L'article ci-dessous a été écrit par deux militants éthiopiens, d'orientation marxiste-révolutionnaire. Il constitue leur contribution personnelle à une étude de la situation actuelle en Ethiopie. Durant la première semaine de janvier 1977, une ville frontière du Nord-Ouest de l'Ethiopie tombait aux mains des mercenaires de l'UDE, l'Union démocratique érhiopienne, une organisation réactionnaire au service de la grande bourgeoisie, disposant d'antennes dans plusieurs capitales européennes, ainsi qu'à Nairobi au Kenya et à Khartoum au Soudan. L'Union démocratique éthiopienne est soutenue par l'impérialisme, en particulier par la CIA et la Démocratie chrétienne d'Allemagne occidentale. Au même moment, les combats s'intensifiaient en Erythrée, territoire du Nord de l'Ethiopie annexé par le régime d'Haile Selassié en 1952. La semaine suivante, une grève étudiante se déclenchait, grève qui allait s'accompagner d'une intense agitation politique, de manifestations, d'attaques au coktail molotov de bureaux de compagnies étrangères (qui sont toujours très nombreuses malgré les nationalisations), et de la distribution de tracts appelant à la constitution d'un "gouvernement populaire provisoire" et d'un "front anti-fasciste" qui sont les mots d'ordre centraux d'une organisation de gauche, le Parti éthiopien révolutionnaire du peuple (PERP). Des affrontements armés eurent lieu à Addis Abbeba, la capitale, le 3 février. Sept membres du DERG, la junte militaire qui prit le pouvoir en septembre 1974, furent tués parmis lesquels le chef de l'Etat. Une fois encore les uniformes militaires apparuent dans les rues et un couvre-feu fut imposé. Dans les explications officielles données par la suite, les sept membres du DERG assassinés furent accusés d'avoir appartenu au PERP, à l'UDE et au Front de libération de l'Erythrée (FLE). Ils furent également accusés d'avoir comploté contre la "révolution" en préparant un coup d'Etat. Les conseillers du DERG affirmèrent que tous les événements qui s'étaient déroulés depuis le début de l'année avaient été orchestrés avec précision, alors même que les contradictions au sein du DERG s'étaient aiguisées, et tandis que le PERP lançait des actions armées dans les principales villes, s'en prenant en priorité aux éléments réformistes. En plus des luttes nées de ses contradictions internes, le DERG était engagé dans une bataille contre les travailleurs qui n'avait d'autre objectif que de stopper le processus révolutionnaire. Dans les 48 heures qui suivirent l'affrontement du 3 février, Fidel Castro d'abord, puis l'Union soviétique et ses alliés, et enfin la République populaire de Chine, manifestèrent leur
appui aux vainqueurs. Confrontées à leurs propres problèmes économiques et politiques, les puissances occidentales n'ont pas réagi comme elle avaient coutume de le faire dans le passé. Toutefois, la presse bourgeoise internationale a caractérisé la lutte de classe en cours d' "anarchique". Comprendre les luttes actuelles et les forces qui y sont engagés implique nécessairement un important retour en arrière. L'ancien régime La formation sociale éthiopienne, plus ou moins gelée dans un stade de transition du féodalisme au capitalisme, s'est vue impliquée dans le système de division internationale du travail, ce qui a conduit à un changement dans ses rapports de classe fondamentaux. L'économie est fondée sur l'agriculture; une agriculture de subsistance, mais aussi une agriculture dont la production est orientée vers le marché capitaliste international. L'exploitation et la distribution étaient partiellement contrôlées par les firmes étrangères, mais le développement des forces productives ne pouvait être intégré dans le cadre des rapports de production existants. La dépendance vis-à-vis du marché international a accéléré la désintégration de l'économie traditionnelle sans qu'une économie cohérente et homogène puisse lui être substituée. La centralisation du pouvoir a commencé à être menée par une aristocratie terrienne et contre les féodaux et les seigneurs de guerre locaux, en 1941, après la fin de l'invasion italienne. Essentiellement, il s'agissait de tenter de construire un Etat moderne, mais cela a joué un rôle important dans la formation et la transformation de la société éthiopienne, et des classes qui la composent. Le décret de centralisation, suivi par la division du pays en 12 provinces administratives, impliquait la formation d'une bureaucratie civile et militaire, non féodale mais capitaliste. Dans le cadre du système impérialiste, l'Etat, dans une telle formation sociale, engendre des classes capitalistes, un secteur bourgeois et une petite bourgeoisie. Lorsque la constitution fut révisée en 1955 afin de faciliter l'annexion de l'Erythrée, un secteur de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie érythréennes, dont les possibilités économiques s'accrurent au prix de l'indépendance politique, s'intégra à ce processus. Pour administrer cet Etat centralisé, l'aristocratie terrienne dut avoir recours non seulement à une "élite bureaucratique" mais aussi à l'aide étrangère dans la mesure où, confrontée régulièrement à des révoltes paysannes, des rébellions nationalistes et même à une faible opposition bourgeoise issue des traditions de la résistance anti-fasciste, elle dut développer un appareil d'Etat massif et dispendieux. Cette opposition bourgeoise, précisons-le, concevait sa "révolution" à travers l'élimination de certains individus et de l'autocrate lui-même, préférant de ce fait agir dans le cadre d'intrigues de palais plutôt que de chercher à obtenir un soutien populaire. A partir du milieu des années 50, le principal appui au régime éthiopien, qui venait jusqu'alors de Grande-Bretagne, a été fourni par les Etats-Unis. L' "aide" de l'impérialisme américain à l'Ethiopie était avant tout militaire et politique, non seulement dans le but d'appuyer la répression interne, mais aussi afin de consolider une force anti-communiste en Afrique. Tandis que l'aristocratie terrienne développait sa collaboration avec l'impérialisme américain, l'intégration progressive de la formation sociale éthiopienne dans le marché mondial capitaliste accélérait inévitablement la formation, transformation et croissance des classes capitalistes et la désagrégation des secteurs précapitalistes, favorisant ainsi la pénétration du capital européen et japonais. Malgré le coût très faible de la force de travail et un code des investissements libéral, l'afflux de capital étranger ne fut jamais très important. Bien que cette transformation capitaliste n'ait pas permis un développement suffisant du capital local, à partir duquel il eût dominé l'économie nationale, certains propriétaires terriens, parmi lesquels des membres de la famille royale, ont participé aux activités capitalistes principalement dans le commerce, la spéculation immobilière, le tourisme et l'industrie de transformation (dans le cadre d'une politique de substitution des importations). Avec la pénétration de l'économie marchande, l'élite bureaucratique a tiré parti de ses positions pour s'intégrer à l'activité économique, là encore dans le commerce, l'immobilier, les plantations, etc... et devenir petit à petit partie intégrante de la bourgeoisie. Ces processus ont conduit à des différenciations parmi les propriétaires terriens entre ceux qui étaient principalement orientés vers des activités capitalistes et ceux qui restaient fondamentalement dans le cadre précapitaliste et qui, par conséquent, étaient opposés à tout changement. Les premiers, particulièrement des grands propriétaires terriens du Sud étaient partisans de certaines réformes, et de fait il y eut assez rapidement dislocation entre les intérêts économiques et les vues politiques des différents groupes. La transformation de la formation sociale conduisit à une désagrégation accélérée des masses paysannes, principalement dans le Sud du pays où la terre était déjà propriété privée des classes possédantes (à la différence du Nord) et où la production était essentiellement orientée vers le marché capitaliste mondial, ce qui impliquait une certaine rationalisation. Les masses paysannes de ces régions furent donc déracinées, durent émigrer dans les villes où elles se transformèrent en masse de chômeurs ou de sous-employés dans la mesure où le secteur industriel, faible, ne pouvait les absorber. (Le même processus de déracinement eut lieu également dans le Nord du pays, mais pour des raisons différentes.) Le taux annuel d'urbanisation depuis 1960 a été de 6,2%, tandis que le taux annuel de croissance du secteur industriel de l'économie n'a pas dépassé 2%. Seulement la moitié de la population urbaine aujourd'hui est née dans les villes. De plus, des secteurs de la population rurale se déplacent, comme travailleurs saisonniers, vers les régions caféières de Kefa, Wellaga et Sidamo, vers les plantations de coton, de canne à sucre et les vergers du bassin d'Aswash et du Setet Humera. Le flux principal de cette migration saisonnière va du Nord vers le Sud. La migration vers les villes et l'existence d'une force de travail rurale et migrante a impliqué la dislocation du cadre tra-
ditionnel de la vie rurale, intégrant la paysannerie dans le marché capitaliste comme vendeurs de leur force de travail et acheteurs de produits de consommation. Un processus de prolétarisation s'en est résulté, qui n'a fait qu'accentuer ce phénomène de désagrégation et alimenter la crise idéologique générale. La classe ouvrière, numériquement très faible, vit en dessous du niveau de subsistance. En l'absence d'une économie nationale, contrôlée par le capital national et orientée vers le développement du marché national (les conserves produites par l'industrie éthiopienne par exemple sont vendues exclusivement sur les marchés du Moyen-Orient), la classe ouvrière n'est pas considérée comme un marché viable ce qui, en partie, explique le niveau des salaires en deçà du minimum de subsistance. La classe ouvrière a lutté durant trois décades pour obtenir le droit de s'organiser et pour des salaires au moins équivalents au minimum de subsistance. Le droit à l'organisation a été conquis en 1963, mais l'organisation qui fut autorisée était contrôlée par la bourgeoisie par des moyens à la fois légaux et illégaux. La "Confederation of Ethiopian Labor Unions" (Confédération des syndicats du travail d'Ethiopie) était dirigée par un secrétariat dont les membres étaient soit désignés, soit approuvés par le régime. Cette direction, toutefois, a été balayée en même temps que l'ancien régime, durant le soulèvement de février 1974. Les travailleurs permanents de l'agriculture (par opposition aux saisonniers) n'avaient, eux, pas le droit de s'organiser, et à cause de cela, et aussi de leur attachement au monde paysan, leurs luttes, bien qu'intenses, sont restées plus sporadiques. L'Etat L'Etat a joué un rôle double, perpétuant les structures socio-économiques d'une part, mais les transformant d'autre part. Cette contradiction a créé une situation de crise. Avant 1960, l'Etat était contrôlé par l'aristocratie terrienne, mais la croissance de la bourgeoisie (compradore bureaucratique) a poussé à l'adoption du premier plan quinquennal en 1954. Ce plan qui visait à un développement classique du capitalisme, indiquait bien le degré d'intégration de la formation sociale dans le marché mondial impérialiste. En 1960, il y eut une tentative de coup d'Etat dont les conséquences furent une réorganisation du bloc au pouvoir qui a signifié le renforcement de la fraction bourgeoise. En 1965, le premier ministre se vit attribuer le droit de choisir lui-même les membres de son cabinet, ce qui reflétait l'érosion du pouvoir autocratique. Dans le passé, les classes possédantes avaient la direction de l'Etat de façon plus ou moins directe, ce qui avait retardé le développement de l'appareil d'Etat. Les "administrateurs" de l'Etat provenaient pour l'essentiel de couches relativement inférieures de la société, mais ils étuient rapidement absorbés par les classes dirigeantes. Avec le développement de la bourgeoisie, l'expansion de l'appareil d'Etat et les contradictions au sein de la classe dominante, les choses allaient changer. Une couche de technocrates commença à se former et à s'entraîner à la gestion de l'appareil d'Etat pour le service de la bourgeoisie. Une contradiction s'est alors développée entre ces technocrates et les échelons supérieurs de l'appareil d'Etat, occupés par des membres des classes possédantes traditionnelles. Malgré la désagrégation du système précapitaliste, la bourgeoisie est restée faible par rapport aux autres fractions des classes dirigeantes et par rapport au peuple. Dans la mesure où le caractère et la croissance de cette bourgeoisie étaient déterminés par ses liens au marché impérialiste, elle est restée avant tout centrée sur l'agriculture et, à partir de là, s'est trouvée incapable de se séparer des classes précapitalistes tant politiquement qu'idéologiquement. La bourgeoisie a présenté un projet de réforme agraire qui, en fait, signifiait la législation des processus d'expropriation en cours, ce qui fut rejeté par les autres fractions des classes dominantes. Les conflits entre ces différentes fractions étaient arbitrés ou atténués par l'autocrate, Haile Selassié, et ses conseillers américains. Toutefois, durant les dernières années de l'ancien régime, une bourgeoisie agro-industrielle était en train de se développer. Tandis que la bourgeoisie était paralysée politiquement, les luttes populaires suivaient un cours ascendant. Il y eut des luttes paysannes pour la terre ou contre la taxation ou les expropriations (Tigrai et Godjam en 1967/69, Arussi en 1970/71) et des luttes des diverses nationalités opprimées (Ogaden en 1964, Bale, Metcha, Tulema, etc...). De plus, la classe ouvrière luttait plus ouvertement et plus agressivement malgré la forte répression. A partir de 1969, les luttes étudiantes, qui avaient commencé en 1964 autour du mot d'ordre "la terre à celui qui la cultive" , devinrent des luttes d'envergure nationale, touchant tous les aspects de la vie du peuple. La crise fut exacerbée par la lutte des Erythréens. Un parlement fantôche fut élu en 1968, alors que le régime tentait de faire voter par la population la légitimation de son pouvoir, mais même là, une lutte se développa. L'idéologie précapitaliste développée autour de l'idée que l'empereur était un monarque de droit divin, bien que propagée par les mass-media, les programmes scolaires, les historiens occidentaux et surtout l'Eglise (elle-même en crise), connaissait une décomposition accélérée. Mais les quelques bastions dont disposait encore cette idéologie furent balayés par la manière dont les classes dirigeantes traîtèrent le problème de la famine de 1974. Février 1974 Des facteurs structurels expliquent le soulèvement de février 1974 : une aristocratie terrienne qui ne pouvait plus agir dans les limites du précapitalisme mais qui, en même temps, était incapable de devenir une classe capitaliste; une bourgeoisie dépendante qui voyait ses intérêts à long terme paralysés par des contradictions insolubles; une bourgeoisie qui était incapable de rompre son alliance avec l'impérialisme et d'émanciper la paysannerie. Mais les facteurs structurels se sont conjugués aux facteurs con¡oncturels : la famine qui a causé la mort de centaines de milliers de personnes; la hausse des prix des biens de première nécessité sous prétexte de la crise pétrolière; une grève des chauffeurs de taxi de la capitale qui s'est élargie dans un cadre de luttes sociales généralisées. Le peuple demandait les droits démocratiques, plus de justice, de meilleurs salaires et
des conditions de vie décentes, la terre aux paysans, les droits élémentaires pour les femmes musulmanes et les nationalités opprimées. L'intensité du soulèvement croissait de jour en jour et le gouvernement d'Aklibu se vit obligé de démissionner. En avril, Endalkachew, un candidat de compromis pour les différentes fractions de la classe dirigeante, propulsé par l'ambassade américaine, forma un nouveau gouvernement et promit, entre autres choses, une réforme agraire et l'établissement d'une monarchie constitutionnelle. Mais la population réclamait un "gouvernement provisoire du peuple" • Bien que les officiers de haut-rang soutenaient Endalkachew, les officiers subalternes qui avaient été partie prenante du soulèvement dès ses débuts, s'organisèrent et entrèrent en scène au nom du peuple, renversant et emprisonnant Endalkachew et sa clique. Ils choisirent Michaels, représentant de la fraction bourgeoise dans cette coalition en voie d'effondrement. Mais la bourgeoisie était tellement faible que, sans ses alliés, elle ne put maintenir un tel gouvernement malgré l'appui des militaires. Le peuple pour sa part, avait, après février, "pris possession" de ses droits démocratiques, droit de réunion, d'expression, de de manifestation et de grève. La politisation qui en a résulté ébranla le front autocratique, différenciant l'expression des différents intérêts de classe, et éleva le niveau de la lutte sur la base d'un programme différent. Le rôle de frein du processus révolutionnaire joué par la petite bourgeoisie anti-autocratique devint alors évident. Le peuple appelait à un gouvernement populaire provisoire alternatif aux gouvernements d'Endalkachew et de Michaels. Les paysans s'organisèrent et occupèrent, les terres par la force. Les ouvriers occupaient et contrôlaient les usines et les plantations qui plus tard seront nationalisées par le DERG. Le 12 septembre 1974, les militaires s'emparèrent du pouvoir, après avoir éliminé le vieil empereur.
km 500
SOUDAN
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Asmara, & R.D.P.09 BEGEMDER Adigrat -"Axoum o DU YEMENSetit, Humera •Makalé •Gondar TIGRÉ T. F.A.I. Golfe d'Ader Lac • Bahar Dar Tana ( > Lalibela DJIBOUTI Dessiea GOD ADDIS ABÉBA Harrar ILLUBADOR •'Gam béla -Nazareth :HARRAR Jimma OGADEN KAFFA GEMU-GOFFA BALE KENYA
A cause des contradictions entre les militaires et de la mobilisation en cours des masses après l'élimination de Aman Andom, la possibilité que s'établisse une dictature militaire classique de droite était exclue pour le moment. Le pouvoir effectif fut pris "provisoirement" et "au nom du peuple" par le DERG, une junte militaire composée d'officiers de grades inférieurs et de sous-officiers en principe élus par les soldats. Le DERG et la réforme économique Aussitôt après avoir pris le pouvoir, le DERG adopta des décrets allant à l'encontre des victoires démocratiques du peuple. Il voulait établir la paix sociale et mettre un frein au processus révolutionnaire. Le DERG intègre diverses fractions qui, en dernière analyse, représentent les intérêts différents de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie, unies derrière le "nationalisme" . Le centre de gravité du pouvoir au sein du DERG se modifia au cours des luttes. Chaque fraction définit et interprêta à sa manière le slogan général "Ethiopia Tikdem" (Ethiopie d'abord !). Mais toutes étaient d'accord sur un point : la nécessité d'imposer l'ordre et, pour ce faire, de réprimer le peuple. Bien que le slogan lui-même demeura, la philosophie du "Ethipia Tikdem" était rejetée par le peuple, car elle n'était pas meilleure que celle des empereurs de droit divin. Les principes du DERG relevaient plus de la morale que de la politique et étaient suffisamment vagues pour que chaque fraction puisse s'identifier à ceux-ci. Pour le DERG lui-même néanmoins, les questions économiques étaient plus importantes que celles d'ordre politique. Son premier objectif était de transformer les rapports de production. Dans une déclaration publiée le 20 décembre 1974, le DERG expliquait sa conception du rôle de l'Etat dans l'économie : "... les richesses qui sont décisives pour le développement économique ou qui sont indispensables aux besoins de la collectivité doivent être placées sous le contrôle du gouvernement ou être sa propriété. " Au sein du DERG, les dissensions éclatèrent sur la question : comment, quoi et pourquoi contrôler ? Mais afin de prendre la défense du Capital, "le gouvernement décidera et appliquera une politique du travail qui stimulera la croissance économique, bénéficiera à la société dans son ensemble et fournira un travail rémunéré" La politique du DERG face aux travailleurs est fondée sur ces principes. Le 21 décembre 1974, tout en développant la répression contre la liberté et l'unité des travailleurs qui combattaient toujours pour défendre leurs victoires chèrement acquises, le DERG nationalisa les institutions financières. La nationalisation de quelque 70 usines et entreprises de distribution s'ensuivit. Le peuple cependant, luttait pour la terre, une question qui n'était pas moins importante pour la bourgeoisie. Le 4 mars 1975, le DERG adopta le décret longtemps attendu de la réforme agraire. Le DERG, l'Etat et les réformes économiques Ayant décrété ces réformes économiques, le DERG se trouva opposé à la machine bureaucratique au sein de l'appareil d'Etat qui s'était constituée sous l'ancien régime et dont les couches supérieures étaient liées à la grande bourgeoisie, soit politiquement, soit économiquement. Or, le DERG ne peut détruire l'Etat sur lequel il s'appuie. Il ne peut accepter la mise en œuvre de ses réformes par le peuple lui-même, car cela
mettrait en danger l'existence même du DERG. Ainsi, bien que nettoyant l'appareil d'Etat, il mit en place différents organismes de transition et de contrôle parallèle à l'actuel Conseil des ministres, ce qui ne facilitait pas la division du travail et la rationalisation de la machine étatique. Ceci ne pouvait durer très longtemps. Une intégration était nécessaire. Elle commença avec la prise de contrôle par le DERG des différents ministères. En décembre 1974, le DERG a envoyé 60 000 étudiants et enseignants dans les zones rurales afin d'apporter aux paysans le message sacré des militaires. Mais les étudiants et les enseignants, qui ont une expérience de plusieurs années de lutte et possèdent un haut degré de politisation, jouèrent le rôle de catalyseurs de la lutte dans les campagnes. Vu les contradictions à l'intérieur du DERG - où les influences droitières étaient toujours fortes, et parce qu'il craignait le peuple -il passa d'abord un accord politique objectif avec les grands propriétaires terriens. Mais avec les modifications des centres de pouvoir, la claire manifestation de la nature réactionnaire des propriétaires ainsi que l'entrée sur la scène politique des réformistes (avec leur slogan "soutien critique au DERG") conduisirent à la rupture de cette alliance. La récupération du mouvement paysan apparut comme une tactique plus efficace pour lutter contre la révolution agraire. Dès février 1984, les paysans avaient formé des comités pour combattre les propriétaires. Ils étaient potentiellement des organes politiques, mais le DERG voulait les transformer en organismes administratifs et en unité de production. Aujourd'hui, la lutte des Comités révolutionnaires de paysans continue pour assurer leur indépendance face à l'Etat. Une fraction du DERG a utilisé les luttes populaires contre les autres fractions. La dernière réforme importante intervint en juillet 1975 quand les terrains urbains et les logements furent nationalisés. Les réformes économiques n'ont été que la réalisation et la cristallisation de la lutte de classe et n'ont pas résolu les problèmes politiques immédiats. Elles sont le produit d'une longue lutte des ouvriers, paysans et petits-bourgeois et elles ont impulsé des modifications dans les rapports de force au sein du bloc au pouvoir. La réforme agraire est la conclusion logique de la politique de substitution des importations qui vise à alléger les charges portant sur les investissements en capitaux en diminuant le coût d'importation de la nourriture. La loi de réforme agraire se caractérise par sa nature radicale. Elle est le résultat de divers facteurs. La terre appartient à l'Etat et les propriétés privées ne peuvent excéder la superficie de 10 hectares. Le droit d'héritage est supprimé et il est interdit d'engager des travailleurs agricoles. Ceci implique que l'exploitation de la terre doit être intensive, ce qui apparaît encore plus nettement à la lumière de la politique du DERG dans le domaine du crédit aux paysans. La nationalisation des institutions financières et des industries comme la définition des investissements privés et étatiques indique l'option bourgeoise dans le domaine de l'industrialisation. La nationalisation du sol urbain et de l'habitat met fin à la spéculation et canalise le capital vers l'industrie dans laquelle la paix sociale est garantie et où "la politique du travail qui stimule la croissance économique" manifeste ses effets.
La réforme agraire est significative dans la mesure où elle homogénéise le système de propriété des terres dans un pays où il existe diverses formes de propriété foncière. La bourgeoisie a besoin d'une économie et d'un marché "national" cohérent. En particulier, la réforme introduit une unité entre le Nord - où persistait la forme d'appropriation communale - et le Sud, où il y a des latifundia. Elle aide aussi à mettre en avant une solution bourgeoise à la question des nationalisations. La fraction du DERG qui a pris l'initiative de la réforme agraire et qui l'a fait appliquer s'oppose aux intérêts des propriétaires terriens et de la grande bourgeoisie compradore qui sont liés à l'intégration en série de la division internationale du travail et, dès lors, mettent l'accent sur des méthodes d'exploitation extensive et non pas intensive des terres. Ce n'est donc pas une surprise si la bourgeoisie est organisée dans l'opposition représentée par l'Union démocratique éthiopienne. La crise continue La situation politique depuis 1974 se caractérise par trois types de confrontation : premièrement, un affrontement entre, d'un côté les propriétaires fonciers, la bourgeoisie compradore et, de l'autre, les masses laborieuses; deuxièmement, le combat politique des ouvriers et des paysans dans le Sud contre la contre-révolution bourgeoise; troisièmement, les luttes au sein du DERG lui-même. Ces diverses luttes s'influencent mutuellement. A notre époque, les tâches radicales d'une révolution bourgeoise ne peuvent être menées à bien, à moins d'être prises en charge par des forces anti-capitalistes. Mais la répression brutale du DERG s'abat sur tous ceux qui désirent aller au-delà des limites de la révolution bourgeoise (ce qui n'implique pas que si les partis de gauche subissent la répression, ils soient nécessairement anti-capitalistes). La crise politique et sociale qui a provoqué l'effondrement de l'ancien édifice, l'émergence des masses sur la scène politique et les difficultés pour le DERG de contrôler la situation, malgré la mise en place de structures capitalistes - a aussi stimulé la désorganisation économique qui, à son tour, accélère la crise politique et idéologique. Les réformes économiques du DERG furent décidées dans un contexte marqué par une montée des luttes et une crise économique profonde. Le slogan "Ethiopia Tikdem", qui a sa racine dans la gloire passée d'une nation particulière au sein d'une société plurinationale, doit inévitablement disparaître. Le DERG, composé d'officiers petit-bourgeois, est lié à la montée de la lutte de classe et en subit les répercussions. Le rôle du Mouvement socialiste pan-éthiopien (MS PE), organisation réformiste, et des organisations révolutionnaires, est important. Vu le manque de démocratie, les diverses fractions au sein du DERG se révélèrent au fil des événements, sous les effets des contradictions sociales croissantes. Les événements Depuis le début de 1974, la fraction dirigée par le colonel (ex-major) Mengistu Haile Mariam, considérée comme "gauche" par les réformistes, a conquis l'hégémonie au sein du DERG après de nombreuses épurations. Elle y est parvenue, avec le soutien des réformistes, en utilisant le processus révolutionnaire ainsi que les revendications et les luttes des masses.
Mengistu a établi son hégémonie par l'intermédiaire d'une série de remaniements intervenus dans le centre de décision du DERG. La droite traditionnelle, qui visait l'établissement d'une dictature militaire représentant la grande bourgeoisie, fut d'abord éliminée, tout de suite après la prise du pouvoir par le DERG. Les partisans de cette fraction furent ensuite éliminés de l'appareil d'Etat. Le groupe représentant le néo-colonialisme "éclairé" , essentiellement les agro-industriels regroupés autour de Sisay et de Kiros, s'opposèrent alors à toute réforme, tout en gardant le contact avec leurs appuis américains. Après la réforme agraire et la récente nationalisation du sol urbain et de l'habitat, les réformistes donnèrent leur soutien à Mengistu et trouvèrent un contenu marxiste au slogan "Ethiopia Tikdem". Un Bureau politique fut mis sur pied et un front contre le féodalisme, l'impérialisme et le capitalisme bureaucratique fut créé. Le major Sisay et son groupe s'opposèrent âprement à ces mesures. Tandis que le DERG restait divisé sur la solution à la question de l'Erythrée, une "marche rouge" sur l'Erythrée fut organisée. Son succès aurait pu discréditer les réformistes et contribuer à l'ascension de Sisay. A cette époque, le sabotage économique de la bourgeoisie était à son apo gée et les travailleurs y répondaient en créant leurs propres magasins coopératifs. Cependant en juillet 1976, après l'échec de la "marche rouge" et la constitution du Bureau politique par les réformistes, Sisay et son groupe furent éliminés. Des purges s'ensuivirent partout. Comme chaque vague de luttes populaires amenait à des remaniements au centre du pouvoir, les réformistes s'engagèrent de plus en plus dans le soutien au groupe Mengistu. Des purges et des réorganisations furent accomplies sur la base de leurs conseils.
1221900 km2 et environ 26 million d'habitants. 1936-1941 : Lutte contre l'occupant fasciste italien. L'impérialisme britannique réimpose la dynastie de Haile Selassie. 1941-1960 : Renforcement de l'Etat autocratique centralisé. En 1952, l'impérialisme assujettit l'Erythrée à une "fédération" avec l'empire éthiopien. Peu à peu, l'aspect fédératif disparaîtra et l'Erythrée se verra assujettie comme une quelconque province à la centralisation impériale. Il s'en suivra le développement d'une opposition nationaliste incarnée par le front de libera- tion de l'Erythrée, dont deux composantes après scission (FLE et FLE-FLP) mènent depuis lors e lutte armee. 1960 Tentative de coup d'Etat menée par une partie de l'armée. La monarchie vacille et après la victoire, s'engage dans un processus de restructuration qui renforcera les secteurs bureaucratiques petits-bourgeois et les fractions affairistes de la noblesse. 1973-1974 : Une terrible famine s'abat sur les campagnes éthiopiennes à laquelle le régime est incapable de répondre. La spéculation et le stockage des aides alimentaires aggrave la situation. Fév. 1974 : Grève des professeurs, des étudiants et des taxis. Les manifestations sont sévèrement réprimées. Les divisions d'Asmara de l'Erythrée occupée se mutinent. Avant la fin de février. ce mouvement militaire s'étend à tout le pays et à la capitale. Le pays rentre dans une période d'intenses mobilisations, grèves, révoltes paysannes. Avril 1974 : Création d'un Comité de coordination militaire (MCC). Le MCC prend peu à peu l'ascendant sur le gouvernement de Endalkachew puis celui de Imru. Sept. 1974: Le général Aman Andom à la tête du DERG (ancien MCC) dépose l'empereur et prend le pouvoir. i Par la suite, différentes fractions du DERG s'affronteront tant sur la question érythréenne que sur les rasports avec le mouvement de masse. la réforme agraire et les liens avec l'impérialisme. Andom tombera et finalement Bante, le dernier en date de janvier 1977 pour laisser la place à Mengistu... L'élimination du grovep Sisay - bien qu'il ait marqué l'hégémonie de la bourgeoisie radicale - contribua à accentuer le déséquilibre et non à stabiliser le DERG. Les réformistes étaient installés au poste de commande, particulièrement dans l'appareil de propagande; pourtant, la répression s'accentua contre le PERP qui, après avoir accepté le principe du front uni anti-féodal auquel appelait le DERG, s'était lancé dans les actions armées au Nord. Quant à lui, le PERP dénonça "la coalition gouvernementale des fascistes et des réformis-
. "Le Soldat opprimé", journal qui reflète les vue du PERP,
HIS traita Mengistu de dictateur et dénonça sa tentative de faire un coup d'Etat. Le 29 septembre 1976, Mengistu échappa à un attentat et une série de membres et de sympathisants du PESM furent assassinés. Le DERG qualifia le PERP "d'anarchiste" et exerça une intense répression à son égard. Dans le contexte de ces tensions sociales et politiques, une réorganisation du DERG fut de nouveau rendue nécessaire. La commission chargée de l'enquête sur le PERP reconnut que 60% des accusations étaient fausses. Il fallait établir une définition permanente des attributions des diverses instances étatiques afin de centraliser et de rationaliser la structure du pouvoir. Il fallait atteindre un certain équilibre entre les différentes • fractions et mettre à l'épreuve le pouvoir de Mengistu et des réformistes. Pendant ce temps le PERP poursuivait sa campagne d'exécution des réformistes et de leurs partisans. Il est difficile de savoir si cette dernière trouvait sa justification dans une différenciation stratégique entre réformistes et révolutionnaires ou si elle constituait une réponse politique immédiate dictée par les contradictions internes au DERG. Il est possible que son but ait été de renforcer une autre fraction tout en affaiblissant Mengistu et ses conseillers. La réorganisation du DERG, à la fin décembre 1976, ôta tout pouvoir effectif à Mengistu. Il devint président du conseil de. ministres. Atnafu, caractérisé par les réformistes comme un homme de droite, prit en main la milice et Terefi Banti, qui n'é. tait jusqu'alors qu'un figurant, fut chargé du ministère de la Défense. Alamaheyu, réputé sympathisant du PERP, prit la crection effective du DERG en sa qualité de secrétaire perme nent. Le Bureau politique (où les réformistes étaient hégémc niques), qui avait été créé pour centraliser les débats, canaliser l'opposition et organiser les masses, fut mis de côté. Le refus d'institutionnaliser le Bureau politique était une indi. cation du rapport de forces et de la crise aigue au sein du DERG. Les contradictions surgissaient au cours des réunions traîtant de la situation nationale et de celle de la région avoi sinante. Parmi les pays limitrophes, seul le Sud-Yemen soute nait le DERG. Le régime soudanais était clairement hostile. Le DERG se montra incapable de répondre à l'agitation politique dans les villes, à la montée de l'extrême-droite et à la situation en Erythrée. Alamaheyu et Moges, dont on disait qu'ils étaient proches du groupe "Révolution" , constituèrent un bloc contre Mengistu. Il est encore difficile de savoir qui engagea les hostilités, mais en tout cas, Mengistu et les réformistes sortirent vainqueurs de la confrontation. Les purges con tinuent et la répression contre le PERP n'a pas diminué. L'alliance entre Mengistu et les réformistes pourrait cependant s'effondrer sous les coups de la prochaine montée des masses et du problème de l'Erythrée. La lutte à l'extérieur du DERG continuera à alimenter les e férends des fractions qui y sont en présence. De nouvelles réorganisations et purges pourraient survenir. Si les contradictions se développent au point que Mengistu soit la cible d'une nouvelle attaque, celui-ci pourrait être tenté de chercher un soutien dans le MSPE, qui s'est servi de l'appareil d'Etat pour installer ses départements d'organisation et de mobilisation populaires. Cela rendrait le DERG inutile. Néanmoins, pour l'instant, Mengistu reste le chef de l'Etat et du DERG.
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Les organisations politiques Les organisations et les partis politiques, - de l'extrême-droite à l'extrême-gauche en passant par les réformistes - se sont développés à partir de la lutte populaire avant et surtout après 1974. En raison de sa faiblesse et de son manque de tradition historique, la bourgeoisie (d'Etat) ne possède pas encore son propre parti. Elle utilise à sa place, la gauche réformiste, et adopte comme idéologie un "marxisme-léninisme" tout verbal après s'être essayé à d'autres "philosophies" . L'adoption d'un vocabulaire "marxiste-léniniste" par les couches politiques dirigeantes constitue une indication de la profondeur de la crise idéologique de la bourgeoisie. Partant de l'illusion que les petits-bourgeois au pouvoir peuvent être transformés en marxistes, les réformistes ne font que consolider la contre-révolution bourgeoise au nom de l'anti-impérialisme. Le MSPE, qui a maintenu son indépendance jusqu'à présent, risque de la perdre. Pour se protéger, il est obligé de s'intégrer à l'appareil d'Etat et d'accroître ainsi sa dépendance à l'égard de la bourgeoisie, qui a temporairement besoin de lui. En se construisant une base au travers de l'appareil d'Etat, le MSPE devient l'appareil idéologique du régine et consolide donc la bourgeoisie. Il se peut que les dirigeants du MS PE n'y voient aucune contradiction puisque leur rogramme réclame "une révolution bourgeoise d'un type noueau"
planté dans les masses et dans la petite-bourgeoisie démo-ratique, le PERP - dont le programme se prononce pour "une ouvelle révolution démocratique" - est le plus important des groupes oppositionnels de gauche. Il caractérise la révolution comme anti-féodale, anti-impérialiste et anti-fasciste. Il est gagé dans la lutte armée au Nord du pays et dans les villes. Mais son silence presque total à propos des réformes économiques, son refus de participer à l'agitation pour le salaire minium et sa campagne "d'exécution des réformistes", dont le seul résultat sera de renforcer la droite, constituent des erreurs qui conduiront à sa marginalisation si elles ne sont pas corrigées. Le Parti communiste éthiopien (marxiste-léniniste) est un produit des contradictions du mouvement communiste international. C'est une caricature de marîsme, parlant plus du social-impérialisme, avec plein de phrases creuses "anti-révisionnis,us", que de la révolution en Ethiopie. Le fait qu'il ait livré des listes de militants du PERP, bien qu'il proclame combattre le DERG "fasciste" , en dit long sur ses positions contre-révoluaires. Le groupe rassemblé autour du journal clandestin "Lutte populaire" fait un travail idéologique et théorique, mais il est unent des luttes quotidiennes. Bien que son analyse marxiste de l'Etat et de la nature du régime soit correcte, il ne propo,e aucune tactique ni stratégie de lutte. Il se peut que ce roupe soit dans l'attente d'un débat avec le PERP, sur lequel te une appréciation critique.
Le groupe "Révolution" est proche du MSPE et discute de la possibilité de fusionner avec lui. Le groupe autour du journal semi-clandestin "Le Travail" est une organisation qui est née du mouvement de masse. Il ne semble pas chercher un rapprochement avec le PERP, qu'il considère trop hostile au régime, ou le MSPE, dont la collaboration de classe le rebute. Les militants de cette organisation considèrent que le Bureau politique est un organisme distinct du DERG et ils participent au premier afin "d'utiliser la marge demanœuvre de la légalité bourgeoise" En plus de ces organisations, il y a diverses organisations nationalistes ou de libération nationale qui sont fondamentalement bourgeoises ou petites-bourgeoises. Elles ne peuvent être caractérisées comme gauchistes parce qu'elles croient que la lutte de libération nationale a priorité sur la lutte de classe. L'existence de tant de groupes, d'organisations et de partis. surtout les deux plus importants, le PSEM et le PERP joue un rôle important en déséquilibrant à la fois la situation politique générale et le DERG lui-même qui est, à son tour, obligé de se déterminer par rapport à ces groupes. La présence de beaucoup d'organisations de gauche avec des programmes presque identiques (et le DERG a aussi adopté le même programme !) est un produit de la crise idéologique que traverse la société toute entière. La différence entre les réformistes et les autres n'est pas liée à la question du caractère de la révolution mais plutôt à des divergences tactiques. Etant donné les programmes identiques et de l'absence de démocratie, il n'y a pas de débats idéologiques ou théoriques et l'allégeance aux organisations politiques tend à se faire sur des bases qui ne sont pas politiques. Une propagande et une agitation continuelle à la place d'analyses, avec l'objectif de se créer une clientèle, peut signifier une dépolitisation graduelle des masses et une division de la classe ouvrière. La récente manifestation de masse de 300 000 personnes appelée par le DERG lui-même, qui aurait été impossible un an auparavant, indique une certaine stabilisation du régime malgré la crise. Une telle stabilisation, si elle continuait, accélérerait la lutte anti-féodale de la bourgeoisie et donc briserait l'alliance possible de la classe ouvrière et de la paysannerie. Ceci peut offrir la base d'un certain degré d'équilibre social et si les organisations révolutionnaires ne se montrent pas capables de dépasser les limites de la lutte anti-féodale pour mener le combat anti-capitaliste, elles pourront être balayées. Une dictature bourgeoise avec un Etat bonapartiste sera probable en Erythrée, d'autres questions nationales seront résolues et la situation des réformistes clarifiée. La politique américaine vis-àvis du régime, entre autres facteurs, va également influer sur la situation. En l'absence de lutte allant au-delà d'un programme anti-féodal, anti-impérialiste et anti-fasciste, le colonel Mengistu, qui depuis le 7 février a été chef d'Etat, chef du gouvernement et président des trois organes du DERG, pourrait devenir le Bonaparte; pour cela, il recevrait peutêtre l'appui d'une partie de la paysannerie et des mouvements de libération nationale.
15 février 1977