CHOSE NOUVELLE pour les Hongrois, c'est désormais vers le parlement qu'ils regardent pour connaître leur avenir. Depuis
Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH), ancien parti d'Etat, en déplacé le long du Danube, depuis la "Maison blanche", siège
HONGRIE
A l'aube du
parlementarisme
l'introduction du multipartisme et l'auto-transformation du Parti socialiste hongrois (PSH) (1), le pouvoir s'est en effet du Parti, vers le parlement. Imre UTAZO
LA NOUVELLE direction du PSH, autour d'lmre Poszgay, accélère transition vers la "démocratie parlementaire" la libéralisation économique, coupant ainsi souvent l'herbe sous le pied de l'opposition. C'est ainsi qu'au congrès du Forum démocratique hongrois (MDF), principale organisation de l'opposition, alliant une aile chrétienne-démocrate et une aile socialdémocrate, on envisageait sérieusement une alliance avec le nouveau PSH « afin de réaliser une transition calme mais ferme vers la démocratisation ». Ce congrès a décidé, par ailleurs, de présenter Lajos Für à l'élection présidentielle. Historien célèbre chez ces pairs, Für est inconnu du large public et semble bien être un candidat "sacrifié" pour permettre l'élection de Poszgay et ouvrir la voie à un accord entre les deux partis. Un schéma du type Poszgay président et majorité MDF à la future assemblée semble être l'option la plus discutée aujourd'hui à Budapest. Mais les électeurs, sevrés d'expression politique depuis des décennies pourraient bien créer la sur-
Si Imre Poszgay part favori dans les sondages, il a un point faible : son appartenance au PSH, donc son passé au sein du PSOH. La suppression de tous les attributs issus, non seulement du stalinisme mais encore de toute la tradition communiste (étoiles rouges, faucille et marteau, etc.), ou la demande d'adhésion à l'Internationale socialiste n'ont, jusqu'à présent, pas convaincu les Hongrois qui votent majoritairement pour le MDF aux élections partielles. Et, loin des 300 000 militants attendus lors du congrès, le PSH ne compte aujourd'hui qu'entre 15 et 20 000 membres et espère que la campagne présidentielle fera augmenter ce chiffre. Les 85 % de mandats du congrès en faveur de la transformation du PSH n'ont pas empêché les hésitations des militants qui doivent adhérer au nouveau parti mais qui doutent de son avenir réel, en particulier les permanents et fonctionnaires qui attendent de savoir de quel côté le vent va tourner.
D'autant plus que l'on se dirige vers une double renaissance du vieux PSOH, l'une autour des ultra-conservateurs menés par Robert Ribanszki, l'ancien secrétaire de Kadar, l'autre autour des communistes conservateurs, avec KaroPSOH. Les premiers, en s'alliant avec les autres petits regroupements staliniens (Parti marxiste léniniste ouvrier, Parti ouvrier uni, Parti populaire démol'unité) peuvent espérer 10 000 membres ; Grosz, quant à lui, espère 100 000 adhérents. Le bilan n'en reste pas moins que la possibilité de regrouper les 720 000 membres de l'ancien parti est désormais une illusion.
Le 26 novembre, le référendum obtenu par l'opposition d'orientation néolibérale à la Thatcher (Alliance des démocrates libres, SzDSz ; Fédération des jeunes démocrates, FIDESz ; Parti social-démocrate ; Parti indépendant des petits propriétaires), qui a recueilli les 100 000 signatures nécesaires, a été une première réponse. Il comportait quatre questions :
1- Les Hongrois veulent-ils élire un chef de l'Etat avant les élections législatives, et ce au suffrage universel, ou préfèrent-ils le faire après et, dans ce cas, le président sera élu par le nouveau parlement ?
2- Sont-ils d'accord pour que le Parti quitte les lieux de travail ?
3- Pour qu'il publie la liste de ses biens et propriétés ?
4- Pour que la milice ouvrière (l'ancienne garde du Parti) soit dissoute ?
Seule la première question avait une réelle importance, les trois autres étant d'ores et déjà tranchées dans les faits. Mais nourrir l'anti-communisme ambiant a été électoralement payant pour la droite radicale qui veut accélérer le processus pour déjouer les plans du PSH. Le grand perdant de cette consultation a été le MDF qui avait appelé à l'abstention : malgré l'aspect tacticien du problème posé, 58 % de Hongrois ont participé à la consultation électorale.
Rupture avec l'ancien appareil
La courte victoire (51 %) des opposants à l'élection du président au suffrage universel montre que si Poszgay est très populaire, les électeurs ont la volonté de rompre avec l'ancien appareil. Ce vote n'exprime pas un soutien ouvert aux positions de la droite, pas plus que les 49 % de oui ne représentent un soutien au PSH. L'opposition de droite a ralenti la concrétisation d'une évolution "réformiste" gérée par le PSH et le MDF. Mais ses propres plans pourraient à leur tour être déjoués par la riposte ouvrière aux premières mesures économiques du gouvernement.
La situation économique hongroise est tout aussi confuse que la situation politique. L'ouverture aux capitaux étrangers, encouragée au plus haut niveau du gouvernement, les accords avec le Fonds monétaire international (FMI) pour le règlement de la dette, ont des conséquences qui risquent de perturber ces schémas. Les premières mesures prises sont, en effet, tournées contre les travailleurs et les couches les plus défavorisées. La récente décision de limiter à 50 dollars environ l'allocation de devise annuelle, au nom de la réduction du déficit de la balance des paiements, est reçue comme une profonde inégalité car elle vise les couches de la population n'ayant pas accès au marché noir des devises.
L'introduction massive de capitaux étrangers dans l'économie hongroise s'accélère. On a même vu le magnat de la presse britannique, Robert Maxwell, prendre une participation de 40 % dans l'ancien quotidien du gouvernement hongrois Magyar Hirlap ! Son adversaire en affaire, Rupert Murdoch, pour faire
(1) Voir Inprecor numéro 295 du 16 octobre 1989.
bonne mesure s'intéresse, lui, à l'hebdomadaire Reform, proche du MDF.
Mais c'est dans l'industrie que cette pénétration étrangère se fait le plus sen-