Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ECOLOGIE/AMERIQUE LATINE

La poubelle des pays riches

· Inprecor n° 294, 2 octobre 1989 · p. 15-16 · 1 752 mots

Écologie Amérique centrale Mexique

commencèrent à exprimer leur protestation — y compris sur le d'adopter des mesures "écologiques" : les déchets industriels

ECOLOGIE/AMERIQUE LATINE

La poubelle des pays riches

A PARTIR DES ANNEES 80, on a assisté à l'expansion d'une nouvelle forme d'exploitation et d'oppression des pays du

Tiers-monde par les grandes puissances impérialistes.

Lorsque le développement industriel se révèla nuisible à l'environnement et à la santé des populations vivant en proximité des centres industriels, et que ces populations plan politique — les multinationales, appuyées par les gouvernements des métropoles capitalistes, ont décidé seront désormais exportés vers le Tiers-monde, ce qui coûte beaucoup moins cher et garantit la proprete des pays plus riches.

Diane K. BARTZ

EN AVRIL 1987, la société Jelly Wax, une entreprise italienne de broyage de déchets toxiques, a déposé plus de

2 000 tonnes de barils percés et corrodés près de Puerto Cabello, au

Venezuela. Quatre mois après, lorsque les habitants de la ville commencèrent à se plaindre à cause des irritations cutanées surgies soudainement, le ministère pour l'Environnement divulgua la nouvelle.

Les barils contenaient un brassage létal de solvants chlorurés, de résidus de pesticides et de PCB. Un représentant officiel de l'ambassade venezuelienne à

Washington, déclara, à ce propos, que le cargo avait déposé les barils "sans une permission adéquate et sans spécifier correctement leur contenu". La société

Jelly Wax se chargea de déplacer les déchets, mais le Congrès venezuelien décida d'adopter une loi afin de réglementer l'importation des déchets industriels.

La perspective de devenir la décharge des déchets toxiques des Etats-

Unis, commence à susciter la colère de larges secteurs de l'opinion publique en

Amérique latine et aux Caraïbes. En mai

1987, l'association économique des 13 pays anglophones des Caraïbes (CARI-

COM), affirma son opposition à l'importation de déchets toxiques dans la région.

39 nations — y compris Belize, Guatemala, Guyane, Haïti, Jamaïque, Pérou,

Sainte Lucie et Venezuela - ont interdit l'importation des déchets.

Mais aux Etats-Unis, l'insuffisance des zones côtières, ainsi que l'existence de réglementations locales très restrictives concernant l'environnement, déterminent des coûts très élevés pour le broyage des déchets. Cela pousse les industries nord-américaines à exporter et broyer ailleurs leurs ordures. Entre 1986 et 1988, plus de 3 656 000 tonnes de déchets furent embarquées et transférées des pays développés vers le Tiers-monde. Selon Wendy Grieder, de l'Association pour la protection de l'environnement (EPA), "sous la nouvelle réglementation, le dépôt des déchets aux Etats-Unis coûte aux entreprises entre 250 et 300 dollars par tonne, alors qu'elles peuvent les déposer en Guinée Bissau seulement au prix de 40 dollars par tonne" (déclaration faite au Chicago Tribune).

Dépot de déchets à bon marché

En 1980, 12 entreprises informèrent l'EPA de leur projet d'exporter des déchets industriels. En 1987, leur nombre avait déjà atteint 465, et selon certaines estimations, il devait atteindre entre 550 et 575 en 1988. Il ne s'agit là que des déchets exportés légalement, envoyés pour la plupart au Canada et au Mexique. Mais, en juin dernier, l'inspecteur d'EPA, John a informé le Congrès que plusieurs entreprises avaient embarqué des centaines de tonnes de déchets toxiques sans le notifier aux autorités officielles (qui devraient prévenir les pays intéressés afin qu'ils puissent prendre les mesures nécessaires pour la défense de l'environnement et la sauvegarde de la santé des populations concernées).

Deux entreprises californiennes, Pott Industries et Teixeira Farms International, ont formé la Guyana Resource Company (GRC), en accord avec le gouvernement de Guyane, dans le but de bâtir un incinérateur capable de brûler 60 000 tonnes de déchets industriels par an. Cependant, en septembre 1988, le gouvernement guyanais revint sur sa décision et arrêta l'application de l'accord, après que les entreprises aient déjà investi 250 000 dollars dans la réalisation de ce projet.

Mobilisation en Guyane

Cette décision fut la conséquence d'une large mobilisation de l'opinion publique. Plusieurs militants écologistes entamèrent une grève de la faim, et l'évêque anglican de Guyane, Randolph George, dénonça le projet en le qualifiant de "louche affaire d'argent, comme la drogue". Dans une interview, le Président Desmond Hoyte qualifia les représentants des entreprises californiennes de personnages "sans scrupules". || ajouta que son gouvernement n'avait "aucune intention d'importer d'autres déchets, toxiques ou pas".

A son tour, le Belize décida de refuser le plan des sociétés Pott/Teixeria. Jim Vallette, de Greenpeace, dénonça les basses manœuvres des propriétaires de ces entreprises, Donald Bright et Finn Moller, en les caractérisant comme des "personnages minables et cyniques, ayant des attaches dans les milieux gouvernementaux latino-américains". La GRC paya une autre société californienne, l'American Environmental Audit, afin de vendre ses projets au Congrès, en train de discuter des propositions de réduction ou interdiction de décharge des déchets dans le Tiers-monde

Lors de la dernière session du Congrès, le républicain Conyers proposa une législation interdisant l'exportation des déchets partout, sauf au Canada et au Mexique. Ensuite, le projet de

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seine de l'an 2000: le dernier eléphant se ache dans la dernie forer tropicale loi a été révisé en y incluant ces deux pays. La nouvelle législation devrait fixer des coûts d'exportation "très élevés". Le Président Bush s'est montré très prudent à l'égard de ce projet de loi. "Les EtatsUnis — a-t-il déclaré — devraient bannir toute exportation de déchets nuisibles, à l'exception des pays avec lesquels nous avons pris des accords, et qui sont disposés à les accepter garantissant les mesures nécessaires à un traitement et à une gestion convenables de ces déchets".

Les ordures de Philadelphie

Use retrouvent...à Haïti

En dépit de la législation plus sévère, l'expérience a montré que les entreprises les plus avides et sans scrupules pourront toujours trouver des pays du Tiers-monde disposés à parvenir à un accord. Un exemple est donné par l'amère expérience de Haïti avec les ordures de Philadelphie. En août 1986, Paolino & Sons, une entreprise de cette ville, paya le cargo libérien Khian Sea pour qu'il évacue 13 476 tonnes de déchets toxiques (contenant, entre autre, deux différents types de dioxine). Le capitaine du bateau, Konstantinos Samos, déclara que son cargo ne transportait que "de la cendre d'incinériteur, non toxique et non inflammable". En mars 1987, la société propriétaire du bateau, Amalgamated Shipping, essaya de fourguer es déchets à l'Etat de l'Honduras, par l'intermédiaire du brasseur d'affaires Edgardo Paucall. Malgré les assurances fournies par Paucall au sujet de la "propreté" des déchets, Teguchigalpa refusa l'offre de 22 000 dollars pour accueillir les barils d'ordures.

L'offre fut refusé aussi par les Bahamas, les Bermudas, la République Dominicaine et la Guynée Bissau. En janvier 1988, au bout de 14 mois de navigation avec sa charge toxique, le bateau put décharger 3 000 des 13 000 déchets à

Haïti, grâce aux accords établis avec le gouvernement haitien par un autre brasseur d'affaires, le commerçant de drogue Jean Claude Paul. Immédiatement des voix se levèrent à Port-au-Prince pour demander de recharger les barils dans le bateau.

Selon Jim Vallette, une grand partie de ces déchets se trouverait encore dans l'ile, parfois même pas couverte. Un village se trouve à côté du lieu où ce matériel hautement toxique est déposé.

Après l'insurrection et les changements politiques intervenus à Haïti, en comme la Fédération des amis de la nature rencontra, le 12 décembre, le miPaultre, tandis que la Jeunesse ouvrière chrétienne organisait un meeting de protestation contre la décharge. Selon le correspondant de Radio Soleil à Gonaive, Jean Bouchereau, des chèvres mortes auraient été trouvées dans le lieu où les déchets ont été déposés, et de nombreux habitants de la région seaujourd'hui, par des graves problèmes de respiration.

Une poubelle géante au Pérou

Les discours nationalistes du Président péruvien Alan Garcia n'ont pas empêché son pays d'accueillir les déchets industriels américains. Une entreprise de Floride, American Security International, offrit 400 millions de dollars à la ville de Pisco, située à 150 kilomètres au sud de Lima, pour obtenir le droit de bâtir une usine de traitement des produits toxiques près du Parc national de Paracas. Ce projet fut dénoncé par de nombreuses forces, y compris par le dirigeant de la droite conservatrice, Felipe Benavides, qui exprima sa crainte de voir transformé le Parc en une décharge d'ordures industrielles.

La société ASI, qui traite les déchets des plusieurs industries américaines et européennes, a signé un accord similaire avec la ville péruvienne de Paita, mais l'opposition publique empêcha la réalisation de ce projet. Cette société a signé d'autres accords de ce type avec le Paraguay, tandis que la Colombie, l'Argentine, l'Equateur, le Panama et le Venezuela auraient refusé de telles propositions.

La comédie du recyclage En décembre 1988, une filiale de Navette International, une entreprise du New Jersey, s'accorda avec le Département pour la conservation de l'environnement de New York, afin de transférer quotidiennement au Guatemala 1 000 mètres cubes d'amiante, en disant que ce matériel pourrait servir à la fabrication de garnitures de freins pour les chemins de fer. Cette filiale montra aussi une lettre du gouvernement du Guatemala prouvant son accord avec le projet. Pourtant, il est évident que cette quantité de matériel dépasse largement les exigences des chemins de fer de ce pays.

De telles pratiques rendent très délicate la position du Canada et du Mexique, à cause de la longueur de leurs frontières avec les Etats-Unis qui rendent extrêmement difficiles les contrôles sur les exportations illégales de déchets. Le gouvernement du Mexique interdit l'importation des déchets, sauf pour des raisons de recyclage. Greenpeace soupçonne qu'il ne s'agisse là que d'un prétexte. "Nous savons que de dizaines de milliers de poudre d'acier ont été débarquées au Mexique", dit Jim Vallette

Sensibilisé par l'affaire Jelly Wax, en 1987, le Venezuela décida de déclencher une lutte pour imposer un traité global, capable de mettre fin au trafic international des ordures toxiques. Le 22 mars de cette année, après 18 mois de négociations, 105 membres du Programme pour l'environnement, basé à Nairobi, ont signé un accord fixant certaines formes de contrôle sur les exportations de déchets. Les pays du Tiersmonde semblent décidés à bannir ce marché, tandis que les pays développés, y compris les Etats-Unis, que cela serait une répression du marché libre. Non seulement ils ont imposé une limitation des accords au trafic des déchets toxiques, mais ils ont aussi escontrôles sur ce trafic. Selon de nombreux observateurs, ces accords de réglementation de l'exportation des déchets industriels constituent, en réalité, une légitimation implicite de pratiques qui devraient être interdites et éliminées. Les Etats-Unis ont approuvé ment mais furent parmi les 11 pays qui ne le signèrent pas, montrant bien qu'ils considèrent l'Amérique latine et les Caraïbes comme une décharge bon marché pour leurs déchets.

Juillet 1989

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