nous ne connaissons rien » * tchèques et la Slovaquie. Elles ont été unies pour la première fois en 1918, puis de nouveau séparées entre 1938 et 1945. En intellectuels slovaques, l'Etat s'est transformé en fédération. II est important de toujours garder cette dualité à l'esprit, parce
LA TCHECOSLOVAQUIE est un Etat fédéral composé de deux nations qui ont des histoires très différentes, les Pays
1969, après des années d'une campagne menée par des que ce qui se passe dans les Pays tcheques (Boheme et
Moravie) ne s'applique pas forcément à la Slovaquie, et vice-versa.
Colin MEADE
HISTORIQUEMENT, les
Pays tchèques faisaient partie du Saint Empire romain germanique, dans lequel la Bohême a parfois joué un rôle diri-
En 1620, les geant.
Habsbourg, catholiques, ont annihilé la noblesse protestante tchèque lors de la bataille de la Montagne blanche, et les Pays tchè ques ont été répartis entre les lieutenants des Habsbourg. Après cela, la langue et la nationalité tchèques ont été avant tout associées au tiers état : la noblesse parlait allemand.
Au XiXe siècle, les Pays tchèques sont devenus le cœur économique de l'Empire. Avec la croissance économique, sont apparus parallèlement une montée du nationalisme bourgeois tchèque et un mouvement de masse des travailleurs. A l'époque du déclenchement de la Première Guerre mondiale, les sociaux-démocrates étaient le principal parti des Pays tchèques, et vu la proportion de la population, ils représentaient le plus fort élément de la social-démocratie autrichienne. Cependant, les sociaux- démocrates tchèques étaient embarrassés face à la montée des tensions nationales dans l'Empire. Les traditions alors en vigueur dans le
RDA mouvement ouvrier ne les ont pas aidés. Quand les dirigeants
SOciaux-démocrates tchèques ont divisé les syndicats nationaux autrichiens autour des questions nationales, ils ont été sévèrement condamnés par la lle Internationale.
Pourtant, sur la question natio-
LL nale, les sociaux-démocrates tchèques n'ont pas développé de politique alternative aux orthodoxies en vigueur dans la lle Internationale.
Durant la Première Guerre mon-
• Un petit pays lointain dont
diale, les sociaux-démocrates sont restés opposés au démembrement de la monarchie des Habsbourg jusqu'au dernier moment, laissant l'initiative au politicien bourgeois Tomas Masaryck qui avait une vision à long terme. Ce dernier a pris la direction de la volonté populaire massive dans les Pays tchèques de mettre fin à l'Empire ; et a également suggéré aux puissances de l'Entente cordiale l'idée d'un Etat tchèque indépendant, comme moyen de contenir les Allemands, et comme force anti-bolchévique en Europe centrale. Le conflit, en Russie, entre la légion tchécoslovaque et les bolcheviks a également renforcé les positions de Masaryck aux yeux des puissances impérialistes.
La Tchécoslovaquie s'est consolidée dans la lutte contre la révolution hongroise de Bela Kun, en chassant les forces hongroises hors de Slovaquie, assurant ainsi conjointement les tâches de la contre-révolution et les tâches nationales. Le mouvement révolutionnaire tchèque qui se renforçait a été incapable de faire le lien avec la révolution hongroise ; et, quand le Parti communiste tchécoslovaque (PCT) a été finalement fondé, en 1920, la vague révolutionnaire était passée. TCHECOSLOVAQUIE
Pologne
PRAGUE
Ostrava • Pilsen
Brno Kosice Bratislava Autriche
Hongrie Roumanie
La majorité de la social-démocratie s'est dirigée vers la Ille Internationale et le PCT a reçu un appui de masse durant l'entre deux guerres, malgré les tournants de la politique imposée depuis Moscou. Chacun de ces tournants a conduit à prendre position soit pour, soit contre, l'intégrité territoriale de l'Etat tchécoslovaque qui, à cette époque, comptait un forte population de trois millions d'Allemands. Toutes les positions reflétaient l'humeur du moment du Kremlin envers l'Etat tchécoslovaque. La subordination directe à l'Union soviétique (qui connut quelques réticences dans la première période) avait ainsi remplacé la subordination (qui suscita bien plus de protestations véhémentes) au schéma pan-germanique de la lle Internationale.
Le "coup de Prague" de 1948 En 1939, un Etat indépendant proallemand a été formé en Slovaquie, tandis que les Pays tchèques étaient placés sous protectorat allemand. Les PC tchèque et slovaque se séparèrent, et l'idée d'une République socialiste de Slovaquie faisant partie prenante de l'Union soviétique fut discutée dans les cercles du PC slovaque jusqu'à un certain point. Cependant, à la fin de la guerre, les PC se sont réunifiés et, à la demande de Moscou, ils sont entrés dans le gouvernement de coalition pro-soviétique dirigé par Edouard Benes qui s'est battu pour faire renaître la Tchécoslovaquie d'avant-guerre. Sous ce gouvernement, le PC est devenu le parti le plus important, avec 38 % des votes aux élections de 1946 — même s'il était considérablement plus faible en Slovaquie.
En février 1948, alors que le plan Marshall menaçait d'attirer la Tchécoslovaquie hors de l'orbite de Moscou, le PC s'est emparé de la totalité du pouvoir et a commencé à imposer une réelle dictature stalinienne. Tous les domaines de la vie sociale ont été soumis au diktat bureaucratique ; des dizaines de milliers de gens ont été enfermés dans des camps, tandis que le parti lui-même était déchiré par une série de purges sanglantes. Parmi les victimes de ces purges, se trouvait le président Gustave Husak (qui a démissioné le 9 décembre dernier) dirigeant du PC slovaque, accusé de "nationalisme bourgeois slovaque". Etant donnée la nature de masse du PC, il est absolument certain qu'un grand nombre de gens se sont lancés dans la "construction du socialisme" avec un véritable enthousiasme. De plus, l'alliance avec l'Union soviétique était populaire chez Tchèques et Slovaques, déçus par les puissances impéria* Chamberlain, Premier ministre britannique, a déclaré, après les accords de Münich, en 1938, avec Hitler : - Nous n'allons pas faire la guerre pour la Tchécoslovaquie, "un petit pays lointain dont nous ne connaissons rien".
----- photo credits and running heads -----
URSS
listes "démocratiques" qui les avaient abandonnés à Munich, en 1938. Beaucoup de membres de l'intelligentsia se sont identifiés avec le nouveau régime.
Au début des années 60, cependant, des signes de crise ont commencé à apparaître. En 1962, le taux de croissance de l'économie a stagné et les plans irréalistes ont été abandonnés (peut-être à cause de la soudaine fermeture du marché chinois, à la suite de la rupture sino-soviétique). La question de la réhabilitation de tous ceux qui avaient été persécutés durant les années 50 menaçait les beaucoup de ceux avaient accédé au pouvoir à ce moment-là. C'est aussi à cette époque que les Slovaques commencèrent, avec Husak à leur tête, leur campagne qui devait finalement aboutir à la fédéralisation du pays. Tout cela a été perçu par un grand nombre de membres du PC comme le résultat de l'adoption a-critique du "modèle soviétique" par le PCT. L'idée d'une "voie vers le socialisme tchécoslovaque" spécifique a gagné du terrain.
Le "Printemps de Prague"
En janvier 1968, Antonin Novotny a été démis de ses fonctions de Premier secrétaire du PCT (sa manière de gouverner était décrite comme "un culte de la personnalité sans personnalité"), et remplacé par le patron du parti slovaque, Alexandre Dubcek. Alors que la lutte de fractions au sein du parti s'intensifiait, l'aile réformiste a franchi un pas très important : l'abolition de la censure. La société, longtemps étouffée, a retrouvé sa voix. Des groupes indépendants sont apparus et des manifestations publiques ont eu lieu. La direction Dubcek a esces développements — la tentative de relégalisation du Parti social-démocrate a, par exemple, été rejetée — davantage par le dialogue que par la répression. L'idée du "socialisme à visage humain" habitait l'imagination de ceux qui, de par le monde, voulaient le socialisme mais non le stalinisme. Il est probable que s'il y avait eu des élections libres à ce moment là, le PCT les aurait gagnées.
Mais cela ne devait pas se passer ainsi. Alarmés par la menace que représentait "la voie tchécoslovaque" pour le système bureaucratique 500 000 membres des troupes des cinq pays du Pacte de Varsovie sont entrés en Tchécoslovaquie dans la nuit du 21 août 1968, déclarant qu'ils avaient été invités à le faire par un groupe d'"'internationalistes" (dont on ignore toujours les noms !). La population a répondu à l'aide internationaliste" par une importante grève générale, et par des protestations qui ont duré pendant plusieurs mois, surtout parmi les étudiants. Ce mouvement a été démobilisé par l'attitude de la direction Dubcek. ple, une grève générale a été proposée pour prévenir le limogeage de Josef Smrkovsky, dirigeant populaire qui était à la tête du gouvernement, Smrkovsky en personne est apparu à la télévision pour préconiser le calme. Le 21 janvier 1969, l'étudiant Jan Palach s'est immolé par le feu pour protester contre ce qui lui semblait être l'acceptation populaire de l'invasion et de ses conséquences.
Cependant, la direction du continuait à refuser de s'engager dans la répression à grande échelle, réclamée par Brejnev et compagnie. En avril 1969, Dubcek a été remplacé par Gustave Husak au poste de Premier secrétaire du Parti. Husak avait commencé sa course pouvoir en Slovaquie. Immédiatement après l'invasion, il a réussi à faire accepter la "nouvelle réalité" au PC slovaque, gagnant ainsi une base solide pour le renversement du Printemps de Prague. La clé de son succès a été la promesse que le processus de fédérali-
La nouvelle équipe a rapidement commencé à "normaliser" le pays. Une purge de 500 000 personnes environ a touché le parti; tous ceux qui refusaient de condamner le Printemps de Prague ont été démis de leurs postes de responsabilité, pour être remplacés par les opcyniques qui ont formé la base du régime durant les vingt dernières années.
Pendant ces deux décennies, c'est la répression et la "dissuasion" militaire, ainsi que le niveau de vie relativement élevé qui ont assuré la soumission de la population, en réduisant l'opposition ouverte à de petits groupes pouvant être aisément isolés et réprimés. En Slovaquie, un facteur supplémentaire de stabilisation a fonctionné : l'intelligentsia a beaucoup œuvré à produire les textes de base historiques de la nation.
Parallèlement, le manque d'investissements a conduit à un retard croissant de l'industrie. Aujourd'hui, malgré le niveau de vie relativement élevé et une dette extérieure aisée à gérer, l'économie tchécoslovaque est état. L'économie commandée bureaucratiquement ne peut, en général, traiter qu'un seul problème à la fois : ainsi les
| "normalisateurs", sous Husak et Jakes, ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour maintenir un approvisionnement satifaisant en biens de consommation pour la population, mais ceci au prix d'un manque d'investissement et d'un vrai désastre écologique.
Catastrophe économique
Get écologique En juin dernier, l'ancien Premier ministre, Ladislav Adamec, a informé l'Assemblée fédérale du pays que l'industrie tchécoslovaque avait dix ans de retard sur l'Ouest. Et il semble que la Tchécoslovaquie, qui manque de matières premières et dont l'économie repose sur la fabrication de produits manufacturés, a payé sa dette extérieure en exportant des matériaux lourds plutôt que des produits manufacturés. Le pays est également victime de la dette, pour avoir vendu à crédit la plupart de ses produits industriels bas de gamme dans le Tiersmonde. Or il est désormais clair que ces pays ne pourront pas payer. Dans une interview à la télévision tchécoslovaque, Milos Zeman, économiste de l'Institut de recherche de « notre niveau de développement technologique est, aujourd'hui, pius ou moins comparable à celui de l'A/gérie et du Pérou, et loin derrière celui du Portugal qui est considéré comme l'un des pays les plus en retard en Europe de l'Ouest ». Il a insisté sur le fait qu'à moins d'un changement, le pays devrait faire face, « dans proche », à des magasins vides, à l'inflation, aux grèves et aux manifestations.
La crise écologique est tout aussi grave. La pollution, surtout celle des centrales thermiques à charbon et de l'industrie lourde, a endommagé 58 % des forêts dans les campagnes tchèques et 35 % en Slovaquie. Entre un tiers et la moitié des rivières du pays ne contiennent plus un atome de vie. En janvier 1989, dans la région la plus touchée, le nord de la Bohême, les concentrations de dioxyde sulfurique dans l'air ont atteint six fois les limites acceptées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Officiellement, tous les enfants de la région doivent être envoyés deux fois par an dans des régions moins polluées. En février 1989, le ministère de la Santé tchécoslovaque a révélé que l'espérance de vie des hommes et des femmes était retombé à son plus bas niveau depuis 1960, et était le quatrième plus bas d'Europe, après la Hongrie, la Pologne et l'Union soviétique.
Malgré la répression, l'opposition n'a jamais totalement disparu. En 1977, des centaines de gens ont signé la Charte 77, qui demandait des droits démocratiques, et a essayé de créer un espace de
discussion libre. Malgré les emprisonnements, les exils forcés, les attaques physiques et par-dessus tout l'isolation extrême, le mouvement s'est maintenu et s'est lentement renforcé. Les opposants ont toujours déclaré qu'ils représentaient une majorité silencieuse, et les faits leur ont donné raison. L'arrivée de la glasnost en Union soviétique, l'ouverture du mur de Berlin, la réponse étonnamment brutale du régime à la manifestation pacifique du vendredi 17 novembre, ainsi que la détermination de la jeunesse (tout spécialement des étudiants) à ne plus composer avec personne, ont propulsé les dissidents depuis leur ghetto au devant de la scène politique.
Des marxistes aux monarchistes
L'opposition est politiquement très diversifiée, allant des marxistes révolutionnaires aux monarchistes. Les militants catholiques ont joué un rôle central et, en 1988, environ 500 000 personnes ont signé une pétition pour les droits religieux. L'activisme catholique est très puissant en Slovaquie. La grande majorité de l'opposition pense qu'une économie de marché et une démocratie parlementaire résoudraient la crise.
L'opposition a également une aile démocratique radicale. Des tentatives systématiques ont été faites pour dépasser les clivages historiques nationaux et travailler avec les mouvements des pays voisins d'Europe de l'Est. Les débuts de dialogue entre des groupes de jeunes opposés à la militarisation de la société tchécoslovaque et des mouvements de paix à l'Ouest ont joué un rôle très important ces dernières années.
Plus généralement, l'idéologie de l'opposition est basée sur un profond rejet de la subordination de l'individu à ('"intérêt général" qui est devenu l'intérêt particulier d'une élite. L'histoire des Tchèques et des Slovaques, dont les intérêts nationaux ont été si souvent sacrifiés aux "nécessités de l'Histoire", tant par la bourgeoisie que la bureaucratie, est extrêmement significative en ce domaine.
Il existe, bien sûr, des groupes qui ont des raisons de se sentir menacés par la fin de l'ordre ancien : le groupe dirigeant, ainsi que les responsables de moindre importance du Parti. Cela représente environ 300 000 personnes, que l'on rendra responsables des 21 années de stagnation ; cela concerne aussi environ 200 000 personnes engagées dans le "travail" relatif à la "sécurité". Mais ils n'ont pas de base sociale et sont en train de perdre rapidement leur emprise, même sur le Parti communiste. Le prochain congrès du Parti, fin décembre 1989, va décider du destin de beaucoup d'entre eux, tandis que débutera le processus de réhabilitation des 500 000 membres du Parti exclus après le "Printemps de Prague".
11 décembre 1989