Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE ALLEMANDE

Chevaliers de la table ronde

· Inprecor n° 298, 27 novembre 1989 · p. 9-10 · 1 152 mots

Allemagne Europe de l'Est

Chevaliers de la table ronde anciens partis du "Bloc national" (1) politique, face à l'opposition qui tente de

EGON KRENZ, secrétaire général du SED et chef d'Etat de la République démocratique allemande (RDA), proposé une table ronde à laquelle devrait, selon lui, participer non seulement le SED et les aussi les organisations groupes de l'opposition. Cette initia-

La surpris tout le monde. Il est vrai que la revendication d'instaurer une table ronde afin de dialoguer avec le pouvoir sur les réformes politiques et économiques, et les modalité du passage à un régime démocratique, avait été formulée par bon nombre de personnalités et de groupes d'opposition. Mais, cette demande n'a jamais été au premier plan des revendications, ni des masses ni des groupes oppositionnels et personne ne s'attendait à ce que la direction du SED entame elle-même un processus qui, selon un jugement un peu naif mais généralisé, a conduit les Parti/Etat en Pologne et en Hongrie à "perdre le pouvoir"

L'initiative de Krenz a également quelque chose de surprenant sur un autre plan : les organisations et les groupes oppositionnels qu'il nomme comme partenaires du dialogue à la table ronde ne sont même pas encore légalisés. En attendant, les groupes d'opposition ont proposé la date du 7 décembre pour une première rencontre.

D'après des sondages d'opinion organisés par des instituts et des magazines d'information de la République fédérale allemande (RFA), des élections, aujourd'hui, en RDA conduiraient à une majorité relative du Nouveau forum, le plus important des groupes oppositionnels, suivi par le Parti libéral-démocrate allemand. Le SED n'aurait que la quatrième place, avec entre 10 et 14 % des voix. Le tout nouveau Parti socialdémocrate (SPD) serait encore un peu plus faible. La précision des sondages est douteuse, mais il est clair que le SED serait nettement minoritaire. Tandis que les masses scandent • Elections libres tout de suite |», les groupements oppositionnels déclarent qu'ils ne sont pas prêts, du point de vue programmatique et organisationnel, à se confronter tout de suite à l'appareil du SED dans des élections. Ce qui crée, bien sûr, une situation compliquée, qui offre au SED la possibilité de regagner l'initiative et de nouvelles marges de manceuvre.

D'après les premières déclarations de représentants des courants opposiInprecor numóro 298 du 27 novembre au 10 décembre 1989

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MALGRE SES DIFFICULTES internes

(notamment la désaffection de 200 000 membres, dont 70 % d'ouvriers d'usine, depuis le mois d'octobre), et à trois semaines de son Congrès extraordinaire qui se tiendra du 15 au 17 décembre, le

Parti socialiste unifié (SED) semble avoir repris un peu d'initiative sur le terrain se structurer et d'affiner ses positions.

Manuel KELLNER tionnels, la table ronde aurait la tâche d'élaborer une nouvelle Constitution provisoire, ou d'amender de façon provisoire la Constitution. Ce qui vise surtout le paragraphe fixant le "rôle dirigeant" du

"Parti de la classe ouvrière"

(même

Krenz a évoqué la possibilité de supprimer cette clause). Elle devrait également formuler une loi électorale et les conditions matérielles des élections (publications, moyens d'information et d'organisation, etc.). Bien entendu, la légalisation des groupements oppositionnels est une question urgente - ce serait d'ailleurs une nouvelle absurdité pour le pouvoir de se mettre à table avec des gens représentant des organisations "illégales". En général, la date donnée le plus souvent pour des élections est l'automne 1990. Cependant, les manifestations, et autres activités autonomes des masses, semblent en perte de vitesse. Certes, le dernier mot n'est pas dit, et des embryons de syndicats autonomes se forment ici et là, mais on n'assiste pas encore à une entrée en scène significative de l'auto-organisation ouvrière dans les entreprises. Si cela ne change pas, les dis cussions des groupes nettement à gauche, militant pour une démocratie socialiste (organisés en premier lieu, semble-t-il, dans la Gauche unie) qui ne veulent ni la généralisation des mécanismes de marché ni un système politique allant dans le sens d'une démocratie parlementaire bourgeoise, resteront très théoriques. Il est impossible de donner le pouvoir à des conseils ouvriers qui n'existent pas encore. Mais il est nécessaire d'en propager l'idée et de stimuler l'auto-organisation à la base. Le motif en est clair : la force de la mobilisation populaire pourrait vite s'épuiser et, si les masses ne veulent pas être une nouvelle fois manipulées par des appareils politiques parlant à leur place, elles seront contraintes de former leurs propres organisations avec des gens élus à la base et révocables à tout moment.

L'inculpation de Honecker

La direction du SED commence à s'incliner devant la revendication de punir les dignitaires de l'ancien régime. Même Honecker va être inculpé, surtout pour le fait d'avoir signé un ordre d'intervention armée contre les manifestants du 9 octobre à Leipzig. Le rôle de Krenz dans cette affaire est douteux. Contrairement à ses affirmations, il ne semble pas être intervenu contre l'ordre de Honecker. De même, il va être difficile pour la majorité des dirigeants du SED, aujourd'hui, de faire juger les grotesques abus de pouvoir et les privilèges maintenant révélés au grand jour, sans y laisser leur propre peau (voir encadré)

Entre temps, la pression économique est devenu dramatique. L'endettement

1) Les "partis du bloc" qui partageaient le pouvoir avec le SED sont le Parti Ilbéral-démocrate (LDPD), l'Union démocratique chrétienne (CDU), le Parti national démocrate (NDPD) et le Parti démocrate paysan (DBD).

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de l'Etat est bien plus important que ne l'admettait la version officielle d'hier. D'énormes quantités de marks de l'Est sont achetées illégalement, avec des rapports allant de un à vingt, pour acheter des produits subventionnés à des prix très bas en RDA, et les revendre ensuite bien plus cher en RFA. Le gouvernement de RDA a pris des mesures contre cela, en renforçant les contrôles aux frontières et en décrétant qu'il faudra dorénavant montrer sa carte d'identité de citoyen est-allemand pour acheter les produits subventionnés.

Mais cela n'est qu'un des problèmes. Le gouvernement attend « /'aide massive de l'Etat et du capital ouest-allemand » qui lui posent des conditions de plus en plus draconiennes. Le gouvernement de RDA, subissant les pressions de la RFA a, comme n'importe quel pays du Tiers-monde dans le même cas, refusé de voter la résolution de l'ONU condamnant la RFA pour avoir laissé des firmes ouest-allemandes coopérer avec le régime raciste d'Afrique du

En attendant, l'opposition continue à se structurer. La Gauche unie a tenu son Congrès de fondation les 25/26 novembre, avec la participation de plusieurs organisations d'extrême gauche d'Allemagne fédérale (notamment le Parti socialiste unifié, VSP) et d'Europe (dont des représentants de la IVe Internationale). Le Parti vert a été officiellement fondé, alors que des militants écologistes, en désaccord avec cette démarche, fondé une Ligue verte, s'appuyant sur des structures de bases et voulant iminitiatives non-parlementaires. Le Nouveau forum a également tenu un congrès pour définir ses positions économiques. La présence à ce congrès du chef de la fédération patronale ouest-allemande a suscité de nombreuses discussions dans ses rangs.

27 novembre 1989

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