communiste grec (KKE) a explosé de façon spectaculaire à la rentrée. Après une session particulièrement longue, le Comité membres du Conseil central de la Jeunesse communiste (KNE).
A la suite de cette décision, le Conseil central s'est réuni et a sont rangés aux côtés de la direction de la jeunesse et ont été contraints de démissionner. Pour le moment, on ne peut encore faire un bilan chiffré de la dissidence, tant au Comité central déclarations publiques d'opposition à la direction du parti de la
PC GREC
La fronde des jeunes communistes
LA CRISE QUI COUVAIT, depuis de longs mois, dans le Parti central du KKE a décidé de destituer l'ensemble des 70 affirmé sa résolution de se maintenir à la tête de la KNE.
Au moins dix à douze membres du Comité central du KKE se que dans les autres instances du KKE, dans la mesure où les part des membres éminents se poursuivent et prennent de l'ampleur.
N. CHAMPY
AU NIVEAU des rapports de force, la situation est la suivante : 53 des 70 membres du
Conseil central de la
KNE se sont rangés aux côtés de G.Grapsas, secrétaire de l'organisation, et ont dénoncé l'ingérence brutale et antistatutaire de la direction du parti (KKE) dans les affaires intérieures de son organisation de jeunesse. Les 17 membres restant se sont déclarés soit neutres, soit aux côtés des
"normalisateurs". Au niveau des organisations de base de la KNE, l'écrasante majorité (entre autres, les organisations d'Athènes, de Pirée, de Patras, de Salonique, et surtout des autres villes universitaires) s'est déclarée partie prenante du nouveau cours oppositionnel de l'organisation.
Entre temps, la direction du parti a décidé de prendre sous sa tutelle la
KNE, en lui imposant un Bureau composé surtout de cadres du parti qui ont été jadis membres de l'organisation de jeunesse. Le Conseil central et le Bureau imposé de l'extérieur ont tous deux manifesté leur intention de convoquer, au plus tôt, un congrès extraordinaire. Mais, tandis que le
Bureau considère déjà comme exclus tous ceux qui n'ont pas obéi aux diktats du Comité central, le
Conseil central de la KNE a déjà annoncé qu'il institue le droit de tendance, et la possibilité pour la minorité de faire circuler sa plate-forme et d'être représentée au congres.
Si on se fiait aux informations et éditoriaux de toute la presse, on ne pourrait que conclure que la KNE n'est qu'une organisation de petits staliniens impénitents qui ne comprennent rien aux réalités de la société moderne. En effet, la télévision d'Etat, les stations de radios privées, et aussi tous les journaux de droite, du centre, de gauche, sans oublier les quotidiens du KKE, ne cessent d'affirmer que les dissidents sont un produit du passé : des petits dogmatiques, en somme.
Diffamation de type stalinien
La campagne de diffamation de pur style stalinien, à laquelle participent toutes les forces politiques confondues, est sans égal: le jour même où les membres de la KNE manifestaient dans la rue contre le massacre de Tiananmen, la presse bien pensante de Grèce accusait la même KNE de s'être rangée aux côtés des bouchers de Deng Xiaoping !
En réalité, la dissidence de la KNE vient de loin, et ses désaccords avec la direction du parti portent sur les questions centrales, tant de la politique, ipterne, que de la situation dans les pays du "socialisme réellement existant". Deux éléments ont particulièrement accéléré le processus de différenciation en son sein : le brusque tournant à droite du KKE, qui a formé une coalition avec la Gauche hellénique (EAR) (1), et surtout sa participation à la coalition gouvernementale avec la Nouvelle démocratie, parti bourgeois par excellence. Inutile de dire que la KNE et les oppositionnels dans le KKE se sont déclarés absolument opposés à ce tournant.
Critique du "socialisme réellement existant"
En même temps, depuis 1985, les événements qui accompagnent la perestroïka ont provoqué d'abord des interrogations et, ensuite, la maturation des tendances clairement antistaliniennes qui, très souvent, ont abouti à une critique globale du "socialisme réellement existant", de la bureaucratie, tant en Union soviétique que dans les autres pays de l'Est. C'est ainsi qu'il est pour le moins faux de prétendre que la KNE est composée de nostalgiques du passé. En réalité, ses prises de positions théoriques et pratiques la rapprochent de plus en plus de l'extrême gauche, et même parfois du courant marxiste-révolutionnaire.
Evidemment, il y a des différences politiques entre les positions de la majorité de la jeunesse de la KNE et les oppositionnels au sein du parti. Comme on pouvait s'y attendre, la répression brutale des membres éminents du Bureau politique, du Comité central, et des autres instances du KKE, a provoqué un afflux d'oppositionnels aux idées peu claires et à l'antistalinisme très récent. Ceci comporte un aspect négatif parce que les nouveaux venus (surtout des cadres âgés) ne sont pas exactement sur la même longueur d'onde que la tendance majoritaire au sein de l'organisation de jeunesse.
Cependant, il ne serait pas exact de prétendre qu'il n'existe pas de différenciations, même parmi les oppositionnels du parti. En effet, il y a nombre de dirigeants éminents et au prestige indiscutable auprès de la base (par exemple,
1) La gauche hellénique provient de la scission du Parti communiste de l'intérieur qui était lui-même une scission du Parti communiste, en 1968. Après avoir suivi, en gros, une démarche eurocommuniste, la Gauche hellénique et son leader, Leonidas Kirkos, sont actuellement les partisans les plus convaincus de la collaboration de classes et de la participa tion suivie au gouvernement de coalition avec le grand parti de la droite, la Nouvelle démocratie. Ses forces sont très limitées et se résument surtout à quelques centaines d'intellectuels "modernistes" et faisant déjà carrière dans l'administration et la gestion de l'Etat.
l'idéologue du parti N.Kotzias (2), son grand intellectuel, le professeur E. Bitdakis ; ou le directeur du Centre d'études marxistes, G.Maniatis) qui sont déjà beaucoup plus proches des positions de la KNE, après s'être prononcés en faveur d'une critique radicale du stalinisme et du réformisme en tout genre.
En résumé, on peut dire que deux éléments centraux unifient sans exception tous les oppositionnels : leur refus commun de la capitulation du parti face aux pressions, à l'intérieur de la coalition de gauche, qui ont conduit le KKE à participer au gouvernement dominé par la droite. Ce refus est accompagné d'une critique véhémente du manque de démocratie interne et des méthodes administratives de la direction. Le deuxième élément central consiste en un refus de l'obéissance aveugle aux diktats de Moscou, et en une critique du stalinisme et des bureaucraties des pays de l'Est, que cela soit sous leurs formes passées ou actuelles. Au delà de ces accords plutôt généraux, il existe évidemment nombre de tendances ou de sensibilités différentes.
Pour comprendre la violence et l'ampleur de l'affrontement au sein du KKE et de la KNE, il faut tenir compte du cadre général très particulier dans lequel se déroulent ces événements historiques. Par exemple, la campagne de presse diffamant les oppositionnels, est due manifestement au fait que le Parti communiste grec participe maintenant au gouvernement, pour la première fois de son histoire.
Les manœuvres du PASOK
Ainsi, la mise en question de la politique de sa direction par des dizaines de milliers de ses membres a des répercussions directes sur la gestion quotidienne des affaires par (maintenant manifeste) d'incorporer les directions réformistes au
Men vue de l'application d'une politique d'austérité très sévère. En somme, la crise qui a éclaté complique les grandes manceuvres bourgeoises, et peut même mettre en question ses plans à long terme. En même temps, le Parti socialiste pan-hellénique (PASOK) de l'ex-premier ministre, Papandreou, ne paraît pas en mesure de profiter de la crise du KKE, puisque les oppositionnels actuels sont les mêmes qui critiquaient déjà (contre l'avis de la direction du Parti) la politique servile de la direction du KKE envers les gouvernements du PASOK, de 1981 à 1989.
Au contraire, l'opposition dans le KKE pourrait représenter une alternative pour au moins une fraction de la base du PASOK qui se sent frustrée par les scandales et les égarements de son parti, mais qui, en même temps, ne se sent pas attirée par la politique collaborationniste de la Coalition de gauche. Cependant, il est clair que, même indirectement, le PASOK exploite la crise au sein de la KNE, l'attribuant ment au refus des partis parlementaires de la gauche de couvrir ses scandales et de se salir avec lui. C'est d'ailleurs précisément cet aspect de la politique du KKE et de la Coalition de la gauche que critiquent les oppositionnels, quand ils affirment que l'aveuglement revanchard direction, pour l'instant, conduit qu'à cimenter l'unité du PASOK, au lieu de contribuer à l'éclatement qu'ils
Comme on le voit, la crise au sein du KKE s'est déclenchée à un moment très délicat. Par le nombre des militants et sympathisants qu'elle implique (bien qu'il soit trop tôt pour avoir une idée précise, on estime qu'il s'agit de dizaines de milliers de militants), et par le contenu de sa critique, la dissidence communiste constitue déjà un événement de dimension historique, qui pourrait aboutir à une transformation radicale de la carte politique de la gauche grecque, sinon du pays entier.
On peut déjà noter que la petite extrême gauche grecque, ou le Parti communiste de l'intérieur (KKE-es.) commencent à réorienter leur travail en fonction des événements à l'intérieur du KKE. On constate ainsi, qu'en quelques semaines, l'éventualité de la constitution d'un pôle anticapitaliste et antibureaucratique a pu acquérir une nouvelle crédibilité, dépassant largement tout ce qu'on a vu dans le passé.
Le fait que, depuis un an, les diverses organisations d'extrême gauche, ainsi que nombre de militants révolutionnaires indépendants aient pu dépasser leur sectarisme traditionnel pour constituer, pour la première fois, un front commun aux structures stables, le Regroupement alternatif anticapitaliste (EAS, auquel participe l'OKDE, section grecque de la IVe Internationale), n'est pas à négliger dans la conjoncture actuelle. Cette dynamique unitaire dans l'extrême gauche s'est d'ailleurs manifestée dans la décision de la grande majorité des dirigeants du petit Parti communiste de l'intérieur d'œuvrer à la présentation d'une liste unique des forces anticapitalistes aux élections du 5 novembre prochain.
Une scission historique
Certes, beaucoup va dépendre de ce qui va se passer dans les semaines à venir, et surtout des résultats des élections. Une éventuelle débâcle de la Coalition de la gauche et du KKE pourrait accélérer la crise et pousser dans les rangs de l'opposition membres du Parti. C'est d'ailleurs en prévision de cette éventualité que la direction du Parti, ayant à sa tête le président, Harilaos Florakis, et le secrétaire général Grigoris Farakos, a pris l'initiative de frapper dur et vite, sans avoir préparé le terrain et au prix de graves risques tactiques. Mais ce qui est déjà sûr, c'est que, cette fois, il ne s'agit plus de quelques centaines de dissidents aux divergences seulement tactiques, ni de la manifestation d'une opposition qui est tentée par les mirages de l'eurocommunisme ou de la "modernisation" droitière du mouvement ouvrier. Il s'agit de la plus grande scission qu'a connue le KKE depuis sa fondation. Exception faite, peut-être, de la scission de 1927, conduite par le secrétaire de l'époque et éminent marxiste révolutionnaire, Pantelis Pouliopoulos. Mais en ce temps, le KKE n'avait que quelques milliers de membres. Il s'agit aussi de l'apparition — même si, pour l'instant, cela reste embryonnaire — d'une opposition communiste anticapitaliste et antibureaucratique qui semble avoir un moral d'acier et qui se sent partie prenante du mouvement, non seulement national mais aussi international, en faveur de la reconstruction de la gauche révolutionnaire. De ce point de vue, ce qui se passe actuellement à l'intérieur du Parti communiste grec dépasse largement les frontières du pays et doit intéresser toute la gauche européenne.
Athènes, 25 septembre 1989
2) La tentative récente de la direction du KKE d'exclure du Parti le membre du Comité central chargé de l'idéologie, Nikos Kotzias, a été repoussée à une écrasante majorité. Les organisations de base qui ont désobéi sont celles d'abord des chantiers navals d'Elefsina, et ensuite, de la région industrielle du même nom qui est de loin le plus grand centre industriel du pays et un bastion traditionnel du Parti communiste. Cela donne une idée de l'ampleur de la dissidence.