Inprecor 1974–2004

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UNION SOVIETIQUE

Le mouvement ukrainien face à ses tâches historiques

· Inprecor n° 296, 30 octobre 1989 · p. 13-14 · 1 339 mots

Stalinisme Pologne URSS et Russie Syndicalisme

DURANT LES ANNEES 30, la contre-révolution stalinienne a eu

Plusieurs millions de paysans sont morts à cause de la famine provoquée par la politique de Staline. L'identité nationale fut l'appareil d'Etat de cette république, furent détruits au moyen

Le mouvement ukrainien face à ses tâches historiques un effet particulièrement terrible pour le peuple ukrainien.

presque complètement exterminée. Le Parti communiste et d'une terreur policière gigantesque. Staline imposa une russification forcée au peuple ukrainien.

Zbigniew KOWALEWSKI

EN 1939, sur la base du pacte germano-soviétique entre Staline et Hitler, l'URSS annexa l'Ukraine occidentale qui appartenait auparavant à l'Etat polonais. Cette annexion devint définitive à la fin de la Seconde

Guerre mondiale. Mais ce fut une annexion très difficile, parce que l'instauration du régime stalinien, en Ukraine occidentale, rencontra une forte résistance populaire. Le mouvement de guérilla rurale très étendu et dirigé par les nationalistes radicaux

- l'insurrection armée ukrainienne — fut écrasé au début des années 50. Mis en déroute sur leurs terres, les nationalistes ukrainiens se retrouvèrent, en 1953-1954, après la mort de Staline, à la tête des mouvements de grève dans les camps de concentration, depuis Vorkouta et Norilsk au Nord du cercle polaire, jusqu'à Kinguir au Ka-

Un cheminement difficile

Ce fut sur cette base que, durant les décennies ultérieures, se forgea la continuité de la mémoire historique parmi les générations successives des dissidents ukrainiens qui constituaient un nombre important des prisonniers politiques de

"l'archipel du Goulag". Mais à l'époque de Gorbatchev, la transition d'une dissidence historique et aguerrie à un mouvement de masse s'est révélée très difficile. Deux facteurs ont déterminé le retard relatif de la formation d'un Front populaire en Ukraine.

Cette république continua à être gouvernée par les noyaux les plus durs de la bureaucratie conservatrice, c'est-à-dire, les plus fidèles à l'ancien régime brejné-

La libéralisation politique a rencontré ici une résistance féroce de l'appareil bureaucratique, tenu fermement par le patron du Parti communiste en Ukraine, Volodymyr Chtcherbytsky. Les libertés qui sont déjà monnaie courante à Moscou ou à Leningrad, sans parler de Tallin, Riga ou Vilnius (capitales des Républiques baltes) sont encore à conquérir en Ukraine, à travers une dure lutte par l'affrontement régulier avec une police qui n'a pas renoncé à ses vieilles habi-

Quand, au début de l'année 1989, au sein de l'Union des écrivains ukrainiens, surgit l'idée d'un Front populaire et que le journal de cette union, Literatourna Oukraïna, en publia le projet de programme, l'équipe de Chtcherbytsky lança une contre-offensive idéologique, politique et policière agressive. Mais le développement toujours plus important du mouvement de masse indépendant a finalement rendu possible la réunion de son Congrès constituant à Kiev.

L'importance de ce succès est évidente si l'on tient compte du fait qu'en Biélorussie, autre bastion d'une bureaucratie conservatrice, le congrès constitutif du Mouvement populaire a dû se réunir récemment "en exil", à Vilnius, sous la protection du mouvement lithuanien Sajudis. De plus, peu de jours après le congrès de Kiev, Chtcherbytsky, le vieux patron tout puissant du PC, fut éliminé. Mais il semble que ce sont ses protégés qui continuent à exercer le pouvoir.

Réveil national

La seconde difficulté est due aux rythmes très inégaux du réveil national et du développement du mouvement de masse en Ukraine. Depuis l'été 1988, la ville de Lviv, centre traditionnel d'Ukraine occidentale, est devenue la scène de mobilisations quasi permanentes des masses, avec des consignes chaque fois plus radicalement nationalistes et démocratiques, et en rupture chaque fois plus ouverte avec le régime bureaucratique. C'est là-bas que la combative Union Helsinki Ukraine (UHS) s'est reconstr. et a gagné rapidement une influence e masse. Pendant ce temps, en Ukraine centrale et orientale, les masses se mobilisèrent plus lentement, autour de revendications moins nationalistes, pour une « écologie de la nature, de la langue et de la culture » et sous la direction d'intellectuels liés à l'aile gorbatchévienne de la bureaucratie.

Finalement, en juillet 1989, le mouvement ouvrier fit son apparition. Les mineurs du Donbass, grand centre minier d'Ukraine orientale, suivirent l'exemple de leurs camardes du Kouzbass, en Russie, se déclarant en grève. Leurs revendications furent exclusivement socio-économiques. Ils rents aux revendications nationales. Ukrainiens en grande majorité, mais soumis à une forte russification, les mineurs du Donbass sont traditionnellement exclus de la possibilité d'accès à la langue, à la culture et à l'histoire ukrainienne. Au contraire, les mineurs grévistes de la région minière de Lviv, en Ukraine occidentale, commencèrent non seulement à combiner les revendications sociales et nationales, mais aussi, sous l'influence polonaise, à revendiquer la formation d'un "syndicat autogéré indépendant:

Unité des composantes ethniques et sociales

Le second grand succès est la rencontre, lors du Congrès constituant du Mouvement populaire, des représentants des trois courants mentionnes -des nationalistes radicaux, des réformateurs modérés de Kiev et du mouvement ouvrier naissant du Donbass. entre ces courants est difficile, mais fondamentale pour la construction mouvement de masse unitaire et démocratique. Le Congrès a représenté un pas important dans cette direction.

Le troisième succès est la participation au congrès des représentants de toutes les minorités nationales qui vivent en Ukraine, y compris les Tatars de Crimée qui luttent pour le droit de se réinstaller sur leur terre natale qui, aujourd'hui, forme une partie de la République ukrainienne. Non moins importante fut la présence des représentants du Front populaire de Moldavie où, comme en Estonie, la bureaucratie a réussi à mobiliser les ouvriers ukrainiens et russes contre les revendications nationales du peuple roumain de cette république.

Enfin, il faut noter la présence au congrès d'une délégation de dirigeants syndicaux et de parlementaires de Solidarité, reçue très chaleureusement. Les délégués ouvriers de Dniprodzerjynsk la saluèrent en déployant les banderoles du syndicat libre polonais.

Les relations historiques entre la Pologne et l'Ukraine sont terriblement chargées parce que, dans le passé, la nation polonaise fut l'une des nations qui a opprimé les Ukrainiens. La bureaucratie stalinienne en Pologne emploie toujours de nombreux moyens pour fomenter un

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chauvinisme anti-ukrainien, en collaboration étroite avec la bureaucratie soviétique qui, pour sa part, fomente un chauvinisme anti-polonais en Ukraine. Aux dernières élections en Pologne, le Comité civique de Solidarité assura l'élection au parlement, pour la première fois, d'un porte-parole connu des intérêts de la minorité ukrainienne : Volodymyr Mokry.

Dans son discours prononcé à Kiev, Adam Michnik déclara que seule une lutte conséquente contre tout chauvinisme national permettra de construire un système de solidarité internationale : « Si nous ne réussissons pas à construire un tel système, alors nous serons condamnés à la balkanisation, aux hostilités inter-ethniques et à une dictature militaire, communiste ou anticommuniste. »

Réapparition des Cent-Noirs ?

Plusieurs preuves montrent que, comme dans oiverses autres républiques, les secteurs les plus rétrogrades de la bureaucratie tentent de détourner le développement du mouvement national en Ukraine vers des conflits interethniques. Ils n'y sont pas parvenus jusqu'à maintenant, grâce aux énergiques dénonciations de telles intentions par l'Union Helsinki Ukraine et d'autres groupes indépendants. Mais les récentes mobilisations d'un "front internationaliste" qui tente de se construire dans la population russe de la République, l'image des organisations similaires des Pays baltes, en réaction à l'ampleur du Mouvement populaire, commencent à être inquiétantes.

Depuis la tribune du Congrès, Yvan Dziouba, auteur du fameux livre dissident des années 60 - Internationalisme ou russification ? - rappela le cas des Cents-Noirs tsaristes : « Il s'agissait d'un puissant mouvement des couches défavorisées de la société, fortement patriotique et habilement dirigé par les spécialistes de la démagogie sociale et na-

« Leur tâche consistait à sauver l'empire tsariste de la révolution, dirigeant la colère du peuple non pas contre le régime, mais contre les "faux prédicateurs de la vérité", c'est-à-dire, contre les intellectuels révolutionnaires, contre la "Judéo-maçonnerie" et contre les "allogènes qui oppriment le peuple russe". Peut-être ne sommes nous pas encore confrontés à la résurgence de Cent-Noirs de masse ? En tout cas, les trois idées fondamentales sont de nouveau dans l'air. »

Il s'agit là d'un danger que seule une alliance des mouvements nationaux des peuples opprimés d'URSS avec le mouvement indépendant et multi-national de la classe ouvrière soviétique peut conjurer efficacement.

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