soviétiques ont du personnel en surnombre et que l'efficacité économique demande une certaine redistribution, et donc, une les travailleurs soviétiques en sont venus à considérer comme de la réforme de marché, demande l'établissement de garanties économiques et doit sérieusement tenir compte des problèmes et que la réforme ne conduise pas à la création d'un chômage
UNION SOVIETIQUE
Perestroïka et emploi
PEU DE GENS contesteront le fait que les entreprises certaine mobilité de la main-d'œuvre. D'un autre côté, un droit acquis, la sécurité d'emploi qui a existé, de fait, sous le "système dirigiste". Il a donc été reconnu officiellement que l'abrogation de ce droit acquis, en vertu pour que les licenciements soient justifiés par des raisons sociaux, afin que ceux qui seraient licenciés n'aient pas à souffrir indûment de leur mutation dans un autre emploi, structurel. Mais, jusqu'à présent, la politique suivie n'a pas concrétisé ces bonnes intentions. Une analyse des raisons de cet état de fait éclaire la nature sociale de la perestroïka.
David SEPPO
VEC LA RÉFORME économi-
A que, qui n'en est qu'à ses débuts, et dont on ne peut prévoir la fin ultime, on a estimé, officiellement, qu'au moins 16 millions d'ouvriers et d'employés (sur une population active de 131 millions) seront en surnombre à la fin du siècle (1). En 1988, un million d'emplois ont été supprimés dans les institutions et les entreprises (2). Jusqu'ici, la plus grande partie des réductions s'est effectuée de façon naturelle, postes déjà vacants. Mais au fur et à mesure que le régime de "vérité des prix"
(khozraschet) se fera davantage sentir, la situation changera de façon dramatique. Selon un rapport, de nombreux directeurs d'usine seraient prêts à mettre à la porte entre un quart et un tiers de leurs effectifs, s'ils pouvaient partager les économies réalisées entre ceux qui restent
Etre forcé de quitter son entreprise, peut-être même aussi sa ville et sa région, et d'apprendre une nouvelle proune expérience agréable, quelles que soient les circonstances. Il est clair que les travailleurs soviétiques n'apprécient guère ce genre de changement, même si, pour la plupart d'entre eux, la perspective de se retrouver au chômage est
Dans une étude faite en 1986-87 sur 55 entreprises, moins de 15% de ceux qui ont répondu aux questions se déclaraient prêts à envisager de déménager vers une autre entreprise, et dans ce cas, seulement s'ils pouvaient garder le même revenu et le même métier. Seuls 5% se déclaraient prêts à changer de
Les garanties sociales
Commentant des lettres sur la réaction à un article sur l'emploi, le directeur de l'Institut de recherches de la Commission de planification de l'Etat concluait tristement: "Nous avons une compréhension simpliste des garanties : avoir un emploi dans la même profession et la même entreprise" (5). Les autorités advolontiers que les réductions d'effectifs causeront des émotionnels déceptions" qu'"une sérieuse restructuration psychologique est nécessaire et inévitable" (6).
Il ne faut pas croire que cela signifie que les travailleurs soviétiques sont foncièrement conservateurs, déterminés à se cramponner à leurs "privilèges", fut-ce aux dépens du progrès économique et social. Toutes les données trent que les ouvriers en ont assez du vieux système, comme tous les autres groupes sociaux. Mais les attitudes envers la réforme actuelle, et en particulier, par rapport à la perte de la sécurité de l'emploi, sont fortement influencées par la question des garanties sociales.
Une résolution conjointe du parti, du gouvernement et des syndicats, publiée le 20 janvier 1988, affirme que les réductions de personnel doivent être décidées sur une base démocratique, avec la participation des collectifs de travailleurs et dans une atmosphère d'ouverture. Le travailleur doit recevoir un préavis de deux mois et s'il (ou elle) ne peut trouver de poste dans la même entreprise, ou en refuse un, il (elle) peut recevoir deux, voire trois mois de salaire. Cette résolution prévoit aussi, pour la première fois, l'établissement d'un système de bureaux de placement, de reconversion et de réorientation à l'échelle de la nation (7).
Démocratie ?
Les intérêts des travailleurs sont toujours garantis, du moins théoriquement, par la nouvelle loi sur l'entreprise socialiste qui prévoit l'élection du personnel d'encadrement et la création de conseils collectifs de travailleurs élus, dotés de larges pouvoirs de contrôle et de participation à la gestion. De même, un nouveau projet de loi sur les syndicats souligne leur rôle primordial comme défenseurs des intérêts des travailleurs, rôle que la presse syndicale essaye également de ressusciter.
Mais la triste réalité, c'est qu'en quatre ans de perestroika, aucune de ces garanties n'est apparue. La démocratisation de la gestion des entreprises et des syndicats ne s'est pas produite, à de très rares exceptions près (8). Quant aux mesures de reconversion et de placement, elles aussi sont restées du domaine des bonnes intentions. Comme l'expliquait un ouvrier de Pavlovgrad : "Dans nos bureaux de placement, pompeusement appelés 'centres', les informations sont anciennes et les bureaux n'ont aucune autorité. Du coup, il n'y a personne qui puisse vous aider à trouver un travail" (9).
Il faut aussi remarquer qu'aucune de ces nouvelles lois et décisions politiques n'ont été abordées d'une manière réellement démocratique. Là où quelques discussions publiques ont eu lieu — et c'est déjà un progrès — la discussion s'est généralement centrée sur les projets de loi ou sur les propositions politiques formulées et proposées de haut en bas. Il n'y a pas eu de propositions alternatives. Les débats se sont donc soldés, au mieux, par des changements de détail. Et une fois la discussion terminée, la décision finale est revenue aux autorités bureaucratiques. C'est d'ailleurs la règle pour l'ensemble de la réforme économique,
1) Sovietskaya Rossia, 21 janvier 1988.
2) Trud, 20 janvier 1989.
3) Pravda, 18 juillet 1987.
4) I. E. Zaslavskii et M. V. Moskvina, "Qui restera sur le seuil ?. Sotsiologicheskie issledovaniya, numéro 1, 1989,
5) V. Kostakov, Kommunist, numéro 14, 1987, p. 24.
6) Trud, 28 janvier 1988.
7) Pravda, 20 janvier 1988.
8) Voir D. Seppo, "Montée des conflits du travail", Inprecor, numéro 283 du 6 mars 1989 et D. Mandel "Revolutionary
Soviet Factories", Socialist Register 1989, Londres, Merlin Press, 1989.
9) Cobesednik, numéro 20, mai 1989, p. 5.
excepté sur des points de détail. Il n'y a jamais eu de débat public confrontant plusieurs choix qui seraient ensuite démocratiquement soumis au vote.
Une lecture soigneuse de la presse soviétique ne laisse aucun doute sur le fait, qu'en l'absence d'un véritable contrôle des travailleurs, les abus abondent dans le processus de réduction du personnel. Les décisions sont souvent prises derrière des portes closes, sans consultation des travailleurs. Pendant les deux dernières années, l'encadrement a commencé à licencier, sans discrimination, toutes les personnes âge de prendre leur retraite et dont beaucoup avaient choisi de continuer à travailler pour augmenter leur maigre pension (10). De même, des travailleurs proches de la retraite sont licenciés ou "poussés dehors" par anticipation. Dans le rapport cité ci-dessus, 50% de ceux qui ont été affectés par les réductions d'effectifs travaillaient depuis plaintes viennent des handicapés et des femmes qui ont des enfants en bas âge et qui ont le droit légal pour s'occuper de leur enfant malade. "// semble que les problèmes de réduction du personnel soient de plus en plus fréfemmes", écrit Rabotnitsa (Femme travailleuse) (12). Ces licenciements peuvent être, ou ne pas être, illégaux, mais les spécialistes soviétiques s'accordent pour penser que les pressions créées par le régime "de vérité des prix", pour se débarrasser des ouvriers les moins productifs affecteront ces catégories de travailleurs (13).
Mutations arbitraires
Un abus largement répandu avec la nouvelle réforme des salaires, est la mutation arbitraire de travailleurs vers un poste de moindre qualification. C'est une façon illégale, mais commode pour la direction, d'appliquer la réforme salariale qui demande l'augmentation du taux du salaire de base grâce aux économies faites par l'entreprise. Les cadres déclarent simplement que l'entreprise n'a pas de postes requérant une haute qualification et les travailleurs sont obligés de se soumettre ou de partir. Quand on pose la question, la réponse "Nous sommes en train de réorganiser"
Les travailleurs n'ont pas les moyens institutionnels de se défendre contre des licenciements injustes. Un rapport paru dans la presse sur une conférence organisée par le Conseil central des syndicats (CCS), en janvier 1989, conclut que "tout comme avant, il n'existe pas de mécanisme fiable pour défendre les gens à l'échelon de l'Etat" (15). De même le groupe de travail sur l'emploi du CCS et
FAUT QUE ÇA CHANGE ! QUAIS
JAIS DEMANDER AU PARTI HYG APHONE le Comité d'Etat sur le travail ont fait connaître, à la mi-mai, que de nombreux abus étaient commis concernant les réductions de personnel et, en Sous-entendu, se plaignaient que ceux qui avaient été injustement licenciés trouvaient souvent pas d'appui dans leur comité syndical" (16).
D'un autre côté, l'appareil bureaucratique, qui est supposé être la première cible des réductions, a su tirer profit de la situation. A bien y regarder, on s'aperçoit que les ministères qui proclament qu'ils ont réduit leurs effectifs par extinction naturelle, ont en fait introduit dans leurs calculs non seulement leur propre personnel, mais aussi celui des entreprises qui leur sont subordonnées. En fait, dans certains cas, l'appareil bureaucratique s'est plutôt renforcé. Le Comité d'Etat aux fournitures, par exemple, a accru son personnel de 4 000 per-
Les économies réalisées par les réductions d'effectifs dans les entreprises ont aussi bénéficié de façon disproportionnée à l'encadrement : si la moyenne des salaires ouvriers nominaux est montée d'environ 10% en 1988 (l'inflation est d'environ 8%), celle du personnel d'encadrement a augmenté de 20 à 30%. Le groupe de travail du Comité d'Etat sur le travail-CCS a conclu que les salaires des équipes d'encadrement, qui connaissent une véritable inflation dans les entreprises, sont payés aux dépens des réductions du personnel ouvrier (18).
Quant aux mesures de reconversion et de placement, lors du congrès de janvier du CCS, personne n'avait une idée du nombre de personnes qui auraient besoin d'une telle reconversion, ni de ce qui était disponible en ce sens. Les chiffres n'existent pas, parce que, un an et demi après l'adoption de la résolution, il n'existe toujours pas d'organisme national concrètement responsable de la collecte des informations nécessaires aux reconversions. En 1988, 1 240 bureaux locaux de placement étaient en service, et leur nombre est supposé doubler en 1989. Mais les entreprises ne sont pas obligées de leur signaler les postes créés, elles ne sont pas davantage ted'embaucher les nues travailleurs envoyés par les bureaux qui, de toute façon, ne sont pas réputés pour leur zèle.
Comme auparavant, le gros des gens trouvent eux-mêmes un emploi, par les petites affiches sur les portes ou par le bouche- à-oreille (19). De plus, ils doivent y parvenir en respectant le code du travail, dans un délai de trois semaines, sinon ils risquent de perdre d'importants avantages qui découlent de la continuité du travail.
En fait, la non-révision du code du travail dans le sens de donner des garanties aux travailleurs, au moins sur le papier,
PLANTU ne fait qu'ajouter à leur crainte face à la perte de leur traditionnelle sécurité d'emploi. Aujourd'hui, le montant du salaire, les allocations de logement, les vacances subventionnées, les primes tirées des fonds sociaux des entreprises et divers avantages dépendent, dans une large mesure, du temps passé dans une entreprise donnée (20).
Main d'œuvre excédentaire
L'un des moyens proposés pour traiter la question des réductions de personnel dans l'industrie est la mutation des ouvriers vers des professions et des secteurs qui sont à court de main-d'œuvre :
la construction, les services, la manutention. Bien entendu, pratiquement aucun des bureaucrates moscovites qui ont perdu leur travail ne s'est retrouvé dans le secteur des services. Les salaires et les conditions de travail y sont très mauvais, et le prestige est très bas. Le transfert de main-d'œuvre excédentaire vers des régions où elle manque, autre solusouvent citée, suscite des blèmes similaires : les gens ne déménagent pas volontiers vers des régions où les conditions sociales, la nourriture, le logement, ou les gardes d'enfants sont plus pauvres que là où ils vivent actuellement. Les nouveaux immigrants en Sibérie, région où le manque de main- d'œuvre est aigu, ne trouvent que des cabanes au lieu de maisons pour les ac-
Le rapport au congrès de janvier du
CCS concluait ainsi : "La situation qui est en train de se créer en ce qui concerne les ressources de main-d'œuvre serait des plus sérieuses conséquences sociales, si nous la sous- estimions. Et dans ce cas, le temps joue contre nous" (21). Des lettres de travailleurs font écho à ces inquiétudes : "//
12) Rabotnitsa, numéro12, 1988, p. 16.
13) Zaslavskil and Moskvina, p. 42.
14) Trud, 20 janvier et 14 mai 1989
15) Trud, 20 janvier 1989.
16) Trud, 14 mai 1989.
17) Trud, 20 janvier 1989
18) Trud, 20 janvier et 14 mai 1989
19) Trud, 20 janvier 1989
20) Zaslavskii and Moskvina, p. 39 ; Cobesednik, numé то 5, 1989, р. 5.
21) Trud, 20 janvier 1989.
semble que des temps oubliés de longue date reviennent", écrit un moscovite (22). "Licenciements, vérité des prix -ces mots sonnent de plus en plus comme des signaux d'alarme, dans des lettres envoyées par les femmes", note Rabotnitsa (23).
En l'absence de garanties, la perte de la sécurité d'emploi se révèle très inquiétante, même si, comme on l'a noté, beaucoup de travailleurs ne ressentent pas encore directement cette menace. Ce n'est pas une question de compassion pour ceux qui ont été licenciés. Même ceux qui gardent leur emploi sont affectés matériellement : la "réforme du marché", la perte de la sécurité de l'emploi et le spectre du chômage structurel modifient nécessairement le rapport des forces dans l'entreprise, et fournissent à la direction des moyens nouveaux et puissants et des raisons pour la pousser à contrôler la main-d'œuvre et à intensifier son exploitation.
Ce sont peut-être les véritables raisons pour lesquelles les garanties promises ne sont pas concrétisées. La lenteur avec laquelle le gouvernement a bougé, dans ce domaine, suggère, pour le moins, que les intérêts des travailleurs ne sont pas la préoccupation majeure des réformateurs. Cette réforme par le haut reflète préoccupations forces sociales qui l'ont mise sur pied : la bureaucratie (surtout ses éléments les plus clairvoyants et dynamiques), une partie de l'intelligentsia et peut-être, sur le court terme, les ouvriers les plus qualifiés. La classe ouvrière n'est pas un protagoniste actif du processus de formes, bien que le discours officiel entourant la réforme reflète les craintes du régime de voir les travailleurs devenir une force politique active.
Licenciements en perspective
Les résultats finaux du processus de réforme dépendront du rapport forces, au sein de la bureaucratie, et entre la bureaucratie et la classe ouvrière. Mais la logique de cette "réforme de marché" elle-même est claire : elle demande un véritable marché de la force de travail, c'est-à-dire que la gestion des entreprises doit posséder une souplesse permettant d'embaucher et de licencier, selon les besoins du marché. En même temps, dans la logique de la réforme, un certain taux de chômage est une bonne chose (s'il est possible d'y faire face politiquement ), car cela fournit la motivation, négative — le "bâton" - pour augmenter la productivité du travail et la discipline. De plus, pour que le chômage puisse jouer ce rôle, les conditions de vie des membres de l'armée de réserve ne doivent pas être trop douces.
Même si, dans son discours, le régime rejette cette perspective, il faut admettre que, jusqu'ici, sa pratique est conforme à une telle logique. Le rapport à la conférence de janvier du CCS, est clair: "Combien de fois n'avons-nous pas entendu et lu dans les documents officiels les mots justes, selon lesquelles il est impensable d'admettre 'même le plus infime taux de chômage', de permettre que quelqu'un soit jeté à la rue ? Mais y a-t-il des garanties réelles que rien de tel ne se produira ?"
"Un peu de chômage"
Quelques membres de l'intelligentsia, contrairement aux porte-parole officiels, ont ouvertement appelé à un "peu de chômage", comme à un stimulant pour la productivité du travail. Shemelev, avocat bien connu d'une "réforme du marché" radicale, prôné "une petite armée de réserve de main d'œuvre", se hâtant d'ajouter, "que l'Etat, bien sûr, ne laisserait pas le problème aux caprices du destin". Et il l'explique par le besoin de trouver un moyen pour discipliner les travailleurs : "Ne fermons pas les yeux sur le dommage économique causé par notre certitude concernant la sécurité de l'emploi. Aujourd'hui, il semble que tout le monde comprenne que nous devons, en grande partie, notre manque de discipline, notre ivrognerie et le travail bâclé à une sécurité d'emploi trop grande... Une véritable menace de perdre son emploi n'est pas du tout une mauvaise médecine contre la paresse, l'ivrognerie et l'irresponsabilité" (24) (Gorbatchev a fait l'éloge de cet article, tout en se distanciant explicitement de ce passage précis).
La sociologue T. Zaslavskaya n'est qu'un peu moins brutale : "La mutation des entreprises vers le système d'autofinancement crée inévitablement, chez les gestionnaires, la tentation de délester l'entreprise de la main-d'œuvre en surplus. La question est la suivante : quels travailleurs l'entreprise renverra-telle en premier ? Evidemment ce ne sera pas les meilleurs, mais les plus mauvais, les moins capables, comme ceux qui ont un problème d'alcoolisme où ceux dont la discipline n'est pas sans
Zaslavskaya, tout comme Shemelev, ajoute : "Nous devons trouver une solution pour être sûrs que ces gens retrouvent un travail" (25). Si de telles déclarations, qui datent de 1987, ont été, autrefois, considérées comme de véritables provocations, dernièrement, les sociologues ont semblé considérer comme évident que le chômage deviendrait un élément familier du paysage social (26).
L'expérience de la réforme de mar-
Men dehors de l'Union soviétique, confirme cette logique. Cette année, les Hongrois ont fait le plongeon final : après avoir évolué prudemment, mais fermement, au cours des années passées pour faire disparaître l'idée que la sécurité d'emploi était un droit, la régime a annoncé, en même temps que l'introduction de l'allocation de chômage, de grands changements économiques qui, selon des estimations raisonnables, mera de 50 000 à 100 000 emplois dans les entreprises publiques qui ne sont pas rentables (27). En Yougoslavie, où le chômage existe à grande échelle, depuis longtemps, l'autogestion des entreprises a eu pour conséquence que ceux qui travaillaient déjà ont pu sauvegarder leur emploi. Mais aujourd'hui, suivant la même logique qu'en Hongrie, le régime en est arrivé à la seule conclusion logique pour lui : la crise économique yougoslave serait due à l'insuffisance de l'extension des mécanismes de marché. En conséquence, il se prépare à réduire l'autogestion pour établir un marché de la main-d'œuvre. Comme le déclarait récemment le Premier ministre : "Il est nécessaire de déréglementer tous les secteurs qui n'ont pas besoin d'une régulation par l'Etat et qui ont à voir avec les marchandises, le capital et le travail. Je prévois des problèmes. Les tensions sociales peuvent servir de base pour rallier toutes les forces conservatrices... contre le nouveau système" (28).
Les garanties sociales
L'aire de l'emploi n'est qu'une aire parmi d'autres, bien que centrale, parmi celles qui sont affectées par la réforme économique. Mais pour nous, il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une réforme au profit de la bureaucratie (ce qui ne veut pas dire qu'une certaine fraction de la bureaucratie et quelques-unes de ses plus anciennes méthodes de domination ne devront pas être sacrifiées, d'où la résistance opposée par certains secteurs). C'est la réponse de la bureaucratie à la crise de "l'économie planifiée". Au contraire, toute réponse ouvrière mettrait la démocratie au centre du système économique, donnant à la solidarité sociale, fondée sur la prise démocratique des décisions et le souci de la justice sociale, un poids de plus en plus central dans les motivations des acteurs économiques. Exprimées par une poignée d'économistes marxistes, cette alternative ouvrière est apparue, dans le débat public, surtout sous la forme de critiques voilées de la réforme du régime (29).
Bien que ces idées soient toujours marginales et généralement déconsidérées comme étant utopistes, et sont perçues, par ailleurs, comme exprimant un de vue purement administratif, elles cesseront, à coup sûr, de paraître telles, si la classe ouvrière se mobilise politiquement. Sur ces bases, des éléments qui nous permettent de rester optimiste. (30).
23) Rabotnitsa, numéro 12, 1988, p. 16.
25) Soviet Economy, numéro 3, 1987, p. 315
26) A. I. Kravchenko, "Zabastovki v SSSR : novaia sotsyalnaia realnost"*, dans Sotsiologicheskie issledovaniya, nu-
27) New York Times, 9 tévrier 1989, A. 14.
28) Montreal Gazette, 17 mars 1989, F-4.
29) Voir par exemple, D. Mandel "La perestroïka et la classe ouvrière", dans L'homme et la société, numéro 2-3, 1988, pp. 134-37 et l'article de lu. Soukhotine dans Interven-
30) D. Seppo "URSS : montée des luttes ouvrières" et D. Mandel, "Revolutionary Reforms...". op. cit.