Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Les travailleurs du secteur public contre la dictature

· Inprecor n° 3, 31 mars 1977 · p. 18-24 · 5 999 mots

Argentine et Chili Syndicalisme Stalinisme

La lutte des travailleurs

Nous publions ci-dessous la deuxième partie de l'étude sur l'Argentine rédigée par Irena Rodriguez, militante du PST (organisation sympathisante de la lVème Internationale). La première partie (voir Inprecor n°2 nouvelle série) analysait les causes du coup d'Etat du 24 mars 1976 et ses conséquences immédiates. Celle-ci s'attache plus particulièrement à tracer les grandes lignes d'évolution probable de la situation et les tâches qu'elles impliquent pour les militants révolutionnaires

ARGENTINE du secteur public argentins. Les échéances que nous présentions en termes d'alternative dans notre article précédent se sont rapprochées avec le mois de février. La dictature de Videla, après avoir réduit de moitié le niveau de vie des masses, a lancé une grande offensive contre le secteur des entreprises d'Etat. Entraînés par la combativité des électriciens de "Luz y fuerza", ces secteurs ont commencé à résister de façon importante. A la différence des mouvements de riposte antérieurs, des corporations entières sont concernées par les mobilisations actuelles, elles ont donc un caractère national. C'est une véritable bataille qui est en cours et nous sommes à la croisée des chemins. Il en résultera probablement un nouveau rapport de force entre les classes; c'est le moins que l'on puisse en attendre. Le cours immédiat de cet affrontement va affecter tous les éléments fondamentaux de la situation en Argentine : la politique du gouvernement et des diverses forces bourgeoises, l'attitude et le comportement, dans l'immédiat, de la classe ouvrière et d'autres composantes du mouvement de masse, les plans économiques et les projets politiques. La deuxième étape Le 10 février dernier, la presse patronale annonça avec satisfaction que le travail commençait à se normaliser dans les services de l'électricité. Les électriciens ont refusé pendant dix jours le nouvel horaire qui augmente la journée de deux heures. Pendant quinze jours, ils ont travaillé sans "enthousiasme" et participé à des mobilisations; une marche de 3000 travailleurs s'est terminée devant le syndicat. Des quartiers et des villes entières et même les bureaux des ministères sont restés sans lumière. C'est à l'issue de négociations secrètes ou semi-secrètes - qui ont encore duré aussi longtemps - que la direction du syndicat a conclu un accord partiel avec les représentants du gouvernement et appelé à respecter le nouvel horaire. Comme nous l'avons montré dans le précédent article (1), la première étape du conflit s'est ouverte en octobre 1976. A

Irena RODRIGUEZ cette date, le gouvernement avait licencié environ 200 travailleurs et dirigeants syndicaux et lancé une première offensive pour supprimer de vieilles conquêtes ouvrières de cette branche. Jusqu'en décembre, le conflit parut s'engager dans une impasse. Le gouvernement, tenu en échec par les débrayages et les actes de sabotage retarda l'application des mesures modifiant la convention mais se refusa à réintégrer les licenciés. Il renouvela son attaque peu après le 20 janvier. Il le fit cette fois en édictant la loi 21 476 qui l'autorise à liquider toutes les clauses des conventions collectives des fonctionnaires qui entraveraient l'application du plan de surexploitation et de réduction du déficit budgétaire. Les travailleurs organisés dans le syndicat des électriciens "Luz y fuerza" reprirent immédiatement la lutte, ouvrant la deuxième étape du conflit. Cette seconde étape semble s'être terminée, le 10 février. La direction syndicale accepta l'application du nouvel horaire de 8h14' (l'ancien était de 6 heures). Il fut cependant stipulé que durant les dernières heures, les travaux considérés comme insalubres seraient remplacés par d'autres tâches. Le gouvernement s'engagea à ne pas modifier la clause qui octroie un taux de salaire spécial pour les samedis, dimanches et lundis et qui représente près d'un tiers du salaire des électriciens. Ces points étant acquis, la discussion sur le reste de la convention a débuté entre le gouvernement et la direction du syndicat; elle dure toujours. La perte de l'horaire de six heures, que le gouvernement prétend compenser par une augmentation d'environ 20%, est une chose importante et pourrait être considérée comme l'indice d'une défaite objective des travailleurs. Mais il faut considérer que le conflit n'est pas encore terminé et que seul le résultat final permettra de comprendre la signification véritable de cette récente bataille. Il n'est pas possible non plus de comprendre exactement ce qu'elle signifie, ni de prévoir ses résultats probables sans tenir compte de la façon dont elle se reflète dans la conscience et le moral de la classe ouvrière et dans ceux de ses ennemis. Il faut partir d'une analyse d'ensemble de la situation où s'inscrit la lutte des fonctionnaires.

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Le début de la deuxième grande étape de l'offensive gouvernementale contre les masses et la résistance que lui oppose le mouvement ouvrier donnent la clé de ce problème. La nouvelle offensive réactionnaire Après le coup d'Etat du 24 mars 1976 commence l'avancée ultra-réactionnaire de la dictature. Elle avait deux objectifs essentiels et combinés : renverser le cours de la grave crise économique nationale par un brutal renforcement de la surexploitation de la classe ouvrière et en finir avec le danger représenté par les grandes mobilisations et les crises pré-révolutionnaires qui avaient tenu en échec et menacé la bourgeoisie dans la dernière année du gouvernement péroniste. C'est pourquoi, en même temps qu'il liquidait la majeure partie des droits politiques et syndicaux des masses, le gouvernement faisait baisser de moitié leur niveau de vie déjà faible par l'inflation et le gel quasi total des salaires. Cette politique trouva un appui relatif auprès de l'impérialisme qui accorda des prêts pour plus d'un milliard de dollars. Ce dernier permit ainsi à l'Argentine de se placer parmi les trois seuls pays d'Amérique latine dont la balance des paiements est excédentaire. Mais les centres financiers internationaux exigent une autre condition que le gouvernement argentin fut bien loin d'atteindre en 1976 : une réduction drastique du déficit budgétaire. Voici la clé de la nouvelle offensive gouvernementale. C'est pour répondre à ses propres objectifs anti-inflationnistes et plus fondamentalement aux exigences de l'impérialisme que le gouvernement se lance dans la "rationalisation" de l'administration publique et des entreprises étatiques, après avoir réussi à obtenir un taux extrêmement élevé de plus-value au profit du patronat national et international. D'après ce qui en a transpiré, son plan prévoit le licenciement de dizaines de milliers de travailleurs, l'augmentation des horaires et des cadences et d'autres mesures semblables. L'ensemble du gouvernement et les états-majors militaires soutiennent le plan avec fermeté. Ceci n'empêche pas l'existence de frictions et de contradictions parfois directes entre les ministres de l'Economie et du Travail et d'autres fonctionnaires dirigeant les entreprises d'Etat qui refusent d'appliquer ce plan jusque dans ses ultimes conséquences. Il existe également, de façon plus indirecte, des heurts avec les secteurs du patronat qui défeadent le marché intérieur. Dernièrement ils se sont exprimés de la manière la plus active par les courants "desarollistes" (2). Mais ces éléments ne modifient pas substantiellement l'axe ni la direction de la politique du gouvernement. Vu le rapport de force actuel, la bourgeoisie ne peut envisager d'autre issue à la grave crise économique que de négocier avec l'impérialisme et de lui faire des concessions. Ceci comporte des contradictions et une dynamique propres car l'impérialisme exige une politique "d'austérité" et de réduction du déficit budgétaire. De ces exigences découle la puissance de l'offensive gouvernementale, elles l'alimenteront chaque fois davantage.

La résistance ouvrière La riposte à l'offensive répressive et à la surexploitation a commencé au mois de septembre de l'an passé. La lutte des travailleurs de "Luz y fuerza" fut le pivot d'un processus plus vaste, de type moléculaire, qui s'est étendu à de larges secteurs du mouvement ouvrier industriel. Ces luttes partielles menées pour les augmentation de salaires et d'autres améliorations se sont le plus souvent terminées par un match nul ou par de petites victoires. Vers la fin de l'année, comme il est classique, ce processus s'est ralenti. La lutte actuelle des cheminots, des employés du téléphone et d'autres entreprises publiques avec à leur tête les électriciens est, en un sens, la continuation du processus de résistance entamé en septembre et constitue en même temps un fait nouveau: cette réponse à l'offensive du gouvernement ouvre la possibilité d'un saut qualitatif dans la lutte du mouvement de masse. C'est en réponse aux premiers licenciements dans les chemins de fer que ce secteur a commencé à organiser la lutte. Les premières manifestations en ont été le travail au ralenti dans plusieurs ateliers, tandis que la direction du syndicat menace d'appeler à la grève si les révocations continuent. Plusieurs vagues de travail au ralenti et de sabotages se sont produites dans les téléphones. C'est ainsi qu'au début de cette année, plusieurs ministères furent privés de lumière et de téléphone et que la presse fut obligée d'en rendre compte. Par sa fermeté, par son caractère national, la lutte des travailleurs de l'Etat peut jouer un rôle très important pour étendre et articuler la lutte de la classe ouvrière et des masses. Les coupures de lumière se sont étendues à tout le pays et l'intervention de l'armée en quelques endroits, comme à Mar del Plata, a été incapable de modifier la situation de façon sensible. Il est très difficile de cerner avec exactitude la situation actuelle. La discussion de la convention collective de l'électricité et les négociations avec les autres secteurs publies continue. S'ils parviennent à former un front avec eux, il n'est pas impossible que les électriciens reprennent la lutte. Autre aspect important : la situation subjective des travailleurs. Comment ressentent-ils la perte de l'horaire de six heures ? Les travailleurs savent que le plan du gouvernement, publié en son temps, voulait et veut toujours leur arracher d'autres de leurs nombreuses conquêtes. Ils savent aussi que le gouvernement avait l'intention de l'appliquer à partir d'octobre, qu'il ne l'a pas pu et qu'aujourd'hui, il est obligé de retarder l'annulation d'autres clauses de la convention et d'ouvrir la discussion - sous les yeux du pays tout entier - avec des représentants syndicaux que légalement, il ne reconnaît pas. Ils savent aussi que, malgré l'emploi de la police et de l'armée, il n'a pas réussi à leur asséner de coup décisif. Il est donc possible que les travailleurs se sentent forts, capables de continuer à affronter la dictature et, s'il en est ainsi, cette force et leur colère alimenteront des luttes nouvelles et plus puissantes. Mais rien de tout ceci ne peut être affirmé avec certitude : cela dépend du cours de la lutte dans les semaines et les mois à venir. Cela dépend aussi de manière spécifique du comportement et de la riposte du reste du secteur public et des travailleurs de l'industrie.

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Les perspectives C'est une lutte ouverte où toutes les possibilités sont envisageables, y compris le triomphe ou la défaite écrasante. Si une défaite de cette importance intervient, le recul du mouvement ouvrier et l'offensive réactionnaire pourraient s'approfondir. Mais nous ne croyons pas ce pendant que cette hypothèse soit la plus probable. Les frictions au sein de la bourgeoisie, la croissante opposition de la classe moyenne, la pression internationale et surtout la résistance moléculaire qui, à partir de septembre, s'est étendue largement à tout le mouvement ouvrier, sont des points importants qui favorisent la lutte des travailleurs de ld fonction publique et rendent difficile une défaite décisive. Le match nul ou une défaite partielle, mais aussi une victoire importante pour le mouvement de masse, sont les perspectives les plus probables. La dictature unit déjà, dans l'opposition et le refus, de larges couches ouvrières et populaires. Si ceux de "Luz y fuerza" et des chemins de fer continuent l'offensive ou s'ils la retardent légèrement pour se coordonner avec le reste des fonctionnaires à partir de mars, si le gouvernement recule (et même sans cela) la résistance des travailleurs du secteur public peut ouvrir les vannes d'une explosion ou d'un processus plus complexe au travers desquels les masses commenceraient à traduire leur haine en terme de lutte. Cette possibilité reste envisageable parce qu'à la colère des travailleurs du secteur public, au début de riposte surtout de la part des électriciens, s'ajoutent la nécessité pour la bureaucratie elle-même de résister au gouvernement qui lui accorde de très faibles marges de manœuvre. Cette possibilité reste envisageable parce qu'à la colère des travailleurs du secteur public, au début de riposte, surtout de la part des électriciens, s'ajoute la nécessité pour la bureaucratie elle-même de résister au gouvernement qui lui accorde de très faibles marges de manœuvre. C'est presque certainement aussi le cas de quelques secteurs du patronat, plus spécialement ceux dont les intérêts sont liés au développement industriel. Un premier symptôme de ce processus fut la publication de la déclaration contre la politique économique signée en décembre par tous les syndicats et qui, selon des fuites, aurait été en partie inspirée par les tenants du développement. La lutte des fonctionnaires peut être ajournée jusqu'en mars ou se prolonger en combats sectoriels pendant toute l'année. Une victoire importante, ou même en son absence, la prolongation d'une résistance qui ébranle le gouvernement, peuvent ouvrir la voie à la grève générale, stimuler la montée d'autres secteurs du mouvement ouvrier et du mouvement de masse, et même renverser le ministre de l'Economie et accélérer les projets d'ouverture politique. La bureaucratie syndicale qui a subsisté en trahissant, qui trahira encore, pourrait être obligée de l'impulser. Dans ce contexte, nous pourrions peut-être voir le mouvement étudiant sortir d'une année d'effondrement. La communauté juive se sentirait probablement plus forte pour exiger la fin des attentats contre ses locaux. La lutte pour les libertés démocratiques pourrait accomplir un véritable saut, en particulier pour la liberté des milliers et milliers de prisonniers.

Dans une telle situation, un nouveau massacre, une augmentation importante des prix ou une autre mesure économique semblable peut provoquer une véritable explosion. Des dizaines et même des centaines de milliers de travailleurs pourraient se retrouver dans la rue. Personne ne peut assurer que cela se passera ainsi; mais nous devons nous préparer politiquement à ces possibilités car la riposte n'aura rien à voir avec un simple proce:sus évoluant spontanément, et au cours duquel les secteurs s'ajouteraient les uns aux autres de façon lente et progressive. La résistance avivera et combinera en les enrichissant toutes les expériences de lutte du mouvement de masse, surtout celles, glorieuses, de la "Révolution libératrice" de 56 et celle que nous avons vécue après le Cordobazo. Cela signifie qu'à la lutte syndicale, canalisée et dirigée par les organes traditionnels du mouvement ouvrier, et qui va fondamentalement dans le sens de la reconquête ouvrière du syndicat, s'ajouteront des grèves, des manifestations et des explosions insurrectionnelles et semi-insurrectionnelles, plus spontanées, explosives, hors du contrôle de la bureaucratie. Des couches plus larges de la population y participeront. La guerilla elle-même, partie prenante de ce large front de résistance resurgira et selon toute probabilité se renforcera politiquement, surtout si, abandonnant la lutte armée, elle se tourne vers une politique légale de populisme de gauche, toléré. Il faut encore une fois souligner qu'il ne s'agit pas là d'une perspective globale à moyen ou à long terme mais que la lutte des employés de l'Etat et surtout sa victoire peut la rendre actuelle dans les prochains mois. Une issue indécise ou une défaite partielle éloignerait cette perspective ou l'estomperaient un peu, mais sa possibilité de jonction avec la résistance du mouvement ouvrier la rend de toute façon prévisible. La lutte des fonctionnaires peut changer les plans patronaux L'importance de l'affrontement actuel ne signifie en rien qu'il soit décisif. A l'heure actuelle, la tâche principale, le renversement de la dictature ne fait pas parti des probabilités immédiates. Le plan de Martinez de Hoz prévoit l'appui d'importants secteurs de la bourgeoisie spécialement de ceux qui travaillent pour l'exportation et dans les industries de base. Ils s'apprêtent, selon leurs propres prévisions, à augmenter leurs investissements de 70% par rapport à ceux de l'an dernier. Par contre, on trouve dans l'opposition au ministre de l'Economie les secteurs patronaux et militaires liés à la production destinée à la consommation intérieure et ceux qui sont partisans d'autres formes de soumission à l'impérialisme, principalement les tenants du développement. Rien de cela ne serait décisif cependant si le mouvement ouvrier ne résistait pas. Mais en se combinant avec ce facteur fondamental, les "desarrollistes" et d'autres sortes d'oppositions peuvent se renforcer. Si la résistance ouvrière avec, à sa tête les travailleurs du secteur public, parvient à renverser le ministre de l'Economie, cela ne sera pas la fin de l'offensive impérialiste. Seule une montée très puissante et prolongée du mouvement de masse offrirait la possibilité de résister à l'impérialisme. Dans le ca-

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dre de la crise économique chronique mondiale, il n'y a pas d'autre solution pour faire sortir le pays de sa grave crise économique. Selon les spécialistes, après une brève amélioration, l'économie mondiale sera de nouveau menacée de récession pour la fin de cette année ou pour l'an prochain. D'autres possibilités de négociations et de liens avec l'impérialisme seraient alors offertes. Alsogaray par exemple, propose un plan de libre-échange total. Il amènerait d'un côté l'effondrement d'une grande partie de l'industrie nationale et des privations accrues pour les masses, mais de l'autre, une augmentation très importante des exportations de viande et de céréales et des produits des industries connexes. Si la montée ouvrière se poursuit, la variante du "développement" serait vraisemblablement choisie pour remplacer Martinez de Hoz et trouver un accord avec la bureaucratie syndicale. Avec cette tendance, le pays serait plus que jamais ouvert aux investissements impérialistes mais en même temps, elle permettrait un progrès de l'industrie, surtout de l'industrie de base et un plus grand développement du marché interne entraînant parallèlement une très relative augmentation du niveau des salaires et de l'emploi. A moyen ou à court terme, toutes ces variantes n'auront eu pour résultat qu'un approfondissement de la crise du pays. Mais cela n'empêche en rien la possibilité, pour l'immédiat, de la reprise prédite par tous les commentateurs et qui, en garantissant un bon niveau de l'emploi, pourrait favoriser la lutte des masses. Un triomphe clair ou le maintien du rapport de force peut avoir d'autres conséquences immédiates, superstructurelles, politiques. Les luttes intestines qui divisent les militaires en plus ou moins "mous" , "ouverts" ou "durs" ont transpiré à plusieurs occasions. Les premiers, apparemment dirigés par Videla et le chef de l'Etat-major de l'Armée, Viola, sont logiquement favorables à une solution électorale, autorisant une certaine activité politique. Les "durs" voudraient la reculer de plusieurs années. Les "violistes" sont pour garantir les droits d'une gauche légale tandis que l'aile la plus contre-révolutionnaire voudrait la liquider politiquement et physiquement sous toutes ses formes. Depuis la mi-février, les hauts commandements des trois armes discutent d'un plan d'ouverture politique pour 1978, projet préparé par le cabinet présidentiel. Une défaite du gouvernement comme l'approfondissement et l'extension possibles de la mobilisation peuvent affaiblir l'affe d'extrême-droite et conduire le gouvernement dans son ensemble à accélérer et élargir l'ouverture. Avec le triomphe des fonctionnaires, nous préparons la défaite de la dictature Sur le terrain de la lutte directe des masses, une victoire des fonctionnaires ou le maintien de l'équilibre des forces rendrait possible une grande montée des masses mêlant toutes les formes, y compris presque certainement les plus explosives. Chaque jour se présenteraient davantage les conditions requises pour préparer et achever la grande tâche : le renversement de la dictature. En effet, le developpement de la lutte des masses, la perte par le gouvernement de tout soutien important dans la classe moyenne, s'ajoutent à l'offensive impérialiste et aux difficultés économiques pour aiguiser les frictions et les contradictions au sein de la bourgeoisie. Lorsqu'avec cela se combine la pression dela montée mondiale du mouvement de masse, c'est l'ouverture d'une nouvelle étape pré-révolutionnaire et la chute du gouvernement qui seront à l'ordre du jour. Y réussir est, pour les masses, la grande tâche actuelle. C'est aussi celle du parti qui doit faire sien cet objectif. Il doit impulser de toutes ses forces la mobilisation de la classe ouvrière et de tous les secteurs du mouvement de masse prêts à la lutte pour la construction d'un vaste front de résistance pour le renversement de la dictature. En même temps il doit se battre pour en assurer la direction. Nous combattrons avec le mouvement ouvrier, y compris avec sa direction et les cadres intermédiaires de la bureaucratie contre le plan de famine, pour l'augmentation des salaires, contre les licenciements, pour la récupération par les travailleurs des organes syndicaux du mouvement ouvrier. Côte à côte avec la bureaucratie et tout le mouvement ouvrier, nous combattrons aussi pour la liberté de Lorenzo Miguel, de tous les ouvriers et syndicalistes emprisonnés et de tous les prisonniers politiques. Nous participerons à la lutte de la communauté juive contre les attaques à la mitrailleuse et le bombardement de ses écoles et de ses synagogues. Nous nous battrons avec la jeunesse catholique qui s'est radicalisée contre la répression et la misère, avec les étudiants contre les entraves mises à l'enseignement et contre les réglements policiers dans les écoles et les universités. Avec les femmes qui luttent pour l'agalité des droits, dans le travail, dans le syndicat et dans la politique, avec les intellectuels qui affrontent les mesures dictatoriales qui étouffent et prostituent l'art, la science et toutes les manifestations de la culture, nous combattrons aussi. Nous impulserons des accords avec tous les courants qui partagent quelques uns de nos points de vue sur l'action à mener. Ceci est partie intégrante de notre ligne de front unique pour développer la mobilisation. Naturellement, cela vaut également et même davantage pour le PC et les courants guérilléristes. Rapidement si elle triomphe, plus lentement si elle subit une défaite relative ou se maintient à égalité, la mobilisation offrira de grandes possibilités au parti comme au mouvement de masse. Etant donné les marges étroites que le gouvernement lui a accordées, vu la pression de quelques secteurs patronaux et des forces armées, mécontents du plan économique, et surtout la pression de la base, la bureaucratie syndicale ou une partie d'entre elle peut se voir obligée de résister pendant quelque temps pour négocier dans de meilleures conditions. Mais cependant, ses hésitations et ses redditions auront presque certainement pour résultat que des secteurs de la base entrent dans la lutte ici ou là en marge de leur direction et même en passant par dessus. De même, des comités de lutte ou d'autres organismes peuvent naître de ces luttes et se constituer contre la bureaucratie, à sa lisière ou en l'obligeant à participer. Ces luttes spontanées des travailleurs peuvent, sous certaines conditions, provoquer de véritables explosions en se combinant avec d'autres secteurs du mouvement de masse.

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Impulser le front unique avec la bureaucratie contre la dictature et l'offensive patronale sera une partie fondamentale de notre politique pour toute une période. Nous devrons faire une campagne permanente de propagande en appelant les directions syndicales à s'unir et à préparer un plan de lutte ou à organiser directement la grève générale pour l'augmentation des salaires, la reconquête de la CGT, des syndicats et des organismes d'usine, et pour la liberté des travailleurs emprisonnés. Cette activité générale doit s'accompagner de campagnes spécifiques sur la bureaucratie, cherchant les points qui l'unissent ou peuvent l'unir aux besoins de toute la classe ouvrière. Par exemple, l'action commune pourrait inclure la publication de journaux, la construction de regroupements syndicaux, etc. avec comme objectif la reconquête de la CGT et des syndicats ou bien la libération de Lorenzo Miguel et de tous les ouvriers et syndicalistes emprisonnés. Tous ces contacts et ces actions communes peuvent, si la lutte des fonctionnaires est victorieuse, déboucher sur la préparation conjointe, naturellement sous leur direction, d'une grève générale ou de grèves importantes par branche ou par ville. Mais même autrement, il sera très possible d'arriver à des accords ou à des actions communes sur les autres points. Rien de tout ceci ne devra remplacer ou freiner un solide travail à la base et l'appui aux luttes qu'elle entreprend en accord ou non avec sa direction. Nous ne pouvons pas mesurer exactement le degré du développement des luttes spontanées dans les prochains mois mais, quel qu'il soit, nous y participerons en première ligne et en nous battant toujours pour l'unité du mouvement ouvrier. Cette montée ouvrière ouvrira aussi la possibilité de grands mouvements de masse, y compris de luttes explosives autour des revendications démocratiques. Dans ces conditions, le mouvement pour la liberté des prisonniers politiques et syndicaux peut regrouper des dizaines de milliers de personnes avec étant donné que la dictature limite et réprime presque toutes les manifestations de la vie syndicale, universitaire et culturelle, la lutte pour l'abrogation de toute la législation répressive et le plein exercice des libertés bourgeoises consacrées par la Constitution nationale, devra être mise à l'ordre du jour. Directement ou indirectement, toutes ces revendications poseront la question du gouvernement, de la chute de cette dictature de famine, de mort et de torture et de son remplacement. C'est pourquoi la lutte politique centrale contre la dictature passe par les mots d'ordre démocratiques de : élections libres et démocratiques immédiates ! Pour un gouvernement élu par le peuple ! A bas la dictature! Pour la légalisation de tous les partis pour les élections! En plus, nous menons la propagande pour des revendications transitoires, pour l'échelle mobile des salaires, pour la lutte contre le chômage, pour un plan de reconversion de l'économie afin de résoudre la crise dans l'intérêt des travailleurs, pour la nationalisation sans indemnisations et sous contrôle ouvrier des industries clé, pour un gouvernement ouvrier et populaire qui devrait réaliser ces revendications.

Ces mots d'ordre nous permettront de démasquer toute l'opposition bourgeoise, telle que les péronistes et les radicaux, qui entretemps négocient avec la dictature un recul des élections jusqu'à l'obtention d'une candidature d'unité nationale et l'écrasement du mouvement ouvrier et de la guerilla. En même temps, cela facilite la propagande nécessaire pour un gouvernement ouvrier et populaire, ainsi que sa concrétisation dans le mot d'ordre de "gouvernement de la CGT 'reconquise' " et des partis qui se réclament de la classe ouvrière. Cette ligne générale se concrétise pour le moment autour de la grande bataille menée par les travailleurs de l'Etat. Les organisations révolutionnaires doivent y investir toutes leurs forces. Il faut intervenir directement dans ces secteurs, aussi bien par un intense travail à la base que par le front unique avec leur direction. Il faut faire de la propagande et de l'agitation sur la nécessité d'une lutte d'ensemble et d'une direction unique de toutes les luttes dans les entreprises publiques pour s'opposer au plan du gouvernement. Nous lutterons en même temps dans tous les secteurs du mouvement de masse, étudiants, catholiques, juifs, pour qu'ils mettent en avant, au même titre que leurs revendications, la solidarité avec les fonctionnaires. Il faut expliquer sans relâche que cette bataille sera très importante pour tous et se battre pour coordonner autour d'elle toutes les autres luttes. La grande offensive contre l'attaque gouvernementale est non seulement une nécessité immédiate, défensive, fondamentale, mais aussi une possibilité de renverser le cours de la lutte des classes, d'ouvrir le chemin à de grandes mobilisations de masse et de préparer la défaite de la dictature. Les deux objectifs coîncident donc : toutes les forces pour la victoire des fonctionnaires dans l'immédiat, et pour le renversement de la dictature jusqu'à la victoire. Pour l'indépendance politique de la classe ouvrière Pour un membre politiquement conséquent de la IVème Internationale, rien n'est supérieur à la lutte directe des masses, aussi minimum que soit son programme. Elle seule peut vaincre les projets et les politiques contre-révolutionnaires du capitalisme en crise; elle seule peut ouvrir devant les masses le chemin d'actions à un niveau supérieur culminant sur le terrain politique. Il en sera ainsi en Argentine également. La lutte contre le plan réactionnaire de Videla commencera à poser la question du gouvernement lui-même. Si elle fait des progrès importants, ces derniers alimenteront chaque fois davantage la discussion et l'action au sein des masses concernant une solution de remplacement. Mais ce serait cependant une grave erreur que d'envisager la question seulement en ces termes. La classe ouvrière argentine, comme beaucoup de ses sœurs dans le monde, a livré des batailles colossales, a infligé des défaites à la police, a renversé des ministres et même des gouvernements et a participé de façon impétueuse à la vie politique. Mais en ne s'élevant pas à une compréhension de classe de la question du pouvoir, en étant incapable de construire son propre parti et son propre gouvernement, elle a perdu, par la trahison de sa direction syndicale et dans le jeu parlementaire, ce qu'elle avait ga-

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gné dans la rue. Pour le parti révolutionnaire, c'est une tâche fondamentale de lutter pour gagner les masses à une politique indépendante de tout projet bourgeois, à une politique de classe qui lui permette de surmonter son tragique retard historique. Le parti révolutionnaire doit travailler sur le terrain spécifiquement politique avec audace et énergie, dépasser la discussion et l'action au sein de l'avant-garde pour aller vers les larges masses. Cet objectif nous confronte à un problème clé : le progrès politique de la classe ouvrière passant de son actuelle conscience nationaliste bourgeoise à la conviction de la nécessité et au soutien à une politique de classe et révolutionnaire ne sera pas un processus linéaire, par lequel au fur et à mesure que nous développons la propagande et l'agitation, nous accumulerions de plus en plus de sympathisants à nos positions, jusqu'à ce que nous soyons majoritaires. La consicence des masses se développera aussi par bonds, suivant le cours de la lutte de classe, combinant sur le terrain spécifiquement politique l'influence de la situation politique mondiale en général, et en particulier celle de la classe ouvrière, avec la tradition et l'expérience politiques nationales. Quelles seront les étapes intermédiaires par lesquelles s'exprimeront d'un côté les progrès politiques des masses et de l'autre le danger qu'elles soient de nouveau dévoyées ? De quelle façon devrons-nous intervenir pour essayer de l'éviter ? La classe ouvrière argentine a été péroniste pendant plus de 30 ans. L'expérience du dernier gouvernement péroniste a provoqué une désillusion et une crise profondes dans de larges secteurs de la classe ouvrière. Cela ne signifie pas que le peronisme soit totalement liquide. Mais ce qui a bel et bien disparu, c'est la possibilité pour lui de contrôler de façon majoritaire le mouvement de masse comme en 1973 et spécialement l'ensemble de la classe ouvrière. Il est vrai que le péronisme et la bourgeoisie ont encore une dernière chance de triompher si la situation devient très difficile. La guerilla peroniste qui a gagné du prestige dans la lutte contre la dictature, qui est restée en marge du désastre de la direction péroniste, peut être cette dernière carte, bien qu'elle fasse partie d'un mouvement en crise et déconsidéré. Il ne faut donc pas écarter la possibilité que surgisse un mouvement petit-bourgeois, populiste, qui, dirigé par la guerilla, obtienne une certaine ou même une importante influence dans le mouvement de masse. Mais la crise du péronisme, dans le cadre de la montée ouvrière, peut donner lieu à une autre phénomène nouveau. La bureaucratie syndicale, branche spécifique du péronisme, constitue presque un parti dans le parti; il n'est donc pas exclu qu'elle décide de s'organiser en tant que telle, initiant la construction d'un parti travailliste. Si ce processus se réalise, il aura un aspect progressiste car il signifiera un pas en avant vers l'indépendance politique de la classe ouvrière et, en ce sens, il exigerait que les révolutionnaires s'y engagent à fond. Nous croyons aussi que la réalité du pays doit amener à envisager une autre hypothèse qui tient compte de l'influence de la montée politique de la classe ouvrière mondiale, aujourd'hui fondamentalement européenne, et qui s'exprime dans le renouveau et le poids considérable des partis communistes et socialistes. L'influence de ces mobilisations aussi bien que l'action directe des appareils mondiaux de la social-démocratie et des PC vont peser sur la situation argentine. Il est très probable par exemple que, si elle ne l'a pas déjà fait, la social-démocratie se pose le problème de l'unification des dif- -férents petits groupes qui se sont constitués à partir de la désintégration du vieux parti socialiste argentin. Un des plus importants, la Confédération socialiste, a déjà annoncé un cycle de conférences que le gouvernement a finalement interdites. Par ailleurs, cette politique des appareils social-démocrates peut coîncider avec les dures nécessités que le cours actuel des choses imposerait au gouvernement et qu'un triomphe des fonctionnaires favoriserait sans doute. En effet, la pression économique et commerciale des gouvernements européens comme le besoin, déjà énoncé, de mettre sur pied un plan d'ouverture politique, feront pression sur le gouvernement pour qu'il entame des négociations et autorise par un canal quel conque, celui qu'il jugera le moins dangereux, l'expression des secteurs du mouvement de masse qui se tournent vers la gauche. Dans ce contexte, l'unification du vieux centre et de la droite socialiste ou de plusieurs de ses constituants, en coîncidant avec la radicalisation des masses et la crise du péronisme fait entrevoir la possibilité qu'à l'intérieur de certaines marges le processus européen se répète et que naisse un fort parti socialiste possédant une grosse influence au sein du mouvement ouvrier. Nous ne pouvons pas ignorer le danger que représente l'influence de l'appareil social-démocrate mondial, habile et subtil agent de l'impérialisme et de la contre-révolution "démocratique". Mais cependant, l'apparition d'un fort parti socialiste, c'est-à-dire d'un parti ouvrier, sera un pas en avant considérable. En même temps qu'un progrès sur le chemin de l'indépendance vis-à-vis des partis bourgeois, il aurait sur le parti travailliste l'avantage d'avancer une solution clairement politique, bien que réformiste. Il introduirait le débat sur la nécessité du socialisme parmi les larges masses. Quel que soit le processus complexe et difficile au travers duquel le mouvement ouvrier progressera vers une conscience et une politique révolutionnaires, il vient s'y ajouter un élément important : l'existence du PST. Lorsqu'en septembre 1973, nous sommes passés de 80000 voix à 200000, les élections ont révélé, de façon déformée, comme tout processus de ce type, qu'un parti trotskiste reconnu par de vastes couches du mouvement de masse comme ouvrier et socialiste était apparu, participant à toutes les luttes du mouvement ouvrier et populaire et soutenu par une large avant-•garde. Nous pensons qu'à l'heure actuelle, de nouvelles élections montreraient un nouveau bond, avec environ 500 000 voix. Il s'agit d'un parti révolutionnaire qui a une influence dans de larges secteurs du mouvement de masse mais qui cependant, est totalement minoritaire en son sein. Il faut ajouter à cela une question tactique, mais d'une énorme importance : il est très improbable, bien que cela ne soit pas indispensable, que le gouvernement militaire rende la légalité au PST.

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La lutte fondamentale et implacable pour arracher le mouvement ouvrier à l'influence bourgeoise, pour qu'il conquierre son indépendance politique de classe, possède avec le PST un outil très important. Mais elle ne pourra triompher qu'en partant d'une analyse objective de la progression réelle de la conscience politique de la classe ouvrière argentine, dont nous avons ébauché quelques traits. Les possibilités ouvertes et les dangers rendent plus urgente que jamais la nécessité de participer à ce processus. Il faut développer les tendances les plus progressistes; il faut combattre dans ses rangs les orientations et les directions qui au sein même du mouvement ouvrier essaient de l'amener à la conciliation avec la bourgeoisie, et de l'écarter de la révolution.

** * ETHIOPIE

De la monarchie

au bonapartisme

NOTES 1) Voir Inprecor n°2 (nouvelle série) du 17 mars 1977 2) "'Desarrollistas" (de desarrollo : développement). On appelle ainsi les secteurs politiques bourgeois pour qui la solution de tous les problèmes réside dans l'intensification du développement industriel, surtout de l'industrie lourde. Ils sont divisés en deux fractions. L'une est nationaliste; elle veut asseoir ce développement sur l'Etat et la bourgeoisie nationale, dont le porte-parole est le grand politicien bourgeois Allende, candidat du stalinisme à la présidence et homme de confiance de l'ERP qui a fait son éloge et l'a mis en avant lors s'apparitions publiques. L'autre fraction croit que le développement doit reposer sur les capitaux étrangers, comme au Brésil. Ses grandes figures sont Frondizi et Frigério.

TABOR & HANA absolue

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