du mécontentement engendré par sept ans de gouvernement
(PvdA) ne réussit pas à dépasser les chrétiens-démocrates et,
La nouvelle coalition verte de gauche, Groen Links (1), obtient trois sièges, ce qui reste bien en deçà des cinq sièges prévus par les sondages électoraux. Les trois petits partis chrétiens de droite gagnent un siège, et les "libéraux de gauche" (D66)
trois, tandis que le Parti du centre, raciste et d'extrême droite,
PAYS-BAS
Nouvelle coalition, même politique ?
LE PREMIER MINISTRE Ruud Lubbers a atteint facilement ses objectifs, lors des élections législatives du 6 septembre dernier. Le Parti démocrate-chrétien (CDA) conserve ses cinquante quatre sièges au parlement, en dépit de coalition de ce parti avec les libéraux de droite (VVD).
Ces derniers perdent cinq sièges. Le Parti social-démocrate au contraire, diminue ses voix et perd trois sièges.
fait sa rentrée au parlement avec un siège.
Robert WENT
L'ORIGINE de cette échéance
A électorale, anticipée d'un an par rapport au calendrier parlementaire, se trouve la crise gouvernementale du mois de mai. La rupture de la coalition fut produite par les désaccords intervenus entre les deux partis de gouvernement, au sujet des taxes proposées pour financer un plan contre l'énorme pollution de l'environnement. La presse internationale souligna qu'il s'agissait de la première crise de gouvernement produite par des raisons écologiques. Mais ce jugement ne contient qu'une partie de la vérité, puisque d'autres éléments se profilent derrière cette crise.
Un facteur important a été la crise de direction dans le VVD, qui créa une situation marquée par un déclin croissant de l'influence de ce parti dans la coalition et, par conséquent, gouvernementale une hégémonie de plus en plus écrachrétienssante de Lubbers et des démocrates. La frustration augmenta au sein du VVD, qui essaya de récupérer son image en proposant cette taxe "écologique".
Cependant, les libéraux conservateurs ont raté leur manœuvre vis-àvis de leurs électeurs, qui n'ont pas compris la rupture d'une coalition dont on leur avait toujours présentés les "succès", et qui ne souhaitaient pas un changement à travers les élections.
Un autre élément de la crise de gouvernement est lié à la reprise des luttes ouvrières, limitée mais importante, ainsi qu'à la radicalisation de secteurs croissants du mouvement syndical. Sept ans de gouvernement CDA-VVD ont changé considérablement le système de distribution des revenus. Une grande partie des revenus des salariés, notamment celle qui était perçue à travers la sécurité sociale, a été transférée aux profits et aux revenus élevés. Depuis sept ans, les profits ont triplés et atteint un niveau qui amène plusieurs patrons à craindre un "retour de la révolte contre le grand capital".
Fin d'un rêve
Le dirigeant actuel du Parti socialdémocrate, Wim Kok, avait signé en 1982 un accord avec l'association des entrepreneurs, à l'époque où il était encore le secrétaire de la principale fédération syndicale (2). Cet accord prévoyait une limitation des augmentations salariales pour favoriser un croissance des profits, à condition que ces derniers soient utilisés pour la création de nouveaux emplois. Naturellement, ce rêve ne se réalisa pas et maintenant, les travailleurs commencent à comprendre qu'ils ont été dupés.
Face à l'augmentation des profits, ouvriers et militants syndicaux n'acceptent plus aucune modération dans les revendications salariales. Depuis un an, les infirmières, ainsi que d'autres catégories de travailleurs, ont organisé des grèves pour une augmentation des revenus, des emplois et contre les charges excessives de travail. Souvent, ces luttes se sont soldées par des victoires partielles. Aujourd'hui, les patrons craignent une "vague salariale" menaçant leur "vague des profits".
La possibilité d'une rupture de la coalition gouvernementale après l'échéance électorale prévue pour 1990, avait déjà été discutée par les entrepreneurs et dans les cercles dirigeants du Parti chrétien-démocrate, avant que ne se produise la crise de ce printemps (3). Ce n'est pas un secret que le premier ministre Lubbers, un entrepreneur qui fait partie des 27 000 millionnaires du pays, se soit déclaré favorable à une coalition avec les sociaux-démocrates. Son projet consiste à accepter les augmentations salariales et à faire payer aux ouvriers les investissements nécessaires à empêcher la destruction de l'environnement. Selon Lubbers, le PvdA a changé et est devenu plus "raisonnable". Il ne craint pas le retour des socIaux-démocrates au gouvernement, ni une augmentation du budget de l'Etat.
Des sociaux-démocrates
"raisonnables"
Les libéraux de droite ont perdu quatorze sièges, lors des deux dernières élections, toujours après avoir participé aux gouvernement. Aucun de ces sièges n'est allé aux chrétiens-démocrates. Le CDA a connu une croissance imprévue en 1986, et ensuite, il a réussi à se maintenir comme le premier parti à l'échelle nationale. Il s'agit de la force dominante dans le champ de la droite, bénéficiant d'une base électorale large et stable. Ce parti tend à effilocher son image de force chrétienne et se présente de plus en plus comme le parti des hauts revenus. Depuis le début des années 80, le nombre des non-croyants qui votent CDA connait une croissance régulière. D'après les sondages, lors des dernières élections, 450 000 non-croyants (huit sièges) votèrent pour Lubbers.
Les sociaux-démocrates, quant à eux, ont lancé une campagne dépourvue de contenu. Leur mot d'ordre était : "il est temps de faire une autre politique". Mais le contenu qu'ils y mettaient n'était absolument pas clair. Entre les programmes électoraux de CDA, VVD, PvdA et D66, il n'y avait que des différences marginales. C'était un choix délibéré du PvdA, dont le but avoué était celui de former une coalition avec les chrétiens-démocrates. Après sept ans d'opposition, les sociaux-démocrates sont disposés à payer n'importe quel prix pour retourner au gouvernement. Cela explique la faiblesse de
1) La gauche verte (Groen Links) est une coalition formée par le Parti politique des radicaux (PPR), le Parti socialiste pacifiste (PSP), le Parti communiste (CPN), le Parti évangélique du peuple (EVP) et des militants indépendants. En 1986, le PPR obtint deux sièges et le PSP un, tandis que le CPN et l'EVP disparurent en perdant leurs sièges (respectivement trois et un).
2) La principale fédération syndicale est la Fédération des Syndicats Néerlandaise (FNV), qui compte plus de 900 000 adhérents.
3) Les social-démocrates ont déjà formé une coalition de gouvernement avec les chrétiens-démocrates entre 1977 et 1981.
leur opposition parlementaire, ainsi que leur absence de toutes
Le leader social-démocrate Wim Kok préféra entamer des pourparlers avec Lubbers, au lieu de dire où faudrait-il puiser les fonds pour financer une nouvelle politique : les profits, les hauts revenus, et les 14 millions de florins dépensés chaque année pour l'armement. Grâce à cette politique de modération, les sociaux-démocrates perdirent des voix dans plusieurs quartiers ouvriers des grandes villes, et leur influence baissa ultérieurement au sein de la jeunesse. Un nouvel électeur sur quatre a voté pour le PvdA, alors qu'un sur trois a voté pour Lubbers.
Déception de la gauche verte
Après des années de discussions et d'initiatives échouées, quatre partis à la gauche de la social-démocratie ont finalement décidé de créer un front commun lors des dernières élections (4). Ces partis connaissent depuis des années une crise qui se traduit dans une diminution de leurs militants et dans un déclin de leur influence. Le résultat électoral prouve que la décision de collaborer n'a pas suffit à résoudre leurs problèmes. La liste unitaire a augmenté seulement de 55 000 voix - c'est-à-dire moins d'un siège — le score réalisé par l'ensemble des listes d'extrême gauche en 1986, lorsqu'elles obtinrent leur plus mauvais résultat et perdirent cinq sièges. Cela, bien entendu, n'est pas un argument contre l'unité, mais prouve la nécessité de créer une véritable alternative vis-àdémocratie. La croissance électorale, limitée mais réelle, enregistrée parmi les jeunes, les femmes, les immigrés et les militants syndicaux, bases existent pour construire cette al-
Mais il est vrai aussi que l'on pouvait faire plus, et que ce résultat est décevant. La campagne électorale a révélé plusieurs faiblesses politiques qui ne peuvent être justifiées simplement par le manque d'expérience et la nouveauté de la coalition.
Groen Links s'est présentée surtout comme une force "nouvelle" et "fraîche" (ce qui n'impressionnait plus personne au bout d'une semaine), mettant en avant ses revendications écologiques. Cela — sans parler du caractère discutable de certaines de ces revendications (5) - était trop unilatéral. Les revendications socio-économiques jouèrent un rôle marginal dans le cadre de la campagne de la gauche verte. Les revendications d'une augmentation des salaires, de la réduction du temps de travail et d'une amélioration des services sociaux, n'étaient pas au centre de la campagne électorale.
Le prix du "réalisme"
Les Groen Links furent aussi incapables d'affirmer leur indépendance à l'égard du PvdA. Ils furent incapables de répondre au mot d'ordre de Wim Kok, qui demandait le vote des électeurs pour faire de la social-démocratie la première force politique nationale, en mesure de négocier avec Lubbers. tête de liste des Groen Links, ne pouvait rien opposer à cet argument, puisqu'en réalité les Groen Links sont favorables à une coalition PvdA-CDA. Mais il est évident qu'il y a peu de différences entre une coalition CDA-PvdA dirigée par Lubbers, et une autre, CDA-VVD, dirigée par le même Lubbers. Par conséquent, la gauche verte aurait dû revendiquer la construction d'une alternative authentique contre la droite, fondée sur les luttes et les mouvements syndicaux. Groen Links ont payé le prix de leur ap proche "réaliste" et de leur parlementa-
Les deux partis de gouvernement gardent la majorité, mais un changement de coalition est tout à fait probable Une majorité d'un siège n'est pas confortable et, de plus, les chrétiens-démocrates ont aussi d'autres raisons pour changer de partenaires. Lubbers a entamé les consultations (6) et a annoncé la formation du gouvernement dans deux mois. Il est trop tôt pour faire des prévisions, mais il est probable qu'il atteigne son but. Toutefois, les entrepreneurs ont raison de s'inquiéter à cause de la radicalisation du mouvement ouvrier, que les sociaux-démocrates sont de moins en moins en mesure de contrôpourquoi les courants à la gauche de la social-démocratie ne doivent se faire aucune illusion sur les perspectives d'une coalition CDA-PdvA, qui ne changerait pas la situation.
4) Le Parti socialiste ouvrier (SAP, section néerlandaise de la iVe Internationale) avait proposé, depuis longtemps, d'entamer des discussions en vue de la formation d'un front uni. Lors de ces élections, le SAP fut exclu de la liste des Groen Links à cause de l'opposition du CPN et du PPR.
5) La revendication centrale des Groen Links est celle d'une "taxe extraordinaire", surnommée "taxe verte", pour tous les produits nuisibles, polluants ou épuisables. Dans leur optique, la pollution prendra fin lorsque les consommateurs cesseront d'acheter ces produits. Le SAP critique cette orientation qui cherche à influencer le marché capitaliste, au lieu de voir correctement la solution du problème à travers le contrôle sur la production, dans le cadre d'une planification démocratique de l'économie.
6) Actuellement, Lubbers chargé par la reine de former le nouveau gouvernement, cherche à créer une coalition de centre-gauche, à travers accord entre chrétiens-démocrates, sociaux-démocrates et libéraux de gauche.
LA CAMPAGNE DU SAP :
"Présenter la note aux riches" E PARTI socialiste ouvrier (Socialistiese Arbeiderspartij, section néerlandaise de la IVe Internationale) a été exclu des négociations qui ont abouti à la formation de la liste unitaire de gauche, Groen Links. Lorsque le programme de cette coalition fut rendu publique, la raison pour laquelle le Parti communiste (CPN) et le Parti politique des radicaux (PPR) refusèrent de discuter la formation d'un front commun avec le SAP devint évidente. Ce programme n'est pas socialiste, ne se propose pas de combattre le pouvoir de la classe dominante, et il contient aussi d'autres faiblesses. Le SAP n'aurait jamais signé ce programme sans y apporter des modifications radicales.
Par conséquent, le SAP a participé aux élections avec ses propres candidats. Il présenta une liste de 30 candidats, dont 8 âgés de moins de 30 ans, ce qui en faisait la plus jeune liste parmi toutes celles en compétition. La moitié des candidats étaient des femmes. Tous étaient des militants des mouvements sociaux et des syndicats (dirigeants des récentes grèves ouvrières, militants écologistes, pacifistes, féministes, etc.).
"Présenter la note aux riches" était le mot d'ordre qui résumait, de manière provocatrice, l'idée que l'on peut faire payer aux patrons les frais pour augmenter les salaires, les services sociaux et pour protéger l'environnement. Dans sa campagne électorale, le SAP avançait treize revendications, dont : une réduction de la semaine de travail sans réduction de salaire ; des crèches gratuites ; l'arrêt des dépenses militaires et la sortie de la Hollande de l'OTAN ; l'augmentation des salaires et de la sécurité sociale ; faire barrage contre le racisme et la politique de limitation des droits des immigrés ; le droit de vote pour les jeunes dès l'âge de seize ans et pour les immigrés (qui ne votent qu'aux élections municipales,
Le SAP a lancé l'idée de financer ces revendications en puisant dans les profits et en réduisant de manière drastique les dépenses militaires. Le programme électoral du SAP fut diffusé à plus de 250 000 exemplaires (des tracts, un journal pour les jeunes, un journal ouvrier). Le SAP obtint 4 300 voix, soit 700 de plus qu'aux élections de 1986. Ainsi, malgré la formation de la liste des Groen Links, le SAP a su maintenir son influence politique. Au delà du résultat électoral, cette campagne permit également au SAP de recruter de nouveaux militants et sympathisants. •