LA RÉGION autonome du Haut-Karabakh (Nagorny-Karabakh), enclavée dans le territoire de la République soviétique d'Azerbaïdjan, a été créée en 1923, comme une concession au pouvoir nationaliste en Turquie (voir l'interview de Claire dans Inprecor numéro 263 du 11 avril 1988). Elle compte 160 000 habitants, dont plus de 75 % d'Arméniens.
Au Haut Karabakh, le volume des investissements par habitants est la moitié de celui d'Azerbaïdjan ; il n'y a quasiment pas d'industrie de construction, et la région est en retard sur le plan économique et social par rapport aux autres régions de la République ; les droits constitutionnels de la population arménienne du Karabakh sont grossièrement bafoués: les jeunes Arméniens n'ont pas le droit d'apprendre leur histoire notamment l'histoire du génocide arménier de 1915, en Turquie), l'importation d'ou vrages en Arménien est réduite à la portion congrue ; en prétextant des "difficultés techon a empêché la population de suivre les programmes de la télévision arménienne ; pas un seul des 1 500 monuments historiques du Karabakh n'ont été restaurés depuis des années, etc. La situation n'était guère meilleure pour les 200 000 Arméniens de Bakou (capitale de l'Azerbaïdjan).
A partir de février 1988, d'importantes mobilisations de masse ont lieu au Karabakh et en Arménie pour exiger le rattachement de cette région à l'Arménie (voir In precor numéro 274 du 17 octobre 1988). Aujourd'hui, 200 000 Arméniens, qui ont quitté l'Azerbaïdjan, se sont réfugiés en Arménie, alors que des dizaines de milliers d'Azéris ont abandonné l'Arménie. Avec les 530 000 sans-abris, victimes du séisme, près d'un tiers de la population de la République arménienne est à la rue, et une bonne partie n'a pas de travail.
Le 12 janvier 1989, le Soviet suprême d'URSS a soustrait de fait cette région à l'autorité de la République d'Azerbaïdjan. Une Direction spéciale présidée par A. Volski, membre du Comité central du Parti communiste d'URSS, est chargée d'administrer le Haut Karabakh. Les promesses d'une plus large autonomie, le déblocage d'une aide exceptionnelle de 400 millions de roubles n'ont pas réussi à régler le problème.
Oppression similaire
Les Azéris sont en majorité des musulmans chiites de langue turque. L'Azerbaïdjan a connu une indépendance de courte durée, en 1918, et a affronté militairement l'Arménie, pour le contrôle du Karabakh et du Nakhitchévan. En 1920, l'Armée rouge a "soviétisé" le pays. A la fin des années 20, riche de son pétrole et d'une agriculture dynamique, l'Azerbaïdjan était l'une des républiques les plus prospères d'URSS. La culture azérie connaissait une grande popularité parmi les populations musulmanes d'Asie centrale.
Mais les répressions staliniennes des années 30 ont décimé les élites intellectuelles. Au début des années 60, l'Azerbaïdjan a perdu sa position privilégiée. La langue et la culture azéries sont opprimées. Les récits épiques des peuples turcs ont été bannis et ne sont republiés qu'aujourd'hui. A la fin des années 20, l'alphabet arabe est remplacé par l'alphabet latin, puis en 1936, par le cyrillique (qui manque pourtant de lettres rendant les sons de l'azéri). Aujourd'hui, 95 % des chercheurs ne connaissant pas l'alphabet arabe, les Azéris, tout comme les Turkmènes, les Ouzbèkes, les Tatars, etc. sont coupés arbitrairement de la possibilité de connaître leur histoire (le retour aux alphabets arabe et latin fait partie des revendications des fronts populaires).
Le recul est réel aussi au niveau économique : alors que la République produisait 71 % du pétrole soviétique en 1940, ce taux n'est plus que de 2,5 % en 1986. Le niveau de vie se dégrade, des milliers de familles habitent dans des bidonvilles. La capitale, Bakou, est la ville la plus polluée de • l'Union.