LUNDI 13 novembre 1989, alors que le Front Farabundo Marti de Libération nationale (FMLN) avait lancé une offensive militaire dans tout le pays depuis le samedi 11, le manifeste suivant du commandement général du Front a été diffusé par Radio Venceremos dans tout le pays. DOCUMENT
FMLN
E FRONT Farabundo Marti pour la libération nationale (FMNL), insiste depuis 1981 sur la nécessité de trouver une solution politique à la guerre. Cet effort a été confronté à l'opposition tenace des Forces armées et des secteurs d'extrême droite du pays qui sont, en réalité, ceux qui ont toujours entièrement exercé le pouvoir.
Nous avons présenté des dizaines de propositions de négociation, en modérant chaque fois davantage nos positions, malgré une réalité militaire démontrant que nous étions invincibles militairement. Nous avons fait une proposition au gouvernement actuel d'ARENA
qui ouvrait de réelles perspectives de paix. Or, il y a été répondu par une escalade de la répression à travers la torture et les assassinats qui ont culminé avec le massacre des travailleurs de FENASTRAS. Le gouvernement a rejeté le dialogue et, de fait, nos propositions de négociation et, dans le même temps, il a accentué les causes de la guerre en aggravant la crise sociale et en fermant les espaces des secteurs populaires.
Face à cette situation dangereuse qui, non seulement menaçait la possibilité d'une issue pacifique à la guerre, mais était également lourde de nouveaux massacres et de violations flagrantes des droits démocratiques de notre peuple, le FMLN a décidé de lancer une offensive militaire énergique qui stoppe l'activité des fascistes et ouvre la possibilité de mettre fin à la guerre.
C'est ainsi qu'à 20 heures, le 11 novembre, nos forces ont commencé le combat sur tous les objectifs prévus par l'offensive, déjouant les mesures préventives et les dispositifs que l'armée avait mis en place pour essayer de nous arrêter. Nos combattants aguerris, malgré leur infériorité en forces et en moyens, ont dépassé tous les objectifs, en menant à bien l'une des plus glorieuses batailles militaires de l'histoire de la guerre populaire. En moins de quinze heures, nous avons pris le contrôle de territoires stratégiques, en annihilant des dizaines d'unités ennemies ; nous avons fait des prisonniers, récupéré des armes et détruit des engins blindés et aériens.
Après quatre jours de combats ininterrompus, nos forces ont rejeté toutes les contre-attaques ennemies et ont conquis de nouvelles positions. Et des milliers d'habitants des villes ont réalisé des soulèvements populaires en appui à nos forces, en s'y intégrant comme des combattants supplémentaires.
Face à cette situation, le gouvernement d'ARENA et le clan d'officiers corrompus connu sous le nom de tandona, qui dirigent les Forces armées, ont commandé des bombardements criminels contre la population civile dans le but d'arrêter les soulèvements populaires, ce qui conduit à une augmentation de l'appui à nos forces et a fait redoubler la colère populaire contre le gouvernement de Cristiani et l'armée. Ainsi, est apparue une situation qui a contraint nos forces à prendre la décision de mener leur offensive et celle du peuple jusqu'à ses ultimes conséquences. La paix n'est possible que si l'on chasse du pouvoir ceux qui ont transformé la guerre en négoce.
Directives du FMLN
Vu ce qui a été dit précédemment, le Commandement général du FMLN :
1- Ordonne à toutes nos unités de maintenir les positions conquises et de commencer à organiser le soulèvement général de notre peuple et de mener à bien toutes les tâches de sécurité et de défense de la population, tout comme les mesures de réquisition et de distribution de nourriture à la population.
2- Appelle le peuple à généraliser les soulèvements pour entrer dans le combat, en y participant de toutes les façons possibles et en utilisant tout type d'armement populaire qui lui permette de se défendre et de frapper l'ennemi.
3- Communique, qu'à partir de la diffusion de ce manifeste, nous déclarons territoires libérés par le peuple, toutes les zones sous notre contrôle dans les départements de Morazan, San Miguel,
La Union, Usulatan, Cuscatlan, Chalatenango, San Vicente et Cabañas. En conséquence de cela, nos forces et le peuple vont commencer à organiser des gouvernements populaires dans toutes les communes de ces zones. En même temps, nos forces qui contrôlent des territoires à l'intérieur des villes, doivent intensifier la lutte afin de s'assurer le contrôle total du pays.
4- Exhorte tout le peuple travailleur à ne plus se rendre au travail afin de généraliser la lutte, de contribuer à l'affaiblissement du gouvernement d'ARENA et, de plus, de permettre l'intégration de tous au combat. Ainsi, nous faisons savoir que la grève actuelle des transports, les actions de sabotage dans l'énergie et la fermeture des stations-service vont continuer pour un temps indéfini, et que le peuple doit se préparer à cette situation. Nous avertissons de manière catégorique les industriels qui obligent leurs employés à aller travailler que nos forces ont l'ordre d'agir afin de garantir l'application effective de cette disposition.
5- Demande à la communauté internationale et aux organisations humanitaires qu'elles envoient une aide aux victimes civiles des bombardements et contribuent à la création de centres de protection de la population contre l'action criminelle menée par le gouvernement de Cristiani et le Haut-commandement des Forces armées.
6- Lance un véhément appel à toutes les forces politiques et sociales, aux organisations populaires et aux entrepreneurs privés de notre pays pour que, en ce moment, ils assument leur rôle historique de gestionnaires et de constructeurs d'une solution démocratique nationale qui apporte une paix durable à notre
7- Exhorte patriotiquement les officiers et la troupe de l'armée nationale pour qu'ils ne permettent pas que la tandona, ARENA et les intérêts des EtatsUnis les amènent à s'affronter davantage avec le peuple et à se tâcher les mains de sang. Notre Front ne vous considère pas comme des ennemis et est prêt à faire la paix avec les secteurs de l'armée qui voudraient la justice, la souveraineté et une vraie démocratie pour notre pays.
L'ennemi commun de tout le peuple et de toutes les forces sociales et politiques de notre pays est la tandona, qui s'est enrichie avec la guerre et les escadrons d'ARENA ; ce sont eux les ennemis de la paix et de la démocratie, ceux qui ne veulent pas d'un régime juste. Nous appelons toute la nation à les combattre pour qu'enfin la justice règne dans notre pays.
Commandement général du FMLN Commandant Salvador S. Ceren Commandant Eduardo Sancho Commandant Joaquin Villalobos Commandant Francisco Jovel Commandant Shaflk J. Handal