Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

Fondation difficile

· Inprecor n° 299, 11 décembre 1989 · p. 15-16 · 1 005 mots

Allemagne Europe de l'Est Femmes

300 PERSONNES, dont près de la moitié étaient des invités étrangers, ont participe, les 25 et 26 novembre derniers, à Berlin, à la première rencontre de l'initiative pour une Gauche unie. C'était la première rencontre nationale des groupes locaux et régionaux et de différentes tendances, de Berlin, Dresde, Leipzig et Rostock. Elle était convoquée par un conseil de porte-parole où les différents groupes sont représentés par des délégués. Etaient représentés : des marxistes indépendants, l'Eglise de base, les membres de gauche du Parti socialiste unifié (SED, le parti communiste est-allemand) et des autonomes. Angela KLEIN

EN INTRODUCTION à la rencontre, un représentant du conseil des porte-parole a présenté "le projet pour une Gauche unie" qui veut rassembler tous ceux qui luttent pour un socialisme de la liberté et de la démocratie, dans le combat conceptuel pour l'avenir de la RDA. S'adressant aux « gens de gauche, organisés dans le SED, aux inorganisés, ou membres de groupes indépendants », il a déclaré : « Il est clair que certaines conceptions vont en partie diverger, mais il s'agit avant tout d'apprendre à se connaître. On ne doit pas craindre que le consensus ne soit peutêtre que très minimal au départ. C'est là notre force : qu'une Gauche unie offre un espace à toutes les tendances qui se reconnaissent dans le socialisme, et aide à rendre publiques toutes les voix qui font des propositions pour s'en rapprocher.

*Dans cette mesure, le débat conceptuel est prioritaire sur les questions organisationnelles. Mais nous aspirons à une coopération permanente et structurée ».

Certains des participants espéraient

Page 16

qu'il serait possible de créer une organisation dès ce week-end. Mais les conditions n'étaient pas réunies. Selon la méthode de travail habituel, la discussion a surtout porté sur des questions théori-

Dans la commission "économie", on a discuté des formes d'arrangement entre entreprises autogérées et intérêts sociaux ; de l'autogestion des entreprises (avec, y compris, une prise en compte du modèle yougoslave) ; des possibilités de la participation sociale ; de la contribution à la recherche d'une solution concernant des problèmes globaux ; de l'attitude par rapport aux syndicats et par rapport à l'initiative pour un syndicat in-

Dans la commission "politique", le débat s'est concentré sur l'attitude par rapport au gouvernement de Modrow et sur l'élaboration de modèles de démocratie populaire basée sur des soviets, comme alternative à long terme, mais pas comme le contraire direct, c'est-àdire un retour à un parlementarisme

Le consensus minimal

La base commune de tous les groupes représentés était les cinq points de la "Plate-forme de Böhlen" (voir Inprecor numéro 296 du 30 octobre 1989) :

" 1) Prédominance de la propriété collective des moyens de production comme base hégémonique, et perspective de la socialisation socialiste.

2) Développement de l'autogestion d'une véritable socialisation de toute ac-

3) Application conséquente des principes de sécurité sociale et de justice pour tous les membres de la société.

4) Démocratie politique, statut d'un Etat constitutionnel, réalisation conséquente des Droits des hommes indivisibles, et développement libre de la personnalité de chaque membre de la

5) Reconstruction écologique de la

A ces points en a été ajouté un sixième : « Tous ces principes sont valables à l'échelle mondiale ».

Sur cette base, les participants ont essayé de développer un concept pour un ordre économique socialiste qui permette à tout le monde de s'identifier à nouveau avec la RDA en tant qu'Etat, sur une base non capitaliste, mais aussi non bureaucratique.

Leur point de départ a trouvé son expression dans le mot d'ordre de la rencontre : "Autogestion au lieu de liquidation". Les participants considèrent que la liquidation de la RDA ne peut être évitée que si l'auto-détermination des travailleurs et l'autogestion de la production sont réalisées à grande échelle. En raison de pressions extérieures (de l'impérialisme ouest-allemand) et intérieures (manque de capital), l'extension des mécomme inévitable. Il ne peut être question de se couper du marché mondial, car la RDA est déjà trop intégrée dans la division internationale du travail.

Un tel détachement ne serait possible qu'en "reconstruisant" le mur. Les participants estiment que le point de départ pour un ordre économique socialiste passe par la création de rapports de production qui permettent enfin aux producteurs de gérer l'économie. Ce point

Men contradiction explicite avec les tendances réformistes du SED (et bien entendu des partis du bloc) qui souhaitent "transférer tout le pouvoir aux directeurs des combinats".

"Offensive des lilas"

Au niveau politique, la discussion a porté sur la caractérisation du gouvernement Modrow : s'agit-il de « la vieille merde avec d'autres vêtements » [littéralement] ou doit-on soutenir la revendication de nouvelles élections pour le Parlement. Beaucoup d'autres questions ont été soulevées : la transformation écologique (avec une controverse véhémente sur la possibilité d'abandon immédiat de l'énergie nucléaire), l'infor-

Le groupe féministe "Offensive des lilas" a exposé ses thèses sur le patriarcat, en soulignant que l'oppression des femmes n'avait pas uniquement des raisons de classe. Le groupe féministe a expliqué sa présence à cette rencontre de la Gauche unie en précisant que « la Gauche unie est la seule organisation qui s'occupe de l'oppression des femmes dans son programme ».

Finalement, le débat au sujet des structures s'est cristallisé sur la nécessité d'une collaboration plus étroite autour d'un comité de rédaction pour l'édition d'un journal et d'un bureau d'information pour l'échange des groupes régionaux,

Sur ce point, une majorité des deux tiers s'est dégagée. Mais, afin d'éviter une scission, la réunion a décidé de ne pas appliquer cette décision.

Ainsi, la Gauche unie est restée une simple initiative, ceux qui voulaient aller plus loin ont décidé de se regrouper en son sein pour mieux se coordonner. Le conseil des porte-parole a finalement présenté quelques propositions : L'installation d'un groupe de la "table ronde" ; une manifestation à l'occasion de la visite du chancelier ouest-allemand Kohl, le 19 décembre à Berlin, et des actions à l'occasion de l'anniversaire de l'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg, en janvier prochain.

Soz, 7 décembre 1989

----- pull-quotes on this page -----

Une économie délabrée

Une erreur sur cette page ?