Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Sandinisme, Tiers-monde et perestroïka

· Inprecor n° 291, 3 juillet 1989 · p. 10-11 · 1 187 mots

URSS et Russie Nicaragua

LE COMMANDANT Victor Tirado, membre de la direction nationale du FSLN s'est exprimé sur la perestroïka et de ses incidences sur le Tiers-monde, dans un entretien avec l'Agencia Nueva Nicaragua (ANN). Nous en reproduisons quelques extraits. Victor TIRADO

LA PERESTROIKA est une révolution en URSS, elle ébranle et transforme les relations interse aux armements, le renforcement de sa cagarant de sa sécurité. Ce pays veut aujourd'hui fonder sa sécurité sur la puissance économique, sur le développement, et non seulement sa sécurité extérieure mais également intérieure.

La bataille entre le système socialiste et le camp capitaliste est perdue temporairement par le socialisme. En d'autres termes, le socialisme n'a pas pu battre le capitalisme développé sur le terrain économique. Les dirigeants soviétiques se sont rendus compte que d'avoir tant investi sur le plan militaire a retardé le développement économique, de même que la centralisation excessive et la collectivisation forcée de l'agriculture. Ils veulent maintenant consacrer au renforcement de l'économie du pays les ressources canalisées auparavant vers l'appareil militaire. (...)

Si la tension diminue dans le monde et dans les régions, l'aide militaire que l'URSS apportait à certains pays du Tiers-monde se transformera en coopération économique, et il est évident que ce changement sera positif. (...) Dans ce contexte de détente, que l'URSS a favorisé en entreprenant unilatéralement son désarmement, les conflits régionaux sont en voie de règlement.

Priorité à l'économie

Nous devons consacrer tous nos efforts à la reconstruction et la relance économiques. Trouver des solutions aux problèmes de la dette, de l'inflation, du prix des matières premières, de la stagnation économique, voilà ce qui est à l'ordre du jour. Si nous n'apportons pas de réponses à ces problèmes, nous ne sortirons pas du sous-développement, nous resterons des producteurs de matières premières. Il a été démontré que même les pays producteurs de pétrole, comme le Venezuela et le Mexique n'arrivent pas à dépasser leurs difficultés sociales et économiques, la solution est dans l'exportation de produits indus-

En Amérique latine s'est ouverte une ère de réformes, de luttes parlementaires, électorales, syndicales. La lutte armée n'est pas à l'ordre du jour. Les formes, les méthodes de lutte changent. Les transformations révolutionnaires se sont déroulées jusque-là dans un contexte très tendu, belliciste, dans des régions militarisées. Ces situations absorbent des ressources humaines, financières, techniques et matérielles qui aggravent les problèmes économiques.

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Nous entrons dans une période où les changements révolutionnaires peuvent surgir dans un climat de paix, de luttes civiques. Il faut donc adapter les stratégies et les tactiques à ces nouvelles réalités, sans perdre de vue le but essentiel, la perspective du socialisme, d'un socialisme pluraliste, sans collectivisation forcées, décentralisé. Nous ne prétendons pas l'atteindre avant que la société et son développement connaissent un niveau élevé. Il a été prouvé que l'on ne peut impunément sauter les étapes historiques, que l'on ne peut instaurer le socialisme par décret. Nous ne devons jamais perdre de vue la nécessité d'avancer de façon a ce que le peuple dans sa majorité soit favorisé. (...)

Il est clair que, à première vue, l'URSS est disposée à maintenir son aide "selon ses possibilités" aux pays sousdéveloppés. Elle n'a pas les moyens d'accorder à des pays comme le nôtre toute l'aide dont il a besoin. Sa coopération, dans la plupart des cas, est limitée. Il faut prendre en compte un autre élément : l'URSS n'a jamais ou presque jamais récupéré l'aide accordée aux pays du Tiers-monde et de plus, cette aide a rarement été suivie de succès économiques dans les nations concernées. Selon la nouvelle conception des dirigeants soviétiques, l'aide doit être assortie de progrès économiques dans les pays qui la reçoivent. En accord avec les idées d'efficacité et de modernisation, les soviétiques considèrent que si eux-mêmes se proposent d'augmenter leur production et leur productivité, les pays qui bénéficient de leur coopération doivent en faire autant. En d'autres termes, l'aide doit être rentable.

Ce qui va être réduit, et dans certains cas supprimé, c'est l'aide militaire. C'est un accord avec les Etats-Unis, les pressions de Washington et les propres intérêts de l'URSS au désarmement, y compris de ses alliés, qui déterminent cette nouvelle réalité.

Elaborer de nouvelles stratégies

Dans cette nouvelle optique, le mouvement révolutionnaire et les partis marxistes-léninistes doivent faire un bilan de leur histoire, de leurs expériences, de leurs erreurs, de leurs réussites, durant ces 70 dernières années.

Mais il revient aux communistes soviétiques, en premier lieu, d'entreprendre ce travail, parce que ce sont eux qui ont dirigé ou inspiré l'action des partis communistes et de beaucoup de mouvements anti-impérialistes. Il faut tout soumettre à la critique : les idées enracinées, les traditions sacrées, le marxisme, le léninisme et, comme cela a été fait, le stalinisme qui, petit à petit, est extirpé. Le marxisme est critique, rien ne l'arrête, c'est pour cela qu'il est révolu-

De plus, les soviétiques doivent une explication au mouvement révolutionnaire, non seulement parce qu'ils sont en grande partie responsables des erreurs de ce mouvement, mais également parce qu'il faut tirer les enseignements de tout cela, apprendre pour ne pas répéter les erreurs. (...)

L'Etat fort

Souvent, à l'extérieur, on qualifie le Nicaragua d'Etat fort, et même excessivement fort] Cela nous a été imposé, nous ne l'avons pas voulu ainsi. Quand un pays sous-développé fait une révolution, il doit se doter d'un Etat plus fort que la base socio-économique sur laquelle il s'appuie, ceci pour défendre les intérêts stratégiques des travailleurs.

Dans notre cas, il s'agit d'assurer l'avenir du projet sandiniste tel qu'il s'est dessiné en 1963, et tel que Sandino l'a pensé. Cela peut exiger la construction d'un Etat quasi au-dessus de la société civile, un Etat fort comme il nous a été imposé ici ou à Cuba, en Angola et dans d'autres pays révolutionnaires du Tiersmonde. Il est nécessaire de structurer une force militaire pour contrer l'agression. Ce type d'Etat peut persister pendant des années, il est intrinsèquement lié aux pressions, aux agressions extérieures que subit la révolution.

Pour que le pouvoir de l'Etat diminue, il faut un climat de paix. Il faut être bien conscient des étapes à franchir pour pouvoir rendre à la société civile son rôle, pour qu'elle puisse se développer en harmonie avec la structure économique et sociale. (...)

Il y a déjà des analyses théoriques à ce sujet. Un Etat capitaliste s'organise en fonction de la défense des intérêts de la bourgeoisie, ceci sans avoir besoin de se mêler de la gestion des entreprises. On peut dire, par exemple, que le remplacement de Reagan par Bush ne va rien changer là-bas, l'organisation de l'Etat va rester globalement la même. (...).

Celui qui assume la présidence continue à défendre les mêmes intérêts de classe. Il dispose d'un instrument, l'armée, pour défendre ses l'étranger et non à l'intérieur. L'Etat peut exister sans contrôler un seul secteur économique, il se maintient pour veiller sur la sécurité nationale et sur ses intérêts à l'étranger. (...) Au contraire, l'Etat socialiste, l'Etat d'un type nouveau qui œuvre pour la libération nationale, ne peut partager cette conception s'il veut réaliser son projet. L'expérience prouve qu'il doit alors exercer un contrôle sur

Managua, 2 Avril 1989

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