NOUS PUBLIONS ci-dessous, une déclaration du Comité ouvrier régional de Wroclaw du Parti socialiste polonais -Révolution démocratique (PPS-RD), au sujet de la formation du nouveau gouvernement de Tadeusz Mazowiecki. DOCUMENT
A NOMINATION de Tadeusz Mazowiecki au poste de premier ministre de la République populaire de Pologne est une expression de l'approfondissement de la crise du système de domination de la nomenklatura. Cet effet de l'émancipation sociale prend sa source dans la naissance de Solidarité, en tant que mouvement ouvrier indépendant de la bureaucratie, en août 1980. Huit années d'efforts du régime du général Jaruzelski en vue d'écraser la société auto-organisée se sont soldées par un échec.
"Démocratie à 35%"
La constitution du gouvernement de Tadeusz Mazowiecki ne signifie pas pour autant que la société ait pris le pouvoir. Ce gouvernement est fondé sur la "démocratie à 35%" et se porte garant de la non-remise en cause des fondements du système, malgré le fait que les électeurs se soient clairement prononcés, le 4 juin 1989, pour la liquidation de la nomenklatura.
Les principales structures du pouvoir — l'office de la présidence de la République, les ministères de l'Intérieur et de la Défense, la Banque nationale — échap pent non seulement au contrôle de la société, mais même à celui du Premier ministre. En acceptant de telles conditions les groupes dirigeants de l'opposition, dont le nouveau premier ministre est le représentant, n'ont pas pleinement tiré profit de la pression gréviste et de la banqueroute du POUP. Néanmoins la constitution du gouvernement ouvre la possibilité de la réalisation des aspirations sociales : I. Suppression de toutes les survivances du régime totalitaire
— La liquidation des mécanismes de domination de l'Etat sur la société, et en premier lieu, la dissolution de la SB (police politique), des ZOMO (police antiémeute), et de l'ORMO (police supplétive), ainsi que la révision du Code pénal en vue de garantir les libertés démocratiques. Cela implique également la suppression du statut privilégié du POUP et de tous les groupes qui lui sont liés, ainsi que la garantie de l'éligibilité de toutes les personnes remplissant des fonctions de direction dans l'administration, comme dans l'économie. La soumission, enfin, de l'administration territoriale aux structures d'autogestion élues au cours d'élections libre, égales, secrètes, proportionnelles et directes.
— La garantie de la liberté d'activité politique et sociale, c'est-à-dire du droit illimité de grève et de constitution de syndicats, également dans la police et dans l'armée (y compris aux appelés) ; en accord avec la seconde des 21 revendications, de 1980, du Comité de grève inter-entreprises de Gdansk : "la garantie de la sécurité aux grévistes et aux personnes qui les soutiennent", et en accord avec la 7e de ces revendications, le paiement "des jours de grève à tous les grévistes, selon les modalités des congés payés".
L'activité des partis politiques, qui constituent le fondement de la démocratie moderne et la condition pour que la société soit le sujet de l'histoire, ne peut être limitée par la loi.
- La garantie de la liberté pleine de la presse et de l'information, par la liquidation de la censure et la suppression des garanties matérielles et juridiques des monopoles dans ce domaines, et en particulier, le partage entre tous les groupes politiques, sociaux, et culturels, des moyens matériels dont dispose RSW "Prasa-Ksiazka-Ruch". La soumission de la Radio et de la Télévision aux corps représentatifs des niveaux correspondants, et la garantie d'y accéder pour tous la groupes politiques et sociaux. II. La soumission de l'économie aux besoins sociaux
Le but d'une économie moderne, à l'aube du XXle siècle, doit être de garantir à tous les membres de la société des conditions de vie décentes, c'est-à-dire au moins le droit à une nourriture saine et suffisante, à un logement correct, à la protection de la santé, aux service sociaux accessibles à tous (par exemple, les crèches et les maternelles), ains qu'a l'éducation et à la culture.
La soumission de l'économie aux producteurs directs est la condition indispensable de la réalisation de ces buts. Seul un tel modèle de la vie sociale garanti à chaque être humain la possibilité de réaliser ses aspirations, et constitue la prémisse de l'émancipation de la société.
Jusqu'à son dernier moment, le gouvernement de Mieczyslaw Rakowski, suivant la voie de ses prédécesseurs et agissant au moyen des faits accomplis, a résolument orienté l'économie polonaise dans la direction opposée. Il a élargit les possibilités qui permettent l'appropriation privée par la nomenklatura, le développement du capital spéculatifcorrupteur, et a créé les conditions de la vente au capital étranger des biens de production nationaux. De plus, il a permis l'augmentation illimitée des prix des articles de consommation, en introduisant les mécanismes de marché dans une situation de grave pénurie alimentaire. Ce faisant, il a poursuivi le processus qui lie ensemble l'économie bureaucratique avec les mécanismes du marché, dégradant ainsi la situation matérielle de la majorité de la société.
Le gouvernement de Tadeusz Mazowiecki devrait radicalement rompre avec la politique de ses prédécesseurs. III. Lier plan, autogestion et marché
Il faut être conscient que le sort de l'économie repose avant tout dans les mains des collectifs des travailleurs eux-mêmes. Seule l'auto-organisation et la prise de l'initiative par les travailleurs peuvent casser la résistance du vieil appareil du parti-Etat, et conduire à une situation dans laquelle le nouveau gouvernement pourra réaliser des changement économiques profitables à la majorité
Comme c'est stipulé dans la thèse numéro 1 du programme de Solidarité, adopté lors du Premier congrès national, en 1981, "nous exigeons l'introduction d'une réforme autogestionnaire et démocratique à tous les niveaux de la gestion, d'un nouvel ordre socio-économique qui liera la plan, l'autogestion et le marché (...) Le fondement de l'économie devrait être l'entreprise sociale, gérée par le collectif des travailleurs représenté par leur Conseil, et dirigé au quotidien par un di-
(Pemex, magasins spéciaux où l'on achète avec des dollars) recteur, nommé, après un concours, par le Conseil et révoqué par lui. (...) La réforme devrait socialiser la planification".
La réalisation d'une telle réforme exige l'instauration d'un contrôle social sur la production, exercé par les conseils d'autogestion des travailleurs, des agriculteurs et des artisans organisés dans des Chambres autogestionnaires, au niveau régional et conditions d'un tel contrôle sont :
— La garantie des mêmes possibilités d'action aux conseils d'autogestion, aux syndicats et aux autres représentations des travailleurs dans tous les secteurs de propriété, et l'unification du système juridique en ce qui concerne la production, l'emploi, le commerce, les conditions de travail et de salaire.
- La transformation des relations de travail dans l'entreprise dans la sens de la libération du travail (en particulier par la limitation radicale du nombre de surveillants) et de l'administration, et la garantie de leur éligibilité
La transparence des économiques.
Le contrôle des travailleurs sur les moyens et les buts de la production constitue une étape indispensable sur la voie vers la prise de la responsabilité totale sur la gestion de l'économie par la société. La vérification de la production et des liens de coopération par les conseils d'autogestion et les Chambres autogestionnaires (par des rapports sur l'état des entreprises et de toute l'économie) permettra une discussion démocratique nationale sur les principes de l'allocation centrale du surplus économique, de manière à pouvoir garantir une satisfaction de plus en plus large des besoins exprimés par la société. Bien qu'on ne puisse abolir l'emploi des mécanismes de marché dans la distribution, aussi longtemps que le développement économique permettra pas d'assurer la couverture totale des besoins en différents produits, dans des conditions de grave déficit, la décision de d'emploi des mécanismes marché devrait être soumise aux choix de la société consciente de ses besoin.
IV. Autodéfense des travallleurs face aux effets de la crise
La gravité de la crise économique implique que les collectifs des travailleurs entreprennent immédiatement des actes d'autodéfense.
Contrôle des prix par les tra-
Les structures régionale de
Solidarité, en coopération notamment avec les commissions syndicales dans le commerce et les services, doivent assurer le calcul et la publication hebdomadaire de la hausse du coût de la vie. Il faut exiger l'instauration, prime hebdomadaire de vie chère. Le gouvernement devrait entreprendre des actions pour bloquer la hausse des prix.
Contrôle social sur la distribution des ali-
Suivant la thèse numéro 7 du programme de Solidarité, dans les conditions de grave déficit des biens alimen-
Solidarité devraient prendre l'initiative de des commissions de travailleurs, chargées du marché et de l'alimentation, coordonnées à l'échelle du pays, et coopérant avec les maillons de
Solidarité des agriculteurs individuels.
Le gouvernement de Tadeusz Mazowiecki devrait accorder à de telles commissions, le droit absolu de contrôle de tous les magasins dans lesquels peuvent être entreposés les articles de consommation, y compris les magasins dépendants des ministères de l'Intérieur et de la Défense.
Revaloriser le travail
Les gouvernements précédents ont entrepris le processus d'alignement des prix du marché intérieur sur le niveau du marché mondial. La part du travail dans l'ensemble des coûts de la production a été réduite de manière drastique.
Le gouvernement de Tadeusz Mazowiecki devrait, en accord avec Solidarité, entreprendre une réforme radicale du système des salaires, et avant tout, accroître la part des salaires dans les coûts, jusqu'au niveau mondial moyen. Garantir le droit au travail
Comme le formule la thèse numéro 9 du programme de Solidarité, "nous nous prononçons pour le droit général au travail et contre la chômage. (...) Dans les entreprises où des réductions sont prévues, les commissions syndicales devraient envisager la possibilité de changement de poste de travail, ou de réduction du temps de travail sans réduction du revenu." Comme les syndicats d'Europe occidentale, nous exigeons la semaine de 35 heures. Dénoncer la dette
Comme l'a justement remarqué le nouveau Premier ministre dans son exposé devant la Diète, "l'économie est étranglée par la dette extérieure". Depuis 1971, 49 milliards de dollars d'emprunts ont été contractés. 44 milliards ont été remboursés, mais pourtant, il reste 39 milliards de dollars de dette.
La société ne peut être responsable pour les dettes contractés par la nomenklatura, ni pour le gaspillage de son réRetrouver la souveraineté économique
1) Rejeter les conditions du FMI, dont la réalisation doit conduire à une réduction drastique du niveau de vie et à la soumission de la politique économique polonaise au capital étranger.
2) Réviser les accords militaires et économiques qui découlent, pour la Pologne, de l'adhésion au Traité de VarsoV. La République autogérée
En accord avec le programme de Solidarité, "nous voulons une véritable socialisation du système de gestion et de l'économie. C'est pourquoi nous nous dirigeons vers une Pologne autogérée." Election libre de l'Assemblée Constituante
La loi fondamentale doit être l'expression d'un choix conscient et libre de la société. Le nouveau gouvernement devrait organiser l'élection libre, égale, proportionnelle, directe, et secrète de la Constituante, en particulier, en assurant des mêmes conditions matérielles à tous les candidats, pour mener la campagne électorale. La question du pouvoir
La voie vers la République autogérée implique la liquidation totale du pouvoir de la nomenklatura. C'est la tâche que seul peut remplir le mouvement ouvrier auto-organisé, riche de l'expérience de l'état de guerre et de l'activité clandestine, luttant pour la prise du pouvoir dans l'entreprise, comme dans la région et dans l'Etat.
Wroclaw, le 13 septembre 1989