sug gérer l'utilité du modèle de solution afghan (appels du Parti populaire démocratique d'Afghanistan (PPDA) à un gouvernement de réconciliation nationale avec les moudjahidins). Mais l'autonomie des révolutionnaires centro-américains conditionne les capacités mêmes de concession des Soviétiques. De plus, Moscou ne trouve pas d'encouragement dans l'attitude nord-américaine, il maintient donc ses initiatives sur le plan des négociations stratégiques. En dernière instance, il peut se révéler plus profitable de faire une déclaration unilatérale se limitant à appuyer les déclarations d'Ortega, selon lesquelles le Nicaragua, une fois disparu le danger de la Contra, n'aura besoin que de maintenir ses potentialités de défense actuelle, et même de les réduire éventuellement, et d'y mesurer l'aide soviétique.

L'exigence nord-américaine est fondamentalement idéologique et elle se concrétise par la formule : "fin de l'aide militaire nord-américaine à la Contra et fin de l'aide militaire soviétique au FSLN". En ce sens, il transforme le FSLN de parti gouvernant un pays, en une fraction belligérante dans une guerre civile, ce qui , évidemment, est inacceptable. cette situation, la solidarité internationale a donc de nouveau une importance décisive pour désamorcer les pressions de l'administration Bush.

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