Inprecor 1974–2004

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MARXISME

La crise des partis communistes

· Inprecor n° 295, 16 octobre 1989 · p. 15-24 · 10 289 mots

URSS et Russie Stalinisme Cuba Chine

NOUS définissons la glasnost comme le processus de changements politiques en cours en Union soviétique, qui élargit - en pratique — le champs d'exercice des libertés démocratiques. Ce processus combine les effets des réformes politiques "par en haut" avec le recul de la répression et de l'intimidation, avec la tolérance de fait d'activités et d'initiatives autonomes "par en bas", y compris celles non conformes à la législation en vigueur.

L'attitude des PC

Les directions des partis suivants, entre autres, l'approuvent, même si c'est pour des motifs différents : celle du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS), de la Ligue des communistes de Yougoslavie, des Partis communistes (PC) hongrois, polonais, italien, français (avec des réticences), grec, espagnol, suédois, finlandais, britannique, néerlandais, turc, danois, belge, suisse, argentin, brésilien, mexicain (qui n'existe plus formellement mais opère au sein du parti de Cardenas), chilien, colombien, uruguayen, australien, libanais.

Les partis communistes d'Allemagne occidentale (DKP), de Syrie et d'Israël s'abstiennent de toute critique publique de la glasnost. On sait que la majorité de leurs dirigeants y sont en réalité opposés. Certaines des directions des PC qui appuient la glasnost, le font davantage par tradition d'appui inconditionnel à tout ce qui se passe en URSS, que par conviction réelle. Cela provoque des tensions avec des partisans plus sincères de la glasnost, ce qui pourrait aboutir à une scission tant au sein du DKP que du PC danois, voire du PC grec.

En revanche, la glasnost est rejetée par la direction officielle du Parti communiste chinois, du Parti socialiste unitaire (SED) de la République démocratique allemande (RDA), du Parti communiste vietnamien (1), du PC roumain, tchécoslovaque, cubain, bulgare (de manière plus modérée), japonais, du Parti communiste marxiste indien (CPI-m), des PC nord-coréen, albanais, portugais, ainsi que par la plupart des groupes pro-albanais et semi-maoïstes.

L'attitude du Parti communiste des Etats-Unis est hésitante : il ne se prononce ni dans un sens, ni dans un autre. Nous ignorons la position de ce qui subsiste du Parti Toudeh d'Iran, ainsi que

Glasnost et crise

LE PRETENDU *mouvement communiste international" est, aujourd'hui, plus profondément divisé qu'il ne le fut à aucun moment de son histoire.

Avant tout, c'est l'attitude des partis communistes à l'égard de la glasnost, qui sert de révélateur à cette crise.

Ernest MANDEL celle du Parti communiste des Philippines. Le Parti communiste d'Afrique du Sud semble profondément divisé à ce sujet, bien qu'il paraisse approuver Moscou, comme toute sa tradition lui dicte.

La situation se complique du fait que plusieurs de ces PC comptent en leur sein, y compris dans leur appareil, des minorités substantielles qui ne partagent pas la position de la majorité. C'est notamment le cas des minorités conservatrices au sein de la direction du PCUS, du PC hongrois et du PC polonais, de la minorité "réformatrice" au sein du PC chinois, et de la tendance Dubcek du PC tchécoslovaque. Celle-ci n'est pas formellement membre du PCT, mais s'appuie sur des centaines de milliers d'ex-membres, exclus à l'époque de la "normalisation", qui réclament leur réintégration dans le parti. Des minorités pro-Gorbatchev existent également au sein des PC roumain, bulgare et du SED, mais sont d'une taille plus réduite.

D'autre part, il faut tenir compte du fait que les différenciations à la base ne recoupent pas nécessairement celles du sommet. Des tendances nettement plus "à gauche" se dégagent ainsi au sein de plusieurs PC, notamment du PC grec

(KKE), à côté de tendances nettement néo-social-démocrates, qui sont encore plus engagées dans cette voie que les directions d'une série de parti communistes.

Un autre révélateur est l'attitude à l'égard de la répression sanglante de la Commune de Pékin, par la fraction de Deng Xiaoping. Là encore, la division est profonde. Elle recoupe en grande partie, mais non totalement, l'attitude à l'égard de la glasnost.

Dans le camp de ceux qui ont condamné les massacres de la place Tiananmen se placent presque tous les partis favorables à la glasnost, plus le PC japonais. Mais en URSS, la direction gorbatchévienne du PCUS a eu une attitude des plus réservées, tandis que le "non" sans réserves a été le fait de l'aile radicale. Le PC des Etats-Unis n'a pas condamné la répression et a donc glissé, dans ce cas, vers le camp des conservateurs néo-staliniens. Le PC cubain s'est tu sur la question.

Le dogme du parti unique

Il y a un troisième révélateur tout aussi significatif : l'attitude à l'égard du dogme du parti unique. De nouveau, presque tous les PC pro-glasnost rejettent ce dogme, à l'exception notable de la direction gorbatchévienne elle-même, du moins en ce qui concerne l'URSS. Mais au sein du PCUS, ce sont, encore une fois, les radicaux qui le rejettent. Un nombre croissant de gorbatchéviens commencent également à le remettre en question. Le PC japonais le rejette à son tour. Les PC anti-glasnost sont partisans du dogme du parti unique, y compris le PC cubain.

Vu la simultanéité de ces prises de positions et leurs implications politiques, il paraît justifié de parler d'un véritable combat fractionnel qui est en train de se dérouler au sein dudit "mouvement communiste international". Sans doute ne s'agit-il pas (encore ?) d'une lutte de fraction organisée. Mais des consultations "informelles" se multiplient. Les conservateurs de tous les PC mentionnés désirent la suppression de la glasnost en URSS, qui les gêne énormément dans leur propre parti et/ou pays. Qu'ils intriguent ou non en liaison avec la tendance Ligatchev/Tcherbrikov/Zaikov (du

1) Les informations se sont multipliées à ce propos, depuis plusieurs mois. L'International Herald Tribune, du 7 septembre 1989, les confirme en se référant à un discours du secrétaire général Nguyen Van Linh, et à un article paru dans l'organe central du parti, Nhans Dan.

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PCUS), pour éliminer Gorbatchev de la direction du PCUS, ou pour le mettre "hors d'état de nuire", dépend de chaque cas particulier.

Le choix de la glasnost comme révélateur des principales divergences au sein du prétendu "mouvement communiste international" n'est ni arbitraire, ni unilatéral. Il n'y a guère d'opposition à la perestroïka économique au sein des PC et fractions anti-glasnost au pouvoir, bien au contraire. Les PC "conservateurs" s'en déclarent partisans enthousiastes. Ils l'appliquent d'ailleurs dans leur propre pays (2).

De même, les projets de "solution pacifique des conflits régionaux" en collaboration avec l'impérialisme, y compris l'abandon de l'aide aux mouvements de libération qu'ils impliquent, sont approuvés pratiquement par tous les PC anti-glasnost (3). Dès lors, c'est la glasnost qui apparaît comme la véritable source de clivage. En laissant de côté le cas du PC albanais, dont la direction commence d'ailleurs à opérer une ouverture prudente vers la Communauté économique européenne (CEE), la seule exception substantielle est représentée par le PC cubain, dont l'opposition à la glasnost se combine avec un rejet des comPromis ac dun tus à lun ard de maria-

Get du rejet d'un recours majeur aux mécanismes du marché.

Trois tendances

En simplifiant, on pourrait dire qu'il y a trois tendances internationales se réclamant du communisme à un titre quelconque : la tendance pro-Gorbatchev qui dit oui à la glasnost, oui à la perestroïka et oui aux "accords régionaux" en collaboration avec l'impérialisme ; la tendance conservatrice, qui dit non à la glasnost, oui à la perestroïka, et oui aux "accords régionaux"; et la tendance marxiste-révolutionnaire qui dit oui à la glasnost, non à la perestroïka, et non aux "accords régionaux"

Le fait que c'est avant tout la glasnost qui divise si profondément ledit "mouvement communiste international" a des racines plus profondes. Les sociétés post-capitalistes bureaucratisées (les Etats ouvriers bureaucratisés) traversent une crise sociale d'une gravité exceptionnelle. Tout le monde en est conscient, dans ces pays comme à l'étranger. La faillite de "l'économie et de la politique du commandement", c'est-àdire de la dictature bureaucratique, sous toutes ses variantes, est manifeste. Elle s'accompagne d'une crise idéologique et morale non moins profonde. Tout le monde se pose dès lors la question : comment a-t-on pu en arriver là ? Comment peut-on redresser la barre ? Comment peut-on s'en sortir ? Est-ce le socialisme qui a fait faillite, et sinon, quoi ?

La glasnost, c'est le début d'un débat franc et ouvert autour de ces questions-clé. C'est une pré-condition absolue pour la recherche et la découverte d'une issue adéquate. Dans la mesure où ce débat remet inévitablement en cause la nature même de la bureaucratie, de son pouvoir, de ses privilèges, de ses principaux ressorts idéologiques, toutes les fractions de la bureaucratie sont opposées à une glasnost intégrale. Les divergences portent sur les limites à imposer à ce débat quant aux causes et aux remèdes de la crise.

Mais justement, le système sociopolitique de la dictature bureaucratique, tel qu'il fonctionnait dans les faits en URSS et dans les sociétés similaires, et son identification avec le socialisme, ont été, depuis plus de soixante ans, la base de l'identité de tous les partis communistes dans le monde.

Certes, cette "unité de fer" a été mise à l'épreuve dès la victoire de nouvelles

(Yougoslavie, Chine, Cuba, Vietnam, Nicaragua) qui ont donné aux PC de ces pays (et aux sandinistes) une base matérielle et politique indépendante du Kremlin. Certes, de l"eurocommunisme" et de phénomènes analogues, après l'écrasement du Printemps de Prague, a également ébranlé cette identité. Néanmoins, en gros, à l'exception possible du PC italien (et encore), 'URSS, le "socialisme réellement existant", le "camp socialiste", sont restés un élément de référence pour la grande majorité des cadres des PC, même si l'allégeance n'était plus exempte de critiques quelquefois acerbes. Et même les critiques les plus durs ne se privèrent pas de répéter que, tout de même, Khrouchtchev (XXe congrès) et Gorbatchev (glasnost, perestroïka) étaient sortis des rangs du PCUS

Or, les révélations et la dynamique de la glasnost frappent cette référence et cette identité dans ce qu'elle avait de plus sacré. Il existe de terribles injustices, inégalités, et misères sociales, ainsi que de graves phénomènes d'op-

LES DEUX CAMPS qui s'opposent au sein du "mouvement communiste international" ne sont pas l'un "plus à droite", plus "révisionniste" et plus "pro-impérialiste" et l'autre "plus à gauche" plus "orthodoxe marxiste-léniniste" plus "anti-impérialiste". Pour arriver cette conclusion, nous appliquons la règle d'or établie par Karl Marx en matière politique: il faut juger les gens les tendances non pas en fonction de ce qu'ils disent, et notamment de ce qu'ils disent d'eux-mêmes, mais en fonction de ce qu'ils font. A la lumière de ce critère, le jugement que nous venons de formuler s'appuie sur des preuves so-

La fraction de Deng Xiaoping n'a pas cessé un seul jour, y compris le jour du pression en URSS. Des crimes non moins terribles y ont été commis. Voilà ce que la glasnost a permis de révéler, de dénoncer, de combattre. C'est un coup d'une gravité exceptionnelle pour tous les PC. Leurs divisions portent essentiellement sur la manière d'encaisser

Les uns font contre mauvaise fortune bon cœur. Ils espèrent que le redressement qui pourrait s'opérer en URSS, grâce à Gorbatchev, les débarrassera de leur peine. La vieille légitimité perdue du "socialisme réellement existant" pourrait être remplacée par une nouvelle légitimité, due à un "socialisme à visage humain en voie de construction".

Les "acquis" du stalinisme Les autres s'efforcent, au contraire, de nier ou de minimiser la crise, afin d'éviter les répercussions dans leurs propres pays et/ou partis, de sa révélation et des efforts pour la dépasser. Ils insistent donc de façon appuyée sur "les acquis positifs" des ères Staline et Brejnev. Ils s'opposent avec acharnement aux révélations qui font mal. Ils continuent à défendre, contre vents et marées, les mythes du "socialisme réellement existant" et "du parti infaillible". De là, leur hostilité farouche à l'égard de la glasnost.

Mais nier la gravité de la crise du sys tème qui a frappé l'URSS, l'Europe de l'Est, la République populaire de Chine, c'est nier l'évidence. S'opposer à sa révélation, c'est s'opposer à une discus sion franche sur ses origines, ses causes profondes, et les moyens de la surmonter. C'est une bataille d'arrière-garde historiquement vouée à un échec certain, même si elle peut marquer temporairement des points, comme ce fut le cas en Chine, après l'écrasement sanglant de la Commune de Pékin. Ni une lutte "droite contre gauche", ni une lutte de "révisionnistes" contre "défenseurs du marxisme-léninisme" massacre de la place Tiananmen, de collaborer étroitement (y compris sur le plan militaire) avec l'impérialisme. En fait, une station radar pour capter des signaux provenant d'URSS fonctionne en Chine, dirigée en commun par les Américains (Pentagone et CIA) et les Chinois. La même fraction n'a pas cessé d'ap-

2) Voir notamment une déclaration d'un théoricien du SED, affirmant qu'il faudrait être "frappé de démence" pour s'opposer à la perestroïka en URSS (interview accordée à la Wochenzeitung de Zürich, du 1er septembre 1989). Des réformes du type perestroïka ont été appliquées au Vietnam,

Ajoutons que la collaboration économique entre 'URSS d'une part, et la Chine populaire et la Corée du Nord d'autre part, s'étend considérablement dans le cadre de la perestroïka. Selon la Pravda du 6 juillet 1989, soixante-dix complexes industriels fournissant plus de 25 % de toute la production industrielle de la République démocratique de Corée fonctionnent actuellement avec l'aide soviétique.

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puyer des régimes pro-impérialistes parmi les plus répressifs dans les pays du tiers monde, comme elle appuya le régime Zia au Pakistan. Elle collabore militairement avec la dictature thaï. Elle était impliquée dans des d'armes aux contras du Nicaragua. En quoi plus "anti-impérialistes"

Gorbatchev et de ses alliés ?

Le régime de Ceaucescu, en Roumanie, est celui d'Europe orientale qui a le plus systématiquement collaboré avec l'Etat sioniste.

ker, en RDA, est celui qui est le plus intégré dans la Communauté économique européenne (CEE). Il reçoit d'importants subsides allemand. Les "réformateurs" de Hongrie et de Pologne seraient heureux s'ils recevaient une aide proportionnellement comparable.

Le rejet de la glasnost

Le refus de la glasnost, notamment le rejet du droit de grève, de la liberté d'association, de la liberté des travailleurs de constituer des syndicats et d'autres organismes d'auto-défense de leur choix ; le rejet de la liberté d'expression, du pluralisme culturel, de la liberté de manifester, ne sont en rien "orthodoxe" du point du vue marxiste. Cela représente une révision fondamentale du marxisme. Identifier ces libertés-là la

"démocratie bouravec geoise", c'est s'opposer à toute la tradition marxiste en la matière, à commencer par les points de vue clairement exprimés par Marx et Engels.

La démocratie est bourgeoise, lorsqu'elle fonctionne pour protéger et défendre le pouvoir et la propriété d'une classe bourgeoise. Il serait difficile de démontrer que le pluralisme politique et le débat idéologique en URSS remplissent, aujourd'hui, cette fonction là. II serait encore plus difficile de démontrer que le droit de grève et la liberté syndicale défendent la propriété capitaliste. L'idée avouée par Ligatchev, selon laquelle la pluralité de partis serait équivalente à la démocratie bourgeoise, révise non seulement des positions clairement exprimées par Marx, Engels et Lénine (au moins jusqu'en 1920), mais déforme aussi l'Histoire.

La Commune de Paris était-elle donc une démocratie bourgeoise ? Pourtant, il y avait pluralité de partis. La Russie des

Soviets de 1918 à 1921 était-elle donc une démocratie bourgeoise ? Pourtant, il y existait aussi une pluralité de partis, et cela, en pleine guerre civile. Le Nicaragua est-il une démocratie bourgeoise ?

Pourtant, là encore, le pluralisme de partis est présent.

liberté de la presse. Celle-ci est au service de la bourgeoisie lorsque la bourgeoisie détient le fournitures voir n'est jamais total sous un régime où existe la liberté de la presse treinte, le mouvement ouvrier a intérêt à bourgeoise, contre les tentatives restreindre ou de la supprimer. ouest- lorsque le pouvoir du capital de s'emparer des imprimeries, de la radio et de la télévision a disparu, la liberté de la presse cesse d'être au service bourgeoisie pour devenir une liberté des masses populaires. Il s'agit alors de garantir l'accès de tous les travailleurs et travailleuses à la presse et aux médias, comme l'exigeait Lénine. Nous disons bien de tous les travailleurs, et non seulement de ceux et celles qui s'expriment comme le désirent les dirigeants du Parti ou d'institutions quelconques.

berté de la presse n'est pas réprimer la bourgeoisie, mais réprimer le prolétariat et les masses laborieuses.

révèle de manière d'autant plus claire,

Un exemple probant est offert par la capital nécessaire pour acheter, corrompre, manipuler la presse et les médias. Comme ce pou-

- ce qui n'est pas le cas sous une dictature — et que les travailleurs peuvent aussi jouir de cette liberté, fut-ce de manière resdéfendre même la liberté de la presse de la

Mais lorsque la bourgeoisie a perdu son pouvoir économique et politique, quelque sorte, de la modernistes et 1989).

Dans ces conditions, restreindre la liaoût 1989.

Le contenu social de la glasnost se que les conservateurs du camp anti- glasnost ne se prononcent pas seulement pour une restriction - voire une suppression — du pluralisme politique, contre la liberté de la presse, d'association, de manifestation. Ils se prononcent également, et sans réticences, contre la liberté syndicale et le droit de grève (voir notamment l'interview accordée par le chef de file des conservateurs hongrois à l'hebdomadaire Der Spiegel du 21 août

1989). Les déclarations de Ligatchev et de Tchebrikov ne sont pas moins éloquentes. Et même Fidel Castro n'hésite pas à affirmer que les impérialistes se réjouissent des grèves en Union soviétique, et que celles-ci seraient donc, en

"anti-socialistes" (4). On voudrait bien connaître les capitalistes qui se réjouissent de la grève des mineurs soviétiques...

ou des grèves actuelles en Pologne. Toutes les informations dont nous disposons prouvent plutôt le contraire.

Staliniens, panslavistes, et anti-modernistes

Pire : les plus actifs parmi les conservateurs en URSS, notamment la fameuse Nina

Andreeva, adoptent des positions chauvines grand-russes et antisémites, claires et publiquement affichées (voir son interview dans le Washington Post

International Herald Tribune du

2 août 1989). Ces positions seraient-elles moins révisionnistes que celles de Gorbatchev ?

En outre, cette aile est ouvertement stalinienne. Elle minimise, sinon justifie, les crimes de Staline, les grandes purges des années 1934-1939 et 1945-

1952, ou la répression militaire contre les travailleurs hongrois, en 1956 (5). Un grand portrait de Staline était affiché au dernier congrès du Parti communiste marxiste indien (CPI-m).

Un groupe d'anciens policiers et gardes-chiourmes staliniens a réalisé un film intitulé Staline est avec nous, pour appuyer

Nina Andreeva (El Pais, 20 août

1989). Le congrès du "Conseil uni de Russie" qui s'est tenu à Moscou, les 8-9 septembre 1989, réunissait à la fois des conservateurs de l'appareil, des admirateurs de "l'autorité forte" symbolisée par Staline, des panslavistes antianti-occidentaux traditionnels, et des anti-marxistes féroces d'extrême droite, y compris des semi- fascistes (Le Monde du 16 septembre

Cette jonction significative est sym-

4) Toutes les références au discours de Fidel Castro du

26 juillet 1989 sont extraites de Granma Weekly Review du 6

5) Cette même apologie de la répression de 1956 et

1968 se retrouve chez les "conservateurs" tchécoslovaques et hongrois, ainsi que chez ceux de la RDA.

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bolisée par la personne d'Alexandre Zinoviev, le satiriste anti-soviétique virulent qui, dans une interview retentissante accordée aux Nouvelles de Moscou (du 13 août 1989), exhale à la fois sa haine du socialisme et de la démocratie, et affirme que l'époque de Staline fut, tout de même, "une grande époque". Lui aussi,

LE PC CUBAIN occupe une position à part. La révolution cubaine n'a pas connu, jusqu'ici, un degré de bureaucratisation comparable à celui de l'URSS, de la République populaire de Chine et des pays de l'Europe orientale. Cela résulte d'une dialectique particulière entre les origines de cette révolution, ses acquis sociaux principaux - remarquables à tout point de vue — le rôle de la direction cubaine et le maintien d'une participation des masses au processus de construction d'une société nouvelle, même si son ampleur fluctue et reste dans des domaines limités. Fidel Castro continue de jouir d'un prestige réel auprès des masses. De plus, la révolution cubaine est en butte à une agression économique permanente de la part de l'impérialisme, ainsi qu'à une menace militaire qui n'a jamais cessé. Seule la révolution nicaraguayenne se trouve dans une situation encore plus menacée.

Dans ces conditions, le devoir du mouvement ouvrier international et le devoir des marxistes révolutionnaires est, plus que jamais, de défendre la révolution cubaine contre l'impérialisme et ses relais régionaux. Il est aussi celui de dénoncer les pressions économiques que Gorbatchev exerce sur la direction cubaine pour l'amener à accepter les "accords régionaux" et adapter partiellement son système économique à la perestroïka. Ces pressions sont inacceptables, même si elles n'iront sans doute pas jusqu'à une suppression radicale de

Cela reste valable, indépendamment de ce qu'on pense du cours du PC cubain ou des mesures concrètes prises par la direction cubaine. Si nous sommes en désaccord avec certaines de ces mesures et de ces attitudes (7), il faut en tout cas souligner le fait que seul, parmi toutes les composantes dudit "mouvement communiste international", le PC cubain allie son opposition à la glasnost à une condamnation d'un recours excessif aux mécanismes de marché. Cette opposition nous est sympathique, même si nous sommes d'avis que la solution de rechange proposée (le recours au travail volontaire) est insuffisante et, à la longue, irréaliste.

Par ailleurs, nous appuyons sans réserves les critiques à peine voilées de la accuse Gorbatchev de vouloir "occidentaliser" la société soviétique. Il appelle de ses vœux un autre régime volontariste, stalinien.

En quoi ce cocktail répugnant a-t-il un quelconque rapport avec "la gauche" "l'orthodoxie marxiste" ou la "défense du socialisme"? Les positions du Parti communiste cubain direction cubaine à l'égard des propositions de "solution des conflits régionaux" aux dépens des mouvements de libération de ces régions. Mais nous exprimons également la crainte que le PC cubain lui-même ne finisse par accepter de

"solutions", moins dans le cadre de l'Amérique latine.

Aussi longtemps que la séparation de l'Etat et du Parti n'est pas réalisée, les besoins de la realpolitik gouvernementale dictent les attitudes du Parti, contrairement à ce qui se passa en Russie soviétique sous Lénine. La direction cubaine dit d'ailleurs déjà ouvertement, contrairement à ce que pensait le "Che", que la révolution socialiste n'est pas à l'ordre du jour en Amérique latine.

Mais la défense de la révolution cubaine ne peut se faire avec une attitude d'admiration béate et a-critique, comme celle qu'ont adoptée, à l'époque, les "amis de 'URSS" ou les "amis de la Chine". Critiquer ce qui est erroné dans le comportement de la direction cubaine ne nuit pas à Cuba. Cela sert la révolu-

Castro contre la glasnost

Or, de ce point de vue, les attaques ouvertes de Fidel Castro et de la direction cubaine contre la glasnost, c'est-àdire contre le processus de démocratisation partielle en cours en URSS, sont contraires aux intérêts du prolétariat soviétique, du prolétariat international et à ceux de la révolution cubaine et des masses laborieuses de Cuba. Elles risquent de provoquer une grave crise de légitimité de la direction cubaine elle-

6) Rappelons, pour mémoire, que la direction Khrouchtchev avait supprimé totalement, du jour au lendemain, toute aide économique et militaire à la République populaire de Chine, ce qui a eu des effets désastreux pour l'ensemble du mouvement "communiste" et du mouvement de masse du Tiers-monde, avant tout en Asie et en Afrique, divisant les PC, provoquant les réalignements que l'on sait de la direction maoïste. Rappelons aussi que la direction brejnevienne est même allée jusqu'à pointer des armes nucléaires sur les grandes villes chinoises. Rappelons également le scandale de "l'aide au compte-goutte" accordée par le Kremlin pendant la guerre d'indochine. Toutes ces trahisons dépassent, en ampleur et en effets pratiques, ce que Gorbatchev fait au-

7) Voir l'article de Jannette Habel p. 10.

8) Il va même jusqu'à évoquer la possibilité d'une "grande guerre civile" en URSS, voire d'une désintégration

9) Citons l'exemple de Ceaucescu en Roumanie, qui a établi un véritable régime de népotisme. La majorité de la pomême aux yeux d'une partie de ces masses, surtout des jeunes

Ces attaques, déjà présentes dans le discours que Fidel Castro prononça le 26 juillet 1989 (8), ont débouché sur l'interdiction de la diffusion de deux organes soviétiques à Cuba, velles de Moscou et Spoutnik (éditions en castillan). Ce sont des mesures qu'il faut condamner sans réserves. Elles risquent de placer Fidel Castro et la direc tion du PC cubain dans une alliance de fait avec les tendances conservatrices au sein du "mouvement communiste international", c'est-à-dire les tendances plus rétrogrades, les plus corrompues et les plus répressives à l'égard

Pour justifier l'interdiction de la diffusion de ces deux organes soviétiques à Cuba, l'organe du PC cubain, Granma, affirme qu'ils prônent les méthodes capitalistes dans le domaine économique, qu'ils défendent la démocratie bourqu'ils déforment le passé, et qu'ils risquent, ainsi, d'influencer négativement une partie de la jeunesse cubaine.

Déformer le passé ? L'accusation de "déformer le passé" constitue une allusion transparente à la dénonciation systématique des crimes de Staline. Fidel Castro parle, à ce propos, des "erreurs" commises par les PC au pouvoir. L'assassinat d'un million de communistes, et notamment de 90 % des commandants de l'Armée Rouge, était-il une simple "erreur" ? Pour des raisons d'opportunité politique, faudrait-il continuer à cacher l'ampleur des crimes

L'accusation selon laquelle Les Nouvelles de Moscou prônent des méthodes capitalistes dans le domaine économique est déplacée (10). Tout au plus, peut-on dire que cet hebdomadaire publie quelques articles favorables à certains mécanismes capitalistes, comme il en publie d'autres qui remettent en question la légitimité de la révolution d'Octobre. Mais nous n'en avons pas lu un seul qui prônerait la restauration du capi-

Cependant, à côté de ces articles, on en trouve beaucoup d'autres qui disent exactement le contraire. La vérité, c'est que la direction cubaine interdit un orpulation laborieuse manque des biens essentiels, et ne reçoit même pas de quoi se chauffer pendant l'hiver. Mais ce despote accorde la priorité absolue au remboursement de la dette à l'égard des pays capitalistes, en forçant les exportations et mène une politique d'investissements de luxe, ostentatoire et de prestige qui est scandaleuse. C'est sans doute une autre preuve d"orthodoxie communiste".

Le vice-président de la République populaire de Chine. Wang Zhen, n'hésite pas, quant à lui, à appeler "à éradiquer totalement (...) les bourgeois libéraux, émeutiers, et contre-révolutionnaires (...), en supprimer un grand nombre, les tuer ou les rééduquer selon les cas, en envoyer un grand nombre en camp de travail (Le Monde du 31 août 1989).

10) Derrière cette thèse, il y a l'identification par Fidel Castro des rapports marchands/monétaires (qui subsistent d'ailleurs également à Cuba), avec des "méthodes capitalistes", ce qui est faux du point de vue théorique. Les rapports marchands ont existé longtemps avant le capitalisme, sans y conduire automatiquement, et ils subsisteront longtemps après la disparition du capitalisme.

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gane de débat et de discussion, et non un organe pro-capitaliste (11).

Affirmer que Les Nouvelles de Moscou défendent "la démocratie bourgeoise" est tout aussi faux. Nous l'avons déjà dit : lutter pour la liberté d'expression, pour le pluralisme politique et idéologique, pour le libre débat d'idées, n'a rien à voir avec un combat pour la "démocratie bourgeoise".

La thèse inverse présuppose l'omniscience et l'infaillibilité de la direction. Elle semble percer dans une formule utilisée par Granma du 9 juillet 1989, commentant l'exécution d'Ochoa: "Lorsque le parti parle, pas une seule parole, ni une seule virgule ne s'écarte de la vérité".

Un parti infaillible ?

Le malheur, c'est qu'au cours des années 70, ce parti proclama la valeur des "mécanismes marchands"; aujourd'hui, il les condamne comme "méthodes capitalistes". Encore récemment, condamna comme "calomnie liste "toute critique contre le ministère de l'Intérieur (c'est-à-dire la police). jourd'hui, il dénonce bruyamment les abus de ce même ministère.

Récemment, un éditorial de Granma du 10 septembre 1989, va jusqu'à affirmer l'existence d'une "caste bureaucratique" à Cuba. Il n'y a pas longtemps, des militants communistes cubains qui exprimèrent une critique bien plus modérée dans des documents non publics, ont été emprisonnés.

La correction de ces erreurs n'auraitt-elle pas été plus facile si on avait laissé s'exprimer librement les critiques et si on avait librement débattu de leurs opi-

Dans son discours du 26 juillet 1989, Fidel Castro affirme que "le socialisme est une science pour gagner le peuple à cette grande cause". Mais la science n'est jamais achevée une fois pour toutes. Elle est toujours ouverte à de nouveau problèmes. Pour avancer, elle nécessite l'expérimentation pratique, la confrontation d'interprétations rentes d'une réalité sans cesse changeante. Comme l'a dit Engels, dans une lettre envoyée à la direction de la socialdémocratie allemande : la peut se développer qu'à travers la discussion libre. C'est pourquoi, il condamna sévèrement la tentative de cette did'introduire la censure et la suppression de textes dans ses propres publications. Qu'aurait-il dit de l'interdiction d'organe d'un "parti frère" ?

Pour qu'on pense que des journaux pourraient faire basculer une partie de la jeunesse cubaine dans le impérialiste, il faut qu'on ne croie plus que les arguments de la révolution soient capables de neutraliser les arguments de la contre-révolution, et qu'on estime que des mesures administratives (l'interdiction, la répression) constituent le seul moyen efficace de combattre des idées fausses. Cela reflète une perte de confiance dans la supériorité de la pensée et de la propagande révolutionnaires, par rapport à la pensée et à la propagande bourgeoises. Cela reflète une perte de confiance dans la capacité des masses et de la jeunesse de séparer le vrai du faux, la justice de l'injustice, leurs intérêts propres de ceux des exploiteurs et oppresseurs (12).

Au cours des années 60, lors de la lutte contre la fraction d'Anibal Escalante, les positions anti-staliniennes anti-bureaucratiques de Fidel Castro atteignirent leur paroxysme. Il prononça, alors, un discours au titre frappant: "La révolution doit être une école de pensée sans entraves".

Ce n'était pas une position "normative" ni "utopique", mais éminemment pratique, qui correspond aux intérêts de la défense de la révolution, et permet une plus grande efficacité dans la construction du socialisme. Mais, aujourd'hui, les entraves à la liberté de pensée se multiplient à Cuba. On essaye même de les justifier théoriquement. L'abandon de la thèse correcte d'antan, en faveur d'une thèse substitutionniste, re-

June régression idéologique pénible — à la longue suicidaire — pour la direction du PC cubain.

Castro semble maintenant placer le danger de la dégénérescence bureaucratique de l'Etat cubain au centre de

LA LUTTE de fraction entre l'aile "réformiste" et l'aile "conservatrice" des PC au pouvoir est une lutte inter-bureaucratique. Elle recoupe, pour l'essentiel, une différence de jugement et de choix politique sur les moyens les plus adéquats pour sauver le régime bureaucratique dans ces pays.

Mais cette lutte inter-bureaucratique est imbriquée dans des conflits sociaux qui opposent, dans la plupart de ces pays (Cuba et le Nicaragua sont des cas à part), quatre principales forces sociales :

- Les sommets de la bureaucratie (la nomenklatura) qui jouissent d'énormes privilèges matériels et s'appuient sur une large couche de bureaucrates moyens et petits, moins privilégiés Aussi bien les "gorbatchéviens" que les "anti-gorbatchéviens" ont leurs assises dans la nomenklatura. Mais la majorité des bureaucrates est anti-gorbatchévienne et surtout anti-glasnost (13).

- Les masses laborieuses, pour l'essentiel salariées, mais comportant encore une majorité de petits paysans, comme en Chine et au Vietnam.

- Les forces petites bourgeoises et les premiers noyaux de bourgeoisie moyenne, tant à la campagne que dans

— Les "nouvelles classes moyenses préoccupations. Mais il rejette la glasnost, la démocratisation pluraliste, le contrôle institutionnalisé des masses à tous les niveaux, économique, politique et social. Pour éliminer ce danger, il ne lui reste, dès lors, que le recours à la lutte bureaucratique (administrative, ré pressive) contre la bureaucratie, avec tout au plus des interventions ponctuelles et téléguidées des masses. C'est courir à un échec certain, comme on l'a vu en URSS et en République populaire de Chine. Les forces sociales en présence nes" salariées, c'est-à-dire l'intelligentsia qui est d'un poids réel, surtout en URSS, en RDA et en Tchécoslovaquie, mais aussi, dans une moindre mesure, dans les autres Etats ouvriers bureaucratisés et à Cuba.

Cette façon d'aborder les conflits en cours en URSS et dans les autres Etats ouvriers bureaucratisés privilégie, comme il se doit pour une analyse marxiste, les intérêts réels des forces sociales en présence par rapport à l'aspect idéologique, voire déclamatoire, des positions politiques. Cela n'implique nullement une sous-estimation du rôle de l'idéologie dans la lutte politique.

En codifiant la politique de progres11) Paradoxalement, dans son discours du 26 juillet 1989, Fidel Castro affirme : *Sommes-nous témoins d'une transition pacifique du socialisme au capitalisme ? C'est pos sible ; nous ne sommes pas contre". Quant à nous, nous pensons, au contraire, que ce n'est pas possible - tout comme est impossible une transition graduelle du capitalisme au socialisme — et qu'en tout cas, il faut être contre une telle transition.

12) Le chef du PC tchécoslovaque, Jakes, a affirmé dans une interview accordée au quotidien espagnol El Pais (30 juillet 1989) que 99 % de la population est contre les idées de Vaclav Havel et de la Charte 77. Si c'est vraiment le cas -ce qui est loin d'être prouvé |- pourquoi alors craindre et interdire leur diffusion ? En quoi cette diffusion "impose"-t-elle quoi que ce soit, à qui que ce soit ?

13) Une bonne étude de Peter Reddaxay (New York Review of Books du 17 août 1989) confirme que la maiorité des bureaucrates sont très hostiles à la glasnost, et au fond, hostiles à Gorbatchev. Voir aussi une étude similaire dans l'hebdomadaire Die Zeit du 29 septembre 1989.

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sion graduelle néo-social-démocrate, qui était déjà de mise dans les PC depuis des décennies ; en semant des illusions sur la nature potentiellement "pacifique de l'impérialisme; en laissant entrevoir la possibilité de régler les principales contradictions de notre époque, non pas par la lutte de classe mais par la collaboration de classe ; en chantant les louanges sans réserves du marché, la "nouvelle façon de penser" de Gorbatchev, et surtout de l'aile carrêment anti-marxiste de ses conseillers, apporte de l'eau au moulin de la social-démocratie internationale, voire de l'offensive néo-libérale de la bourgeoisie internationale. Cela désoriente le mouvement ouvrier organisé. Cela entrave la riposte des travailleurs à cette offensive, ce qui est avant tout une nécessité matérielle de classe.

Le facteur idéologique

Get les intérêts sociaux

Il faut distinguer les effets de l'idéologie (la "nouvelle façon de penser") des pressions et des mesures politiques concrètes de Gorbatchev, qui sont carrément contre-révolutionnaires à l'égard de luttes en cours. Ces pressions et mesures sont la prolongation d'une pratique qui était déjà la règle sous Staline, Khrouchtchev et Brejnev.

Mais le poids du facteur idéologique dans le déroulement réel des conflits politiques dans les Etats ouvriers bureaucratisés reste subordonné à la confrontation d'intérêts sociaux réels. C'est elle qui sera décisive dans la période à venir.

Les travailleurs polonais peuvent être ravis de la victoire politique spectaculaire de Solidarité sur la tentative de Jaruzelski de supprimer leur organisation par le coup d'Etat militaire de fin 1981. Mais, quelle que soit l'emprise idéologique réelle (souvent exagérée à l'étranger) de l'Eglise et du nationalisme sur eux, ils agiront en masse pour la défense de leur niveau de vie, de leur emploi, et de la sécurité sociale (même misérable) qu'ils ont acquis, dès lors que l'importe quel gouvernement, y compri celui que dirige Solidarité, attaquera ce

| acquis (14). En définitive, ce sont leurs intérêts et non pas de quelconques "valeurs idéologiques" qui détermineront leur comportement quotidien, même s'ils peuvent accorder un "temps de grâce" au premier gouvernement, depuis quarante trois ans, qui n'est pas dirigé par des staliniens, et qui reflète, incontestablement mieux que les gouvernements précédents, les préférences politiques des masses populaires.

Un des principaux théoriciens de l'anti-marxisme à l'échelle mondiale, le professeur polonais Leszek Kolakowski (ex-marxiste), a parfaitement compris le dilemme auquel Solidarité est confronté en fonction de cette situation : "Le nouveau gouvernement a hérité d'une économie en faillite et du mécontentement qui en découle. Auparavant, Solidarité existait pour défendre les travailleurs. Maintenant, si le sentiment de plus en plus étendu de désespoir se transforme en émeutes - avec ou sans provocations des forces staliniennes du Parti et de la police — il [Solidarité] sera dans une position ambiguë"( The Times, 22 août 1989).

Le dilemne de

Solidarité

Mais un comportement ambigu est incompatible avec la fonction que la nomenklatura et le Front monétaire international (FMI) ont assignée à la coalition Solidarité-Parti ouvrier unifié polonais : faire avaler l'austérité à la classe ouvrière, pour recevoir de nouveaux crédits impérialistes ; assurer "l'ordre" et "la stabilité" à tout prix, comme pré-condition au prétendu "redressement économique"

Jacek Kuron mérite notre respect pour les années qu'il a passées en prison en Pologne. Sans ses efforts tenaces, au début "groupusculaires", l'explosion ouvrière de 1980 ne se serait pas produite, ou du moins, pas avant longtemps. Mais le respect qu'on lui doit ne peut cacher le véritable cauchemar qui l'attend. S'il accepte de boire jusqu'à la lie le calice de "l'économie ouverte sur

| le monde" (c'est-à-dire sur les règles du jeu du capitalisme international), au lieu d'être ministre du Travail dans le gouvernement Mazowiecki, il risque de devenir le ministre de la police et de la répression anti-ouvrière et anti-pluraliste.

L'enjeu principal

UNE ESTIMATION réaliste des forces sociales en présence en URSS et dans les autres Etats ouvriers bureaude leurs rapports dans la société, de la dynamique des principales contradictions socio-économiques, aboutit à une conclusion nette. L'enjeu principal des luttes politiques en cours n'est pas la restauration du capitalisme. Mais c'est soit l'avance vers la révolution politique soit la suppression partielle ou totale des libertés démocratiques acquises par les masses au cours de la glasnost. La lutte principale n'oppose pas des forces procapitalistes à des forces anti-capitalistes, mais oppose la bureaucratie aux masses laborieuses, c'est-à-dire, pour l'essentiel (sauf en Chine et au Vietnam)

La bourgeoisie, petite et moyenne, n'est plus qu'une minorité réduite de la société dans chacun des Etats ouvriers bureaucratisés. Elle agit sans doute dans un contexte international qui la favorise. Elle jouit d'un appui, d'ailleurs fort limité, du grand capital international (15) Mais dans l'ensemble, cette convergence d'intérêts est insuffisante pour pouvoir imposer, à bref ou moyen terme, une quelconque restauration du capitalisme.

D'ailleurs, personne parmi les observateurs bourgeois sérieux ne croit à la possibilité d'une telle "restauration" par des initiatives politiques venant de forces de droite ou d'extrême droite, ni à une restauration "spontanée" du capitalisme comme simple résultat de l'élargissement des mécanismes de marché. La seule éventualité un peu plus réaliste, pour arriver à ce résultat-là, est celle qui mise directement sur l'aile "réformatrice" de la bureaucratie. Les craintes des tendances dogmatiques vont dans le même sens.

14) Voir un commentaire significatif du sénateur de Solidarité et écrivain catholique célèbre, Andrzej Szczyplorski : *// y a chez nous une mentalité paradoxale. Les gens disent toujours qu'ils sont adversaires du communisme. C'est vrai Mais, en même temps, ils ne désirent pas un Etat comme en Occident, un Etat avec du chômage".

15) Les impérialistes craignent surtout les effets déstabilisateurs, pour l'ensemble de l'Europe (voire pour la situation mondiale), de graves conflits politiques et sociaux en Europe de l'Est. C'est pourquoi, les dirigeants les plus représentatifs du grand capital, non seulement ouest-allemand mais aussi américain, insistent lourdement sur la thèse qu'aucun changement important ne devrait s'y produire sans l'accord du Kremlin, ou sans tenir compte des intérêts du Kremlin.

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Ce ne sont pas de quelconques "capitalistes" soviétiques qui sont censés pouvoir "restaurer le capitalisme" en URSS. Ce sinistre dessein est attribué à Gorbatchev (et, en Pologne et Hongrie, à ses alliés locaux). Certains l'avaient même attribué à Deng Xiaoping, en Chine.

A la base de cette interprétation de la dynamique sociale en cours en URSS, se trouve une incompréhension de la nature de la bureaucratie en tant que couche (caste) sociale cristallisée, détenant énorme pouvoir sur toute la société, et jouissant d'énormes privilèges matériels.

Certes, elle n'est pas une nouvelle classe dominante. Elle n'a ni la stabilité, ni les assises, ni la capacité d'auto-reproduction de sa domination à long terme, qui caractérisent les classes dominantes dans l'histoire. Mais lorsque son pouvoir est menacé, elle ne dispose pas moins d'une capacité réelle d'auto-défense, à court et à moyen terme.

Seule une minorité restreinte aurait intérêt (et en serait capable) à se transformer en véritables entrepreneurs de grandes firmes industrielles OU financières, réellement indépendantes du point de vue économique, c'est-a-dire se transformer en propriétaires privés capables de transmettre ce statut à leurs enfants. Pour la grande majorité des bureaucrates, petits et moyens, mais aussi des membres de la nomenklatura (qu'on peut estimer à quelque nages en URSS), la restauration du capitalisme impliquerait une perte de pouvoir et d'avantages matériels. (16)

Reiss et Boutenko

Supposer que la bureaucratie dans ce sens, c'est supposer qu'elle soit prête à se suicider en tant que couche sociale cristallisée. Cela serait commettre une erreur parallèle à celle qui consiste à penser que, dans une situation de crise aiguë, elle passerait avec armes et bagages dans le camp du prolétariat.

Trotsky avait prédit qu'en situation de crise grave, une "aile Reiss" favorable à la révolution politique, et une "aile Boutenko" favorable à la restauration du capitalisme, se dégageraient de la bureaucratie bonapartiste (17). Mais Trotsky n'a jamais affirmé que l'ensemble de la bureaucratie se diviserait en une "aile Reiss" et une "aile Boutenko".

Deux ests historiques décisifs se sont produits, à ce propos en URSS. Les deux crises les plus graves que la dictature bureaucratique a connu furent celle de 1927-1933, et celle de 1941-1943. Dans les deux cas, la majorité de la bureaucratie et sa direction bonapartiste n'a ni opté pour la solution prolétarienne, ni capitulé devant la bourgeoisie. Elle s'est accrochée, par les moyens les plus désespérés et avec un coût terrible pour un les masses soviétiques, à la défense de fois avec succès. 300 000 mésociale en URSS et dans les tera pendant toute une période, une lutte triangulaire et non bipolaire.

ping avait incontestablement joué fait, beaucoup plus loin que Gorbatchev.

de "surchauffe"

tion, un déficit incontrôlable du budget sans un marché des moyens de production et un marché de sans capitalisme, ajoutons-nous). Mais, il rapporte en même temps que dans toute l'URSS, il y a à peine 100 managers.

vice de renseignements de l'Armée rouge, a rompu publiquement avec Staline et le Komintern, après le premier des Procès de Moscou en 1936. Il a annoncé publiquement son ralliement à la IVe Internationale, mais a été assassiné en

Suisse peu de temps après.

ment avec Moscou... mais pour rejoindre les rangs du fascisme italien. cheviques de la révolution d'Octobre. Membre de l'Opposison propre pouvoir. Elle l'a fait les deux

Tous ceux qui n'ont pas compris cette possibilité - à commencer par les infortunés "capitulards" de l'Opposition de gauche, autour de Piatakov (18) — ont payé cette erreur de jugement de leur vie, après avoir commis de terribles erreurs politiques. La lutte politique et autres Etats ouvriers bureaucratisés est, et resnés.

Cette analyse vient d'ailleurs de re- journalistes cevoir une confirmation éclatante en République populaire de Chine. Deng Xiaol'apprenti-sorcier en poussant la "libéralisation" économique aussi loin qu'il l'a Mais lorsqu'une grave crise économique

Men a résulté, avec un début de démantèlement de la planifica-

16) Un article intéressant publié dans l'hebdomadaire indien Économic and Political Weekly (17 juin 1989) se réfère à un exposé du prix Nobel, Wassili Leontief, qui affirme qu'il n'y a pas d'économie de marché cohérente possible la main-d'œuvre, c'est-à-dire sans capital (autrement dit l'appareil bureaucratique.

17) Ignace Reiss, communiste polonais membre du set-

Fedor Boutenko, diplomate soviétique, a rompu égale-

18) louri Piatakov est un des principaux dirigeants bolde l'Etat et une inflation galopante, sa riposte n'a pas été "la restauration du capitalisme", mais une vigoureuse reprise en main par la bureaucratie du contrôle sur l'économie. Des dizaines de milliers de bureaucrates ont été envoyés en province et dans les entreprises pour imposer de nouveau le contrôle de l'Etat sur l'économie (19). Cela a précédé le massacre de la place Tiananmen. La bureaucratie chinoise n'a fait hara-kiri, ni devant les "forces spontanées du marché", ni devant les masses. Elle s'est accrochée désespérément à la défense de son pouvoir et de ses privilèges. La question du pouvoir d'Etat Historiquement, à très long terme, la bureaucratie n'a pas d'avenir ni de destinée propre. Mais pour une période déterminée, elle est capable de défendre sa position bonapartiste. Tel est le verdict de soixante années d'expérience historique. Elle ne disparaîtra de la scène que si elle est renversée par l'action politique délibérée d'une autre force sociale réelle, soit une classe bourgeoise, soit la classe ouvrière. Vu les rapports de force existants aujourd'hui, du moins en URSS (20), il est beaucoup plus probable qu'elle soit éliminée par la seconde que par la première.

Nous disons bien: action politique Car c'est le pouvoir d'Etat qui reste le facteur décisif. Aucun processus économique spontané, aucune "logique interne" des mécanismes marchands ne peut transformer la nature sociale de l'Etat, sans l'intervention active de forces politiques poursuivant des buts détermi-

Aujourd'hui, quoi qu'en disent des impressionnistes ou des gens qui prennent leurs désirs pour des réalités, en Pologne et en Hongrie, c'est la nomenklatura bureaucratique et non "les forces pro-bourgeoises" qui contrôle l'appareil d'Etat. Elle est appuyée par le Kremlin, certes plus discrètement que jadis mais non moins réellement. Avant que le gouvernement Mazowiecki ne soit installé à Varsovie, le chef du KGB y a fait une visite remarquée, afin d'avaliser tion de gauche, il capitula en 1928, lors du "tournant à gauche" de la direction stalinienne. Il a été néanmoins exécuté à l'issue du second Procès de Moscou, en 1937.

19) Voir la Neue Zürcher Zeitung du 22-23 juillet 1989, sur la vigoureuse reprise en main de l'économie chinoise par

20) Même en Pologne, où il y a beaucoup de bavardages sur la "privatisation" de la nomenklatura, il faut voir la réalité derrière la logomachie. La Frankfurter Allgemeine Zeitung, du 11 septembre 1989, note sobrement qu'il faudrait 20 à 25 ans pour reprivatiser l'industrie qui est à 95 % propriété étatique. Qui peut acheter cette industrie, sinon le capital étranger ? Et pourquoi celui-ci achèterait-il des entreprises généralement subventionnées, c'est-à-dire non rentables du point de vue capitaliste ? Le Monde du 2 septembre dernier titre : "La nomenklatura polonaise s'arroge la meilleure part du secteur privé". Mais à y regarder de plus près, il s'agit d'un consortium agricole, et d'une escroquerie contre laquelle la population a déjà commencé à protester.

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la nouvelle coalition au gouvernement (pas au pouvoir, la nuance est de taille). Le discours que Gorbatchev a prononcé à Berlin-Est, à l'occasion du 40e anniversaire de la RDA est aussi sans ambiguïté à ce propos.

Le marxiste américain Paul Sweezy croit, quant à lui, qu'à l'exception de Cuba et de la RDA, on va, à la longue, vers une restauration du marché (Monthly Review, septembre 1989). Passons sur le fait, "qu'à la longue", beaucoup de choses changent, tant en Europe de l'Est qu'en Europe de l'Ouest, en URSS et dans le monde. Passons aussi sur le fait que le même Sweezy oublie allègrement que, jusqu'à hier, il avait affirmé qu'une nouvelle classe dominante non-capitaliste était au pouvoir dans tous ces pays. Voilà une "nouvelle classe dirigeante" qui se supprime elle-même : une véritable aventure de la dialectique.

Une position indépendante, mais non abstentionniste

TOUTE L'ANALYSE qui précède débouche sur deux conclusions politiques : les marxistes révolutionnaire s'efforcent, dans toutes les circonstances, de défendre les intérêts de classe immédiats et historiques du prolétariat. Ils ne s'identifient ni avec l'aile gorbatchévienne, ni avec l'aile conservatrice de la bureaucratie. Ils constituent une tendance politique autonome, indépendante de toute fraction de la bureaucratie. Ils cherchent leurs assises dans la classe ouvrière et dans les alliés de celle-ci dans les secteurs de l'intelligentsia et de la jeunesse, qui défendent les intérêts du prolétariat. Ils voient dans la révolution politique — "la révolution par en bas"- le seul moyen de résoudre positivement les problèmes avec lesquels l'URSS, la République populaire de Chine, et les pays d'Europe orientale, sont confrontés.

Mais cette position d'indépendance de classe, anti-bureaucratique, intransigeante, n'implique d'aucune manière une attitude de "neutralité", c'est-à-dire d'abstentionnisme de fait, dans les conflits politiques et sociaux concrets qui se déroulent aujourd'hui en URSS dans les autres Etats ouvriers, y compris qui sont moins bureaucratisés,

Mais l'essentiel est ailleurs. Pas une fois, Sweezy ne fait allusion au rôle, à l'activité, aux réactions, aux intérêts de la classe ouvrière. Elle n'est même pas un pion sur l'échiquier. Elle n'existe pas : les 350 millions d'ouvriers de ces pays sont tout simplement rayées de la scène

Pour nous, ce théorème doit être renversé. Aucun changement de régime dans n'importe lequel de ces pays n'est possible sans de violents ciaux, dont la classe ouvrière sera l'actrice principale. Elle défendra ses intérêts. Sans sa défaite sévère au bout de ces conflits, aucune restauration du capitalisme n'est possible. ment, c'est à ces luttes qu'il faut la préparer, qu'il faut se préparer, sans considérer la défaite comme inévitable, alors que la bataille n'a même pas encore été comme le Nicaragua et Cuba. Il faut chaque fois prendre position en fonction de l'enjeu réel du conflit, et de ses implications pratiques pour la cause de la lutte d'émancipation des travailleurs. De ce point de vue, les lignes de force suivantes se dégagent, quant à l'attitude qu'ils doivent adopter dans la lutte de fraction qui déchire le "mouvement com-

1) Ils appuient à fond les mesures la glasnost, c'est-à-dire tout élargissement des libertés démocratiques dont peuvent jouir les masses laborieuses. L'idée que la glasnost n'intéresse que l'intelligentsia et ne profite qu'à elle est un mythe inepte.

Il suffit d'examiner l'ampleur des votes pour les candidats d'opposition, lors des élections pour le Congrès des députés du peuple en URSS ; il suffit d'étudier l'ampleur, les formes d'organisation, les revendications et les conséquences des grèves massives, culminant dans la s'apercevoir jusqu'à quel point les masses laborieuses utilisent la glasnost à leur propre profit.

Le développement de l'activité, de la politisation, et de l'auto-organisation de couches croissantes de la classe vrière, est le résultat principal de la glas-

Voilà ce qui ressort d'un reportage du Washington Post Service, paru L'International Herald Tribune du 29 août 1989 : "Tout a changé depuis la grève - a déclaré Alexandre Kalinin, un journaliste soviétique qui a une longue expérience dans le bassin minier du Donbass - les travailleurs ont cessé d'avoir peur des chefs. C'est comme s'ils avaient soudainement jeté leurs chaînes et étaient devenus libres. (...) nant que la grève est finie, les 5 700 ouvriers de la mine Gorki ont commencé à utiliser leur fibre politique. Pendant une réunion de dix heures ce mois-ci, ils ont accusé les responsables de la mine de corruption et de mauvaise gestion et, à l'issue d'un vote, le comité de grève de dix-sept personnes dirigé par M. Boldotransformé en un nouveau conseil des travailleurs. Pas un seul directeur ou un seul responsable du Parti communiste ou du syndicat officiel n'a

Encore plus de glasnost !

Les critiques que les marxistes révolutionnaires formulent à l'égard de la glasnost portent sur le fait qu'elle ne va pas assez loin ; que la censure n'est pas entièrement levée ; que la liberté d'association et de manifestation n'est pas sans restrictions, que le droit de grève est réglementé, c'est-à-dire limité ; que les élections ne sont pas tout à fait libres.

Mais les progrès par rapport aux régimes du passé sont énormes, et qualitatifs. Toute restriction des libertés démocratiques acquises serait une défaite très grave de la classe ouvrière soviétique, et un coup très dur porté au mouvement ouvrier international.

2) Toutes les mesures de la perestroïka qui sont contraires aux intérêts de la classe ouvrière, qui sont rejetées par elle ou à l'égard desquelles elle est sceptique, sont combattues par les marxistes

Il s'agit notamment de toutes les mesures pouvant entraîner des réductions d'emploi ou des fermetures d'entreprises, sans réembauche garantissant le salaire antérieur et le logement ; de toute mesure d'accélération des cadences et de réorganisation de la production sans contrôle ouvrier (droit de veto ouvrier) ; de toute mesure d'augmentation du coût des produits de première nécessité, non compensée par une véritable échelle mobile des salaires sous contrôle ouvrier; de toute suppression de la gratuité de la santé et de l'éducation et, en général, de toute réduction du poids des services sociaux dans la vie ouvrière.

3) Tout élargissement de l'inégalité sociale, tout maintien des privilèges de la nomenklatura, toute amplification des gains de la petite et moyenne bourgeoisie, au-delà d'une certaine limite, doivent

4) En revanche, dans la mesure où

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les travailleurs eux-mêmes expriment l'avis qu'un recours aux mécanismes marchands dans le domaine des services facilite la solution de problèmes de la vie quotidienne, les marxistes révolutionnaires accepteront cet avis. C'est aux travailleurs eux-mêmes, et non à des idéologues, de décider de questions qui concernent la vie matérielle de dizaines de millions de ménages.

5) Les marxistes révolutionnaires appuient toute lutte pour le droit des nationalités minoritaires en URSS à disposer d'elles-mêmes, en pleine souveraineté. Ils combattent en même temps le chauvinisme sous toutes ses formes. Ils rejettent en priorité le chauvinisme grand-russe, et les manifestations de chauvinisme qui conduit à des pogroms, comme cela s'est passé en Azerbaïdjan et en Ouzbekistan.

Contre les accords avec l'impérialisme

6) Les marxistes révolutionnaires sont opposés à tous les accords entre le Kremlin et l'impérialisme pour restreindre la liberté d'action des mouvements de libération dans les pays coloniaux et semi-coloniaux (notamment en Afrique australe et en Palestine) qui sont confrontés avec la répression sanglante et le déni de leurs droits politiques élémentaires, dont celui d'auto-détermination. Ils sont opposés à toute intervention sur le mouvement ouvrier international, qui s'efforcerait de "modérer" celui-ci, tant en ce qui concerne les formes d'action que les objectifs à atteindre, sous préde "coexistence pacifique approavec la bourgeoisie internatio-

Ils dénoncent la réduction d'aide aux mouvements révolutionnaires, et notamment de l'aide économique au Nicara-

7) Les marxistes révolutionnaires sont favorables au retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan ; aux initiatives de l'URSS en matière de désarmement, à l'abandon de la doctrine Brejnev de "souveraineté limitée" des pays d'Europe orientale, au rétablissement de rapports d'Etat normaux entre l'URSS, la République populaire de Chine, et la Corée du Nord ; au développement de leur coopération économique sur un pied d'égalité, c'est-à-dire sans utilisation de l'aide économique à des fins de pression

8) Les marxistes révolutionnaires défendent la validité des thèses fondamentales du marxisme, la condamnation intransigeante du capitalisme et de l'impérialisme, la validité des perspectives révolutionnaires à l'échelle mondiale, la validité du projet socialiste. Ils les défendent aussi bien contre les thèses concinéo-social-démocrates, contre les thèses conservatrices néostaliniennes, qui ne sont que deux variantes de l'idéologie bureaucratique ré visionniste. Pareille attitude concrète à l'égard des principaux problèmes soulevés dans la lutte de fraction au sein du prétendu "mouvement communiste international" s'oppose à toute thèse sur une prétendue "cohérence de projet unique" attribuée soit à Gorbatchev, soit aux conservateurs. La première de ces thèses implique le rejet de la glasnost parce qu'elle seappui critique à la perestroïka et surtout à l'équipe de Gorbatchev, de peur que sinon, la glasnost ne soit condamnée

Passons sur le fait que les diverses fractions de la bureaucratie ne se distingue par aucune "cohérence" idéologique ou théorique. Elle agit essentiellement de manière pragmatique. L'expérience chinoise a déjà confirmé que, loin de se déterminer mutuellement, "libéralisation" économique et démocratisation politique se contredisent à terme, dans la mesure où la "libéralisation" économique accentue les contradictions sociales, conduit à des affrontements explosifs, et renforce la tendance de la bureaucratie à y répondre par la répression (21).

Renverser la bureaucratie

Aucun "tournant" fondamental de la politique économique en URSS, dans le sens d'une véritable planification démocratique, d'une véritable auto-détermination des masses laborieuses, n'est possible sans renversement du pouvoir de la bureaucratie. Aucun "tournant" fondamental de la politique étrangère de l'URSS, en faveur d'un appui à la révolution internationale n'est possible sans ce

Mais aucun renversement du pouvoir bureaucratique n'est possible si, grâce à un processus de démocratisation qui va en s'amplifiant, les masses n'acquièrent pas la capacité croissante d'auto-organisation et l'expérience politique nécessaire pour réaliser cette révolution. Voilà pourquoi la glasnost est vitale pour l'avenir du socialisme en Union

Les travailleurs soviétiques le comprennent d'ailleurs eux-mêmes. Le président du comité de grève de Kemerovo, dans le Kouzbass, a dit : "La perestroika [il vaut mieux dire la glasnost, EM] a ébranlé le peuple, surtout la jeunesse. Au cours des dernières années, le développement de la conscience politique du peuple a fait des progrès particulière ment rapides". Et, David Seppo ajoute "Deux changements importants se sont les rapports des travailleurs avec les bureaucraties politiques et économiques. D'une part, grâçe à l'expérience d'une série de grèves partielles - dont certaines ont eu échos favorables dans la presse - les ouvriers ont commencé à se défaire de la peur de la répresion. D'autre part, le feu nourri de critiques que les autorités centrales ont dirigées à l'égard de l'administration économique a eu pour effet d'encourager les protestations de la part des travailleurs" (22).

Concrètement, cela veut dire que lors des luttes des travailleurs pour la défense de leurs intérêts matériels immédiats, il faut être prêt à les appuyer, sans égards pour l'affaiblissement gorbatchévienne qu'elles pourraient provoquer. Toute attitude différente serait opportuniste et contre-productive.

Mais parallèlement, en cas de mec'est-à-dire contre les libertés démocratiques réelles dont jouissent déjà en pratique les travailleurs, il faut être prêt à faire l'unité d'action avec toutes les forces prêtes à agir (donc y compris les "gorbatchéviens") pour empêcher l'avènement d'un régime plus répressif. Tout refus d'un tel front unique correspondrait à une attitude sectaire irresponsable, du type "stalinisme de troisième période" (23). En cas de victoire temporaire des conservateurs, les responsables soviétiques d'un tel sectarisme auraient toute latitude de réfléchir sur les conséquences de leurs erreurs, dans les prisons, les Goulags, les hôpitaux psychiatriques (24), ou, dans le meilleur des cas, dans l'isolement de leur appartement.

21) Voir le livre de Catherine Samary Le marché contre l'autogestion (Paris La Brèche 1988) et les Cahiers d'Amsterdam sur les problèmes de la société de transition.

22) Voir l'article de David Seppo sur la grève des mineurs, dans Inprecor, numéro 293 du 18 septembre 1989.

23) Avant l'avènement du fascisme en Allemagne, en 1933, l'Internationale communiste stalinienne avait refusé d'appliquer le front unique avec la social-démocratie qu'elle qualifiait de "social-fasciste".

24 ) Selon Les Nouvelles de Moscou du 23 juillet 1989, l'ouvrier Alexander Kouzneksov, délégué par ses concitoyens de Kolouna (région de Moscou), était allé trouver Brejnev pour se plaindre des autorités locales. Plus tard, ayant rajouté à sa réputation de "justicier" des propos critiques visant le premier secrétaire du comité de ville lors de la réunion d'usine, il fut amené à comparaître en justice pour "diffusion de mensonges notoires calomniant le régime soviétique social et d'Etar". Il fut expédié dans un hôpital psychiatrique spécial, où il resta interné pendant deux ans, après avoir passé un an en prison.

Trois années de captivité pour critiques orales d'un secrétaire du parti... De telles méthodes ne devraient plus jamais être appliquées en URSS. Peut-on être "neutre" sur de telles questions ? Leur suppression actuelle n'est-elle pas un énorme progrès ? Cet acquis de la glasnost favorise-t-il "la démocratie bourgeoise" ?

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Ce n'est pas par hasard que les manifestations de la place Tiananmen de Pékin ont commencé sous des pancartes : "Vive la glasnost". Cela ne restera pas un précédent sans lendemain.

Le débat au Soviet suprême autour des restrictions sur le droit de grève, en septembre 1989, a permis de clarifier ces choix encore plus tôt que nous ne l'avions prévu. Il y avait clairement trois positions en présence.

Les conservateurs sont opposés au droit de grève, et surtout à la pratique des grèves. Ils ne le cachent guère. Les "radicaux" sont en faveur d'un droit de grève sans limites, et d'une pratique de grèves sans répression. Les gorbatchéviens oscillent entre les deux positions, mais ont tendance à se rapprocher, de manière modérée, de la première.

Gorbatchev avait introduit une proposition de décret interdisant les grèves pendant dix-huit mois, et réglementant sévèrement l'exercice du droit de grève (qu'il était d'ailleurs prêt à légaliser pour la première fois) par l'arbitrage obligatoire.

La "révolution par en bas" Puis, s'est produit quelque chose qu'on n'avait plus vu en URSS depuis 1919. Sous la pression du mouvement des travailleurs et de l'écho (fort limité et pour le moment contradictoire) de ce mouvement au sein du parlement, la majorité des membres du Soviet suprême a rejeté la proposition de Gorbatchev, c'est-à-dire du gouvernement et du Bureau politique du Comité central du PCUS. Elle a obligé Gorbatchev à conclure un compromis, certes inacceptable pour des défenseurs intransigeants des intérêts des travailleurs que nous sommes, mais fort éloigné de sa proposition initiale d'interdiction de toute grève pendant dix-huit mois. Et surtout, ce résultat spectaculaire du débat au Soviet suprême encouragera les travailleurs à poursuivre leurs actions revendicatives et leurs grèves, sans tenir compte d'une quelconque disposition légale.

En URSS, il y a eu des millions de grévistes en 1988 ; et deux millions dans e premier semestre de 1989. Il y en aura encore des millions dans les mois et les années à venir. Tout cela était inconcevable sous Staline, sous Khrouchtchev, sous Brejnev, sous Andropov. Cela représente un énorme pas en avant, dont il faut défendre l'acquis bec et ongles.

Il n'y a pas de progrès durable possible sur la voie du socialisme, en URSS et dans le monde, sans que ce mouvement prenne de l'ampleur, sans que l'auto-activité et l'auto-organisation des travailleurs soviétiques, chinois, d'Europe orientale, se développe jusqu'à devenir une véritable "révolution par en bas", une véritable révolution politique. La démocratisation politique est un formidable encouragement dans ce sens.

10 octobre 1989

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